II. Non, ni"!! général
D. Vous lui avez écrit une lettre et il vous a dit qu'il n'avait pas reçu les n
li. 11 m'a écrit qu'il ne me les avail pas demandés. . .
D. C'est-à-dire que vous avez fini par retrouver le capitaine Brault, qui vous a déclaré ne vous avoir jamais ri^n demandé.
1!. Parfaitement.
D. D'après les recherches faites, on n'a pas trouvé, rue de Ghàteaudun, l'adresse du capitaine Brault; mais l'adresse qui s'en rapprochait le plus est celle de M. Hadamard, bêau-père de M. Dreyfus.
\\. Parfaitement.
1>. Et le capitaine Brault vous a bien déclaré qu'il ne vous a ■.;iit jamais rien demandé ?
l;. < mi, mon général.
D. Le capitaine Brault a écrit, d'antre part, qu'il n'a jamais. rien reçu du commandant Esterha/.y au sujet de renseignements sur la campagne de Grimée.
Vous avez écrit, le 29 octobre 1897 :
Mon cher camarade, Permettez-moi de faire appel à vos souvenirs pour un renseignement du pltia grand intérêt pour moi: En février je vous ai envoyé, sur votre demande, une notice relative au rôle jouée en Crimée par le4* hussards à Eupatoria, an 'les régiments qui se trouvait alors sous les ordres de mou n que je i envoyé ee petit travail chez
un de vos amis, rue de Lafayette ou rue de Ghàteaudun, si mes >-"n. . parce que vous alliez partir
en pe . je n'ai : de réponsede vous, faurais
oir, le plus tôt possible, ai vous n'auriez, e souvenir d'avoir ir la suite, prêté
ce petit travail, sans valeur :, à un de vos catna-
- du ministère de la guerre.
Veuille/ agréer, etc. . .
Où avez-vous adressé cette lettre ?
R. A Toulouse.
D. Le capitaine Brault était en permission et non à Toulouse. Ne recevant pas de réponse, vous lui avez télégraphié :
Avez-vous reçu ma lettre du 29 octobre ? Je considérerai votre silence plus prolongé comme me confirmant que vous avez communiqué ma notice à un tiers, de votre grade.
Signé: Esterhazy.
Enfin, le capitaine Brault a fini par recevoir la lettre et le télégramme, et il vous a répondu le 9 novembre 1897:
Mon commandant,
Je viens de recevoir votre lettre du 29 octobre qui m'a été renvoyée de Toulouse à Paris, où j'étais venu passer quelques jours. N'ayant jamais étudié particulièrement la guerre de Crimée, ni eu l'intention d'écrire sur ce sujet, je n'ai pas pu vous demander une notice sur le rôle joué en Grimée par le 4e hussards à Eupatoria. Je ne comprends donc pas la question que vous avez voulu me poser et regrette de ne pouvoir vous répondre. Je ne suis pas pajti en permission en février 1896. Aucun de mes amis et connaissances ne demeure rue de GhAteaudun. N'ayant pas l'honneur de vous connaître, même de nom, je ne vous ai rien demandé ni verbalement ni par écrit.
Veuillez agréer, etc. . .
Voilà une lettre qui indique nettement que le capitaine Brault ne vous a jamais rien demandé.
Ce renseignement vous a été demandé par un tiers qU/se l'est fait adresser rue de GhAteaudun. C'est bien
cela? . , , !
r Oui, mon gênerai.
Quand j'ai eu écrit au capitaine Brault, j'ai examiné jes~rï0cuments cités sur le bordereau et il m'a été facile d'étab1*1' Çuil' m'était impossibled'avoir livré tous les rïocuments figurantau bordereau etquej'étais dansl'imrjossibi^ rï- établir le bordereau lui-même....
D La première charge est l'identité de l'écriture dubordereau avecla vôtre. Qu'avez- vous à répondre?
R J'ai déjà répondu que le bordereau n'a pas été écrit par m(n' ^es experts le prouveront.
D La seconde charge, d'après M. Mathieu Dreyfus
c'est que, dès que le Matin a publié le fac-similé du bordereau, vous avez changé votre écriture en tous servant de majuscules à la fa<;on allemande.
R. J'ai écrit plutôt d'une façon fantaisiste. Vous trouverez dans mon écriture des lettres faites tantôt d'une façon, tantôt d'une autre.
D. M. Mathieu Dreyfus insiste sur ce point, c'est que votre écriture a changé au moment où vous avez connu le fac-similé du bordereau.
H . Je donne à cela un formel démenti.
1». Latroisièmecharge contre vous est relative au frein hydraulique. D'après M. Mathieu Dreyfus, vous étiez, aussi bien que son frère, àmème de connaître ces pièces, attendu que vous êtes allé aux écoles à feu en 1894, sur votre demande.
II. Kn 1894, j'ai été aux écoles à feu, en effet. M. Mathieu Dreyfus prétend que le bordereau fut écrit en mars ou avril 1894. Or, ce n'est qu'au mois d'août que j'étais aux écoles à feu. Je ne pouvais donc pas livrer les documents en question.
D'ailleurs, tous ceux qui ont été aux écoles à feu savent qu'on tire sur des panneaux, mais qu'on ne fait aucune espèce d'études sur le matériel et, à plus forte raison, sur les modifications confidentielles apportées audit matériel.
D. Oui, mais on peut toujours demander des renseignements à des officiers d'artillerie.
R. Il très facile de savoir si, aux manœuvres, j'ai demandé à des officisrs des renseignements sur la pièce de 120. D'ailleurs, je n'ai été aux manœuvres qu'en juin. Comment aurais-je pu donner des renseignements en avril ? Et puis, les renseignements que j'aurais pu avoir sur le frein hydraulique sont de ceux que tout le monde peut se procurer pour 1 fr. 75.
I). M. Mathieu Dreyfus parle encore d'une note sur les troupes de couverture. Comme major, vous pouviez mieux les connaître que tout autre.
R. Comme major, je n'avais pas à m'occuper de la mobilisation Il \ avait pour cela un bureau, placé directement sous les ordres d'un colonel; je n'avais, quant à moi, affaire qu'au capitaine d'habillement el au Trésorier.
I ». l »ana votre régiment, vous n'étiez pascha-gédela mobilisation?
430 APFAIHB BSTEHHA.KY
R. Non, c'était un lieutenant sous les ordres du colonel. Je ne m'en suis occupé que quand mon régiment a quitté Evreux, mais non tant que nous avons été à Rouen. Mais ce fait s'est passé en septembre 1894; par conséquent, je n'était pas à même, en avril, de fournir ces renseignements.
Ceux qui savent quelle est la mobilisation du 3e corps savent bien que ce corps ne peut servir de troupes de couverture ; que, seules, les troupes de frontières sont les troupes de couverture et que le 3e corps ne leur fournit ni un homme ni un caporal. Non seulement moi, mais même un chef de corps ne pourrait donner des renseignements à ce sujet qu'à la condition de violer les cachets du ministère de la guerre. Personne, à moins d'être au ministère de la guerre, ne pourrait donner des renseignements sur le plan treize relatif aux modifications apportées aux troupes de couverture. Ce plan treize ne pouvait, en mai 1894, être connu dans aucun corps de troupes, les modifications étant encore à l'état-major de l'armée. Comment, moi, petit major à Rouen, aurais-je pu savoir quelque chose, en mai 1894, des modifications apportées par le plan treize, modifications qui n'ont été connues, dans les corps de troupes de couverture, que fort longtemps après?
