‹ La revision du procès DreyfusChapitre 11 sur 22 · VI · texte numérisé non relu

VI

On sent le mensonge à chaque mot des réponses du commandant Esterhazy. L'histoire de la dame voilée est tellement invraisemblable que le président du Conseil de guerre a bien été obligé lui-même d'en faire ressortir l'inanité en posant quelques questions à l'accusé .

D. Vous n'avez pas cherché à savoir quelle était la source des renseignements de cette dame ?

DACOUSATION K> Vi.i;llA/.Y 07

li. Non : ie ne pouvais plus sortir : j'étais suivi par une bande de policiers.

D. Cette liande vous a lâché pourtant au moment des quatre entrevues que vou< a données la femme en q tion ?

R. ( »ui. (Micrtnw

I ». C'esi bien singulier. Et dans quel but agissait-elle .'

R. Celui de défendre un malheureux tout simplement. m'a remis un papier secret, que je devais produire, -i ie torchon brûlait. J'ai fait parvenir cette pièce au ministre, te ! i novembre 1897, là veille de la dénonciation.

La dame esl venue deux fois à pied, deux, fois en voiture : mais <>n n'a retrouvé aucun cocher: Et le commandanl - azy a été tellement diëcrei qu'il n'a jamais essayé de savoir qui elle était.

Le commandant Esterhazy raconte qu'un capitaine Brault lui a demandé un travail sur le rôle de la cavalerie à Eupatoria. Quel était ce capitaine? II non sait rien. Il lui envoie cependant le mémoire. (Vn île le retrouve pas. Voilà un personnage qui a l'air de n'avoir jamais existé auhviii.Mii que dans l'imagination du commandanl Esterhazy. Le président du conseil de guerre di1 nàïvemen! : ■■ l'adressé se rapproche dé colle de M. Hadamard. - Gomme si cela n'îndiqTÏe pas qu'elle a été fabriquée pur lé commandant pour appuyer un mensonge d'un autre m nsonge.

Le commandanl Esterhazy se défend d'être l'auteur du bordereau en disant qu'il n'était pas au courant: — « Le bordereau esl d'avril ». qu'on sait-il .' commeni 1 -i bien renseigné ? !»• bordereau n'est pas daté. Uette réflexion n'a pas paru frapper le président du conseil de guerre

Le commandanÇajoute : — - Connnenl aurais-je pu donner des renseignements sur des expériences? o mai- le bordereau n'esl qu'un catalogu •. Il ne contient point de renseignements. Le commandanl promettail : et il avait besoin do promettre, car le débul : sans nouvelles de vous m'indiquanl que vous désirez me voir, i-- vous adresse cependant... parall être I;» phrase d'un homme qui chercha un clienl qui ?e dérobe

sans doute parce qu'il ne tient pas à conserver des relations avec un fournisseur peu sérieux. Alors il vante sa marchandise, et il disait : — « je vous envoie. . . » cela ne veut pas dire qu'il ait livré. Toute la vie du commandant prouve qu'il savait fort bien que promettre et tenir sont deux choses distinctes.

Dans la Libre Parole, du 17 novembre, le commandant Esterhazy constatait que « l'écriture du bordereau ressemblait à la sienne. » Dans Y Echo de Paris du 19 novembre, il parlait de « l'épouvantable similitude d'écriture ». Ces aveux gênent le commandant Ravary qui dit dans son rapport :

11 admet que dans l'écriture de cette pièce (le bordereau) il se rencontre des mots ayant une ressemblance si frappante avec son écriture qu'on les dirait calqués; mais l'ensemble diffère essentiellement.

Ce n'est pas l'avis des personnes qui ont vu le spécimen des deux écritures intercalées deux lignes par deux lignes, publié par le Siècle,, des 6 et 7 janvier, mais c'est l'avis des experts en écriture qui ont été choisis avec soin ; on peut s'en rapportnr à la vigilance qu'ont apportée le général de Pellieux et le commandant Ravary à préserver le commandant Esterhazy de tout accident.

Le commandant Esterhazy avoue toutes ses lettres, excepté celle où il se qualifie de uhlan. Réellement, ce n'est pas la peine, car il ne conteste pas le passage où il entrevoit « un rouge soleil de bataille, dans Paris pris d'assaut et mis au pillage décent mille soldats ivres. Voilà une fête que je rêve. Ainsi soit-il ». Il avoue aussi la lettre dans laquelle « il se voit dans la nécessité de recourir à un crime ». Alors il s'écrie : « C'est abominable! » Qu'est-ce qui est abominable? sa lettre .' non pas : mais que sa lettre soit connue.

Les propos, tenus par Mme Pays et rapportés par M. Autant, dès le '20 octobre, montrent que «décommandant est dans une position désespérée et décidé à se

d'accusation esterhazt 69

suicider». Ces propos ont une confirmation : c'est 1«' tgement de qodq du titulaire «lu bail.

