ANALYSE DE LACTE
Le commandant Ravary a terminé en disant :
En résumé, que reste-t-il de cette triste affaire, si savamment machinée, une impression pénible qui aura un écho douloureux dans tous les cœurs vraiment français.
Oui, « une iapression pénible », car on se demande quel est l'état intellectuel des chefs d'une armée qui a pour rapporteurs près du conseil de guerre de Paris des hommes comme MM . d'Ormescheville et Ravary.
Une « impression pf.nible », car ce n'est pas seulement le côté intellectuel qui parait navrant, mais aussi le côté moral chez la plupart des officiers mêlés à cette affaire.
Si une « impression pénible » pouvait avoir « un écho », cet écho serait « douloureux dans tous les cœurs vraiment français »; car cet écho répéterait :
— A l'état-major, il y a des hommes qui, mus par des intérêts de race et de religion, n*ont pas hésité, n'hésitent pas à violer toutes les règles du droit, à fouler aux pieds les plus simples notions de morale, pour entourer de leur protection, couvrir de leur sympathie un misérable, et, afin de ne pas reconnaître une déplorable erreur judiciaire, machinée avec une effroyable perfidie et commise par des naïfs, frapper un officier distingué comme le lieutenant-colonel Picquart, qui a eu le tort démettre la justice au-dessus d'infâmes combinaisons de coteries.
Il est vrai qu'il est bon de profiter de l'occasion, après s'être débarrassé du juif Dreyfus, de se débarrasser du protestant Picquart.
Est-ce là ce qu'on appelle du patriotisme î Est-ce là ce qu'on appelle veiller à l'organisation de la défense nationale et à l'honneur de l'armée ?
Le résultat est admirable : on s'acharne à perdre deux officiers d'une distinction incontestable, Dreyfus :iet le lieutenant-colonel Picquart : mais l'armée va regagner, sans doute, avec le grade de lieutenant-colonel et la rosette d'officier de la Légion d'honneur, le commandant Esterhazy, « cher » à M. le général de Pellieux. (c Les infirmités temporaires » qui l'avaient fait mettre en disponibilité en 1896 ont été guéries par le jugement du 11 janvier 1898.
d'accusation esterhazy 71
Conclusion.
Toutefois, il reste du rapport du commandant Ravary ce fait acquis : qu'il y a un dossier secret ; que la lettre contenant : « cette canaille de D... » en est la principale pièce ; et que c'est sur elle, sans qu'elle ait été versée aux débats, que le capitaine Dreyfus a été condamné.
Il en résulte que le jugement de 1894 constitue un crime judiciaire et qu'il y a lieu à revision : car le rapport Ravary établit la preuve juridique de ce fait.