D. M. Mathieu Dreyfus a déclaré aussi qu'en ce qui concerne la nouvelle formation de l'artillerie, vous étiez aussi à même que son frère de vous procurer, à la fin d'avril 1894, la note qui les concerne, note parue dans un rapport du général Iung sur cette question, rapport qui fut distribué.
R. S'il s'agit de renseignements comme ceux-là, ce ne sont pas des renseignements à fournir à un gouvernement étranger. Ce sont des renseignements qu'on trouve dans toutes les librairies, à 1 fr. 75, et qui sont sans intérêt. Gela n'est pas sérieux.
Les formations d'artillerie, cela doit être quelque chose déplus important ; il faudrait, pour les avoir, les avoir demandées à l'état-major du ministère, quand elles se sont produites et ce n'était pas un officier d'infanterie qui pouvait obtenir de tels renseignements.
D. Il y a, enfin, une note relative à Madagascar \
R. En avril 1894 ! Je demanderai à tous les officiers si quelqu'un connaissait le plan de Madagascar à cette
A) KAIl',1. I.STEKHA./Y iffl
•la t.- : je ae savais mâme pas qu'il y eut un»1 Bj^mpagne en L894, sans cela, j'aurais cherche k y aile?. En 1894, personne, dans un régiment, ne pouvait avoir de reu» seignements sur la formation d'une troupe quelconque
à <l"stination de Madagascar.
si ce renseignement était connu, il ne pouvait l'être qu'à l'état-major. Combien d'officiers, en lH'.i'i. étaient au courant de cette expédition .' Quels étaieîuVils ? 11 y on avait cinq ou six : il n'y a qu'à les interroger.
D. On vous a reproché aussi d'avoir envoyé la manuel d'artillerie. Ce document < st très difficileà se procurer ?
I ;. Quand j'ai vu le bordereau, j'ai cru que j'avais pu
i ce document; niais, en réalité, je ne l'ai pas eu.
Je n'ai eu qu'un document qui m'a été procuré par un
lieutenant «l'artillerie que je connaissais.}!. Bernheim,
quelques .jours avant mon départ.
.urne je me suis beaucoup préoccupé de conférence tir et que je désirais aller passer quelques jours dan> une petite propriété que j'ai près du camp de Ions, et que je ne pouvais pas. comme major, avoir de permission, .je demandai à aller aux écoles à feu. .le ne ii:~ pas là une démarche extraordinaire. Tout le monde sait qu'il parait tous les ans.au rapport de eha*que régiment, une note invitant les officiers désirant aller aux écoles à feu à eu faire la demande. Je le fis, i que je le dirais, pour pouvoir passer quelques jours ehe/ moi. J'avais fait la connaissance du lieutenant Bernheim. Cet officier, nie parlant du tir de position, me dit : i .le y,, us enverrai un petit manuel qui ls intéressera. <> J'avais une conférence à faire làd< 3sus : je crevais le manuel intéressant : j'acceptai -a proposition. Gomme nous avons changé de garnison, je n'ai pas eu L'occasion de nie servir de cetouvrage. I >•■ plus, quand j'ai eu ce manuel, c'était eu septembre; comment aurais-je pu le livrer en avril:' Autre chose encore : quand on a t'ait une empale, on a découvert «pie M. Bernheim ne m'avait pas envnyé le manuel de tir figurant au bordereau, mais un manuel (te 1881, ouvrage que l'on trouve couramment dan- toutes les Librairies militaires pour u IV. 80.
D. Vous êtes l'auteur, d'après M. Mathieu Dreyfu . >\\\ bordereau, parée qu'il se termine par cette phrase :
Je vais partir en manœuvres. • Que répondez- vous t
R. Auparavant, je voudrais ajouter quelque chose pour le manuel. Si cette pièce était confidentielle, il a fallu que quelqu'un autre qu'un lieutenant me l'ait procurée. Pour prouver que j'ai reçu ce manuel, il faut trouver celui qui me l'aurait donné.
D. Revenons à la dernière phrase du bordereau.
R. J'ai été aux manœuvres comme major, en mai 1894. A cette époque, je ne pouvais pas dire : « Je vais partir en manœuvres » et livrer des renseignements que je n'aurais pu avoir qu'en août ou septembre. Cette accusation n'a donc aucun fondement.
D. Le rapport fait remarquer que vous faisiez beaucoup de dépenses, que vous étiez sans fortune, que vous aviez installé votre maîtresse, une Mme Pays, dans un local loué à votre nom; puis que vous lui aviez demandé à mettre le local en son nom, lui donnant comme motif que vous vouliez vous suicider et que vous preniez ces précautions pour que le mobilier lui restât.
R. Si, au lieu de faire des rapports calomnieux sur mon compte, on avait étudié ma vie, on aurait vu que, si j'ai fait des dépenses, elles n'ont pas été au-dessus de ma fortune, et je les ai payées.
J'ai eu une liaison irrégulière, je le reconnais; mais c'est une faute et non un crime.
Quant au suicide, je dirai que je ne suis pas de ceux qui se tuent devant aucun danger, quel qu'il soit. Je n'ai jamais parlé de me tuer. L'année dernière, j'avais été proposé pour la croix, pour la troisième fois; j'avais demandé à entrer à la direction de l'infanterie au ministère de la guerre, et, si je n'avais pas été la brebis galeuse qu'on a essayé de me représenter, j'aurais sans doute réussi. Mais, ayant échoué, je m'étais demandé pourquoi. C'était à cause de cette histoire abominable. Comme on m'avait objecté ma liaison irrégulière, j'ai voulu, au moment cù j'appelais l'attention du ministre sur moi, régulariser cette situation et mettre au nom de Mme Pays le loyer qui était en mon nom. Mme Pays vous dira si j'ai jamais parlé de me tuer; mais, je le répète, vous pouvez être certain que je ne suis pas de ceux qui fuient devant un danger quel qu'il soit.
D. vous n'avez pas autre chose à ajouter?
R. Non, mon général.
D. Vous avez vu le bordereau ; inutile do vous le représenter?
M l'Ail;,. ESI i un \/.v 133
li. Non, mon général.
I>. N'avez-vous pas été l'objel crime accusation du colonel Picquart?
1!. si. mon général; mais je l'ignorais. .Te ne l'ai su que par les récits faits par cette «laine dont j'ai pari'-'.
D. Le colonel Picquari a prétendu qu'en 1896, en mai, étant chef du bureau des renseignements au ministère de la guerre, son attention avait été attirée sur - par une carte-télégramme adressée à votre nom, nt le texte était conçu, selon lui, dans des termes tels -[u'il y avait lieu de penser que des relations louches existaienl entre vous et l'expéditeur. La carte était signée G. Qu'avez-vous à dire?
\[. Cette carte ne m'esl pas parvenue. J'ai pris connaissance du dossier el Af< dépositions faites relativement à son origine. Dès le premier jour, j'ai déclaré que cette carte était un faux. Je l'affirme, je le répète, elle n'a aucune espèce de caractères d'authenticité, mais elle a tous les caractères d'un faux. C'est une des nombreuses machinations dirigées contre moi.
I ». Voici le texte de cette carte :
l'attends avant tout une explication plus détaillée que «•elle que vous m'avez donnée, l'autre jour, sur la question en suspens. En conséquence, je vous prie de rue la donner par écrit, pour pouvoir juger si je puis continuer mes relations avec la maison II..., ou non.
ionsieur le commandant Eaterhazy,
37, rué de la Bienfaisance, à Tari». »
Le colonel Picquari s'appuie sur cette carie, donl il croit connaître la provenance, pour indiquer que vous : .1, 3 relations louche- avec la personne de qui elle émane. Vous avez répondu que c'était faux.
