M. LE COMMISSAIRE DTJ GOUVERNEMENT S
Monsieur le président,
Messieurs les membres du Conseil,
Je vous ferai remarquer que M. Mathieu Dreyfus ne peut être entendu ici que comme témoin dans sa dénonciation contre le commandant Esterhazy. Il demande que M' Démange soit admis à présenter les observations qu'il jugera utiles pour justifier la vérité de sa dénonciation. De là dès conclusions que vient de déposer M« Démange pour M. Mathieu Dreyfus.
Je ferai remarquer aussi qu'aux termes de l'ordre démise en jugement donné par le gouverneur de Paris, le Conseil n'a attribution de juridiction que pour le fait de haute trahison indiquée contre le commandant Esterhazy et seulement en ce qui concerne l'action publique.
J'ai donc l'honneur de demander au Conseil le rejet pur et simple des conclusions de Me Démange,
Le Conseil appréciera s'il y a lieu d'autoriser la présence aux débats de M« Démange ainsi que celle de M. Dreyfus, dans le cas où le buis clos viendrait à être prononcé.
Si vous admettiez une exception, je déclare d'avance que je ne le trouverais pas justi
M. le président. — La papole - i à \l le défenseur. M ■ Tézenas :
Messieurs.
Je ne m'attendais pas à l'intervention (pu vient de se produire, mais aussi bien je suis préparé à toutes les prises, comme le commandant Esterhazy l'est à faire face à tous les .oiet-apens.
118 AFFAIÏIK 1Ï8TBRHA&Y
Je répondrai en quelques mots seulement, car j'estime que devant le Conseil de guerre la simplicité du langage est une des formes du respect.
Aux termes de l'article 190 du code d'instruction criminelle, deux catégories seulement de personnes peuvent ntervenir à ces débats et y être assistées d'un défenseur. Ce sont d'une part les prévenus ou les accusés, d'autre part les parties civiles.
M. et Mme Dreyfus qui interviennent aujourd'hui sontils des accusés? Non. Je passe. Sont-ils des parties civiles? Non encore, puisqu'aux termes des articles 53 et 54 du code de justice militaire, aucune partie civile ne peut se constituer devant un tribunal militaire jui, s'il est juge de l'action publique, ne peut pas et ne doit pas être juge de l'action civile.
Donc, M. et Mme Dreyfus ne peuvent pas intervenir dans le débat qui va s'ouvrir. Spécialement ils ne peuvent point intervenir, soit en déposant des conclusions, soit en demandant de se faire assister du concours d'un avocat.
En quelle qualité sont-ils donc ici ? En aucune qualité si ne n'est en qualité de témoins, — n'étant ni accusés ni partie civile Ils ne peuvent pas en avoir d'autres : témoins ils sont, témoins ils resteront.
On a essayé d'ailleurs fort habilement d'introduire dans le débat une sorte de qualification équivoque que, pour ma part, je ne connaissais pas : c'est celle de partie plaignante. J'imagine qu'on a dû la ramasser dans une vieille loi, la loi de brumaire, oubliant qu'elle a été abrogée par la loi de 1857, qu'elle est considérée comme abrogée par tous les auteurs qui ont écrit sur cette matière.
Au surplus, voici le texte du dernier article de la loi de 1&57:
« Sont abrogées, en ce qui concerne l'armée de terre, « toutes les dispositions législatives et réglementaires rela- « tives à l'organisation, à la compétence et à la procédure « des tribunaux militaires, ainsi qu'à la pénalité en matière « de crimes et de délits militaires. »
Ainsi, aucune espèce de doute. Cette loi de brumaire, elle n'existe plus, elle a été abrogée de la façon la plus formelle. Est-ce à des hommes comme Mes Démange et Labori que j'ai besoin de rappeler d'ailleurs que, même sous l'empi'e de cette législation, qui n'est pas de notre époque, qui était du droit intermédiaire, qui n'est pas du droit nouveau, que même sous l'empire de cette législation un arrêt de cassation, qu'ils connaissent aussi bien que moi, du 19 mars 1852, le seul — il ne peut pas y avoir de doute — qui existe dans la matière, a cassé un jugement du premier Conseil de
guerre d'Alger qui avait admis un sieur à prendre con-
clusionset à se faire représenter par un avocat.
affaire BSTBRHJUra 118
Aucune espèce de doute. Il n'y a pas, quoiqu'on en dise, dans tout l'arsenal de nos lois i\n seul texte qui permette soit à Mme Dreyfus, soit à M.Mathieu Dreyfus, d'intervenir à un autre titre qu'à titre de témoins. Ouels sont leurs droits? Us ne peuvent à titre de témoins ni se faire assister d'un avocat ni assister à L'ensemble du débat.
