‹ La revision du procès DreyfusChapitre 4 sur 22 · REVISION DE PROCÈS · texte numérisé non relu

REVISION DE PROCÈS

il v avait cette considération qa*il était Israélite ; qu'il fallait empêcher les officiers juifs d'arriver à l'état-major, s'il y avait au fond de cette affaire des passions et des jalousies de races ei de religions : c'est une chose épouvantable!

s'il v a eu conspiration* contre un innocent, pour sauver le véritable coupable, c'est effroyable.

Mais il y aurait encore quelque chose de plus épouvantable : c'est que, si ces faits s'était produits, on s'acharnât à ]e^ nier : c'est qu'on continuât à frapper l'innocent pour n'avoir pas à reconnaître son innocence ou à trouver le véritable coupai 1p.

Pour que la France sorte de ce cauchemar, il [est néeesqu'on aille jusqu'au bout. M. Scheurer-Kestner n'e:;t pas nomme à se dérober.

M. .-Viieurer-Kestner a déclaré qu'il avait saisi le gouvernement de documents qui lui permettaient de faire une enquête. Il êsi nécessaire que l'on sache si le gouvernement a cm devoir procède* à l'enquête demandée.

Le 1 ) Qovembre, j'ajoutai :

M. Mathieu Dreyfus avant dénoncé nettement un ancien officier, !<• ministre de la guerre a déclaré qu'il ouvrait une instruction.

Nous espérons que cette instruction sera conduite dans des conditions d'impartialité «fui ne bussent de doute à •me.

Parce qn*e M. Walsin-Esterhazy a été zouave pontifical, ce n'est pas une raison pour ;u'il 6oit coupable ; ce n'est pas une raison pour qu'il soit innocent.

Nous n'imiterons pas les Drumont et autres journalistes de même acabit qui ne veulent d'autre preuve à la culpabilité de | treyfns que sa qualité de juif.

Malheureusement, ou appreuaii on même temps Ié démarchede M. Pauffinde Saint-Morel, chef de cabinet du général de Boisdeffre, auprès do M. Henri floche^ fort : ceux qui le connaissaiénl disaienl que c'étâil mi homme timide qui Q'avail poinl certainement pris sur

lui l'initiative? d'une pareille visite. De son côté, M. Henri Rochefort avait soin de répéter qu'il était venu le trouver de la part de ses chefs. Le 18 novembre au soir, le gouvernement communiqua aux journaux la note suivante :

Une punition de trente jours d'arrêts de rigueur a été infligée à la date de ce jour au commandant Pauffin de Saint-Morel, par le chef d'état-major général de l'armée, pour avoir fait à un journaliste une communication interdite par les règlements et les ordres du ministre.

Cette note indiquait qu'au ministre de la guerre on commençait l'enquête sur le cas du commandant Walsin-Esterhazy par une comédie. Je ne me sentis pas rassuré, pas plus que je ne me sentis rassuré par les réponses peu concordantes faites à la Chambre des députés et au Sénat par le ministre de la guerre. A propos de l'interpellation Sembat du 5 décembre 1897, je disais dans le Siècle:

Etait-ce uniquement par souci de l'honneur de l'armée que M. Gastelin questionnait samedi le gouvernement et que MM. Sembat et de Mun transformaient la question en interpellation ? Quelle question ? Quelle interpellation ? Sous quel prétexte ? Parce que le général Saussier avait donné ordre d'informer au premier conseil de guerre contre le commandant Walsin-Esterhazy. Mais alors, l'affaire suit a voie judiciaire. Il n'y a qu'à attendre. Pourquoi une question ou une interpellation ?

Pour l'honneur de l'armée ?

Il eût été évidemment de l'honneur de l'armée de n'avoir jamais compté parmi ses officiers un homme somme le commandant Walsin-Esterhazy : mais il avait été mis en disponibilité pour « infirmités temporaires ». Du reste, ce n'est point la longue présence sous les drapeaux du commandant Walsin-Esterhazy que les questionneurs et interpellateurs paraissaient considérer comme pouvant entacher l'honneur de l'armée.

Considéraient-ils d'un autre côté, que la condamnation de

Dreyfus entachait l'honneur de l'armée, puisqu'elle implique qu'il s'est trouvé dans l'Etat-major un officier coupable de haute trahison ? en concluent-ils qu'il a été condamné à tort ? Pas du tout. Ils tiennent absolument pour démontré! que cet officier s'est trouvé. Ce qu'ils semblent considérer comme atteignant l'honneur de l'armée, ce serait la reconnaissance d'une erreur judiciaire.

Et pourquoi ? Sept officiers ont condamné le capitaine Dreyfus. Nul n'a discuté leur lionne foi. On n'a accusé aucun d'eux « d'avoir reçu la forte somme », pour nous servir du vocabulaire du commandant Walsin-Esterhazy.

S'ils se sont trompés, en quoi l'honneur de l'armée est-il compromis ? Il le serait, au contraire, si, un autre coupable étant découvert, il y avait des manœuvres ayant pour but de dissimuler la vérité.

M. Méline a déclaré qu'il n'y avait pas, en ce moment, d' « affaire Dreyfus ». Il est évident qu'il a voulu donner une forme paradoxale à sa pensée pour mieux la faire saisir, mais chacun continuera à appeler l'affaire Walsin- Esterhazy l'affaire Dreyfus.

M. Méline a ajouté avec raison que « tant qu'il n'y a pas lieu à revision, on doit s'incliner devant l'autorité' de la chose jugée ».

C'est une question de fait évidente. M. Scheurcr-Kestner n'a pas demandé qu'on mît immédiatement Dreyfus en liberté, avec avancement pour réparation du préjudice qui lui a été causé. Il est clair que tant qu'il n'y a pas eu révision du procès, le capitaine Dreyfus reste le condamné lus.

Le général Billot a ajouté que, « en son àme et conscience, il croyait qu'il était justement condamné ». C'est une conviction que les autographes de Walsin-Esterhazy, accompagnés de ses aventures, ont pu ébranler chez un certain nombre -le personnes. Il est vrai que ces personnes il- sont pas ministres delà guerre. Nous saurons d'ici peu de temps, il faut l'espérer, -i la conviction du général Uilloi était appuyée sur des preuves plus solides que celles (jue le public connaît ou. au contraire, si c'était une conviction plus sentimentale que raisonné^.'. La justice est saisie du cas du commandant Esterhazy, et, si elle venait à dérir qu'il est l'auteur du fameux bordereau, il est (''vident qu'il n'y aurait pas deux coupables; il y en aurait un autre que le condamné Dreyfus.

Une interpellation a lieu au Sénat Le 7 décembre. Le lendemain je disais clans le Siècle :

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