R. La contexture même de cette carte en démontre l'absurdité. 11 n'est pas admissible que si j'avais des relation- louches avec la personne visée par M. Picquart, elle soit assez bête pour m'écrire, à moi qui
aia un espion, d'une telle façon, en mettanl mon nom, mon grade, mon adresse sur une «-a rie ainsi jetée à la poste, une carte qu'on laisse traîner qui peut être ouverte par mes domestiques, par les concierges, par ma famille. < l'est in ■ raisemblable
i-34 AFFAIRE ËSTÉRHAZY
D. Vous savez comment cette carte est parvenue entre les mains du colonel Picquart?
R. Ce n'est pas difficile. Je vais vous en faire une pareille et je n'aurai qu'à la jeter à la poste.
D. Le colonel Picquart dit qu'il vous a suivi pas à pas dans votre vie privée ; qu'elle était loin d'être correcte : que vous aviez des procès ; que vous entreteniez une maîtresse ; que vous aviez des embarras d'argent dont vous ne pouviez sortir ; que des camarades de régiment lui avaient donné de mauvais renseignements sur vous ; enfin, que, s'étant procuré de votre écriture, il l'avait comparée et trouvée identique à celle du bordereau.
R Je réfuterai les renseignements donnés, suivant M. Picquart, à mon régiment, par les notes de mes chefs du 94e, depuis cinq ans.
Ces notes sont à mon dossier; j'ai demandé au ministre mes notes d'inspection générale et je vous demanderai de vouloir bien en donner connaissance aux membres du Conseil. J'estime qu'entre l'autorité de mes chefs et les dénonciations du colonel Picquart, il n'y a pas place à la discussion.
En ce qui concerne mes dépenses, il est évident que j'ai toujours eu des besoins d'argent; mais si j'avais fait l'abominable métier qu'on me prête, ces besoins je ne les aurai pas eus.
Quant à ma liaison, je Tai reconnue et j'ai répondu que c'était une faute, mais non un crime.
D. "Vous avez prétendu qu'on avait saisi votre correspondance?
il. Oui. Et je proteste de toute mon indignation contre les perquisitions, les cambriolages qui ont été opérés chez moi sans mandat, sans autorisation, sans droit, au mépris de toute justice et de toute protection «lue à un citoyen. On a forcé mes meubles, ceux de ma femme ; on a pris sa correspondance; on a retourné jusqu'aux affaires de mes enfants. On a commis chez moi des actes abominables. Ces actes se sont répétés à maintes reprises pendant des mois. Ces perquisitions, ([ai sont une honte, n'ont même pas procuré cela (faisant un geste de l'ongle) contre moi.
i ). A quelle époque ces perquisitions ont-elles eu lieu?
1t. C'est au moment où nous sommes revenus de la
AI'KMItr. E9THRB \/Y L35
campagne. J'en ai eu connaissance <\'wn-' façon <'\\rieuse. Ma femme avait un secrétaire Louis Wl d'une
rare difficile. Il y avait deux clefs à ce secrétaire : enfants les avaienl emportées. Quand ils revinrent de la campagne, mes enfants trouvèrent sur la cheminée une autre clef et médirent: •• Vousavezdonc trois clefs de ce meuble, o ( m avait pu ouvrir le meuble, maison n'avail pas pu le fermer. La correspondance de ma femme y était toute bouleversée; les armoires étaienl forcées. Les Lettres qui m'étaient adressées, que j'avais placées 1"- adresses en dessus, je les retrouvai placées dans le même ordre, mais les adresses un dessous. On avait volé un carnet de notes prises par mon père pendant la campagne de Grimée.
D. Qu'avez-vous supposé, quand vous avez appris q avait violé votre domicile ?
R. J'ai supposé que c'était M. Mathieu Dreyfus; car je n'aurai jamais pu eroire que c'étail un officier; quand on me l'a dit, je suis tombé de mon haut.
D.Lorsquev été avisé «le ce cambriolage,
avez-vous su quel était l'objet de ces perquisitions?
El. Je m'en suis aperçu à mon retour de la camnous n'avions pas fait attention : c'était le l 'i novembre.
D A. vant ou après le moment que vous étiez l'objet d'une accusation ?
I;. i l'esl au même moment.
I >. Vous ne vous rappelé/, pas la date i &acte .'
I!. i m lit, pu octobre 1896, un premier cambriolage; mais je le mis sur le compte de domestiques «pieje renvi
D. Alors, on aurait pénétré chez vous plusieurs loi- v
l; Des masses de fois. Comme c'étail pendant mon absence, on dut saisir des lettres qui m'étaient eu-
i que je n'ai pas reçues : par exemple. lettres de mon neveu, et au sujet desquelles je lis des réclamations à la poste.
D. Par qui croyez-vous que ces actes aient été commis?
El. Je ne sais pas, mais nous n'avons pas supposé que ce fût par la police.
h. D'après toutes vos réponses antérieures, ce ■intention et non sans motifs sérieux de sa part
que le colonel Picquart aurait échafaudé ces accusations sur votre compte?
R. Il y a certainement un motif pour tous ces actes extraordinaires.
D. Connaissez-vous Mlle de Gominges ?
R. Non.
D. Connaissez-vous Souffrain, agent de la Sûreté générale révoqué ?
R. Non.
D. On prétendait qu'il était à votre service.
R. Non.
D. Vous avez été an service des renseignements au ministère de la guerre?
R. Oui, il y a vingt ans.
D. A cette époque, aviez-vous des relations avec Souffrain ?
R. Non, je ne l'ai jamais connu ; mais j'ai connu un nommé Lombard. D'ailleurs, il serait facile d'interroger Souffrain.
D. Vous avez déclaré que vous ne connaissiez pas la dame voilée : Etait-ce Mme Jouffroy d'Abbans?
R. Non.
D. On vous a présenté quelques lettres nos 1 à 7 dans le dossier, dont vous contestez en partie l'origine, lettres saisies chez Mme de Boulancy . . .?
R. Il y en a une que je nie formellement.
D. Quelle est-elle ?
R. C'est une lettre de quatre pages, qui n'a pas en quelque sorte de commencement, qui contient des irrégularités absolues, des faits matériels impossibles...
D. Le 1U novembre dernier, vous avez envoyé une lettre de Paris a Londres pour Mme Esterhazy ?
R. Oui.
O. Comment Tavez-vous envoyée?
R. Je l'ai envoyée par l'intermédiaire d'une agence qui se trouve passage de l'Opéra.
D. Qu'est-ce que cette agence spéciale?
R. C'est une agence qui prend les lettres et les fait parvenir à leur adresse.
D. Quels sont les motifs qui vous ont déterminé à recourir à ce procédé :'
R. Je désirais que ma femme restât à la campagne, parce que c'était le moment où cette histoire faisait le
plus de bruit. Je Qe voulais pas qu'elle tombât sur tous sandales.
I). N'avez-vous pas été le 21 octobre, accompagné d'une autre personne, à cette agence, et n'avez-vous pas déposé une lettre de menaces, écrite en capitales, pour être envoyée à Lyon et être réexpédiée ensuite à M. Hadamard, à Paris '
R. Voici la réponse que j'ai faiteà M. Bertulus à ce sujet : Je ne mesers jamais d'une lettreanonyme quand j'ai besoin de dire quelque chose à quelqu'un. Je suis lonsable de mes actes; je n'ai jamais écrit nia M. Hadamard, ni à M. Mathieu Dreyfus-, de lettre anonyme.