Voilà les règles que j'ai quelque confusion de vous rappeler, parce que vous ne les avez point oubliées et que j'invoque devant vous. Au surplus, l'incident qui vient de se produire n'est qu'un des innombrables incidents que l'on cherche à susciter non point dans ce procès, mais autour de ce procès
On a parlé tout à l'heure de la lumière qui devait se faire. Que les adversaires se rassurent. Elle se fera ici tout entière et sous un contrôle et une garantie qui inspirent le respect et la confiance à tous les Français.
M. le Président. — Le Conseil va délibérer.
(Le Conseil se retire et rentre quelques instants après.)
M. le Président. — Jugement : c< Au nom du peuple français, aujourd'hui, 10 janvier 1898, le premier ( lonseil de guerre du gouvernement militaire de Paris, délibérant à huis clos, statuant sur les conclusions de Me Démange, demandant à intervenir aux débats, au nom de M. Mathieu Dreyfus, comme partie plaignante ;
« Oui le Commissaire du gouvernement tendant à rejeter ces conclusions ;
. « Ouï Me Démange dans ses conclusions et leur développement, et celles du Commissaire du gouvernement ;
« Dit (jue le Conseil de guerre n'a pas à s'occuper de l'all'aire Dreyfus, sur laquelle il a été statué légalement par le premier Conseil de guerre :
" Attendu que la partie plaignante ne peut être entendue que comme témoin, et que le soin de poursuivre dans l'intérêt social n'appartient qu'à une action publique?
« Attendu que le Code militaire est seul en vigueur, la loi de brumaire est abrogée;
« Attendu que le Conseil ne pourrait, sans violer les articles 58 et 54 du «iode de justice militaire, autoriser l'intervention d'une tierce personne vis-à-vis dos témoins, de l'accusé et de l'accusation ;
114 AFFAIRE EsTERHAZY
« Attendu qu'en cas de huis clos, le Conseil ne peut autoriser M. Mathieu Dreyfus, ni son défenseur à assister aux débats ;
« Par ces motifs, le Conseil rejette les conclusions de Me Démange, lequel est débouté de ses prétentions, et donne acte de ces conclusions et passe outre aux débais conformément aux articles 53, 54 et 133 du Gode de justice militaire. »
M. le Président. — Appelez les témoins.
Les greffiers appellent les témoins, M. Mathieu Dreyfus, M. Scheurer-Kestner, Me Leblois.
M. le Président lit une lettre de Me Leblois disant qu'appelé par l'enterrement de son père à Strasbourg, il ne pourra se rendre au Conseil de guerre aujourd'hui ; mais il compte se tenir mardi à la disposition du Conseil.
L'appel des témoins continue. Les témoins appelés sont :
Mathieu Dreyfus ; Scheui'er-Kestner: Me Leblois ; Autant père; Autant fils; Stock, éditeur; Mme Pays; Weil; Féret, directeur de l'Agence postale du passage de l'Opéra ; le lieutenant-colonel Picquart ; commandant Curé; lieutenantcolonel Henry; commandant Lauth ; Gribelin, archiviste; Bertillon, directeur du service anthropométrique ; Mulot, ancien secrétaire de l'accusé ; général «ionse, sous-chef de l'état-major général ; commandant du Paty de Clam ; lieutenant Bernheim; capitaine Junck; capitaine V aidant ; Belhomme, expert en écritures; Varinard, expert en écritures ; Couard, expert en écritures ; L'Hôte, expert chiT miste ; commandant Bergougnan.
Les témoins appelés sortent tous. Ils reviendront chacun à leur tour pour être entendus au cours dos débats.
M. le Commissaire nu Gouvernement. — La publicité des débats pouvant comprometlre l'intérêt de la défense nationale, j'ai l'honneur de demander au Conseil de vouloir bien ordonner le huis clos.
Le Conseil se retire pour délibérer : il rentre à 11 h. 40.
M. le Président.— Jugement : « Au nom du Peuple Français, aujourd'hui, 10 janvier 1898, le premier Conseil de guerre délibérant à huis clos, statuant sur les réquisitions du Commissaire du Gouvernement; ouï la défense ;
AFFAIRE BSTBRHABY 115
« Le Président pose la Question suivante:
•< Y a-t-il Lieu d'ordonner le huis clos!
« Le Conseil, considérant que la publicité Intégrale" des débats peut, à un moment donné,de venir dangereuse pour la sécurité de l'État, déclare, à une majorité de cinq voix contre deux, que les débats seront publics jusqu'au moment où leur publicité paraîtra devenir dangereuse pour la défense nationale; le huis clos sera alors prononcé soit sur le réquisitoire du Commissaire du Gouvernement, soit sur la décision du Conseil. »
M. Vallecalléi greffier, donne lecture du rapport du commandant J î a va r y .
Rapport du commandant Ravai-y
Le 15 novembre dernier, à la suite d'une campagne de presse aussi violente que regrettable, le ministre de la guerre recevait une lettre dénonçant le commandant Walsin-Ësterhazy comme étant le véritable auteur du bordereau qui servit de base aux poursuites exercées en 1894 contre un officier français.
