Q) EE. H
Het es
sard, sa théorie est exacte, et le commandant Corps a tort. Si, au contraire, les coïncidences de Corps sont justes, 1l a raison et Bertillon se trompe.
Les deux systèmes se contredisent et s’infirment mutuellement. C’est que le mode de raisonnement lui-même de tous deux est vicieux, et c’est la conclusion des experts.
C'est aussi ce qui explique que, malgré tous ses efforts répétés, soit auprès du Ministre de la Guerre, soit auprès du commissaire du Gouvernement et du Conseil de guerre, l’accusation ait systématiquement écarté le commandant Corps des débats.
L'impression qu'elle comptait produire à l’aide des démonstrations soi-disant géométriques et mathématiques de M. Bertillon n’eût-elle pas élé annulée, si l’on avait vu que des considérations de même nature conduisaient un officier du génie, ancien élève de l'Ecole polytechnique à repousser les parties du système de Bertillon que celui-ci regardait comme les plus essenlielles et les mieux établies (1).
C’est évidemment à cette crainte que le commandant Corps a dû de ne pas avoir, malgré son insistance, été appelé à déposer en 1899.
Nous n'avions pas les mêmes raisons, nous qui ne voulons que la vérité ; nous l'avons fait entendre comme M. Bertillon, et le résultat ne s'est pas fait attendre. C’est la confusion de tous deux !
Dois-je après toute cette démonstration remettre encore sous vos yeux les conclusions pétillantes d'esprit mordant et de bon sens impeceable par lesquelles les experts résument tout leur travail, en s’excusant «d'avoir été obligés d'examiner tous ces systèmes, comme s'ils étaient sérieux ?
Quelques lignes nous suffiront.
Sur presque tous les points le système du commandant Corps est en désaccord avec celui de M. Bertillon, ce qui constitue un argument à la fois contre les deux systèmes. à
Ce que nous venons de dire suffit pour comprendre l'esprit de la méthode de M. Bertllon ; il l'a résumée lui-même d'un mot: Quand on cherche, on trouve toujours. Quand une coïncidence est constatée ; c’est une preuve accablante : si elle fait défaut, c’est une preuve plus accablante encore ; car cela prouve que le scripteur a cherché à détourner les soupçons. On ne s’étonnera pas des résultats qu’il a obtenus par cette méthode. La naiveté avec laquelle il en a dévoilé les secrets porterait à croire à sa bonne foi (à).
Je me reprocherais d’ajouter un seul mot à cette exécution.
(1) E. c. II, 383.
Mais en même temps, et pendant que je revoyais avec vous toutes les constatations et toutes les conclusions ue cette admirable expertise, une idée s'imposait à mon esprit avec une force qui me semble invincible. Ne sommes-nous pas en face d'un fait nouveau dans toute la force des termes employés par l’art. 443 $ 4, C. I. C.? Voyez donc!
Le Bordereau est assurément demeuré jusqu’à la dernière heure l'argument capital de l’accusation : c’est sa base même. Et à cette heure encore, nous entendons le général Mercier nous dire qu'avec l'examen technique et les aveux, l'examen graphique du Bordereau est la charge décisive contre Dreyfus.
Et voici que, de par l’expertise Darboux, Appel et Poincaré, il est établi avec une évidence que personne ne peut plus contester, que toute cette argumentation a reposé et repose, non seulement sur un raisonnement faux, mais encore sur un document faux !
Sur un document faux ! car il est établi par les mensurations de M. Loewy, par l’examen des planches et des clichés de M. Bertillon saisis au cours de la dernière enquête, par les aveux de M. Bertillon lui-même, que le Bordereau soumis au Conseil de guerre de Rennes a été reconstitué dans des conditions qui l’ont profondément altéré. Ce ne sont pas seulement des erreurs involontaires. C’est le tripotage le plus effronté. C’est le calquage, le décalquage, le recalquage; c’est le découpage nouveau des morceaux qui ne se prêtent pas aux superpositions cherchées. C’est le gouachage des planches sur lesquelles seront ensuite tirées ces épreuves qui vont servir de base à toute l'argumentation et qui vont fabriquer “insi les preuves invoquées contre Dreyfus, comme ce prétendu tremblement de la main du scripteur effrayé par la responsabilité qu'il encourt, tremblement qui est l’œuvre du seul Bertillon et de son truquage. Ce sont tous ces coups de pouces employés par M. Bertillon pour faire cadrer le Bordereau et le gabarit. Et, grâce à tout cela, cette inéluctable conclusion des experts :
La reconstitution du Bordereau est inexacte (IT, p. 342), est fausse (11, p. 341) et tout le système Bertillon est absolument sans valeur parce que son auteur a raisonné mal sur un document faux.
De ces considérations si graves rien n’a été connu du Conseil de guerre de Rennes et c’est la seule expertise Darboux,