■ii' dus subir même une certaine épreuve. Un M, Croissandeau avail dit qu'un employé de cetteagence me reconnaîtrait . < !e1 employé est entré dans le bureau de M. Bertulus. Celui-ci lui demanda s'il me connaissait. L'employé répondit qu'il ae m'avait jamais vu et qu'il me voyait pour la première t'ois.
I». On a déposé que, quelques jours avant, l'accusation de M. Mathieu Dreyfus, vous êtes allé vous l'aire raser chez un coiffeur du passage du Saumon, et que vous auriez tenu de singuliers propos sur le compte de M. Mathieu I Dreyfus.
I; De pareilles histoires donnent la mesuiv de la campagne menée contre moi. Je me serais approché du on; j'aurai dit que j'étais sûr de l'innocence de 1 1 .lus : que cet homme me dit qu'il allait me couper, qu'il me rasait pour la première et pour la dernière fois ! < m-, cet employé, à qui on a montré ma photographie, a déclaré ne m'avoir jamais vu. Je n'ai jamais été me faire caser passage du Saumon.
D. Qu'y avait-il sur le papier que vous étiez censé aller chercher à Londres ?
1 ;. Je ae puis pas vous le dire, mon général. Le ministre m'en a accusé réception. Il doit être entre vos mains.
M. le Président lit les notes du commandant Esterhazy :
ation du chej de corps. — officier supérieur des plus distingm ta et très capable, sert avec un dévouement absolu. Par son savoir, son expérience, 1 énergie de son caractère et l'élévation de ses sentiments, peut aspirer aux
grades élevés de la hiérarchie ; à pousser avant que l'âge soit un obstacle.
Notes du général de brigade. — Excellent chef de bataillon dont la manière d'être et de servir ne laisse rien à désirer. Il est distingué, remarquablement doué, a du calme et du sang-froid, tout ce qu'il faut pour bien commander, et de l'avenir.
Notes du général de division. — Officier supérieur de. la plus haute distinction par son éducation, sa valeur personnelle, son instruction supérieure (licencié en droit), la connaissance complète de plusieurs langues, l'étendue et la variété de ses connaissances personnelles ; ajoute à son aptitude au commandement de très beaux services de guerre (huit campagnes, citations, etc.) ; outillé pour parvenir aux plus hautes situations dans l'armée ; officier de grand mérite et d'avenir.
Présenté à la comMiission régionale pour officier de la Légion d'honneur en 1893, 1894, 1895.
Présenté pour lieutenant-colonel et officier de la Légion d'honneur.
Notes du général commandant le corps d'armée. — Excellent officier supérieur, très distingué, de valeur et d'âvsiîir.
Enfin les notes du commandant pour l'année 1896 étaient :
Conduite très bonne.
Moralité bonne.
Caractère froid très énergique.
Educition excellente.
Intelligence très vive.
Jugement sûr.
Le commandant Esterhazy. — Ces témoignages de mes chefs valent mieux que les renseignements des agences interlopes qu'on a répandus sur mon compte.
Audition de .11. Mathieu Dreyfus.
M. le Président. — Vous ave/ adressé le 14 novembre 1897 une lettre de dénonciation contre le commandant Walsin-Esterhazy, dans laquelle vous l'accusez d'être l'auteur du bordereau attribué à votre frère. Quelles sont les preuves que vous apportez à l'appui de votre dénonciation ?
R. Ma conviction de la culpabilité du commandant Esterhazy est basée sur la comparaison des écritures. L'écriture du commandant Esterhazy est identique à
celle dû borderea identité esl absolue; il n'est
pas compétent pour la constater, elle
pux. l ou ngularités d'écriture lu
u, singularités que les experts appellenl Idlotism trouvent dans l'écriture « 1 1 1 comman*
dant Esterhazy. Ainsi la forme singulière «l«js doubles ss, le petit s précédenl toujours le grand s, les g en forme d\y, les/, I lont les points sont
reliés à la lettre suivante, les; en forme de bâtonn dans le mot je, Ve toujoui paré du ./.
I. ; trouve dans la ligne 96 du bordereau un.l majuscule aver uo accent grave, ce qui constitue une singularité d'écriture, peut-être unique dans son genre; — or, j'ai retrouvécetil majuscule avec accent grave dans une lettre de M. Esterhazy, lettre que j'ai versée au dossier. - 1 >epuis, j'ai trouvé d'autres lettres de M. Es terhazy contenant cet .1 majuscule avec accent grave et je les aienvoyéesà M. le commandant Hervieu.
.M. Esterhazy reconnaît d'ailleurs lui même que l'écriture du bordereau a une effrayante res3ehiblance la sienne. Pour se défendre d'être l'auteur du bor- •iii. pour expliquer cette ressemblance, il prétend que mon frère ;i décalqué 1<- bordereau mot par mot aur son écriture.
;t<- hypothèse «'-i absurde et invraisemblable. Il aurait fallu que mon frère pût se procurer des quantités considérables do documents de l'écriture de M. K-terhazy; il aurait fallu qu'il y trouvai tous les mots du lereau, tous les mêmes temps des mêmes verbeâ, tous les mêmes mots reliés les une aux autres par le même trait de plume continu.
D'ailleurs, dans cette hypothèse du décalquage, le trac du bordereau aurait été hésitant,
il \ aurait des sinuosités, les mots seraient d'Une hauteur inégale puisqu'ils auraient été pris dans des doi uments de dates différentes, Or l'écriture du bordereau est naturelle, courante el même rapide.
Mais ce qui rend cette hypothèse absurde, ce qui la réduit i néant, c'est que, -i mon frère s'était livré
ail de bénédictin en décalquant mol par mot l'écriture 'I- M. Esterhazy, le jour où mm lui montra le l)oi«lii-.;iu.ii aurait dit : < ' ■ n'es! loi qui ai écrit
ce bordereau, c'est le commandant Esterha
jour où on lui montra le bordereau, il dit simplement : « Je ne suis pas l'auteur du bordereau. »
D. Vous avez déclaré qu'une personne, dont vous désiriez taire le nom, vous avait apporté plusieurs lettres, vous demandant si vous en connaissiez l'écriture.
R. C'est exact; mais je ne me suis pas refusé à déclarer le nom de cette personne ; j'ai seulement dit à M. le général de Pellieux que je préférais ne pas la nommer, mais que, toutefois, si cela était nécessaire, je donnerais le nom.
Divers experts de grande compétence affirment que l'écriture du bordereau est identique à celle du commandant Esterhaz y :
M. Gabriel Monôd, de l'Institut :
M. Bridier ;
M. ( '.répieu x-Jamin :
M. Burckardt, recteur de FUniversité de Bâle;
M. de Rougemont.
Je me permets, mon général, de vous demander d'entendre, à titre de renseignements, MM. Bridier el Crépieux-.Iamin.
Le paragraphe 5 du bordereau dit: « 5° Projet de manuel de tir de l'artillerie de campagne (14 mars 1894). Ce document est extrêmement difficile à se procurer et je ne puis l'avoir à ma disposition que très peu de jours. »
La rédaction même de ce paragraphe indique que l'auteur du bordereau est un officier de troupe puisqu'il fait valoir la difficulté qu'il y a à se procurer ce document; or un officier d'artillerie n'aurait pas eu de peiné à se le procurer, et il l'aurait pu sans éveiller de soupçons.