En même temps qu'il l'adressait au ministre, l'auteur de la lettre, M. Mathieu Dreyfus, la communiquait aux journaux parisiens qui la publiaient immédiatement.
La dénonciation était formelle, catégorique, et ainsi que le déclarait le chef de l'armée à la tribune de la Chambre, dans les éloquentes paroles que l'on connaît, il devait à la justice, â l'honneur même de l'officier incriminé et de l'armée, de mettre le dénonciateur en demeure de produire les preuves accusatrices qu'il prétendait avoir en sa possession.
A la suite de cette déclaration, le gouverneur militaire de Paris fut invité à ouvrir une enquête judiciaire dont la conduite fut confiée au général de Pellieux, commandant par intérim la place de Paris, agissant en qualité d'officier de police judiciaire, en vertu des dispositions de l'article 85 du < Iode militaire.
I >ès le début de cette enquête, vint s'ajouter une nouvelle 3atibn portée phi le lieutenant-colonel Picquart, appelé de Tunisie, pour donner son témoignage, sur les instances de MM. Scheurer-Kestner et Dreyfus. Cet officier supérieur révéla l'existence d'une carte télégramme reçu, lorsqu'il était attaché au ministère, et qui, selon lui, démontrait la culpabilité du commandant Esterhazy.
Nous verrons plus loin en quoi consiste cette pièce concluante et le degré de confiance qu'elle est susceptible d'inspirer.
Enfin, l'enquête poursuivie avec une célérité et une im partialité remarquables aboutit à la délivrance de l'ordre d'informer que réclamait énergiqnement l'Inculpé.
A l'instruction, au parquet, M. Mathieu Dreyfus et le lieutenant-colonel Picquart furent invités à préciser leurs accusations.
M. Mathieu Dreyfus exposa que, convaincu de l'innocence de son frère, il avait, dès le lendemain de sa condamnation, commencé des recherches pour découvrir l'auteur du bordereau incriminé.
Pendant longtemps, il s'était égaré dans ses investigations, lorsque, vers le 7 novembre dernier, son attention fut sollicitée par la similitude qu'il remarqua entre l'écriture du bordereau et celle d'une lettre que lui avait apportée un de ses amis. Cette lettre était du commandant Esterhazy.
Très vivement frappé de cette ressemblance, M. Dreyfus se procura d'autres lettres du même auteur, mais ayant des origines différentes. L'étude graphologique à laquelle il les soumit lui permit de conclure que l'identité d'écriture était parfaite entre cette lettre et la lettre-missive.
Dès ce moment, sa conviction était faite, et l'idée lui vint alors de faire part de sa découverte à M. le sénateur Scheurer-Kestner, chez lequel il trouva une même conviction.
Pour parfaire ses informations, M. Dreyfus s'enquit de la vie privée de celui qu'il considérait déjà comme coupable, et, sur ce point, tous les renseignements qu'il recueillit furent absolument défavorables. Le comte Esterhazy était représenté comme faisant des dépenses excessives, menant une vie dissipée, entretenant une maîtresse, étant toujours à court d'argent et se servant des moyens les plus répréhensibles pour s'en procurer; ces faits constituaient autant de charges morales de nature à le fortifier dans ses croyances.
Enfin, comme le bordereau produit au procès de son frère annonçait l'envoi d'un certain nombre de documents et que l'on avait argué de leur caractère confidentiel pour en déduire qu'un officier attaché à l'état-major de l'armée pouvaitseul se les procurer, M. Mathieu Dreyfus dirigea ses efforts de ce côté et s'employa à résoudre le problème de savoir si un officier de troupes avait pu les avoir également en sa possession.
Le résultat de ses recherches ne lui aurait laissé aucun doute à cet égard.
C'est armé de tous ces renseignements qu'il se décida à accuser publiquement le commandant Esterhazy, en se basant sur l'identité de son écriture avec celle du bordereau.
La déposition du lieutenant-colonel Picquart peut se résumer ainsi :
Au milieu du mois de mai 1896, son attention fut attirée pour la première fois sur le commandant Esterhazy par les
W.-V. EST] RHAZT 1 1-
fragments d'une carte-télégramme portant son nom et son adresse ; le texte en était cornu dans des termes tels qu'il y avait lieu de penser que des relations louches existaient entre le destinataire et l'expéditeur; les fragments, dont l'origine était pour lui la même que celle du bordereau dont il a été déjà question, lui avaient été remis comme pièces de service par le lieutenant-colonel Henry sans que celuici, contrairement à son habitude, y eût apporté une attention particulière. La carte n'était signée que de L'initiale G.
Le caractère de gravité que lui parut présenter cette carte lorsqu'elle eut été reconstituée était si accentué que le lieutenant-colonel Picquart résolut de n'en point parler à ses chefs avant de s'être renseigné sur la personnalité du corn mandant Esterhazy, qu'il ne connaissait pas.
