‹ La révocation de l'Édit de Nantes a Paris d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 3 sur 23 · IO · texte numérisé non relu

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Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

remords tous les nouveaux convertis qui pouvaient l'approcher, aussi le roi fit-il défendre que l'on continuât à lui rendre des visites. Nous n'avons guère à ajouter à l'article de La France protestante que ces deux lettres de Seignelay au procureur-général :

6 août 1686.

Sa Majesté est informée qu'il y a à la Conciergerie un gentilhomme condamné aux galères que tout le monde va voir, et elle désire que vous donniez les ordres nécessaires pour le tirer de là et le mettre en quelque endroit oià il puisse être sûrement jusqu'au départ de la première chaîne.

7 août 1686.

Sur ce que vous prenez la peine de me marquer que le gentilhomme condamné aux galères dont je vous ai écrit, n'est pas dans la Conciergerie, Sa Majesté désire que vous vous informiez s'il est encore à la Tournelle, et que vous donniez les ordres nécessaires pour empêcher qu'on ne le voie, parce qu'elle est informée que cela fait un mauvais eftet parmi les nouveaux convertis qui le vont visiter '.

Marolles se trompait en disant que la première condamnation aux galères prononcée pour cause de religion par le Parlement de Paris, était la sienne; dès 1684, ce Parlement avait déjà condamné à la même peine Abraham Janoir ou Janois, de Diers-Saint-Julien en Champagne, pour discours inconvenants contre le catholicisme, et Jean Mesnil, de Blois, l'année suivante. M""" de Marolles s'enfuit en Hollande. Voir II, 469.

Maron (Marie-Louise), «non payante», mise aux Nouvelles- Catholiques le 28 août 1686, figure sur la liste du 14 décembre comme encore protestante et chargée du soin des malades (Fr. 7061 i° 248 et 7o52 f 24).

Martigny (M'"'= de), femme du Seigneur de Celle, élection d'Eu, demeurant à Paris, ne fut pas mise aux Nouvelles-Catholiques, parce qu'on ne voulut pas lui faire perdre un procès qu'elle poursuivait ; mais dans l'espoir de vaincre ce qu'on appelait son opiniâtreté et celle de sa fille, on lui ôta et on enferma celle-ci en 1700 (Corresp. adm., IV, 428).

Martin (M"'=). Le 14 août 1698, Pontchartrain ordonnait à la sœur Ancelin, supérieure des Nouvelles-Catholiques, de nourrir gratuitement M""' Martin, de Vendôme, et de ne plus rien exiger

' Voir Introduction, p. 99.

Emprisonnés à Pans. 211

d'elle pendant les six mois et peut-être plus qu'elle devait passer encore dans la maison de la rue Sainte-Anne (O* 42).

Martin (Les) étaient nombreux dans l'Eglise réformée de Paris au XYIP siècle. Voici les principaux de ceux que nous trouvons dans les Extraits des Registres de Charenton :

Charles, peintre et valet de ciiambre du roi, décédé en 1645 à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, inhumé à Saint-Marcel.

Jean, imprimeur, qui eut de Louise Berjon, sa femme : Charles (1626), Abraham (i63i), Pierre (1634). C'est sans doute ce Pierre, bourgeois de Paris, qui épousa Olympe Barquet, laquelle lui donna : Anne, mariée en i683 à l'orfèvre Louis Du Garnier, fils du peintre Louis Du Garnier et de Marguerite Du Cloux. Après une tentative d'évasion qui ne réussit point, Louis et sa femme furent contraints d'abjurer (Voir Du Vigneau).

Samuel, apothicaire de Marie de Médicis, décédé en i653 à l'âge de quarante-neuf ans. Il eut de sa femme Françoise Vallet : Bernardin (1629) et Jacques (i63i). Après avoir parcouru pour s'instruire l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne et les Pa3's-Bas, Bernardin devint apothicaire du prince de Condé et épousa Catherine Royer, qui lui donna trois filles mariées en 1680 : Françoise, à Zacharie Allés, avocat au Parlement de Paris ; Rachel, au banquier Antoine Yvon ; Catherine-Susanne, à Pierre Bussière, apothicaire du prince de Condé. Bernardin habitait la rue Neuve-Saint-Lambert (aujourd'hui rue de Condé) devant l'hôtel de Condé, et n'abjura lors de la Révocation qu'après avoir été mandé dans les bureaux de la police avec son gendre La Bussière (Fr. yoSi P 451. Il a publié la Relation de ses voyages, une Dissertation sur les dents (1679) et un Traité sur l'usage du lait (1684). Au mois de juillet 1681, le prince lui avait conseillé de vendre au plus tôt son privilège, étant dans l'impossibilité de le maintenir plus longtemps dans ses fonctions.

Claude, docteur en médecine, mort en i658, avait épousé en 1639 Anne Regoumier, dont il eut : Anne-Marie, mariée en 1682 à Guy Mesmin, docteur en médecine. Anne-Marie abjura le 9 janvier 1686, en l'absence de son mari fugitif (Fr. 7o5i f" 127). D'après La France protestante, Samuel et Claude étaient probablement frères, et fils de Jean Martin, célèbre médecin de Henri IV.

Bernard, sieur de Montjourdin, avocat au conseil privé, fils de Jean, sénéchal de Jarnac, épousa en 1642 Anne Chapuzeau, fille de Charles, avocat au Conseil.

212 Révocation de l'Edit de Nantes à Pans.

Pierre, sieur de Chanfort, eut de son mariage avec Françoise Durant un fils, nommé aussi Pierre (i683).

Gaspard, fils de feu Gaspard, pasteur à Courthezon, et de Marie Contaud, épousa en 1671 Marie de Rozier.

Nos documents en mentionnent encore plusieurs autres : E. Martin, qui signa, le 14 décembre i685, chez Seignelay; un sieur Martin, intendant du duc de Rohan, qui promettait le i5 janvier 1686 d'abjurer le lendemain (Fr. 7o5i f" 129); Jeanne Martin, veuve de Jean Gardon, maître rubanier, laquelle reçut 90 livres après avoir abjuré avec ses enfants à la fin de i685 (Fr. 7o5o f° i36) ; un Martin et sa femme, prisonniers pour dettes, qui promettaient d'abjurer si on leur rendait la liberté, et dont le commissaire Delamare appuyait la demande (Fr. 7052 f" 197). Parmi les prisonniers pour la R., nous trouvons encore Martin, avocat de Nîmes (voir Alizon), et un Martin, garçon chirurgien, qui se faisait appeler Louis Auzière et avait travaillé une quinzaine dans la boutique de François, chirurgien au faubourg Saint-Marcel. Interrogé par le commissaire Delamare, il prétendit avoir abjuré à Beaumontsur-Oise le 7 janvier 1686, et avoir assisté à la messe les deux dimanches qu'il avait passés à Paris. Il demandait à entrer aux Nouveaux-Catholiques ; mais on le confia à un prêtre de son pays, nommé Cerière, qui voulut bien se charger de l'instruire. Chaque fois que Cerière entamait la question religieuse, le compagnon faisait son sac et se mettait en mesure de partir pour la Flandre, pays qu'il avait, disait-il, grande envie de voir. On craignait qu'il voulût passer à l'étranger, et l'acte d'abjuration qu'il portait n'étant pas à son nom, on le mit à la Bastille, oij il abjura le 17 mai, pour être relâché (Fr. 7082 f"'* 67, i5i). Edme et Esaïe, enfermés à la Bastille en 1697 (Fr. pr. X, 486). Martin, embastillé par ordre du 22 juin 1700, avec Saint- Amand et Migeon. Michel, condamné aux galères (voir Festu). Martin, «protestant opiniâtre» mis à l'Hôpital- Général le 11 juillet 1708, et sa fille aux Nouvelles-Catholiques (O 25o). Madelaine Le Clerc, de Paris, veuve de Pierre Martin, âgée de quarante-six ans, rétracta à Londres son abjuration le 25 mars 1687 (Ms. Égl. de la Savoye). Jean Martin, de Paris, étaminier, réfugié à Berlin avec sa femme et trois enfants, 1700 (Ms. Dieterici). Sara Patru, femme de Jean Martin, maître coutelier de Paris, âgée et malade, assistée à Genève en 1689 (Ms. B. du prot.).

Martine, servante de la dame Le Comte, arrêtée par Desgrez à Luzarches, dans le carrosse d'Amiens, le 18 octobre 1686, et mise

Emprisonnes à Paris. 2i3

aux Nouvelles-Catholiques le 28 novembre, n'avait point encore abjuré le 17 décembre; mais elle ne tarda guère, et la police la déclara bientôt «très-bonne catholique» (Fr. 7o5i f"^ 246, 248 et 269).

