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base est précisément le mot intérêt, pourrait être considérée comme l'unique cause de l’apparition du mot intérêt sur la photographie composite, si cette apparition était réelle (1).
3 Mais, en fait, cette apparition existe-t-elle donc ?
Regardez la photographie composite, et dites s’il est possible de ne pas dire avec les experts « qu’elle ne présente qu'un ensemble d'apparences confuses et fuyantes, » dans lequel 1l est impossible de dégager des traits visibles (2), et que M. Bertillon n’y a vu apparaître le mot intérêt que par un phénomène véritable d'auto-suggestion (3).
Il faut lire sur ce point la démonstration, lettre à lettre, des experts. Toute la prétendue reconstitution de M. Bertillon est de pure fantaisie. L’n n’est pas à sa place; les traces de # sont également distribuées, sans que rien de particulier apparaisse là où M. Bertillon dit le voir; un a serait plutôt où il voit un e, un 7 là où il indique un n; un a, là où 11 désigne le second e; sur l’?, rien qu'une masse noire imprécise.. ete.
La conclusion s’impose à tous les gens de bonne foi:
La photographie composite ne nous montre rien que ce qu'elle pouvait donner, c’est-à-dire rien.
Mais il est une autre expérience qui semble avoir frappé beaucoup d’esprits, et qui leur a paru tout à fait convaincante de l'exactitude du système de M. Bertillon. Il est si juste, si vrai, nous dit-on, que M. Bertillon l’a appliqué publiquement à l'audience du Conseil de guerre de Rennes. Le 25 août 1899, il a pris son gabarit et une feuille de papier pelure, et là, séance tenante, devant les juges, devant le public, il a écrit lui-même en vingt minutes les onze lignes du verso. Et cette reproduction s’est superposée à l’original, ligne sur ligne, mot sur mot, trait sur trait. Stupéfiant résultat! s’écrie-t-on, qui prouve que nous sommes bien en possession de la véritable clef du truquage du Bordereau, puisque la clef permet de reproduire ainsi le document strictement conforme à l’original (4).
Messieurs, je sais qu’en effet M. Bertillon s’est livré à l’audience à cet essai de reconstitution du verso du Bordereau. Te compte rendu sténographique l’atteste. L'expérience a été
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CPR CMS ST (4) Broch. verte, p. 37.
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faite. Voyons-en donc les résultats! Où est la feuille écrite par M. Be:tillon à l'audience? Elle est précieuse : Ligne sur ligne, mot sur mot, trait pour trait? Voyons!
La pièce a disparu! Ù
C’est, nous le savons, la règle en pareil cas. Ce n’en est pas moins fâcheux. Car enfin, quand nous vérifions la dictée de M. Du Paty, si décisive, nous disait-on, tout s'évanouit, et rien n'apparaît de ce qu’on prétend y voir. N’en serait-il pas de même cette fois encore, si nous avions la pièce ?
Tout permet de le croire. J
Ecoutez done le compte rendu de l’incident par les journaux de l’époque. L'épreuve est loin d’avoir été satisfaisante !
Voiei le Petit Bleu du 26 août 1899.
A l'aide de son système, M. Bertillon se fait fort de reproduire identiquement sous les yeux du Conseil, s’il le désire, une page du Bordereau. Et passant de la parole à l'acte, il s'installe à la table située contre la barre et se met à refaire le Bordereau sur du papier pelure à l’aide d'un gabarit grillé (l'opération se prolonge... je passe sur limpalience du Conseil), A 11 h. 50 M. Bertillon s'arrête, n'ayant écrit que quelques lignes. Le Conseil examine l'œuvre en présence de l'accusation et de la défense ; l'examen par le Conseil se prolonge ; les juges se passent de mains en mains les lignes du Bordereau écrites par M. Bertillon. Le Président et plusieurs membres du Conseil font observer à M. Bertillon que s'il copie exactement les termes du Bordereau, les caractères de l'écriture n'offrent qu'une ressemblance approximalive avec ceux de l'écriture du Bordereau. M. Bertillon objecte qu'il était mal placé.
Quoi ! c’est là la reproduction stupéfiante, ligne sur ligne, mot pour mot, trait sur trail !
Et voici d'autre part ce que je lis dans une réfutation de la brochure verte, qui m'a été envoyée par M. Javal, Directeur honoraire du laboratoire d’ophtalmologie de la Sorbonne, membre de l’Académie de médecine, et par M. Héricourt, chef adjoint du laboratoire de physiologie de la Faculté de médecine, dont M. Bertillon ne contestera pas la compétence, alors que dans un mémoire fort documenté qu'il a écrit en 1896 et publié dans la Revue scientifique du 18 décembre 1897 et du 1°° janvier 1898, 1l dit que
À sa connuissance MM. Javal et Héricourt sont les seuls savants qui aient étudié la physiologie de l'écriture.
L'un de nous, écrivent ces Messieurs, a conservé le souvenir très net d'une photographie de 12 lignes qui lui fut montrée dans l'après-midi du 25 aoû dans la cour de l'Hôtel de France à Rennes par un rédacteur du L ollaire. D'après ses souvenirs, ces 12 lignes étaient écrites d’une main assez ferme, mais élaient loin de rappeler le graphisme du Bordereau,
Je le répète! Il est vraiment fâcheux que l’origimal de M. Bertillon ait disparu !
Et qu'on ne prétende pas le remplacer par le prétendu facsimilé que nous trouvons dans l’Atlas de la brochure verte sous le n° 13. Rien n’atteste l'authenticité de ce fac-similé; et nous sommes payés en cette affaire pour nous défier de tout ce qui n'est pas authentique, alcrs que nous devons même nous défier de ce qui l’est !
À qui veut d’ailleurs se donner la peine d'examiner de près, il est évident que ce fac-similé n’est D celui des hgnes tracées par M. Bertillon à l’audience du 235 août 1899, mais purement et simplement la reproduction d’un feuillet écrit antérieurement par M. Bertillon tout à loisir, et retouché sur le cliché pour l’approcher davantage de l'original.
M. Bertillon avait à l’audience en mains plusieurs de ces reproductions qu'il avait faites hors de l’audience.
Voici, disait-il à Rennes, le 25 août, les lignes du verso du Bordereau que j'ai reproduiles dans ces conditions (avant l'audience), et ie
demanderai à M. le Président l'aulorisation de faire tout à l'heure sous ses yeux une expérience semblable (1).
Ces lignes du verso ainsi présentées au Conseil ne sont pas ron lus au dossier. fl est vraisemblable que ce sont celles qui ont été remises au représentant du Petit Bleu qui les a pu-
- bliées dans son n° du 26 août.
Qu'en tirer, je le demande, pour établir le résultat de l'expérience faite à l'audience ?
L'original de M. Bertillon a disparu; mais puisque le gabarit est là, ou bien facile à reconstituer, puisqu'il suffit obtenir la reproduetion du Bordereau incriminé, rien de plus simple. Offrons-le à M. Bertillon, et qu’il recommence l’expérience sous nos yeux ! Nous allons voir et juger !
C’est ce que lui demandent les experts. 77 s’y refuse obstinément, non seulement en ce qui touche le mot intérêt, mais aussi pour la reconstitution de la chaîne imbriquée et pour celle du Bordereau avec un gabarit qui lui est offert tout préparé, tout établi (2).
Pourquoi ce refus? puisque l'expérience est décisive et doit nous convainere, puisqu'elle doit établir la vérité incon-
(1) Ê ue II, 349.