Il jugea nécessaire d'ouvrir une enquête très discrète sur la vie du commandant ainsi que sur la considération dont il jouissait à son régiment.
A cet efïVt, il s'adressa à l'un de ses amis, autrefois collègue d'Ester!) azy, qui lui parla de cet officier dans les termes les plus sévères, disant « qu'il était toujours en quête de documents, tout en étant loin d'être un officier s'occupant avec zèle de son métier ».
D'autre part, l'agent très sur qu'il employait dans son enquête, les renseignements que lui donna la poste, « car il faisait saisir toute la correspondance de l'inculpé », lui apprirent que le commandant Esterhazy menait une vie dissolue et avait de grands besoins d'argent.
Jusqu'alors, le lieutenant-colonel Picquart ne s'était pas préoccupé de comparer, ainsi qu'il est d'habitude au bureau des renseignements pour les personnes soupçonnées, l'écriture d'Esterhazy aveocelle des pièces compromettantes renfermées dans les caisses de sûreté.
Avec l'assentiment de ses chefs, dit-il, il se procura de l'écriture du commandant Esterhazy, afin d'en faire l'objet d'une comparaison officielle.
(Juand il reçut les spécimens réclamés, comme il avait encore présent à la mémoire le genre d'écriture du bordereau Dreyfus, il fut frappé à première vue de la ressemblance des écritures. Toutefois, ne voulant pas s'en rapporter à sa propre impression, il lit tirer des photographies de ces spécimens, en ayant soin d'enlever les en-tètes et les autres parties qui auraient pu dénoncer leur auteur: puis il les montra à plusieurs personnes qui auraient déclaréspontanément, d'après lui, "qu'il y avait identité entière avec l'écriture du bordereau ».
Enfin, sa conviction serait devenue complète sur la culpabilité ^le l'inculpé quand il eut constat/' qu'une pièce contenue dans le dossier secret s'appliquait plutôt à Esterhazy qu'à Dreyfus.
C'est falors seulement qu'il songea à en référer à ses
118 AFFAIRE ESTERHAZT
chefs. Mais, auparavant, il crut utile de rédiger un Mémoire de quatre pages sur l'état de la question. Mémoire qu'il conserva par devers lui jusqu'à son départ du ministère, survenu le 16 novembre 1896.
Mis en demeure de répondie aux accusations dont il a été l'objet, le commandant Esterhazy commença par expliquer les circonstances dans lesquelles il avait connu les machinations dirigées contre lui.
Au mois d'octobre dernier, étant à la campagne, il reçut une lettre signée Speranza, lui donnant de minutieux détails sur un complot le visant et dont l'instigateur était un colonel nommé Piquart (le nom était écrit Piquart sans c).
Effrayé de cette grave communication, le commandant partit aussitôt pour Paris et en rendit compte immédiatement au ministre de la guerre, en lui adressant la lettre reçue.
Peu de temps après, lui parvenait un télégramme dans lequel on le priait de se trouver, à onze heures et demie du soir, derrière la palissade du pont Alexandre III, aux Invalides : une personne désirait lui donner des renseignements fort intéressants le concernant.
Le commandant se rendit à l'endroit indiqué et trouva dans une voiture une dame qui exigea d'abord de lui le serment de respecter son incognito. S'y étant engagé d'honneur, l'inconnue (que la presse a désignée sous l'appellation de la « dame voilée ») lui détailla longuement les agissements de ceux qu'elle appelait « la bande ».
Ensuite, eurent lieu trois entrevues, toutes entourées du même caractère de discrétion, tantôt derrière l'église du Sacré-Cœur, tantôl à Montsouris.
Au cours de la seconde visite, l'inconnue remit un pli à son interlocuteur en lui disant : « Prenez la pièce contenue dans cette enveloppe, elle prouve votre innocence, et, si le torchon brûle, n'hésitez pas à vous en servir. »
Le 14 novembre, l'inculpé, conseillé en ce sens, n'hésitait pas à se démunir du document libérateur en l'envovant au ministre de la guerre, s'en remettant loyalement à ses chefs du soin de défendre son honneur menacé.
C'est le lendemain de cet envoi que M. Mathieu Dreyfus faisait paraître les lettres de dénonciation dans certains journaux, et c'est seulement pendant l'enquête judiciaire que le commandant Esterhazy connut toutes les charges invoquées contre lui par ses adversaires.
Il les repousse toutes avec la plus grande énergie et les réfute ainsi :
Le bordereau incriminé n'est pas son œuvre ; il ne l'aurait jamais vu avant qu'il lui fût présenté par l'officier de police judiciaire.
Il admet que dans l'écriture de cette pièce se rencontrent
ÀFFAIliK FsTEKHAZY H1.'
des mots ayant une ressemblance si frappante aveu son écriture qu'on les dirait calqués. Mais l'ensemble diffère essentiellement. Son écriture est très fantaisiste. Cela explique que sous sa main la même lettre n'est pas immuablement tracée dans la même forme.