Une dame Le Comte fut mise aux Miramiones le 19 novembre 1686 ; il y a apparence qu'elle était la maîtresse de iVIartine et qu'on les avait saisies fuyant ensemble.

Martines, voir Combes.

Masclari (Madelaine), fille de l'ancien de Charenton que rien ne put contraindre à renier sa foi, montra moins de courage que son père. Revenue de l'exil avec lui, par ordre du 29 avril 1686, elle fut arrêtée le 24 mai (Fr. 7o53 ï° 68), et mise, le 25, aux Nouvelles-Catholiques, où elle abjura en février ou mars 1687 (voir Anciens).

Masclari de Champmoreau (Charlotte, fille de Pierre) et nièce de l'ancien de Charenton, fut mise aux Nouvelles-Catholiques le 24 juin 1699, et rendue à sa mère en vertu d'un ordre du 6 janvier 1 700 (O ' 43 et 44).

Masclé (Abraham), voir II, 23i.

Massanes, voir Anciens.

Masson, transféré de la Bastille à Versailles par ordre du 2.5 mars 1686 (O* 3o), est peut-être la même personne que l'horloger Masson, du quartier Saint-Antoine, fugitif avec sa femme au commencement de 1687 (Fr. 7o5i f" 323).

Materon (M"** Susanne), sœur des tapissiers Pierre et Jean, « non payante » aux Nouvelles-Catholiques, où elle était entrée le 2 juillet 1686, fut rendue à ses frères, qui la cautionnèrent, et retourna le 21 novembre aux Nouvelles-Catholiques. Elle n'avait encore «ni confessé, ni communié» le 14 décembre (Fr. 7o5i P=^ 14 et 248).

Matheis (Jean-David), tanneur, suisse, du canton de Berne, mis aux Nouveaux-Catholiques en 1700, y abjure au bout de deux mois, et reçoit le 8 décembre un secours de 100 livres (O ' 44).

Maturin, dit Lestang, pasteur du Désert, voir II, 566.

Mauduy (Louise Gédoin, veuve), mise au Grand- Châtelet pour la R. le 29 janvier 1686, en sortit le 3 février après abjuration

214 Révocation de l'Edi't de Nantes à Paris.

(Fr. 7o5i f" 295). — Gédoin, pasteur de Senlis, un moment réfugié à Paris. Antoine Gédouin, marchand de vin protestant de la rue Saint-André-des-Arts (Fr. yoSi f" 341). Anne Gédouin, femme d'Etienne Ollier, lecteur de Charenton, reçut 84 livres après abjuration (Fr. 7060 f° 140). Au moment de sortir des Nouvelles- Catholiques pour se marier, Madelaine Gédoin demandait quelque grâce à Sa Majesté (22 février 1708 — O 25o).

Mauguier (M"''), mise aux Nouvelles-Catholiques par ordre du 2 mars 1694 (O* 38).

Maulard. Le 25 mai 1686, le commissaire Delamare demandait que l'exempt Desgrez lui fût adjoint, pour arrêter le lendemain trois femmes venues de province et cachées dans l'auberge de Divry (voir Heck). Le 26, Delamare en arrêta deux et laissa la troisième, Catherine de La Croix^ trop malade pour être emmenée. Les deux autres étaient Madelaine Maulart, âgée de vingt-sept ans, fille du receveur du grenier à sel de Saint-Cosme-sur-Loire, et sa tante Madelaine Salomon, avec laquelle elle demeurait à Châteaudun. Celle-ci était âgée de soixante ans et fille de Paul Salomon, ministre à Moustiers-en-Vendômois, décédé depuis cinquante-cinq ans; elle habitait Châteaudun depuis quarante ans et y vivait de son bien. On les mit toutes deux au For-1'Evêque. Le 3i mai, Seignelay ordonnait à l'intendant De Creil de les faire retirer par leurs parents, dès qu'elles auraient fait abjuration. Mais elles se pressèrent si peu, qu'il dut renouveler, le 28 janvier 1687, l'ordre de les relâcher lorsqu'elles auraient abjuré (O * 3o, 3i et Fr. 7062 f°= 147, i55, 160). Les deux Madelaine furent conduites à Mons et expulsées du royaume par ordre du 2 mars 1688. — Il y avait aussi des Salomon à Paris, et l'un d'eux était peintre.

Maupin, voir Attainville.

Maurice (Jacques), voir Heck.

May (M""). On trouve dans la maison des Nouvelles-Catholiques jusqu'à trois pauvres petites musulmanes enlevées à leur père, qu'elles ne revirent jamais. C'était un Turc qu'on rendit aux Algériens et dont on garda les filles. « Le roi en fait prendre soin par charité », écrivait Seignelay au premier président, le 24 avril 1686 (Qi 3o). On les avait mises toutes trois aux Nouvelles- Catholiques le i3 mai i685 ; mais l'une d'elles, étant « affligée des écrouelles », fut envoyée aux Incurables. Les deux autres, Marie et Ursule May, âgées de six et sept ans, étaient encore détenues, le

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I"' février 1687, dans la succursale de Charenton, sous la conduite des sœurs De Croy et Chevalier. Comme elles étaient « fâcheuses », de « mauvais exemple » et ne payaient pas, on les fit conduire à l'Hôpital-Général (Fr. -joSi i" 248 et 7002 f°^ 24 et 3o). On les mit ensuite en apprentissage; mais l'une des deux, également atteinte des écrouelles, fut mise aux Incurables, à la charge du roi, par ordre du 21 mars 1694 (O * 38).

Mazel (La dame), enfermée dans un couvent de Paris, par ordre du 14 mars 1686, était peut-être la femme de Pierre de Mazel, commandant d'un régiment de cavalerie légère, qui avait épousé, en 1677, Marthe Soulet, fille de Charles, avocat au Parlement, et de Marie Theveneau (Reg. de Char.) Pierre Mazel était l'un des officiers dont Turenne s'était servi, en 1669, pour arrêter Le Roux de Marcilly sur le territoire suisse; il avait abjuré depuis. Un autre protestant du même nom, Pierre Mazel, était marchand de vin, dans la rue de l'Echaudé au faubourg Saint-Germain; nous ignorons s'il était marié (Fr. 7o5i f° 845).

Mazurier. L'ambassadeur D'Avaux ayant envoyé de Hollande à Paris, pour qu'on les convertit, cinq enfants de pauvres réfugiés, neveux de Mazurier, crocheteur, rue des Gravilliers, se récria quand il sut qu'on les avait mis à l'Hôpital-Général, et fit aussitôt demander qu'on les en tirât (2 décembre 1686). Outre qu'il est peu propre à l'instruction, c< ce lieu, disait-il, effraie tous ceux qui le connaissent » (Fr. yoSS f°' 86 et 88).

Mehermant, médecin, arrêté et mis au For-l'Évêque, par ordre du i5 février 1690.

Mel, arrêté avec Georget et Drelincourt-Duclos par ordre du 5 août 1689 (O ' 33), fit preuve d'une inviolable fidélité à sa religion, et tomba malade par suite de sa détention prolongée, si bien que Ponchartrain écrivit à La Reynie, le 4 juin 1692 :

Je vous envoie l'ordre que vous demandez pour faire sortir du Châtelet le nommé Mel. Je crois qu'il serait nécessaire de le faire mettre chez quelque chirurgien pour y être traité de sa maladie; afin que, s'il en revient, on sache où le trouver pour le faire sortir du roj'aume, puisque vous désespérez de sa conversion.

Sa Majesté n'avait pas de ces scrupules compatissants, témoin le nouveau billet de Pontchartrain, daté du 4 août:

Le roi veut que le nommé Mel reste en prison jusqu'après la Toussaint.

2i6 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Il y resta, n'en guérit pas moins et fut expulsé du royaume par la voie de Mons, en vertu d'un ordre du 2 novembre (O • 36).

Melon (M""^). Après la Révocation une dame Melon fut arrêtée à Paris, où elle était venue dans le dessein d'y prendre deux enfants du pasteur B. de Brissac, sieur du Vigneau, pour les conduire hors du royaume (Fr. 7o5i f" 252). On la mit, le 7 septembre 1686, aux Nouvelles-Catholiques, oi\ nous la voyons figurer comme «non payante» et servant ses coreligionnaires plus favorisées de la fortune. Elle aida bientôt M"'" Brunier à s'évader de la maison (Fr. 7o5i f° 264). En récompense de cette bonne action, le capitaine Desgrez la transférait à la Bastille, par ordre du 4 novembre (O * 3o). Elle n'en sortit définitivement que le 8 septembre 1687, pour être conduite à l'Hôpital-Général. Elle y demeura plus d'un an, n'en étant sortie que par ordre du 22 septembre 1688. Deux années d'emprisonnement n'avaient point modifié sa manière d'être et d'agir; car le 20 novembre 1691, la police eut avis qu'une demoiselle de Villarnoul, qu'on recherchait avec ardeur sur les indications de ses deux sœurs converties, se trouvait à La Rochelle, devant l'hôtel de ville, entre les mains d'une dame Melon (O' 35).