D'ailleurs, M. Esterhazy avait l'habitude de se procurer des renseignements partout où il le pouvait, car je sais qu'au printemps de 1894, il demanda au lieutenant d'artillerie Bernheim un manuel de tir. Cet officier ne le lui prêta qu'après en avoir référé à son capitaine ; je sais que le lieutenant Bernheim ne put plus obtenir la restitution de ce document.
Le bordereau a dû être écrit au printemps de 1894, à une époque peu lointaine de fin mars;car,si le bordereau avait été écrit à une date très éloignée de celle que je
JLPPAJRE KSTERHAZY 141
viens dïndiquer, la livraison du projet de manuel de tir n'aurait plus en de valeur.
I /auteur du bordereau dit qu'il va partir pour les manœuvres. M. le commandant Esterhazy assista aux manœuvres Le printemps 1894; il y a donc concordance absolue.
Une autre charge contre M. Esterhazy est l'essai qu'il fit de transformer son écriture après la publication du fac-similé du bordereau parle journal/'1 Mut m du 10 novembre 1896. Cette transformation porta surtout sur les majuscules M. N, A, pour lesquelles cet officier adopte les formes allemandes avec boucles.
Vers la fin d'octobre, à une époque où nulle accusation ne pesait sur lui, où son nom n'était prononcé nulle part, M. Esterhazy «Hait en proie à un trouble profond.
Pourquoi cette émotion, pourquoi ce trouble ?
Le bruit courait dans les bureaux de rédaction, et la note du journal le Matin du 10 octobre en fait foi, que M. Scheurer-Kestner était convaincu de l'innocence de mon frère et qu'il connaissait l'auteur du bordereau.
Le coupable seul pouvait se sentir visé, découvert par ces rumeurs; seul il pouvait en être troublé, or le commandant Esterhazy était profondément troublé et en voici les preuves.
Les 20 el 26 octobre, M. Esterhazy écrivait deux lettres, qui sont au dossier, à M. Autant, gérant d'un immeuble, 49, rue de Douai, immeuble dans lequel il avait un appartement qu'habitait sa maîtresse, Mme Pays. Dans ces lettres, M. Esterhazy demandait à M Autant de transférer d'urgence le bail qui était en son nom, au nom de Mme Pays, le transfert ne se faisant pas assez rapidement, Mme Pays se rendit chez M Autant, insista vivement pour que le transfert eut lieu dans le plus bref délai ; pour expliquer cette urgence, Mme Pays dit à M. A.uian1 que M. Esterhazy était dans la nécessité de disparaître el de se suicider dans les quarante-huil heures.
Lorsque M Esterhazy apprit que ses deux lettres étaient tombées en ma possession, que les propos de suicide m'avaient été rapportés, il envoya Mme Pays Chez M. Autant pour lui demander de nier et la demande de transfert de bail et les propos de suicide.
Sur le refus de M. Autant, Mme Pays menaça M. Autant au nom de M. Esterhazy.
Par des voies que j'ignore, le propriétaire de l'immeuble dont M. Autant n'était que le gérant fut avisé de ces faits et le propriétaire de 1 immeuble essaya à son tour d'influencer" M. Autant.
L'ami de M. Autant, M. Stock, libraire, par l'entremise duquel j'avais eu les lettres et communication des propos de suicide, fut menacé aussi au nom de M. Esterhazy.
Le 24 octobre, M. Hadamard reçut de Lyon-Terreaux une lettre anonyme écrite avec des lettres majuscules, et contenant de violentes menaces de mort, contre lui ri contre moi : « Un pas de plus et la mort est sur vous deux. »
J'appris parle colonel Groissandeau que M. Esterhazy était un client habituel du bureau d'adresses 27129, passage de l'Opéra.
il a apporté, à la date du 10 novembre, à ce bureau d'adresses une lettre qui devait être expédiée à Londres, 2, Hanway-Street, pour de là être réexpédiée à Paris, à Mme la comtesse Esterhazy. Donc, à cette date, M. Esterhazy n'était pas à Londres, 1 comme il l'a raconté.
Le 22 octobre, M. Esterhazy apporta à ce même bureau d'adresses, une lettre qui devait être expédiée à Lyon-Terreaux et de là être réexpédiée à Paris . L'enveloppe de cette lettre portait [l'adresse de M. Hadamard, rue de Châteaudun. Cette suscription frappa l'employé Geiger qui reçut la lettre des mains de M. Esterhàzyj cet employé ouvrit la lettre, la copia, et la copie en fut communiquée à la préfecture de
Je sais bien que ce fait a été démenti; que M. Féret-Pochon prétend que c'est lui qui prit réception de la lettre, que Geiger, qui avait subitement dispaf â, a été subitement retrouvé, et qu'enfin ce dernier déclare ne pas reconnaître M. Esterhazy.
Mais ce qui prouve d'une façon indéniable que c'est bien M. Esterhazy qui apporta la lettre au bureau d'adresses, c'est que le 21 décembre, à quatre heures et 'demie, le lendemain du jour où j'avais déposé de ces faits devant M. Ravary, M. Esterhazy se rendit passage de l'Opéra. Il fit irruption dans ce bureau; il
Al-'KAIFIK BSTERHÂZt 1 IS
avilit le chapeau enfoncé jusque sur les yeux, le collet de son pardessus relevé ; il s'écria en entrant:
— Je suis le commandanl Esterhazy : n'est-ce pas guevous ne me reconnaissez pas.
M. Féret-Pochon s.' précipita sur M. Esterhazy en criant :
— Qu'est-ce que vous venez faire ici : allez-vous-en ; vous vous perdez.
I tte démarche singulière d'un clienl connu de la maison qui s'écrie : •• N'est-ce pas que vous ne me reconnaissez pas '.' o prouve bien uettement que ••'!,st M. Esterhazy qui est l'auteur de cette lettre anonyme.
Quant à l'histoire invraisemblable du garçon coiffeur du passage du Saumon, elle peul cependant être vraie, puisqu'il y a des exemples de criminels qui, poussés par une force irrésistible, éprouvent le besoin <1<- faire des confidences. J'avais demandé U confrontation «lu garçon coiffeur A.uger avec M. Esterhazy, Pourquoi ne l'a-t-on pas faite ?
Lors de la publication des lettres de Mme de Boulancy, M. Esterhazy, pour infirmer l'authenticité '1'' la plus importante de ces lettre, prétendil < j 1 1 "i I avait l'habitude d'orthographier le mol uhlan à la hongroise, c'est-à-dire de la façon suivante: hulan.
Or, j'appris qu'il existait une lettre de M. Esterhazy
d'une authencité incontestable, puisqu'elle étail dans
un dossier de M' Lortat-Jacob, avoué, <'t que dans
lettre se trouvait le moi uhlan orthographié
comme dans la Lettre de Mme de Boulancy, c'est-à-dire
ainsi : uhlan , J'ai demandé la saisie de cette lettre qui
: . I >ans cette Lettre se trouve la i > 1 1 1 <• i s < •
ante : « Ces canailles auraienl besoin du bois de
la Lance d'un uhlan prussien pour savoir comment l'on
traite des soldats
II es1 .ni dossierune lettre deM. Esterhazy qui ;i une bien autre importance. Dans cette lettre, M. Esterhazy raconte ses besoins d'argent, L'inimitié donl il l'ut L'objet <l<- -m famille après Le duel Grémieux-Poa. Cette lettre, destinée ;'i circuler •!'' main en main, valut ;'i son auteur des souscriptions qui varièrent depuis vingl francs jusqu'à ce ni francs et pin- Mais, fait d'une gravité extrême, cel homme qui ;i L'honneur de porter l'uniforme d'officier français (Bï*uyante& exclama-
144 AFFAIRE KSTERHAZY
lions)... a osé écrire, osé avouer qu'il irait jusqu'au crime pour se procurer de l'argent.