Enfin, ajoute t-il, alors même que l'identité serait encore plus grande, cela ne prouverait encore rien, et il lui est facile de démontrer qu'il était dans l'impossibilité de se procurer les documents énumérés. En 1894, il tenait garnison à Rouen, éloigné de Paris, où il venait rarement ; comment aurait-il pu, à moins d'être à la source des renseignements, au ministère, fournir des indications sur l'expédition de Madagascar, les troupes de couverture, etc. ?
Reste l'accusation portée par le lieutenant-colonel Picquart et basée sur la carte télégramme
Pour lui, cette accusation ne mérite pas d'être prise au sérieux. Non seulement l'authenticité de cette carte est loin d'être prouvée ; mais la naïveté avec laquelle elle aurait été adressée donne la mesure exacte de sa valeur. Allant plus loin dans sa réfutation, l'inculpé prétend et affirme que la pièce est fausse, et que son accusateur en est l'auteur.
Le comte Esterhazy proteste de toutes ses forces contre les procédés inqualifiables employés par le lieutenant-colonel Picquart, qui, sans mandat aucun, pendant de longs mois, s'est livré à des investigations odieuses sur sa vie privée, a jeté les soupçons sur son honorabilité, etcommis des illégalités monstrueuses en violant sa correspondance, allant jusqu'à faire perquisitionner dans son appartement pendant son absence.
En adressant sa lettre dénonciatrice au ministère de la guerre. M. Mathieu Dreyfus basait son accusation sur l'identité d'écriture du commandant Esterhazy avec celle du bordereau incriminé dans le procès de son frère.
f ne expertise s'imposait inévitablement pour en apprécier le bien fondé.
Cette délicate mission fut confiée à MM. Belhomme,Varinard et Couard, experts-écrivains près les tribunaux. Avant de commencer leurs «pérations, les experts demandèrent que M. Lhôte, expert-chimiste, leur fût adjoint, afin d'examiner si les lettres remises comme pié es de comparaison n'avaient subi aucune altération, aucun maquillage.
Avec le bordereau original, les experts reçurent neuf lettres, écrites par le co m mandant Esterhazy de 1894 à 1897; puis, sur leur demande, il leur fut remis un certain nombre d'autres lettres émanant du même et datées de bS^-j à 1897, ainsi qu'un r.orps d'écritures en lettres françaises et allemandes tracées sous nos yeux pap l'inculpé.
Le 20 novembre 1897, les experts déposèrent leur rapport entre n«s mains. Les conclusions sont les suivantes :
120 Aï) I.KIlAXï
« Le bordereau incriminé n'est pas l'œuvre du commandant Walsin-Esterhazy. Nous affirmons en honneur et conscience la présente déclaration »
Ces conclusions, si catégoriques, infirment péremptoirement l'accusation portée par M Mathieu Dreyfus.
L'accusation du lieutenant-colonel Picquart présentait un caractère exceptionnel de gravité, eu égard à l'origine attribuée à la carte-télégramme.
Afin d'en apprécier la valeur avec certitude, l'instruction a dû faire une enquête approfondie sur les circonstances qui ont accompagné la découverte de ce document compromettant, ainsi que sur les agissements latéraux du lieutenant-colonel Picquart à ce sujet.
Le résultat de l'enquête fut loin d'être favorable à l'accusation. Non seulement les dépositions des témoins présentent de nombreuses contradictions avec les dires du lieutenant-colonel Picquart, mais elles révèlent, de plus, des faits extrêmement graves commis par cet officier dans le service.
C'est ainsi que, mis en possession des papiers, parmi lesquels se seraient trouvés les fragments de la carte-télégramme, il les conserva pendant plus d'un mois avant de les remettre au commandant Lauth, chargé habituellement d'apprécier l'importance des papiers de cette provenance.
Plus tard, quand la carte eut été reconstituée sur ses ordres, le lieutenant-colonel Picquart invita cet officier à la photographier, lui recommandant expressément de faire disparaître sur les épreuves toutes traces de déchirure, cette correction pouvant lui permettre, disait-il, de donner au document un plus grand caractère d'authenticité et, au besoin, d'affirmer à ses chefs qu'il l'aurait interceptée à la poste.
Au cours de ce même entretien, le lieutenant-colonel Picquart demanda au commandant Lauth s'il ne serait pas disposé à certifier que l'écriture de la carte-télégramme était celle d'un haut personnage étranger Cette demande étrange fut accueillie par une vive protestation de son subordonné.
Les témoins affirment aussi que les recherches faites sur la vie privée du commandant Esterhazy n'auraient jamais été entourées de la discrétion dont a parlé le lieutenantcolonel Picquart.
Personne n'ignorait au bureau que, sur son ordre, la correspondance du commandant Esteihazy avait été saisie à la poste, et cela pendant de longs mois. Un n'ignorait pas davantage qu'il aurait employé un agent à perquisitionner sans mandat légal chez l'inculpé pendant son absence.