Melot (Pierre), bourgeois de Paris, âgé de soixante ans, interrogé à la Bastille, le i3 mai 1707, déclara qu'il avait fait abjuration par devant le curé de la paroisse Saint-Michel à Saint-Denis ; que sa fille était, depuis 1691, au couvent de la Providence à Auxerre, pour la religion; que son fils aîné, Louis, était au service des Hollandais; que le second, Pierre, était cuisinier à Londres, et le troisième, Nicolas, sorti du royaume depuis huit ou dix ans, exerçait la profession d'horloger à Amsterdam (Ms. Clairambault 5i6 f° 397).

Menour (Jacques de), sieur de La Vallée et de La Barauderie, contrôleur ordinaire des guerres, puis surintendant des maisons et jardins du roi (1591-1637), avait épousé (1626) Marie Le Coq, fille de Pascal, médecin du roi, laquelle vécut jusqu'en 1684. Outre quatre fils, dont deux au moins n'existaient plus à la Révocation, il en eut quatre filles qui toutes méritent une mention dans le martyrologe protestant. L'aînée^ Marie, née en 1629, femme de Jean de Béringhen (voir Anciens), fut expulsée du royaume après avoir fait preuve d'une invincible fidélité. Anne, née en i63i, mariée en 1657 à Charles Gendrault, sieur de Cherman, se cacha d'abord et s'enfuit ensuite à l'étranger. Seignelay écrivait le 3 janvier 1686: «Il fau-

Emprisonnés a Paris. 217

drait aussi s'assurer de la veuve Gendrault, qui se cache et change de logement tous les quatre jours ; elle a tâché de suborner un de ses fermiers pour lui faciliter le voyage en Angleterre ou en Hollande, et l'a prié de retirer chez lui tous ses meubles, à quoi il n'a voulu consentir (Fr. 7044 f" 225). Le commissaire Gazon écrivait, de son côté: «M""® Gendrault, tante [lisez: sœur] de M""" Fabrice, s'est rendue invisible et l'on ne sait où elle est passée. Elle a une terre de 90,000 livres et un fils en Hollande» (Fr. 7o5i f°^ 281 et 3ii). En mars 1687, il écrit encore qu'elle s'est absentée depuis dix-huit mois. C'est sans doute son fils qui se fit naturaliser anglais en 1686 sous le nom de Jacques Gendrault (Agnew, III, 41). — Marthe, mariée à Fabrice de Gressenich, resta deux ans aux Nouvelles-Catholiques (voir III, 124). — Elisabeth, née en i635, qui paraît être restée fille, ne montra pas plus de dispositions à recevoir la religion qu'il plaisait au roi de lui imposer. Nous ne savons d'elle que ce qu'en disent les deux billets suivants que Seignelay adressait à La Reynie : « 18 septembre 1686. On sait que la demoiselle de Menou, parente du sieur de Béringhen, se tient cachée à Paris, par la crainte qu'elle a, à ce qu'on dit, d'offenser Dieu en embrassant la religion catholique. Il faut tâcher de découvrir où elle peut être et la faire arrêter et mettre dans un couvent». — «24 octobre 1686. Sa Majesté a permis à la demoiselle de Menour de venir dans une maison qu'elle a près de Fontainebleau, où l'aumônier de M™" la princesse de Conty espère la convertir» (O' 3o).

Mercat, proposant, de Duras en Agenois, qui faisait à Paris les fonctions de ministre, passa dix ans (5 mars 1689—21 avril 1699) à la Bastille, où il finit par abjurer pour recouvrer la liberté {Les premiers pasteurs du Désert, et Arcli. Bas t., X, i83).

Mercier (Louise), voir II, 6i5.

Méré (M"" de), enfermée au couvent des Filles de la Croix, au faubourg Saint-Antoine, par ordre du 2 mars 1692 (O' 36).

Mésange (François), voir Festu.

Mesbrinck de Grandval (Daniel), gendarme du roi, arrêté en Vermandois, conduisant des fugitifs, mis au Grand-Chàtelet pour la R. le 14 novembre i685, et en sortit le i3 mai 1686 (Fr. 7o5i f''^ 295, 3o2).

Mesnard (Jean). A ce que nous avons dit de lui dans les chapitres précédents nous ajouterons ici quelques détails. Né à Paris

2i8 Révocation de VEdit de Nantes a Paris.

en 1644 du mariage de Jacques Mesnard, tailleur de M. le Prince, et d'Anne Périlleux, Mesnard alla faire à Genève ses études théologiques, et fut déclaré apte au saint ministère par le synode tenu à Clermont-en-Beauvoisis en 1667 ; après quoi, il passa en Angleterre, où il reçut la consécration, et servit, de 1668 à 1670, l'église de Thorney-Abbey (île d'Ely) '. Obligé de revenir en France pour raison de santé, il n'avait que vingt-six ans lorsque le consistoire de Charenton, sans doute frappé de son rare talent de prédication, le choisit pour successeur de Daillé, à la fin de l'année 1670, probablement après le 5 novembre; car Allix et Daillé fils signèrent seuls ce jour-là l'approbation de la réponse de Claude à l'ouvrage d'Arnauld sur la perpétuité de la foi. Le synode provincial tenu au commencement de l'année suivante, confirma cette vocation, qui fut ratifiée sans la moindre difficulté par le secrétaire d'Etat La Vrillière, bien que le pasteur et commissaire royal D'Allemagne l'eût combattue au sein du synode, sous prétexte que l'ordination anglicane n'avait en France aucune valeur.

Jacques Mesnard mourut à près de quatre-vingts ans, et fut inhumé le 5 avril 1684, en présence de son fils Jean et de son petit-fils Paul Souchet, marchand à Paris. Il avait deux autres fils: Philippe, sieur d'Air (i656), pasteur à Saintes, puis à Copenhague et à Londres après la Révocation, et Jacques (lôSg), dont le sort est moins inconnu que ne le pensait Haag, puisqu'on sait que, après avoir abjuré, il était passé en Hollande pour rétracter son abjuration^ circonstance qui valut au pasteur de Charenton un séjour à la Bastille suivi d'un long exil. La France protestante ne parle pas de la sœur des trois frères, Anne, mariée à Antoine Guérin, pasteur de Bois-le-Roi, dont la fille épousa en i683 Paul Souchet susmentionné (Reg. de Char.).

Abraham Mesnard, tailleur de la rue Duphot, à qui Rachel de Choisy, sa femme, avait donné, en 1672, Louis-Henri (dont le parrain fut Guy-Henri de Bourbon-Malauze, et la marraine, Charlotte de Roye de La Rochefoucauld), et, en 1674, César, était-il aussi fils de Jacques, ou seulement son neveu? — Nous ne savons. Dans le dernier cas, il serait l'auteur de la lettre suivante, datée de Paris le i^"' mai 1686 et adressée à M. Guenon l'aîné à Saintes :

J'avais jusques à présent eu quelque espérance d'avoir un passeport pour les hardes de mon cousin d'Air (pasteur à Copenhague et gendre de Guenon de Latour), pour ce que l'on me l'avait ainsi fait entendre; mais M. l'envoyé

' De Schickler, f'gl. du refuge, H, 252.

Emprisonnés à Paris. 219

de Danemark me fit dire avant-hier que l'on le lui a refusé et que le roi n'en veut plus accorder, pour qui ni pour quoi que ce soit; il est même à craindre que ce que ces Messieurs ont en France soit perdu pour eux, etc. {Biillel., Il, 173).

Jean Mesnard épousa, le 18 novembre 1677, Louise, fille d'Abraham Mariette, marchand de vins de la rue de l'Égoût, et de Louise Le Maistre. De ce mariage naquirent, suivant les extraits des registres de Charenton: Anne-Louise (1678), morte en 1682; Jean-Alexandre (1681), Susanne (1682), Elisabeth-Louise (1684), et Henriette, baptisée le 18 février i685. Il ne lui serait donc resté que quatre enfants lorsqu'il sortit de France; mais ces extraits sont incomplets : on a vu plus haut qu'il en avait un cinquième âgé de sept ans, dont les papiers de La Reynie n'indiquent pas le nom. Cet enfant, qui ne peut 'être né qu'en 1679, était une fille, que M. Agnew (III, 52) appelle Marie. Un huitième, nommé Pierre, naquit hors de France. Trois seulement, Marie, Susanne et Pierre, furent naturalisés anglais avec leur père et leur mère en 1690 ; évidemment les autres n'existaient plus.

