‹ La revision du procès de RennesChapitre 98 sur 117 · PES FES · texte numérisé non relu

PES FES

RES

Appel et Poincaré qui les a fait apparaître au cours de la dernière enquête. Comment hésiter dès lors à y relever un fait nouveau justifiant la revision ?

M. le Rapporteur résiste: Le fait ne serait pas nouveau. Pourquoi ?

1° Devant le Conseil de guerre, M. Paraf-Javal aurait dit tout cela.

C’est ne pas connaître sa déposition que de le prétendre. Comment l’eût-1l fait, puisqu'il ne connaissait pas les documents qui l’établissent: les planches Bertillon, qui n’ont été saisies qu'au cours de la dernière enquête, les aveux Bertillon qui n’ont été produts que devant MM. Darboux, Appel et Poincaré? Et c'est d'autre part renouveler l'erreur fonda. mentale de votre rapporteur qui se croit le droit et le pouvoir de scruter la conscience des juges du Conseil de guerre pour y découvrir les motifs qui les ont déterminés, quand vos arrêts, nous le verrons, le lui défendent absolument.

2 Le Conseil de guerre a eu sous Les yeux le Bordereau: il a pu par suite se rendre compte de la valeur des arguments, notamment de l’encoche, de la surencoche !

Est-ce sérieux quand on sait le parti que l'accusation a tiré de tout cela à Rennes; quand on sait la peine que l’expertise et l'enquête ont eue à découvrir la vérité sur ce point? Et pensez-vous vraiment que le Conseil de guerre ait été éclairé sur ces points si graves et que sa conviction n’eût pas été singulièrement ébranlée s’il eût su ce que nous savons maintenant, tout ce qu’on lui a caché ?

Il est donc tout à fait inexact de prétendre que l'expertise de MM. Darboux, Appel et Poincaré se soit bornée à fournir une réfutation scientifique plus décisive que les précédentes. Elle a révélé le fait nouveau le plus grave, le plus caractéristique, le plus décisif en faveur-de Dreyfus. Inconnu jusqu'à elle, ce fait satisfait à toutes les exigences de la loi; et, ajoutant à mes réquisitions écrites, je vous demande avec M° Mornard qui y conclut formellement, d’en faire l'examen d’office avec la conviction que vous le retiendrez comme l’üne des bases essentielles de votre arrêt.

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Je passe à l'examen technique du Bordereau.

C'est, nous dit M. Cavaignae, l’élément essentiel du débat. La nature des pièces énumérées au Bordereau dénonce à elle seule l’auteur de la trahison. Elles sont telles en effet, à n’en pas douter, que celui qui les a livrées est un officier d'artillerie attaché à l’Etat-Major de l’armée. Dreyfus remplissait ces conditions; Esterhazy était dans l'impossibilité absolue de se procurer les documents. Donc c’est Dreyfus qui est le coupable !

Car nous ne saurions nous arrêter un instant à cette idée que, si l’on admet qu'Esterhazy ait écrit le Bordereau, Dreyfus püt être son complice et püt lui avoir remis les pièces communiquées. À

Si Gribelin a risqué cette insinuation après le rapport Gonse-Wattinne (p. 34), 1l reconnaît lui-même que rien ne l’appuie. Il est certain d’autre part que Dreyfus et Esterhazy ne se connaissaient pas, ne se sont jamais vus. La base manque done absolument. Que le coupable soit Dreyfus ou Esterhazy, l'un ou l’autre, soit ! Assurément ce n’est pas tous deux ensemble !

Comment done entend-on prouver que ce soit Dreyfus ?

Deux observations qui reviennent à une seule en réalité dominent toute la discussion sur ce point, auxquelles 1l faudrait commencer par répondre avant de pousser plus avant :

Quelle est donc la date du bordereau ?

Et quels sont les documents qui ont été communiqués ?

1° Za date du Bordereau ?

Le Bordereau n’est pas daté. II est pourtant nécessaire d’être fixé sur l’époque à laquelle il a été fait, les charges changeant absolument suivant qu’il a été écrit à tel ou tel moment. Or sur ce point capital il y a toujours eu divergence: et, pour prendre l’expression de Gribelin: « pour Le déterminer « on n'a tenu compte que des besoins de la cause » (1).

À l’origine on le plaçait au mois d'avril ou mai 1894.

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