Enfin, lorsque les chefs, mis au courant de ces agissements et effrayés du scandale qui pouvait en résulter, lui eurent conseillé d'y mettre fin, le lieutenant-colonel Pic-
quart s'écria dans un moment d'emportement : ■ Ah! ils ne veulent pas marcher la-haut ; je les y forcerai bien ! »
L'information a révélé encore, d'autres faits particuliers qui donneraient à croire que le lieutenant-colonel Picquart pourrait bien avoir été L'âme de la campagne !-canda<euse qui vient de se produire et dans laquelle il aurait eu l'habileté de se dissimuler et de laisser les autres porter les premiers coups.
Au mois d'août 1896, profitant d'une absence du lieutenant colonel Henry, M. Picquart se fit ouvrir l'armoire de cet officier et s'empara d'un dossier contenant des pièces secrètes. Pendant deux mois il le conserva, bien que ce fût l'habitude de remettre chaque soir à leur place les documents importants.
Un soir que le lieutenant-colonel Henry, de retour à Paris, était entré brusquement chez M. Picquart, il aperçut Me Leblois, avocat, dont le colonel recevait de fréquentes et longues visites, assis auprès du bureau et compulsant avec lui le dossier secret. Une photographie portant ces mots « cette canaille de D. .. » était sortie du dossier et étalée sur le bureau.
Si l'on considère que c'est une pièce identique qui a été renvoyée auministèredela guerre parl'inculpé, on est amené fatalement à se demander si la corrélation qui existe entre les deux faits n'est point le résultat de cette indiscrétion.
Ce n'est pas tout : au mois de juin dernier, le lieutenantcolonel Picquart, en garnison à Sousse, ayant su qu'une enquête était ouverte au ministère sur ses agissenients.vint hâtivement à Paris. Au lieu de B'expliquer devant ses chefs, ses protecteurs naturels, il se rend chez son ami, M> Leblois, le met au courant des choses et dépose entre ses mains quatorze lettres ayant trait exclusivement au service et que lui ont adressées ses chefs.
Tel est l'ensemble des faits révélés par les témoins, autrefois chefs et collaborateurs du lieutenant-colonel Picquart. Il semble tellement sérieux que, malgré l'autorité qui doit s'attacher à la parole d'un officier supérieur, on est en droit de se demander si l'on peut accorder à la base de son accusation, à la carte-télégramme dont l'origine a été pour le moins mystérieuse, une authenticité suffisante pour étayer une accusation de haute trahison, alors surtout <|ue les tentatives caractéristiques destinées à imprimer à cette
Sièce un caractère de véracité préalable démontrent suraondamment qu'elle n'en |> aucun par elle-rn :
Nous n'avons point mission de faire le procès du lieutenanl colonel Picquart. Il appartiendra à l'autorité militaire Le soin d'examiner et d'apprécier Bes actes et de leur donner la suite qu'il appartiendra.
Certes, la vie privée du commandant Esterhazy ne rait être propo mme modi ciers.
Alais de ces écarts, même les plus répréhensibles, on ne saurait déduire nécessairement qu'il a pu se rendre coupable du plus grand crime qu'un soldat et un Français puisse commettre.
D'autre part, l'impartialité nous fait un devoir d'ajouter que les notes personnelles de l'inculpé sont élogieuses jusqu'en 1K96, année de sa mise en non-activité pour infirmités temporaires, et un certain nombre de lettres émanant de ses anciens chefs témoignent des sentiments d'estime qu'ils professaient à son égard.
En résumé, que r«ste-t-il de cettre triste affaire, si savamment machinée ? Une impression pénible qui aura un écho douloureux dans tous les cœurs vraiment français. Des acteurs mis en scène, les uns ont marché à découvert, les utres sont restés dans la coulisse ; mais tous les moyens amployés avaient le même but ; la revision d'un jugement eégalement et justement rendu.
1 Pour conclure, nous dirons que, si les accusations contre le commandant Esterhazy ont été portées avec une préci sion et une mise en scène susceptibles d'émouvoir l'opinion publique et de la troubler, en réalité il n'a été établi aucune preuve probante, juridique, de sa culpabilité et l'instruction laborieuse à laquelle il a été procédé, n'a pu recueillir des charges suffisantes pour étayer la prévention de haute trahison dirigée contre l'inculpé.
En conséquence, nous sommes d'avis qu'il y a lieu en l'état de rendre une ordonnance de non-lieu.
Fait à Paris, le 31 décembre 1897.
Le rapporteur,
Commandant Ravary.
M. le Président. — La séance est suspendue de midi à 2 heures.
L'audience est reprise à deux heures pour l'interrogatoire du commandant Esterhazy.
M. le Président. — Il résulte du rapport lu ce matin, rapport qui est le résultat de l'enquête préliminaire, que vous êtes accusé de crime de haute trahison. La hase de l'accusation est une dénonciation, adressée le 15 novembre dernier, au ministre de la guerre, par M. Mathieu Dreyfus.