Le commandanl Esterhazy reconnaît qu'il a dit chez li' coiffeur du passage du Saumon, « que Dreyfus était innocent, qu'on entendrait parler de lui ». avant que la lettre de M. Mathieu Dreyfus n<; fut publiée. Il ajoute seulement : < !'esl idiot ».

Dreyfus n'a jamais rien avoué. Donc, M. d'Ormescheville concluait à la culpabilité de Dreyfus ; le commandant Esterhazy, perdu au milieu de tous ses mensong bligé âdes aveux: donc, le comman-

dant Ravary conclut à son innocence.

M. d'Ormescheville disait dans l'acte d'accusation :

Le l] taine Dreyfus possède, avec des connaissances

étendues, une mémoire très remarquable, il parle

- Langues, notamment l'allemand qu'il suit à tond.

Le capitaine Dreyfus était donc tout indiqué pour la

miséraole et honteuse mission qu'il avait provoquée ou tée.

conséquence. . .

Une des uotes parlant d'Esterhazy, dit :

i instruction supérieure, la connaissance complète de plusieurs langues et la variété de ses connaissances personnelles ajoutent à son aptitude au commandement.

Conclusion: il ne -aurait être coupable.

Quand on compare les charges invoquées pour

justifier la condamnation du capitaine Dreyfus et les

charges relevées, malgré toul le mauvais vouloir des

rapport. 'in--, le général de Pellieux et le commandant

Kavary, contre le commandanl Esterhazy, les propres

aveux de celui-ci, on trouve que les premières

i.-i.'iit pas,tandis que les secondes sonl écrasantes,

1 alors se pose cette question : pourquoi tout l'efforl de

l'état-major parail il avoir pour but de sauver

rbazy el d'aï câbler I >n-\ m- -

Est-ce pour ne pas ébranler L'infaillibilité des con 3( il . rre ? mais elle es! bien autremenl ébranlée

par cette manière d'agir <|iii prouve que la vérité esl peu de chose auprès du parti pris du rapporteur e\ «lu commissaire du gouvernement.

Lf. commandant Ravary a terminé en disant :

En résumé, que reste-t-il de cette triste affaire, si savamment machinée, une impression pénible qui aura un écho douloureux dans tous les cœurs vraiment français.

Oui, « une impression pénible », car on se demande quel est Fétat intellectuel des chefs d'une armée qui a pour rapporteurs près du conseil de guerre de Paris des hommes comme MM . d'Ormescheville et Ravary.

Une « impression pénible », car ce n'est pas seulement le côté intellectuel qui paraît navrant, mais aussi le côté moral chez la plupart des officiers mêlés à cette affaire.

Si une « impression pénible » pouvait avoir « un écho », cet écho serait « douloureux dans tous les cœurs vraiment français » ; car cet écho répéterait :

— A l'état-major, il y a des hommes qui' mus par des intérêts de race et de religion, n'ont pas hésité, n'hésitent pas à violer toutes les règles du droit, à fouler aux pieds les plus simples notions de morale, pour entourer de leur protection, couvrir de leur sympathie un misérable, et, afin de ne pas reconnaître une déplorable erreur judiciaire, machinée avec une effroyable perfidie et commise par des naïfs, frapper un officier distingué comme le lieutenant-colonel Picquart, qui a eu le tort démettre la justice au-dessus d'infâmes combinaisons de coteries.

Il est vrai qu'il est bon de profiter de l'occasion, après s'être débarrassé du juif Dreyfus, de se débarrasser du protestant Picquart.

Est-ce là ce qu'on appelle du patriotisme ! Est-ce là ce qu'on appelle veiller à l'organisation de la défense nationale et à l'honneur de l'armée ?

Le résultat est admirable : on s'acharne à perdre deux officiers d'une distinction incontestable, Dreyfus et le lieutenant-colonel Picquart : mais l'armée va regagner, sans doute, avec le grade de lieutenant-colonel et la rosette d'officier de la Légion d'honneur, le commandant Esterhazy, « cher » à M. le général de Pellieux. « Les infirmités temporaires » qui l'avaient l'ait mettre en disponibilité en 1896 ont été guéries par le jugement du 11 janvier 1898.

SA l'f"X EST] liAH/Y

('oiw-Iunîoii.

Toutefois, il reste du rapport du commandanl liavary ce fait acquis : qu'il y a un dossier secrel : que la lettre conteuanl :« cette canaille de D... » en es* La principale pièce : el que c'est sur elle, sans qu'elle ail été versée aux débats, que le capitaine Dreyfus a été condamné.

[1 en résulte que le jugement de 1895 constitue un crime judiciaire el qu'il y a lieu à révision : car le rapport Ftavary établit la preuve juridique <i»j ce l'ait.

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