Lecture par le général de Luxer du passage incriminé :
« Cette perte d'un héritage que nous étions en droit de regarder comme assuré et qui nous aurait sauvés, nous aurait permis de vivre, causée par l'intolérance stupide de cette famille sans cœur, la conduite inouïe de mon oncle, la santé de ma malheureuse femme, la destinée qui attend mes pauvres petites filles, et à laquelle je ne puis les soustraire que par un crime, tout cela est au-dessus des forces humaines; je ne manquais pas de courage, mais je suis à bout, à bout de forces morales comme de ressources matérielles . »
M. Mathieu Dreyfus. — Or, cette lettre a été écrite au mois de juin 1894, époque à laquelle eurent lieu les crimes de trahison que l'on imputa à mon frère lors de son procès, en décembre de la même année.
M. Esterhazy. — Je ne me rappelle pas cette lettre.
M. Mathieu Dreyfus . — Vous l'avez reconnue à l'instruction .
Le général de Luxer. — Que prouve-t-elle ?
M. Mathieu Dreyfus. — La phrase qui dit : « Je ne puis les soustraire que par un crime » est bien significative à cette date.
M. Esterhazy. — Cette lettre a été écrite confidentiellement à un ami de jeunesse, dans lequel j'avais la plus absolue confiance. C'est une lettre qu'on ne peut pas lire tout entière. . . J'écrivais à cet homme comme à mon frère. Vous pouvez juger par la lecture d'une telle lettre du misérable qui l'a livrée... Quand j'ai écrit cela, ce n'est pas avec le sens que lui attache M. Mathieu Dreyfus. D'ailleurs, elle n'est pas de juin 1894: si elle était de juin 1894, et si j'avais trahi, j'aurais touché de l'argent et je ne l'aurais pas écrite; car je n'aurais pas trahi pour le plaisir de trahir; or, trois mois après la découverte de la trahison, je n'avais plus le sou. Cette lettre est de 1895. Cela veut dire que si j'étais très malheureux, ma femme serait retournée avec ma belle-mère. Cette lettre ne prouve rien ! Je somme M. Mathieu Dreyfus d'apporter la preuve de ma trahison. . .
AFFAIRE BSTKRHAZY 145
M. Mathieu Dreyfus. — -M. Esterhazy ne dit pas la vérité «'îi affirmant que cette lettre est de 1895. Elle est de juin 1894, et la preuve c'est qu'il existe une phrase dans la lettre qui parle d'un événement remontant à sept mois, événement, d'après, le texte même de la lettre, qui ''ut lieu en décembre 1803 : sept mois depuis décembre 1893, cela fait bien juin 1894.
Je vous demande, mon généra!, de donner lecture de cette phrase qui établit nettement que la lettre est de juin 1894.
Le général de Luxer lit :
« Elle cpssc brusquement toutes relations, ne répondit j>i"s aux lettres de mu femme et mourait en embre i893, il y a sej>l mois, nous déshéritant complètement. »
M. EsTKRiiAXY. — .le répondrai tout à l'heure à celui
ui a livré cette lettre.
1M. Tézenas. — Depuis plusieurs juins, Taris ri la France sont inondés île pamphlets comme ceux-ci. de Brochures comme celles-là. qui mit pour but de fausser la justieequi doit être rendue par le Conseil de guerre. Il y a là une manœuvre contre laquelle tout homme épris de justice doit protester. Je voudrais savoir si dans cette publicité, pour laquelle des sommes énormea on été dépensées, 300,000 francs, dit-on. . .
M.Mathieu Dreyfus. — Il n'y a pas un mot de vrai .
.M. Tézenas. — Combien, alors, monsieur*?
M. Mathieu Dreyfus. — C'esl mon affaire, je défends mon frère comme je l'entends, c'est mon droit. Violentes rumeurs, i
M. Tézenas. — Vousavez le droit de le défendre devant les juges et pas ailleurs.
M. M miiiki I >reyfus. — Je le défends partout.
Le Présiden i . \ oua u'avez rien à ajouter ?
M. \nw\ i qs. Non, mon général.
Déposition <•«* >I Srlu»iir«»r KostiHT.
M. Si h ki reb Ki-im.h. — Voulez-voua mepermettre de vous dire comment je suis arrivé à la conviction déterminée qui m'a fait agir jusqu'ici?
Après la condamnation de M. Alfred Dreyfus, j'ai été comme tout le monde convaincu de sa culpabilité; j'ai conservé cette conviction pendant un temps assez long. La première fois qu'il s'est produit non pas un doute, mais une hésitation dans mon esprit, c'était au commencement de l'année 1895, où j'ai reçu la visite de M. Mathieu Dreyfus. Je ne le connaissais pas; je ne l'avais jamais vu, car ni moi ni ma famille, nous n'avions jamais eu de relations, ni avec lui, ni avec aucun membre de sa famille ; je tiens à le déclarer aujourd'hui après tout ce qui a été dit.
M. Mathieu Dreyfus est \enu me trouver à titre de compatriote. Il pensait qu'un ancien député de son département, Alsacien comme lui, se trouvant encore au Parlement, lui donnerait peut-être son aide pour établir l'innocence de son frère à laquelle il croyait fermement. Il vint donc me trouver au commencement de l'année 1895 pour me demander aide et protection.
A la vérité, j e ne m'étais pas beaucoup occupé de cette affaire ; cependant, devant l'émotion du frère du condamné, je ne pus rester absolument insensible, mais je lui dis, comme je le devais, que je ne pouvais pas lui donner une réponse immédiate; qu'il était nécessaire que je prisse les renseignements qui me faisaient absolument défaut et sans lesquels il ne me convenait pas de prendre un parti quelconque.
Je m'adressai alors à deux de mes amis, anciens ministres de la guerre tous les deux : le général Billot et M. de Freycinet, et je leur demandais conseil. Puis-je, leur ai-je dit, aider M. Mathieu Dreyfus à poursuivre la réhabilitation de son frère i Ces messieurs eurent l'obligeance de prendre eux-mêmes les renseignements qu'ils ne possédaient pas, et au bout de quelques jours, leurs réponses sont identiques : « Nous pensons que vous ferez mieux de ne pas vous occuper de cette affaire. Cependant nous n'avons pas appris grand' chose ; nous ne sommes pas en état de donner des renseignements positifs ; mais enfin, dans le doute, nous vous conseillons de ne rien faire. » Je les avais consultés séparément tous les deux.
Je priai alors M. Mathieu Dreyfus de revenir chez moi et je lui dis que je ne pouvais pas consentir à m'occuper de la réhabilitation de son frère ; j'eus le ménagement de ne pas lui dire pourquoi. La vérité esl <|n<' je
AFFAIRE E81 i EUH \ZY I lîî
a'avais pas changé d'opinion, A. partir de ce jour, je n'ai plus vu M. Mathieu 1 ireyfus : il n'est plus revenu, quoique je lui eusse dit que, s'il avait besoin de conseils, je serai toujours à sa ilisiiosiiii.n. Je oe le vis plus jusqu'à la date du 12 novembre der lier.