Il nous reste à mentionner un dernier Mesnard, qui sans doute n'appartenait pas à la même famille :

Isaac, marchand de vins de la rue de La Chaise {aliàs rue de La Planche, laquelle donnait dans la rue de La Chaise). II figure avec Mariette sur la liste des P. R. de la paroisse Saint-Sulpice qui durent être mandés dans les bureaux de la police entre le 28 octobre et le 28 décembre i685 (Fr. 7o5i f 44). Sa femme s'empressa moins encore d'abjurer, témoin le billet que La Re3'nie adressait le 28 décembre au procureur-général :

La dame Mesnard, prisonnière au For-l'Évêque, prendra aussi un très bon parti lorsqu'elle se conformera à ce que vous jugerez qu'elle peut faire, et nous exécuterons tout ce que vous ordonnerez (Fr. 17420 f-* 208).

Mesnil (Jean), de Blois, condamné aux galères par le Parlement de Paris le 5 juin i685. Jacques, fugitif, dont les rentes furent confisquées (TT i56, 453).

Mestrezat, voir II, 53 1.

Meusnier. Les Extraits des Registres de Charenton mentionnent cinq personnages de ce nom, quatre architectes : Philippe, Abraham, Isaac, Jean, et Philippe, peintre, mais sans indiquer la filiation des trois derniers, que La France protestante donne cependant pour frères d'Abraham.

Philippe, maître maçon, eut de Marthe Mizier, sa femme:

220 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

Abraham, architecte, marié en i655 à Nicole Ecman, fille de feu Edouard, graveur, et de Marie Sovice, qui lui donna ; Elisabeth (1673) et Marie-Madelaine (1674) ; Judith, mariée en i658 à David Bertrand, sculpteur et peintre, dont la fille Charlotte-Judith fiit présentée au baptême en 1662 par Isaac Meusnier, maître maçon. Le second Philippe, c'est-à-dire le peintre, probablement frère aîné de Judith et d'Abraham, avait épousé Marie Latriche, qui lui donna une fille nommée Elisabeth, mariée en 1680 à Nicolas Dorign}', entrepreneur des manufactures de La Ferté-sous-Jouarre, et peutêtre aussi un troisième Philippe, célèbre peintre d'architecture, qui orna la chapelle de Versailles en 1680, quitta la France à la Révocation et y revint en 1700. De nouvelles faveurs récompensèrent son abjuration. Il mourut à Paris en 1784, âgé de soixante-dix-huit ans.

Quant à Jean, architecte-sculpteur, il épousa Elisabeth Miquelot, qui lui donna: Jeanne (1675), dont le parrain fut Abraham, puis Marie (1676). Enfermé dans les prisons de Saint-Martin au mois de janvier i683, sous prétexte de dettes, Jean s'échappa ainsi que ses compagnons, par un trou qu'ils firent à la muraille; mais persuadé que sa religion était tout son crime, il se réfugia aux Nouveaux- Catholiques et y abjura le 29 septembre. Sa femme suivit son exemple trois mois après. Compris dans la poursuite relative au bris de prison, il fut obligé de se tenir caché et sollicita un arrêt d'acquittement qui lui permît de gagner sa vie (Fr. 7052 f" 197).

Abraham et son beau-frère Bertrand habitaient ensemble dans la rue Michel-Le-Comte; mandés tous deux chez Seignelay le 14 décembre i685, ils n'y allèrent ni l'un ni l'autre (Fr. 7o52 f" 222). Dès le 25 septembre, le convertisseur Léger avait donné avis au commissaire Delamare, que le sieur Meusnier, architecte, de la rue du Petit-Lion, sans doute Isaac, vendait ses meubles sous prétexte de se retirer à Metz, mais que son fils, nouveau converti, assurait que c'était dans le dessein de passer à l'étranger (Fr. 7062 f" 842). Sur un rôle des personnes qui offraient de l'argent pour sortir du royaume, nous trouvons à la date du 28 août 1686, « la femme du nommé Musnier, maçon» (Fr. 7o5o f° 258).

Il y avait encore à Paris d'autres Meusnier protestants, entre autres, celui au sujet duquel La Reynie écrivait à Harlay les trois billets suivants :

3o novembre i685.

Meusnier, banquier, vient de me dire bien nettement qu'il ne peut croire autre chose que ce qu'il croit, ni professer autre chose que sa religion quand il entrera dans l'Église catholique.

Emprisonnés à Paris. 221

4 décembre i685.

M. Meusnier, banquier négociant, que je croyais tout à fait éloigne, m'est venu dire qu'il avait étudié depuis la dernière conversation, et que dans la fin de la semaine il pourrait parler plus précisément.

19 décembre i685.

J'ai parlé à Meusnier, banquier, et il est plus ferme que jamais {Arc h. Bas/., VIII, 355).

Il fut mis à la Bastille par ordre du 11 janvier 1686. Le i3, quand Desgrez alla l'arrêter^ il le trouva tout prêt, « muni d'une grande résolution pour demeurer dans la religion, et son paquet disposé pour la Bastille» (O' 3o). Mais le seul aspect de la forteresse fît évanouir cette belle résolution. Le 16, Meusnier se déclarait prêt à abjurer, et Seignelay signait l'ordre, exécuté quelques jours après, de le remettre en liberté. Le 18, M. de Besmaus écrivait :

jy^me Meusnier vient de sortir d'ici; je suis fâché que le sieur De La Noue ne l'ait pas laissé parler à son mari, car c'est elle qui l'a fait résoudre (Fr. 7053 fo 461).

Philippe Meusnier, marchand drapier, nouveau converti, obtint, le 23 février 1686, un passeport pour l'Allemagne, où il prétendait que l'appelait son commerce (O ' 3o). Il était assez bien en cour pour que Seignelay lui écrivît le i5 mars :

Je vous envoie un ordre du roi pour prendre M"' votre fille où elle se trouvera. J'ai été bien aise de trouver occasion de vous rendre ce petit service.

Mais cette faveur fut annulée par le billet que Seignelay adressa, le 19, au procureur-général :

Il fut expédié le i5 de ce mois un ordre du roi portant permission à M. Le Meusnier de reprendre sa fille, qu'il disait lui avoir été enlevée, et comme Sa Majesté n'a pas eu intention en donnant cet ordre, de prendre connaissance du procès qui est entre lui et les parents de sa fille, au sujet de son éducation et de son établissement. Sa Majesté m'a ordonné de vous dire qu'elle n'empêche en aucune manière que les parents ne fassent leurs poursuites en justice sur ce sujet, ainsi que s'il n'y avait point d'ordre expédié (0 1 3o).

Le 12 mai, M. D'Avaux informait Seignelay que Meusnier se disposait à se retirer en Hollande, et qu'il y faisait passer tout ce qu'il pouvait de marchandises et d'argent. Enfin, le 5 novembre, cet ambassadeur donnait avis que Meusnier avait quitté la France avec

222 Révocation de l'Edit de Najifes à Parts.

sa famille. Il se réfugia à Halle, et maria, en 1691, sa fille Susanne au célèbre pasteur David Ancillou [Fr. pr., 2," édit., I, 284). Sa fille Madelaine était encore à Halle en 1700 (Ms. Dieterici). Un autre Philippe Meusnier, de Paris, fabricant d'horlogerie, se réfugia en Saxe (Tollin, Geschichte der fransôsischen Colonie von Magdebiirg,

Un Meusnier, habitant Paris, avait épousé la sœur du célèbre confesseur Louis de Marolles, ainsi qu'il résulte d'une note écrite de la main de La Reynie, au mois de décembre 1686 : « Ce n'est pas le mari de M""^^ Meusnier qui est à la chaîne, mais son frère nommé Marolles » (Fr. 7o5o f" 242). Ces alliances des Meusnier, des Bertrand et des Marolles, expliquent pourquoi M"^^ Madelaine Meusnier, Marie et Juliette Bertrand, désavouèrent publiquement leur abjuration à La Haye, le i3 octobre 1686, en même temps que Marie Gommeret, femme du galérien Marolles, son fils Louis et sa fille Marguerite '. Ces six personnes avaient évidemment quitté la France ensemble.

Une demoiselle Esther Meusnier, enfermée en 1687 chez les religieuses de Sainte-Claire à Péronne, fut expulsée du royaume l'année suivante.

Marie Cahais, veuve de Pierre Meusnier, fugitive du quartier Saint-Antoine, avait donné une maison à sa fille Catherine, mariée au nommé Prou (Fr. 7o5r f° 323| ; on la trouve à Berlin en 1700 (Ms. Dieterici).

Susanne et Marie-Madelaine Meusnier, orphelines, filles de David, ébéniste, reçurent en i685 soixante livres après leur abjuration (Fr. 7o5o f" 139).