D'après cette lettre, vous seriez l'auteur du bordereau incriminé dans le procès de son frère ; qu'avezvous à dire pour votre justification ?
Le commandant Esterhazy. — J'attends que M. Mathieu Dreyfus ait fait ses prêtes.
AFFAIRE BSTERHAZY 123
M. le Président. — Nous n'avez pas autre chose à dire ?
R. Non, mon général.
D. Dans quelles circonstances et comment avez-vous été avisé du complot que vous prétendez tramé contre vous.
R. J'étais à la campagne, lorsque je reçus, à la date du 20 octobre, une lettre anonyme, ou plutôt signée Speranza, m'annoneant les manoeuvres dont j'allais être victime et l'intervention dans cette affaire du lieutenant-colonel Picquart, que l'on me disait avoir été au ministère de la guerre et, depuis plusieurs mois., s'être occupé de me substituer au capitaine Dreyfus sous l'accusation de hautre trahison. Je ne connaissais pas du tout le colonel Picquart....
D. A quelle date ?
R. Le 20 octobre 1897. Cette lettre me disait que le lieutenant-colonel Picquart avait soudoyé des soldats de mon régiment pour avoir de mon écriture et avait constitué un dossier dans lequel il y avait des pièces fausses.
Tous ces documents avaient été préparés par lui et livrés à la famille Dreyfus, laquelle, munie de ces pièces, devait m'attaquer dans Les journaux.
Lalettre disait en même temps que la famille Dreyfus prétendait que je me sauverais, et que ma fuite serait l'aveu de ma culpabilité.
Je n'avais jamais entendu parler du colonel Picquart. .le partis pour Paris pour -avoir qui il était. Là, je fus vingt-quatre Heures avant de le retrouver, parce que .son nom était mal orthographié et que je ne savais pas de que! Picard il s'agissait, -le finis par découvrir qu'il était de l'état-major du ministère de la guerre, qu'il avail été occupé au service fies renseignements et qu'il était en Tunisie.
Ln même temps, je me procurai les pièces qui avaient servi, en 189o, à la campagne déjà (aile en faveur de Dreyfus. Qn numéro du Matin reproduisant un spécimen d'écriture et une brochure intitulée : « Une i rreurjudi(:in/re»,deM. Bernard Lazare, contenant également un spécimen de la même écriture de Dreyfus. Je constatai qu'il y avait une ressemblance si grande entre pes documents el mon écriture que plusieurs mots paraissaieni décalqués sur mon écriture ;
toutefois, l'allure générale de ces documents n'était pas la même que celle de mon écriture.
Je m'adressai immédiatement à M. le ministre de la guerre, auquel j'écrivis qu'il était le gardien de l'honneur de tous ses officiers et je le priai de m'entendre pour lui faire part d'une communication très grave.
Le ministre me fit recevoir par le général Millet, qui me dit de faire un récit détaillé de toute l'affaire. Je fis le récit demandé, mais je n'eus pas de réponse.
Deux jours avant, je reçus un télégramme me donnant rendez-vous derrière le pont Alexandre III, sur le carré des Invalides. Je m'y rendis et trouvai là cette dame dont on a tant parlé, que je ne connais pas, couverte d'une voilette épaisse. Je n'ai pas pu voir sa figure et j'ai pris, sur sa demande, l'engagement de ne pas chercher à la reconnaître.
Cette dame me prévint de la machination tramée contre moi. Je lui demandai si c'était elle qui m'avait écrit à la campagne.
Elle me dit qu'elle ne savait pas ce que je voulais dire. Elle me donna des renseignements pareils à ceux de la lettre signée Sperenza sur le colonel Picquart et sur ce qui devait se produire. Elle me parla de l'entrée en ligne dans cette affaire d'un haut personnage parlementaire...
D. Vous n'avez pas cherché à trouver le nom de cette dame ni à savoir à quelle source elle avait puisé ses renseignements ?
R. Au cours de l'enquête du général de Pellieux, j'ai reçu un avis fixant le jour où je devais la revoir, mais je n'ai pas pu la revoir parce que j'étais entouré d'une collection d'immondes gredins qui m'enveloppaient et me suivaient botte à botte. J'ai prévenu le général de Pellieux que je ne pouvais pas m'en débarrasser et, en effet, je n'ai pas été lâché d'une semelle.
D. Cependant cette bande vous a lâché, puisque vous avez eu des rendez-vous avec la dame?
R. Au moment du rendez-vous du pont, je n'étais pas suivi encore.
D. Mais vous avez eu plusieurs rendez-vous. A combien de jours d'intervalle?
R,. Le premier, le 29 octobre; le second, quatre jours après; deux autres ont précédé de très peu la déclara tion du général Billot à la Chambre...
AFFAIRE ESTKRHAZY 12»
D. A la suite de laquelle vous avez été suivi, ditesvous. Il est bien singulier que vous ayez eu ainsi quatre rendez-vous de la personne mystérieuse et que vous n'ayez pas pu chercher à savoir d'où venaient les renseignements qu'elle vous donnait.