Voilà comment, pour la première fois, mon attention a été attirée sur le cas de M. Alfred Dreyfus, el je n'y pensais plus guère, lorsque, dans des conversations avec de mes compatriotes d'Alsace, je les entendis pousser de temps àautre, cette exclamation : « Ali ! que aou s voudrions Bavoir ce qu'il en est au juste ! Kst-il coupable .' Est-il innocent ? d Je n'ose pas ajouter : Peu importe ' car il importe toujours qu'un homine boîI coupable ou innocent, surtout lorsque cet nommées^ un officier alsacien : mais c'est le doute dont un certain nombre de mes amis souffraient.
Je finis par en être pénétré moi-même, et je pris la [erme résolution d'y répondre d'une manière définitive par une enquête personnelle* me disant qu'en me livrant à des recherches conduites avec persistance et avec méthode, je Unirais par découvrir la vérité.
\ partir de ce moment^ les contradictions, les récits les plus erronés, suit en laveur soiten défaveur du condamné» me mirent dans l'obligation défaire une enquête approfondie sur chacun des faits portés à ma connaissance ; les enquêtes aboutirent presque toujours au néant,
Je vous faisgrâce du fécitdes nombreuses déceptions quej'eusà subir. M;iis vous me permettrez de citer le cas d'un officier supérieur qui est de nature à éclairer singulièrement l'état de certains esprits.
Je l'avais rencontré, sans le connaître, à la table de l'un de mesamis, Alsacien comme moi, el au milieu de seize convives.
Pendant le repas, l'inquiétude au sujet de la culpabilité d'Alfred Dreyfus ne tarda pas à se manifester, — • \li I si nous savion I disait-on ! quel apaisement ! S'ilétàitinnocent I On n'ose vraiment envisage? cette terrible hypothèse ! ■■
Alors l'officier supérieur dit : ■■■ -l'ai pris nnecertaine
pari à l'instruction ci je peux vous rassurer. M. Alfred
Dreyfus possède à Paris une maison quia coûté plus
de 200,000 francs '-i ou n'eu a trouvé aucune trace sur
Mai- quelque temps après, ayanl raconté
148 AFFATRE ESTERH\ZY
ce fait, il me fut affirmé et démontré que c'était une erreur, et alors je demandai le nom et l'adresse de cet officier supérieur que je ne connaissais pas. J'allai le trouver pour lui demander sïl était bien sûr du fait qu'il avait affirmé, attendu que je me croyais certain du contraire. L'officier me répondit qu'il n'avait parlé que par ouï-dire.
J'ai traversé trente, quarante fois de pareilles incertitudes. Elles étaient devenues pour moi une véritable obsession.
Je me procurai de l'écriture de M. Alfred Dreyfus et la comparai avec celle du bordereau. Je fis ce travail avec beaucoup de soin et, quand je l'eus terminé, j'acquis la conviction que ce bordereau ne pouvait pas avoir été écrit par M. Alfred Dreyfus. Mes doutes devinrent alors plus terribles.
J'en étais là ; j'avais fait venir M. Teyssonnières, l'un des experts en écritures qui avait attribué le bordereau à M. Alfred Dreyfus. Je le priais de répéter devant moi la démonstration qu'il avait faite devant le tribunal militaire en 1894. Il me fit cette démonstration ; il la fit si brillamment que, lorsqu'il me quitta, je lui dis : « Vous m'avez rendu service ».
Mais le lendemain je repris ces papiers, je refis une nouvelle étude ; les doutes revinrent dans mon esprit. Je priai M. Teyssonnières de me rendre une nouvelle visite. Je discutai avec lui et, quand il me quitta, je lui dis : « Je continue maintenant à rester dans le doute. Votre démonstration n'a pas été péremptoire ». Je lui fis observer un fait particulier qui lui avait écbappé. Je pris le bordereau; je plaçai à côté des photographies de lettres de M. Alfred Dreyfus et je lui dis : « Ne remarquez -vous pas de différence entre récriture du bordereau el celle de M. Alfred Dreyfus ? » Immédiatement
M. le Président. — En ce moment, vous entreprenez la revision du procès Dreyfus ; nous en sommes sur le cas du commandant Esterhazy. Je vous demanderai de me donner les motifs qui vous font supposer que c'est ce dernier le coupable.
M. Sgheurer-Kestner. — Je suis tout à fait dans la question. Je parlais du bordereau. J'explique comment j'ai eu des doutes sur l'attribution du bordereau à M. Alfred Dreyfus et comment ces doutes on
\KF\ir,i: i -ri i;ii 1 i9
été remplacés par PL arrêtée chez moi <iu«' le
bordereau devait être attribué au commandant Esterhazy. J'ai suivi une ligne toul à t'ait logique : je suis peut-être un peu long : mais on a répandu autour de cette histoire et autour de ma personne tant d'allégations inexactes que j'ai saisi l'occasion de montrer comment la convictioi tduite chez moi.
.1»' tenais à établir qu'avant toute chose, j'ai reconnu par moi-même que le bordereau ne devail pas être attribué à M. Alfred Dreyfus et je venais de commencer à montrer 1rs différences qui existaient entre le bordereau et 1rs lettres que j'avais soumises à M. Teyssonnières. Il n'avail pas remarqué que, dans le bordereau, il n'y avait aucun alinéa, tandis qu'il y en avait, au contraire, de nombreux dans les lettres.
Voilà où j'en étais, lorsque, le J3 juillel dernier, j'eus la visite d'un de mes compatriotes d'Alsace donl le père était mon ami et avait été mon maître autrefois. Il est venu me dire qu'il avait à me faire une véritable confidence et m'a demandé de prendre l'engagemenl vis-à-vis de lui de ne pas profiter '1rs renseignements qu'il me donnerait, sans a être autorisé. Vous voyez bien que j'arrive au fait. J'ai appris, me «lit cette personne, qu'au mois d'octobre — ou novembre,je ne sais pas exactement la date — ou avait reconnu au service de l'état-major, au ministère «le la guerre, qu'il y avait une erreur dans l'attribution du bordereau à M. Alfred fus et que l'auteur <ln bordi reau était un autre militaire
M. le Président. — Vous avez appris du ministère de la d'un bureau de l'état-major
M. Si.iiki i;ki:-!\::.-i m ;:. Je n'ai pas dit cela. Je v.-ii> vous i <' i phrase: j'ai dil que j'ai eu la
visite du fils d'un de mes amis, lequel avait été mon maître autrefois. Il est venu me dire qu'il avail nue confidence à me faire : que cette confidence consistait en ceci, qu'on avait reconnu dans un bureau de l'étatmajor je n'en sais pas le numéro, mais vous le cont)ien — qu'on s'était trompé : que les experts tuant le fameux bordereau à M Ufred Dreyfus, avaienl l'ait erreur et que le bordereau devait être attribué au commandant Esterhazy. l.i première fois que j'entendais prononcer le nom de M. Esterhazy,
J'appris en même temps que le lieutenant-colonel Picquart, qui avait fait cette découverte, avait été écarté de son service pour des motifs inconnus, qu'il avait été éloigné de son bureau et qu'on n'avait pas donné suite à la découverte qu'il avait faite.
Ce récit me troubla profondément. J'insistai beaucoup pour avoir des renseignements plus complets. Alors on me montra la correspondance autographe échangée entre le général Gonse et le lieutenant-colonel Picquart. Ces lettres, je les ai lues; la preuve était évidente: mais je ne fus pas autorisé à en faire usage. Aujourd'hui, je suis libéré par le serment que je viens de prêter et j'affirme que ces lettres établissent, de la manière la plus certaine et la plus indubitable, que le général Gonse a partagé l'opinion du lieutenant-colonel Picquart; c'était la confirmation matérielle du récit qui m'avait été fait .