Un Meusnier, non Parisien, se trouvait à la Bastille au mois d'octobre 1692 ; il fut relâché par ordre du 27, et on lui donna deux louis d'or pour retourner en son pays (O' 36). Un autre Meusnier fut mis à la Bastille en 1704 (O' 48). Voir III, 160.

Enfin Pontchartrain écrivait le 7 octobre 1689 au concierge de la tour Saint-Bernard: «J'écris à M. le procureur-général d'empêcher que le nommé Meusnier, condamné aux galères, ne parte avec la chaîne, et de le faire rester à Paris». Cette grâce était motivée par un placet que Meusnier avait adressé au roi (O^ 42).

Meyer (Rodolphe), du canton de Zurich, ancien lieutenant dans un régiment suisse, accusé avec Jacques du Hamel, sieur du Parc,

' J. Bonnet, Hisl. des souffrances du bienheureux martyr Louh de Marolles,

p. XI.

Emprisonnés a Paris. 223

ex-capitaine au régiment de Flandre, de favoriser les évasions, sous prétexte du commerce des dentelles. Ils prenaient dix louis par personne. Meyer demeurait chez l'envoyé de Brandebourg et était lecteur de son prêche. L'exempt Aulmont l'arrêta au Bourget le 20 juillet 1700; il sortit de la Bastille le 17 octobre. Du Hamel, arrêté le 8 août, fut relâché le 4 octobre (Arsen., F. Bast., 10524).

MiCHON (Elisabeth), expulsée du royaume par ordre du 2 mars

MiGEON, voir II, 539 et 616.

MijoN (Anne), voir Plastrier.

MiLSONNEAU (M"''). Le 22 février 1700, Pontchartrain ordonnait à D'Argenson de mettre aux Nouvelles-Catholiques M"'= Milsonneau, de la généralité d'Orléans, que sa mère, veuve, redemandait, le II mai. La prisonnière étant tombée malade, M™*' Milsonneau n'obtint l'autorisation de l'emmener, le 28 juillet, qu'en prenant l'engagement de la ramener aux Nouvelles-Catholiques après sa guérison (O ' 44). Il s'agit très probablement de la fille d'Isaac IVIilsonneau, avocat au Parlement de Paris et bailli de Chatillonsur-Loing, qui, en 1678, avait épousé à Charenton Anne-Marie Crommelin (Reg. de Char.). La famille Milsonneau s'est perpétuée à Chatillon au moins jusqu'en 1 770 {Bullet., VII, 495).

Mirât, voir I, 489.

MiRMAND (Gabrielle de), fille d'un magistrat nîmois et sœur d'Henri, l'un des personnages les plus considérables et les plus actifs du Refuge, avait épousé... De Comte. Venue à Paris dans le dessein de s'enfuir, elle fut arrêtée le 26 octobre 1686, mise le 19 novembre chez les Miramiones (O' 3o), et se prêta pour en sortir à tout ce qu'on exigea d'elle, allant à la messe fêtes et dimanches, malgré ses incommodités. Au mois de janvier 1687, arguant de ses infirmités, elle demandait qu'on lui rendît sa servante, encore mieux convertie qu'elle-même. M""" de Miramion, pourrait, ajoutait-elle, apprécier la conduite de la servante aussi bien que celle de la maîtresse (Fr. 7o53 f" 118). Hypocrite par nécessité, M'°'= de Comte s'enfuit dès que la chose fut possible, et mourut à Delft, le 2 janvier 1702, réconciliée avec l'Eglise qu'au fond du cœur elle n'avait jamais quittée {Bullet., VII, 201).

MoivRE (De). Exclu de sa profession par l'arrêt du i5 septembre i685, un chirurgien de Vassy en Champagne s'était retiré à

Paris, près de son fils, étudiant, qui suivait les cours d'Ozanam, et allait devenir l'illustre mathématicien Abraham de Moivre, ami de Newton et de Leibnitz. D'après La France protestante (VII, 488 a)^ l'étudiant aurait été enfermé au prieuré deSaint-Martin-des-Champs, et n'en serait sorti pour être expulsé du royaume comme inconvertissable, que le 27 avril 1688. Ayant constaté que Abraham et son frère Daniel furent naturalisés anglais le 5 janvier 1688, M. Agnevv (in-f" II, 211) propose de substituer la date du 27 avril 1687 à celle du 27 avril 1688. Substitution aussi impossible qu'inutile: la date du 27 avril 1688 est exacte; mais Haag a pris le fils pour le père. En effet, le 9 décembre 1687, Seignelay ordonnait de mettre à Saint-Martin-des-Champs « le chirurgien Moivre ». Par conséquent Abraham et son frère avaient gagné l'Angleterre à une date antérieure et sans avoir été expulsés du royaume. M. Agnevv ne dit pas si le père rejoignit ou non ses fils. Il semble d'ailleurs résulter de la formule employée par le secrétaire d'Etat, que De Moivre ne sortit du couvent qu'après abjuration.

MoLLiEN (De) voir Neuville.

Monceau (Elisabeth de), fille de Daniel, sieur d'Antin, et de Madelaine-Judith Domanchin, enlevée à l'âge de deux ans (1686) et envoyée dans le couvent des Ursulines de Montargis, où elle resta jusqu'à sa vingtième année {Fr. pr.).

MoNCHÉ, arrêté par ordre du 12 mai 1698, pour avoir été au prêche chez milord Portland, ambassadeur d'Angleterre (O ' 42).

MoNDREViLLE (M"'' de), envoyée aux Nouvelles-Catholiques le 24 juin 1699 par l'intendant de la généralité de Paris (O' 48), fut transférée au château de Saumur en 1701 (O' 45).

MoNGiNOT. La famille noble des Monginot de La Salle, l'une des plus considérables de Paris, fut aussi l'une de celles qui donnèrent, à la Révocation, des preuves éclatantes de fidélité religieuse.

François de Monginot, médecin distingué, qui prôna l'emploi du quinquina contre la fièvre, était né en 1625 et fils de François, médecin du roi, et d'Anne Chenevix. II épousa en i658 Madelaine Le Goux, dont il eut, sans parler de .deux enfants morts jeunes, un fils nommé aussi François (1660), qui, en récompense de son abjuration, obtint en 1689 la jouissance des biens paternels, et deux filles : Anne (1662), qui épousa en 1680 David du Plessis, sieur de La Perrine, et Susanne (1664), mariée en 1681 à Gédéon Mesnage, sieur de Cagny et de Couvert, fils de Louis Mesnage et de Marie

Emprisonnés a Paris. 225

de Barberie de Saint-Contest. Le 20 janvier 1686, Seignelay ordonnait à La Reynie de prendre avec la dame du Plessis, évidemment nouvelle convertie, les mesures nécessaires pour enfermer la mère de celle-ci au couvent de Saint-Eutrope dans le parc de Chanteloup (Seine-et-Oise). Ramenée à Port-Royal, M™"" Monginot y abjura le 20 avril suivant et en sortit par ordre du 29 (Fr. 7o55 f° 439).

Tandis que son frère s'illustrait dans la médecine, Etienne de Monginot, présenté au baptême en 1627 par Etienne Gobelin, se distinguait dans les finances, devenait fermier-général et consacrait une notable partie de sa fortune à venir en aide aux protestants exclus des fermes et gabelles par le règlement du 11 juin 1680. Il avait épousé en juillet 1657 Catherine Lemonon, fille du médecin du duc de Longueville, dont il eut onze enfants entre autres : Catherine (i658), mariée en 1677 à César Caze, Madelaine (1671) et Marie, qui épousa en 1684 Pierre-Antoine de Jaucourt, marquis d'Espeuilles, déjà nouveau catholique suivant La France protestante, VI, 5i. Dès le 23 mars 1682, La Re3'nie recevait l'ordre d'empêcher les réunions d'une société de dames organisée par M""" d'Herwarth et M""= de Monginot, pour assister les pauvres de la religion. Le commissaire Delamare écrivait en mars i685 :

L'on a su d'une nourrice de M""" Caze, fille de M. Monginot, que M. et M"'^ Monginot ont fait passer beaucoup d'argent en Angleterre et à Genève depuis deux ans; qu'il ont établi en Angleterre le sieur Goubert, leur beaufrère fjean, naturalisé en 1687 (Agnew, III, 48)], pour prendre le soin de leurs affaires en ce pa3's, et qu'ils avaient le dessein d'y faire passer l'un de leurs enfants (Fr. 7052, f» 33o).

Dans le courant de l'année Caze et sa femme s'enfuirent à l'étranger. Le 29 novembre, François Monginot fut exilé à Noyon pour refus d'abjuration. Le i^'' décembre, lorsqu'on chassa de Paris tous les protestants qui ne l'habitaient que depuis un an au moins, M'"'= de Cagny et sa sœur M"'= Du Plessis, approchant du terme de leur grossesse, obtinrent l'autorisation d'y demeurer jusqu'après leurs couches. Le 16, Seignelay écrivait à M. Robert, procureur du roi :

J'envoie à M. de La Reynie les deux ordres dont vous m'avez écrit, pour reléguer Monginot, médecin à Dinan, de Noyon où il était '.