R. Les renseignements étaient exacts, j'en avais la preuve.
D. Vous n'avez pas cherché à savoir quel intérêt elle avait à vous dévoiler les agissements de vos ennemis ?
R. Elle semblait poussée par un besoin impérieux de défendre un malheureux contre des imputations fausses.
D. Pourquoi ne pas reproduire ces allégations au grand jour? Pourquoi se cacher, quand on a quelque chose à dire dans l'intérêt de la vérité ?
R. Je ne chercherai pas même aujourd'hui à savoir où elle a puisé ses renseignements, car j'ai juré de ne pas m'en occuper.
Dans la seconde entrevue que j'eus avec cette dame, elle me remit une enveloppe disant qu'elle contenait la preuve de la culpabilité de Dreyfus et de mon innocence; elle ajouta que « si le torchon brûlait, il n'y avait qu'à faire publier la pièce dans les journaux. »
D. Qu'avez-vous fait de cette pièce?
R. Je l'ai remise au ministre de la guerre. Je prévins le ministre, le Président, de la République. Je fus appelé chez le gouverneur militaire qui me demanda des détails. J'ai remis la pièce sans savoir ce qu'elle contenait ; c'était le 14 novembre.
Le 15 , M. Mathieu Dreyfus publiait, dans le Mutin, sa lettre de dénonciation. Le 15, à midi, je prévins le ministre de la guerre que j'avais l'honneur de demander une enquête.
D. En ce qui concerne l'histoire de la dame voilée, la police a recherché les cochers qui l'avaient conduite dans ses rendez-vous. Les résultais ont été nuls.
R. Tout ce que j'ai dit est aussi vrai que je suis innocent.
D. Est-ce que dans chacun de ces rendez-vous elle venait en voiture ?
R. Dans deux rendez-vous.
D. Eh bien 1 on n'a pas pu retrouver les cochers. En résumé, M. Mathieu Dreyfus vous accusait d'être
126 AFFAIRE ESTEKHAZY
l'auteur du bordereau et vous avez été avisé de la campagne entreprise contre vous par cette dame.
R. Par deux personnes : par l'auteur de la lettre signée Speranza et par la dame voilée.
D. Reconnaissez-vous cette lettre ?
R. C'est la lettre que j'ai reçue à la campagne, à Sainte-Menehould.
D. Croyez -vous que la dame voilée soit l'auteur de cette lettre?
R. Non, mais elle est l'auteur de la seconde lettre donnant le rendez-vous.
D. Du reste, ces lettres sont écrites de la même façon. Alors, vous ne connaissez pas la personne qui vous a donné rendez-vous ?
R. Du tout.
D. Continuez votre déposition. Arrivons à l'affaire du capitaine Brault. Quelle est cette histoire?
R. Voici comment les choses se sont passées :
En voyant le bordereau publié par le Malin rapproché des spécimens de mon écriture, j'ai été frappé de la ressemblance de certains mots qui paraissaient décalqués. Cette idée de décalquage m'a frappé. Je me suis demandé comment l'auteur de la publication du bordereau avait pu avoir de mon écriture. Mon écriture a, malheureusement, traîné chez bien des gens dont le métier est de prêter de l'argent; de plus, j'ai été témoin dans un duel (Cremieux-Foa). A ce sujet, j'ai reçu beaucoup de lettres d'officiers auxquels j'ai répondu. J'ai pensé que M. Mathieu Dreyfus avait pu en avoir quelques-unes. Mais cela n'était pas suffisant. Je me suis souvenu qu'au mois de février 1893 j'ai reçu à Rouen, où j'étais alors, une lettre d'un officier, attaché à l'état-major du ministère de la guerre, me disant qu'il était chargé de faire une étude sur le rôle de la cavalerie légère dans la campagne de Crimée, qu'il savait que mon père avait commandé une brigade à Eupatoria, et il me demandait de lui envoyer les documents que je pouvais posséder sur cette époque. Je fis un petit travail de sept à huit pages in-folio que j'ai envoyé à ce monsieur : le capitaine Brault, rue de Chàteaudun...
D. Quel numéro .
R. Je ne me le rappelle pas. Après avoir envoyé ce travail, j'ai été surpris de n'en pas recevoir de nou-
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velles. J'ai cherché au ministère de le guerre ; le capitaine Brault n'y était plus ; il était parti sans laisser d'adresse, mais j'ai su qu'il était <mi garnison à Tou- Louse .1" lui ai écrit H il m'a réponduen me disant qu'il ne savait pas ce que je voulais dire. J'ai envoyé une lettre au chef d'état-major de l'armée en lui demandant de faire une enquête et de me confronter avec ie capitaine Brault. Je n'ai pas eii de nouvelles de cette démarche.
]). Vous n'avez jamais retrouvé le capitaine Brault?