J'étais très angoissé, cette affaire devenant fort grave. Il était donc nécessaire d'accumuler les motifs de conviction.
Il ne me manquait plus qu'une dernière preuve, car il s'agissait de savoir si tout ce qu'on venait de me dire se trouverait ou non corroboré par la comparaison des écritures. Je devais chercher dans la comparaison des écritures la garantie de la réalité du récit qu'on venait de me taire. Cette comparaison s'imposait donc et si elle pouvait confirmer l'opinion qui m'avait été exprimée il ne m était plus possible de douter de la sincérité du récit.
Je me procurai donc de l'écriture de l'officier qui m'avait été signalé, du commandant Esterhazy, et je lus frappe, non pas seulement d'une similitude, niais de l'identité de l'écriture du bordereau et de celle des nouvelles pièces qui venaient de m'être remises, d'une authenticité incontestable, du reste; je crois qu'aujourd'hui un très grand nombre de personnes sont frappées comme je l'ai été dé cette identité.
\]uvs<-"s constatations, qu'avais-je à faire? Quel était mon devoir? Je me consultais, lorsqu'il se fit du bruit autour de cette affaire. Je ne dis pas que j'en sois absolument innocent ; mais je fus obligé d'aller un peu pillé vile que je n'aurais voulu. Néanmoins, je pris la résolution de m'adresser avant tout au gouvernement; à mon vieil ami dp vingt-cinq ans, le général liillol, à
AFFAIRE I ST1 Kll \Z\ 151
M. Méline, à M. le garde des sceaux. G'étail mon premier devoir; je le fis. J'allai trouver le général Billot et, après lui avoir montré l'idendité des écritures du bordereau et des lettres du commandanl Esterhazy,je lui demandai de me donner la preuve que M. Alfred D yfus a été reconnu coupable sur d'autres preuves que celle du bordereau < si vous ae le prouvez pas, ajoutai-je, si vous ne faites pas votre devoir,je ferai le mien. »
Le général Billot, retenu par je ne sais quoi, se borna à répondre : « Je ne le peux pas. » Après quatre heures de conversation, au moment où je quittai le ministre de la guerre, il me demanda de ne pas ébruiter notre conversation.
c Vous avez une enquête à faire, lui répondis-je, promettez-moi de la l'aire loyale, complète, personnelle surtout, "i je ne dirai rien : mais si vous ne la faites pas. ie serai obligé d»' parler : car il m'est impossible de supporter bien longtemps cette angoisse de penser que la pièce sur laquelle Dreyfus h <'■ t «'■ condamné n été attribuée par erreur ;ï ce malheureux. »
J'allai trouver le présidenl du conseil; j'eus de longues conversations avec lui. 11 s'en remettait probablement au ministre de la guerre, qui s'en remettait à d'aul
.M. le président du conseil m'avait dit: •• Vous avez les voies légales : demandez la revision •>. J'étais en train de faire préparer celle demande <•! j'avais déjà choisi un avocate laCourde cassation, lorsqu'un l'ait nouveau Be produisit, -le reçus la visite de .M. Mathieu fus que je n'avais plus vu depuis le commencement de lânnée 1895.
[1 me dit qu'il avaii une communication très grave ;'i mefaire. Laquelle1? H me répondil : « Je sais qui es1 l'auteur du bordereau et je crois que vous devez le savoir Alors il me raconta que par un hasard extraordinaire cequira'aété confirmé par la persoune ; il ;i tenu le renseignement — quelqu'un qu'il ne eoii!,;ii>.~;iii pas, se promenant sur le bo ilevard, acheta un placard sur lequel se trouvai! ie bordereau et qu'après l'avoir acheté .i1' me sera des paroles mômes de ce passant, cette personne eui un éblouissemenl et ia : i Mais c'esl I écriture de.. ... il courut chez lui prit un paqueî de lettres di M. Ësterhazy el vint faire ;'i
M. Dreyfus le récit de sa découverte. « Si je vous dis le nom, continua M. Mathieu Dreyfus, et si ce nom vous l'avez rencontré dans les recherches que vous avez faites, me direz-vous: Oui? » Alors il me dit: « C'est le commandant Esterhazy! » Je lui répondis : « 11 y a un certain nombre d'officiers supérieurs mis en suspicion par des articles de journaux auxquels je suis du reste étranger. Votre devoir est de le signaler immédiatement au ministre de la guerre. »
Voilà comment j'ai été amené à commencer cette campagne que j'ai poursuivie avec beaucoup de peisévérance . Je suis persuadé cu'on s'est trompé sur l'attribution du bordereau. (Sourires.) Oh ! mon Dieu, je puis me tromper en attribuant le bordereau au commandantEsterhazy. XNowceauœrires.)S' adressant àun officier quiriàit: Vous trouvez cela drôle? Je disais crue voilà les raisons pour lesquelles j'ai poursuivi cette campagne que j'ai commencée il y a trois mois, parce que je suis profondément convaincu que M. Alfred Dreyfus n'est pas l'auteur du bordereau. (Oh ! oh .') Il m'importe peu que le bordereau soit attribué à un tel ou à un autre ; ce qu'il m'importe, c'est qu'il soit bien établi que le bordereau a été attribué par erreur à M. Alfred Dreyfus.
M. le Président. — La question qui se pose est de savoir si le bordereau est du commandant Esterhazy.
M. Scheurer-Kestner. — Je ne peux pas le savoir. J'ai. dit ce que je pense : j'ai dit clairement que l'écriture du commandant Esterhazy est identique à celle du bordereau. Je ne puis dire davantage. Si vous voulez que je mette tous les ménagements possibles dans mes paroles, je dirai que l'écriture du bordereau se rapproche beaucoup plus de l'écriture du commandant Esterhazy que de celle de M. Alfred Dreyfus. Voilà ma conviction.
M. le Président. — Vous avez déclaré au général enquêteur que l'enquête serait plus sérieuse si on faisait venir le lieutenant-colonel Picquart de Tunisie.
R. Lorsque j'ai dit cela au général Pellieux, celuici m'a répondu : « Gela a été la première idée du gouvernement ; ce n'est pas l'idée du ministre de la guerre. « Mais, ai-je dit, vous devez insister Si vous me demandez pourquoi, je vous dirai que je l'ai expliqua dans la déclaration que j'ai faite tout à l'heure parla
AFFAIRE ESTERH \ZV L53
communication confidentielle qui m'avait été faite. J'ai été très étonné que, dans L'enquête du général de Pellieux, on n'ait pas fail la comparaison des écritures el quand je L'ai dil au général, il m'a répondu : « Je u'ai pas demandé Le bordereau : ce n'esl pas à moi à 1»' demander : si je Le demandais, j'aurais l'air de douter de la chose jugé»
— C'était donc à ceux qui sont venus chez vous à vous apporter le bordereau! Alors il n'y a pas moyen de revenir jamais sur un jugement si on no peul pas faire Le moindre acte qui implique un doute sur la chose jug
M. le Président. — Enfin, la pièce a été produite, elle existe au dossier.
I!. « '. v-t ce <[u*on m'a dit.
M. le Commissaire du Gouvernement. — Vous avez in entre h'- mains des spécimensde L'écriture ducommandanl Esterhazy ?
1 ; ' >ui. en quantité.