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tard le boulanger, au lieu d'aller toucher son dû, peut envoyer quelqu'un avec le morceau de bois, on rapproche les deux tailles, et le client comprend que celui qui doit toucher l'argent est bien envoyé par son boulanger. J'estime que cette encoche qui était sur le côté était un signe de reconnaissance entre les deux correspondants (1).
Voilà le système dans toute sa beauté. « C’est du Beriulon, a dit un des membres de la Cour. » J'ajoute : £t même du plus mauvais Bertillon! du Bertillon doublé de du Paty (2).
Réfléchissons un peu et tout de suite à cette belle invention nous aurons à opposer la question préalable !
1° Les rapports de dimensions, dont on raisonne ainsi, ont été établis, en se référant aux dimensions d’une reconstitution qui diffère notablement de l’original (3).
2 Pour y parvenir, il a fallu faire intervenir la partie du deuxième feuillet du Bordereau, qui manque, qui a été arrachée.
Poür rétablir cette seconde feuille, on s'est basé sur sa symétrie prétendue par rapport au pli du papier et sur la symétrie des maculatures qui, du verso du premier feuillet, se seraient reportées sur le recto de la deuxième feuille.
Or d’une part le pli manque de netteté et ne peut assurément donner rien de précis; d’autre part comment parler de la symétrie des maculatures, alors que M. Bertillon lui-même, aans une autre partie de son rapport invoque comme un argument en faveur de son système et comme la preuve de je ne sais quelle ténébreuse machination la dissymétrie de ces mêmes maculatures (4) ?
3° L'un des points de repère qui sert de base au raisonnement, ce que M. du Paty appelle « la taille du boulanger », c’est l’encoche du bord droit du Bordereau. Nous savons maintenant que cette encoche est l’œuvre, non pas de Dreyfus avant ou lors de la confection du Bordereau, mais d’Henry reconstituant le Bordereau à son arrivée à la Section de statistique.
Mais qu'est-ce que tous ces arguments, si topiques pourtant déjà, à côté de celui qu’il me reste à vous rappeler et qui donne à notre réfutation une force irrésistible ?
L'encoche du Bordereau est l’œuvre d’Henry; celle de la lettre des obligations (l’autre point de repère) est l’œuvre de
(1) EC Leu08 (2) cALMI06
Gribelin agissant sous la direction de M. du Paty luimême (1).
Oh! non par un calcul malchiavélique ayant pour but de créer une charge ainsi utilisée contre Dreyfus! Non! de la façon la plus naturelle, la plus simple, qui a été établie dans l'enquête dirigée sur ce point par M. le Conseiller Petitier de la façon la plus certaine (2).
Voici les faits ! :
Lors de la perquisition du 15 octobre 1894 chez Dreyfus, on a saisi chez lui tout ce qui était lettres et papiers. L'on était pressé ; on n’a rien coté ni paraphé sur place, et l’on s’est borné à faire du tout en vrac quelques scellés couverts (3).
C’est le lendemain 16 et le surlendemain 17 que le tri a été fait au Ministère de la guerre en présence de Mme Dreyfus par MM. du Paty de Clam et Gribelin qui ont réparti les papiers en 22 scellés découverts, ainsi que le constate le procès verbal régulier qui figure au dossier.
De ces papiers les uns ont été conservés et figurent toujours à la procédure; les autres sans importance, sans rapports avec l'affaire, ont été après le procès de 1894 rendus à Mme Dreyfus par le greffier du Conseil de guerre, M. Valecalle.
M. le Conseiller Petitier a eu l’idée de demander ce qu’étaient devenus les papiers ainsi remis à Mme Dreyfus.
Celle-ci les avait conservés ; elle les a apportés au magistrat (3).
Ils étaient tous contenus dans le scellé 119, et renfermés dans la chemise même du scellé que le greffier Valecalle avait remise à Mme Dreyfus en même temps que les papiers restitués {4).
Et tout de suite une remarque des plus graves est faite par notre collègue. l'outes ces pièces, ces lettres..., la chemise ellemême portent la même encoche que la lettre des obligations (5)!
Et il suffit de regarder pour comprendre ce que cela signifie! C’est M. Cochefert qui nous le dit (6).
L’encoche ! c’est purement et simplement l’échancrure que
(DRE AC RS R2 efiSuive (2) E. c. II, 382 et suiv.
CIRENCAITNISS:
(4) E. oc: IT, 185.
OPENCAIAISS (5) EC IT, "186
l’on fait à la Préfecture de police et spécialement au service de la Sûreté quand des pièces ayant été saisies on veut en faire ce qu'on appelle un scellé découvert, c’est-à-dire un paquet qui, tout en conservant les pièces et ne permettant d’en distraire aucune, laisse cependant la faculté de les feuilleter pour y puiser librement les renseignements qu’elles contiennent.
C’est bien cela. Voici ce que nous dit M. Cochefert!
J'ignore complètement qui a fait ces encoches ; mais re sais qu'il est d'un usage à peu près constant dans les services de la Police et notamment de la Sûreté de confectionner les scellés découverts, c'est-à-dire ceux qui se composent de documents destinés à être feuillelés, et qui sont insérés dans une chemise servant d’enveloppe, en pratiquant à l’emplacement même des encoches que vous me faites remarquer, une enlaille triangulaire, qui est destinée à retenir la ficelle du scellé à sa place. Les extrémités de la ficelle sont alors fixées au dos de la chemise et cachetées. De cette facon chacune des pièces peut être examinée en délail, sans qu'il soit nécessaire de briser le scellé, en faisant glisser la ficelle sur le côté, quand on la sort de son encoche... Ce qui me confirme dans celte idée, c’est l'existence à la partie supérieure des pièces que. vous me représentez d'un trou dont la position correspond sur chacune des pièces el qui paraîl avoir été produit à l’aide d’un poinçon pour le passage de la ficelle. J'incline à penser qu'au Ministère de la guerre on devail employer le même procédé soit pour le classement des pièces, soit pour la confection des scellés (1).
Et pour préciser les termes de sa déposition, M. Cochefert confectionne en présence du magistrat un scellé dans les conditions qu'il vient d'indiquer.
C’est bien là, Messieurs, ce qui s’est passé le 16 et le 17 octobre 1894 lors de la confection des 22 scellés découverts. Car, après cette constatation de l’état des pièces remises par Mme Dreyfus et cette explication donnée par M. Cochefert, l’archiviste Gribelin, dont les souvenirs se sont alors réveillés tout naturellement, est venu à son tour reconnaître qu’en effet, comme 1l ne savait pas comment s’y prendre pour faire les scellés, M. Cochefert ou son adjoint lui avait fourni le 15 des indications auxquelles il s’est conformé le 16 et le 17 (2).
Tout cela est aussi net que possible !
Il est donc bien établi de la façon la plus indiscutable que l’encoche de la lettre des obligations, pas plus que l’encoche du Bordereau, n’est l’œuvre de Dreyfus; qu’elle a été faite postérieurement à la saisie, lors de la confection des scellés ; qu’elle est l’œuvre des instructeurs.
(1) E. C. II, 186 et 187.