Le 3o, M"^ Monginot reçut l'autorisation de suivre son mari au fond de la Bretagne (O' 29). Pour se rendre de Noyon à Dinan, il fallait traverser Paris, oili les convertisseurs s'empressaient plus que

' La France prot. confond ici les deux frères.

in 15

226 Révocation de tEdit de Nantes à Paris.

jamais autour du docteur. L'un d'eux, M. Dodun, écrivait à M. Arnaud, le 2 janvier 1686 :

Je vous l'avais bien dit, Monsieur, que pendant qu'on laisserait M. Monginot le médecin avec M"" sa femme et M. de Cagny, son gendre, loin de le gagner, il perdrait toutes les bonnes dispositions dans lesquelles il était. Aussi n'a-t-il point profité de la conférence qu'il a eue aujourd'hui avec ¥lz' l'archevêque, et tout le fruit a été qu'en sortant il a dit qu'il voulait partir. Le sieur de Cagny les doit mener par Caen, qui est dans le pays où est si;ué son bien. Le sieur de La Massaye dont je vous écrivis, ne les quitte point et est leur conseil; ainsi voilà des gens qui se sont fortifiés les uns les autres, et il ne faut rien attendre d'eux pendant qu'ils seront de la sorte. Mais si on éloigne la femme, qu'on arrête M. de Monginot et qu'on en fasse de même des sieurs de Cagny et de La Massaj'e, et qu'ils n'aient nul commerce les uns avec les autres, je suis persuadé qu'avant qu'il soit quinze jours, on aura toute la famille dudit Monginot. Je suis même obligé de vous dire que les sieurs de Cagny et de La Massaye ' ne se cachent pas trop du dessein qu'ils ont de se retirer dans les pays étrangers (Fr. 81 19, f" 25).

Il semble donc qu'au moment d'entreprendre le long voyage de l'exil au milieu de l'hiver, Monginot ait éprouvé un peu d'hésitation; c'est ce qui résulte encore d'un rapport au dos duquel Louis XIV écrivit de sa main : Louvois, Seignelay et Châteauneuf. Ce rapport, conservé dans les papiers Rulhière, débute ainsi :

3 janvier 1686. Vous savez, Monseigneur, en quel état vous laissâtes hier M. Monginot le médecin; mais depuis ce temps-là j'ai reçu le billet dont voici copie que j'ai cru que vous seriez bien aise de voir. Celui qui l'a écrit suit de près la Jambe-de-Bois que vous avez vu, qui l'informe de toutes les démarches du sieur Monginot, et de ce qui se passe dans son domestique, on peut faire fond là-dessus et y compter sûrement ^ {BnUet., XIII, 286).

En présence de cette hésitation et conformément au conseil donné par M. Dodun, l'ordre d'exil à Dinan fut annulé. On crut plus sûr et plus expéditif de mettre le docteur à la Bastille^ où il entra le 5, en même temps que le marquis de Cagny. Le i5, Monginot y reçut la visite de son frère Etienne, qui venait d'abjurer et dont le Mercure Galant de février annonça l'abjuration et celle de toute sa famille. Le même jour, M. de Cagny reçut celle de son oncle ou de son cousin de Saint-Contest^ aussi nouveau catholique. Le 3o, un nommé Bernier fut également autorisé à conférer avec Monginot (Fr. 17421 f" 3i). C'était apparemment le médecin Paul Bernier, qui, trois ans plus

' Voir La Massaye. tout ce qui se passait dans leurs fa-

• Noie ajoutée en marge par Rulhière : milles». uUn vil espionnage rendait compte de

Emprisonnés a Paris. 227

tard, allait être arrêté avec le pasteur du Désert Paul Cardel et enfermé à son tour dans le terrible donjon (O* 33).

Le I" février, M'"" François de Monginot et sa fille M'"° de Cagny reçurent l'ordre d'aller demeurer chez Etienne. Cependant l'hésitation du prisonnier se prolongeait de manière à faire craindre une capitulation de conscience. M. de Besmaus écrivait le 4 mars à La Reynie:

M. de Monginot me prie de lui permettre de voir M. l'abbé Pageot et de m'adresser à M. de Longueil, conseiller, son ami, pour le trouver. Il chancelle toujours et ne laisse de conférer avec M. de Lamon. Je crois que, si vous l'approuvez, il s'expliquera avec lui. Il me demande aussi s'il ne pourrait pas parler à M. de Cagny en ma présence (Fr. 7o53, f" 451).

Le I" avril, on lui dépêchait, pour «tâcher de le persuader» un sieur Alliot, médecin de la Bastille. Le 6 mai, M™^ de Monginot et M"^ de Cagny demandaient à voir leurs maris, afin de les décider par leurs larmes et leurs importunités à signer comme elles pour se tirer de prison (O' 3o et Béringhen, Cinquante lettres, p. 206). Les supplications des parents et des amis, les procédés plus habiles que scrupuleux des convertisseurs, tout fut inutile. La foi de M. de IVIonginot se raffermit dans la souffrance, grâce aux exhortations de ses compagnons de captivité, Sainte-Hermine et Théodore de Béringhen ^ Au mois de mai 1687, on voulut voir si quatorze mois de prison n'auraient pas lassé sa constance, et on autorisa encore M™^ de Monginot à lui rendre visite. Ce fut la dernière tentative; on le rangea dès lors parmi les opiniâtres dont il fallait débarrasser la Bastille. Par ordre du 4 août 1687, il fut envoyé au château d'Angers en même temps que MM. de Verdelle et de Romeron. Le lieutenant de roi d'Angers fut averti par une lettre du 28 octobre que la famille du docteur paierait sa nourriture. — Les convertisseurs de la Bastille ne réussirent pas mieux auprès de M. de Cagnj' =', qui reçut le 23 mars 1686 la visite du nouveau catholique Prévost, sieur de L'Islot-Touchimbert. On trouve dans les Cinquante lettres celle que Théodore de Béringhen lui avait fait parvenir malgré les geôliers (voir Béringhen). M. de Cagny sortit du donjon, par ordre du 4 août 1687, pour être transféré au château de Loches, en même temps que MM. de Béringhen,

• Voir à l'art. Béringhen la lettre à Cagny, le plus éclairé de tous ceux qu'on

Sainte-Hermine relative à Monginot. voit ici, ne durera pas longtemps» {Arch.

' Bien que M. de Besmaus écrivit à Bast., VIII, 363). Seignelay le 24 janvier 168Û: «M. de

228 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.

Saint-Jean, Amonnet, de Vrigny et de Cahanel. — L'année suivante, Monginot et son gendre, que rien n'avait pu contraindre à faiblir, furent expulsés du royaume avec Th. de Béringhen. Celui-ci et M. de Cagny, qu'il dépeint comme un «homme éloquent et puissant par les Écritures », firent à tour de rôle les fonctions d'aumônier sur le vaisseau qui les emportait. Le 5 mai 1688, sur les quatre heures du soir, le vaisseau étant à la hauteur de Douvres, Monginot et Cagny s'y firent aborder par une barque de pêcheur avec MM. de Saint-Jean, de Cahanel, Foucher, la veuve Cabaret et sa fille. En descendant dans la barque Monginot tomba à la mer et en fut retiré par Cahanel. M. de Cagny servit dans l'armée de Guillaume en Irlande et fut tué au siège de Limerick [Meut, de Bostaquef, p. 282), tandis que Monginot fils, demeuré en France et capitaine au régiment du Maine, se faisait donner le 10 octobre 1689 la jouissance des biens de son père. Le 3o juin, Seignelay avait autorisé La Reynie à mettre où il voudrait les enfants de M"" de Cagny, que la mère Garnier des Nouvelles-Catholiques voulait envoyer à Charenton avec une gouvernante. Leur grandmère n'avait encore pu rejoindre son mari, lorsque Seignela}^, indigné de ce qu'elle ne faisait aucune profession de catholique, écrivit le 12 septembre de la même année au lieutenant de police :

A l'égard de la dame Monginot, il faut que vous la fassiez avertir sous main et sans que cela paraisse venir de vous, que le roi est informé de sa mauvaise conduite, qu'il pourrait bien lui en arriver mal et qu'elle ferait mieux de sortir du royaume; si elle prend ce parti, il faudra la laisser aller; que si elle se cache dans Paris, il faudra la faire arrêter (O ' 33).

En 1688, M""' de Cagny et les sœurs de son mari demandaient la main levée de la saisie de leurs biens qu'on avait confondus avec ceux de M. de Cagny (TT 25i).

Bien qu'ils eussent abjuré avec trop de facilité, M. et M"'° Etienne Monginot n'étaient pas meilleurs catholiques; M""= fut dénoncée le 28 juillet comme ayant fourni à plusieurs fugitifs l'argent nécessaire pour faire le voyage (Fr. 7o53 f° 3o5). Etienne, qui avait obtenu (i5 février 1687) le don des biens de sa fille M""® Caze, passée à l'étranger avec son mari, voulut aussi recouvrer la dignité et la paix de sa conscience ; il s'enfuit avec sa femme ; tous deux firent acte de repentance à La Haye en 1688, et furent naturalisés anglais avec leurs fils Etienne, Paul et Jacques le 3i janvier 1690. En 1689 leur fille Madelaine communiait aussi à La Haye après avoir fait acte de repentance. Les deux autres

Emprisonnés a Parùr. aag

enfants, Pierre et Marie, restés en France, furent mis dès 1690 en possession des biens de la famille, sauf une maison dont la vente présenta ce caractère «touchant» • que presque tout le prix en fut absorbé par des créances privilégiées. Il résulte de l'interrogatoire subi le 7 octobre 1699 par la femme Sonnin (aliàs la Soanem), qu'elle avait conduit à Londres M"^ de Jaucourt, marquise d'Espeuilles, et sa fille, petite-fille de Monginot (Ravaisson, X, 233 et Arsen., F. Bast. io5i9).

MoNNoiE, voir II, 539.

MoNTAiGU (M""t, enfermée dans un couvent en 1686.

MoNTEiL (Jacques de), nîmois, avait été pourvu en i658 de l'office de conseiller-trésorier de France en la généralité de Paris; en sa qualité de protestant le Parlement le repoussa d'abord et ne l'accepta que grâce à une lettre de jussion (O* 2 f" 147). Le 16 mai 1686, le commissaire Gazon fit arrêter le même personnage et l'envoya au For-l'Évêque, sous l'accusation d'exhorter les gens de la R. et les nouveaux convertis qu'il visitait secrètement dans leurs maisons (Fr. 7o5i f° 290). Il fut transféré à Sainte-Geneviève le 3i (O ' 3o), où nous le trouvons encore le 23 juillet 1687 (Fr. 7o53 f*" 164). Par ordre du 4 août il fut envoyé avec Le Coq et Focart au château de Saint-Malo. On l'expulsa ensuite du royaume comme inconvertissable (Fr. yoSi f" 322 et 81 19 f" 33).

MoNTGOMMERY. Louis de iVIontgommery, comte de Chanteloup, marié en 1675 à Anne Le Coq, fille d'Aymar, sieur de Germain, et en secondes noces à une Courtomer, dont il eut une fille unique, feignit d'abjurer à la Révocation ; mais, dès le 29 novembre 1686 l'intendant de Normandie écrivait à la Cour :

J'apprends que, dans l'évéché de Coutances, M. de Montgommeiy, personne de qualité, n'y fait aucun devoir de bon chrétien, non plus que M"" sa femme... On me mande même de ce pays-là qu'il se fait quelques assemblées chez ledit sieur de Montgommery, et que, dans le domestique, les instructions de la R. P. R. s'y donnent comme avant la Révocation de l'édit de Nantes. Il me parait qu'il est de conséquence d'j' mettre ordre et d'appeler le mari à la cour ou de l'envoyer au donjon de Caen.

De Gourgues écrivait encore le 24 décembre: « Un garde ira mettre à exécution les ordres du roi concernant M. et M'"'' de Montgom-

> C'est l'expression dont Pontchartrain se servit dans sa lettre à La Reynie du

l6 mars 1691,

23o Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

mery, et M. l'évêque de Coutances en aura communication». Montgommery fut arrêté de nouveau par ordre du lo janvier 1688 et conduit au château de Caen, puis dans les prisons de Rouen. Sa seconde femme étant morte à Chanteloup (1690), sans vouloir donner aucune marque de catholicité, il la fit enterrer de nuit dans l'église de la paroisse, mais on l'exhuma sur les plaintes du clergé. En 1706, comme il se préparait à passer à l'étranger, on le mit à la Bastille ; il y mourut en 1710, après avoir repoussé le P. Riquelet, accouru pour le confesser. On lui fit de pompeuses funérailles à l'église Saint-Paul, afin de faire croire qu'il s'était converti [Bidlet., XII, 4i5).

Sa fille, enfermée en 1696 dans un couvent de Normandie, fut mise aux Nouvelles-Catholiques de Paris au commencement de l'année 1699 (O ' 48). La supérieure de l'établissement écrivait le 18 avril 1700, que M"* de Montgommery était bien instruite et qu'il était nécessaire de la remettre à la comtesse de Courtomer, pour apprendre autre chose que la religion. Elle sortit des Nouvelles- Catholiques par ordre du 26 (O * 44).

Le comte de Chanteloup avait une sœur au sujet de laquelle le Mercure historique de mai 1700 p. 5i8 s'exprime de la manière suivante : « Les motifs de la conversion de M'"'^ Elisabeth Montgommery, veuve du marquis de La Vieuville en Bretagne, qu'on A'ient de donner au public, ont beaucoup plus surpris que le changement de M""= la comtesse d'Auvergne.

« Cette marquise qui avait témoigné d'abord beaucoup de fermeté, et qui résista même longtemps à la persécution, se vit enfin contrainte au mois de mars de l'année dernière de faire profession de la R. C. R. Un de ses amis qui savait combien elle avait eu en horreur cette religion, la pria de lui apprendre les raisons

d'un changement si inopiné : c'est ce qui a donné lieu à ces

motifs de conversion qu'on vient d'imprimer. La marquise lui raconte d'abord qu'au mois de septembre 1694, elle fut arrêtée par ordre du roi et conduite au château de Saint-Malo. Comme on voulait à quelque prix que ce fût, qu'elle fit ce qu'elle vient de faire, on l'accusa d'avoir des intelligences avec les ennemis du royaume, accusation qui faisait pitié. Deux femmes déposèrent contre elle. Elle prouva que l'une de ces femmes, qui avait été réformée, et qu'elle avait reçue chez elle, parce qu'elle témoignait avoir de bons sentiments pour la religion protestante, avait été chassée de sa maison à cause d'un vol, et que l'autre était une de ces infâmes qui suivent les régiments... Ces deux témoins étaient

Emprisonnés à Paris. 23 1

fort récusables. Cependant comme à l'égard des Réformés on ne garde aucune forme de justice, on reçut leur témoignage... La prison parut affreuse à la marquise de Vieuville. On la menaçait d'ailleurs de la traiter comme criminelle d'Etat. Les maux présents et d'autres plus grands qu'elle avait à craindre et dont on l'intimidait à tous moments, ébranlèrent enfin sa constance, et ayant fait paraître qu'elle voulait bien se faire instruire, elle fut mise en liberté, elle fut déclarée très fidèle à l'État, et ses filles à qui on avait fait changer de religion lui furent rendues. Elle eut des entretiens fort fréquents avec des ecclésiastiques, elle lut les livres des missionnaires et la Doctrine catholique de l'évèque de Meaux. L'évêque de Rennes la mit enfin entre les mains d'un jésuite qui n'eut pas de peine à lui prouver que Calvin était un hérésiarque, et tous les calvinistes des hérétiques qui seraient damnés éternellement. Elle se confessa au bon père, de qui elle reçut l'absolution, et le jour de Pâques elle communia dans sa paroisse ».

Une autre demoiselle de Montgommery, qui après la destruction du temple de Pontorson fréquentait celui de Rennes, était réfugiée à Londres en avril 1686, avec une femme de chambre et un laquais [Bttllet., 3^ sér., IV, 178).

Signalons encore un chevalier de Montgommery, capitaine de frégate^ conduit à la Bastille le 24 novembre 1700 [Bitllet., XII, 416) ; une dame de Montgommery entrée avant le 10 novembre i685 dans la Société des dames françaises de Harlem [Bidlet. 3* sér., IV, 482) ; la comtesse de Ducé, veuve de Louis de Montgommery, réfugiée en Angleterre, et Susanne de Montgommery, veuve en 1684 de Henri de Goyon, comte de Quintin. Elle abjura au mois de janvier 1686 entre les mains de l'archevêque de Paris {France prot., VII, 483 b).

Montmorency (Jean de), vicomte de Villeroy, fils de Pierre, sieur d'Acquêt, et de Judith Le Fournier, avait épousé à Charenton en 1671 Jeanne de Pas-Feuquiéres, veuve de Louis d'Aumale. Ils habitaient le quartier Saint-Honoré et furent arrêtés tous deux par ordre du 14 février 1686, le mari, pour être conduit à la Bastille, et la femme dans un couvent (O' 3o et Fr. 17421 f° 42). Le mari fut relâché le 11 mars, d'après les Archives de la Bastille, VIII, 38i. (Voir France prot., VII, 498 b).

MoNTPOuiLLAN (M"" de), mise, au mois d'août 1700, dans le couvent des Bénédictines anglaises, d'où elle sortit par ordre du 22 juin 1701 (O 248), était peut-être la marquise de Montpouillan,

232 Révocation de tÉdit de Nantes à Parts.

femme d'Armand de Caumont, mort lieutenant-général à La Haye au mois de mai 1701 {Fr. pr., III, 268 b).

MoNYER (M""). Trois sœurs, les demoiselles Marie, Marguerite et Hélène Monyer, d'Orléans ^ (Fr. 2o5i f° 266), venues à Paris pour s'échapper du royaume, en compagnie de Madelaine Salomon, âgée de soixante ans et fille d'un ministre de Moutiers en Vendômois, entrèrent le 29 janvier 1686 dans l'agence d'émigration tenue par M""= de Rieux (voir Caron). Elles y restèrent cachées pendant sept mois, à raison de 12 sous par jour, et en sortirent le i^"" septembre. Desgrez les arrêta le 24 et les conduisit le lendemain aux Nouvelles-Catholiques (Fr. yoSi f°* 269 et 246). « On les instruit toujours et on en espère», disait la liste du 17 décembre. Cette espérance était si peu fondée, que, le 4 août 1687, il fallut envoyer les deux aînées au château de Nantes, et la plus jeune, à la citadelle de Montreuil (O ' 3i). Nous les retrouvons toutes trois au château de Nantes le 6 février 1688, notées comme ayant quelques revenus pouvant servir à leur subsistance (O* 82). Il semble qu'elles ont dû être expulsées du royaume.

Morand. Marianne Durant, fugitive et veuve de Jacques Morand, marchand de vin, fut arrêtée par Desgrez à Louvre en Parisis, le i3 novembre 1686 (Fr. 7o5i f° 269).

MoREAU, détenu à la Bastille, fut mis en liberté par ordre du 10 décembre 1692; c'est sans doute le même qui fut arrêté avec Chartier par ordre du 27 avril 1701, comme favorisant l'évasion des nouveaux catholiques (O 248). Nicolas, du bourg de Villers-le- Sec, passé à l'étranger (voir Bonnelle).

MoREL, sorti de la Bastille par ordre du 9 mai 1687 (O' 3i), était sans doute parent de Catherine Morel, « prétendue femme de Belin, laquelle, quoique convertie, ne faisait aucun exercice de la R. C. », et que la police eut ordre d'observer à partir du 26 août 1701 (O 248).

MoRiN (Pierre), de Paris, fugitif arrêté à Guise en 1686, avec Laurent, Tobie Noël et Jacques Garnier, tous parisiens (Invent. Tourlet TT).

MoRissET. Du mariage d'Isaac Morisset, secrétaire de la chambre, et de Catherine Bizet naquirent trois enfants : Alexandre

> La France protestante en fait à tort les filles de Jacques Mauger, graveur en

médailles.

Emprisonnés à Paris. 233

(1624), Françoise (i625), qui eut pour parrain Jean de La Fontaine, sieur de Baffour, et pour marraine Françoise du Candal, et Susanne, non mentionnée dans les extraits des Registres de Charenton.

Alexandre, sieur de la Grand'maison, épousa en i65i Marguerite d'Abancourt, qui lui donna Marthe, mariée en 1678 à René de Chartres, sieur de Guignard, capitaine d'infanterie {Reg. de Char.). Alexandre et ses deux sœurs obtinrent, à la fin d'octobre i685, l'autorisation de séjourner une quinzaine à Paris, lieu de leur naissance. Sur leur refus d'abjurer, on les emprisonna. Alexandre fut écroué au Petit-Châtelet le 19 février 1686 (Fr. 7o5i f° 298), puis à la Bastille. Dans sa lettre à La Reynie du 28 juin, le P. Gerbais l'appelle « opiniâtre et petite tête », demande qu'on supprime toutes les visites qu'il reçoit, qu'on le tire de la salle où il est avec dix autres et qu'on lui donne une chambre particulière, afin que les convertisseurs puissent lui parler plus aisément (Fr. 7053 f° i38). Envoyé à la fin d'août chez les Nouveaux-Catholiques, Morisset s'y conduisit de telle sorte que, sept mois plus tard, ceux-ci supplièrent qu'on les en déchargeât «à cause de son opiniâtreté» {Ibid., f° 166). Les Célestins (proche l'Arsenal), qui le reçurent ensuite par ordre du 17 avril 1687, le déclarèrent inconvertissable, si bien que Seignelay ordonna, le 4 août 1687, de le transférer au château d'Angoulême, en compagnie de Masclari, de Gervaise et de Virazel (O* 3i). Morisset n'ayant pas de bien, le roi payait sa pension à raison de quinze sols par jour. Cet intrépide protestant fut très probablement banni et expulsé du royaume. C'est sans doute lui qui fut naturalisé anglais en 1698, et qui présentait au baptême, avec Susanne Reseau, François Carrilier, fils de François et de Marie Morisset, dans l'église de la Nouvelle- York, en 1696.

Le 18 février 1686, sa sœur Françoise avait été mise au Forl'Evéque, où nous perdons sa trace (Fr. 7o5i f° 8o5).

Le même jour, Susanne entrait au Grand-Châtelet {Ibid., i° 299). On la transféra le 3o août aux Nouvelles-Catholiques, auxquelles elle se déclara prête à payer sa pension quand elle aurait reçu d'un chanoine les 4000 à 5ooo hvres qu'il lui devait. Nous ignorons si le chanoine auquel La Reynie fit parler, consentit à s'exécuter. Susanne fut transférée à la citadelle de Montreuil, par ordre du 4 août 1687, et expulsée du royaume en 1688.

Un nommé Morisset, garçon du cabaretier Barbot de la rue Tirechape, abjurait le i5 janvier 1686; un autre, demeurant avec

sa femme et deux enfants, rue Saint-Jean-de-Beauvais, dans la maison de l'avocat et ancien Papillon, figure dès le 3o décembre i685 parmi les fugitifs qui n'ont point signé d'abjuration (Fr. 7o5i f i86).

MoRLAT (Jean), de Paris, condamné aux galères en 1688, par lettres de commutation de peine.

Motet (La dame), arrêtée le 10 novembre 1686, avec son petit neveu et ses deux nièces, par l'exempt Desgrez, qui les fit garder cinq jours a la ville de Montpellier, rue de Seine, sans doute à titre de fugitifs (Fr. 7o5i f° 269).

MoYSAN, voir La Rochelogerie.

MuissoN, voir II, Sôy.

MuTEL (M"''). Il y avait des Mutel à Paris : le conseiller au Parlement Jean Mutel fut inhumé au cimetière des Saints-Pères, le 14 avril 1648, et, le 18 janvier i685, Seignelay ordonnait de mettre Mutel à Saint-Lazare. (Fr. 17420 f" i3).

François Mutel, ministre de Coucy-la-ville (Aisne), étant malade et ne pouvant gagner la frontière dans le délai fixé par l'édit révocatoire, obtint, à la fin d'octobre, la permission de résider huit jours à Paris. Il se réfugia en Hollande. Sa fille Susanne, travestie en Suisse, essaya de gagner la frontière avec un guide suisse nommé Stoudal; elle fut arrêtée à Bondy le 18 avril 1686, mise le i" mai au Grand-Châtelet, où on l'inscrivit comme ayant fait abjuration (Fr. 7o5i f" 299), et transférée, par ordre du 16, aux Nouvelles-Catholiques, où elle se trouvait encore le 28 juillet 1687 (Fr. 7053 f° 164).

Nadau, voir Bareire.

Nancret (Le marquis de), d'une famille considérable du Languedoc, fut mis à la Bastille le 20 mai 1686, et en sortit le 5 juin, très probablement grâce à l'abjuration. L'une des filles du marquis ayant abjuré en 1684, l'évèque de Montpellier lui avait procuré une pension de 600 livres; au mois de mai i685, la sœur ainée de la pensionnaire songeant aussi à se convertir, l'évèque s'occupait de lui faire obtenir une pension du même chiff"re, et

Emprisonnés à Pans. 335

exprimait l'espoir que leur frère suivrait bientôt leur exemple : espoir déçu, car ce frère fut mis à la Bastille le 20 juin [Bullet., I, 166 et Arsen. Ms. Bast. 10472).

Naudin (La veuve) et sa fîlle, ainsi que Susanne et Marie Nezereau, Tifaine Durand et la veuve de Quercj'' (ou de Quervy), toutes de La Rochelle, furent mises à l'Union Chrétienne de Paris au mois d'avril 1700. Le 3 août de l'année suivante, l'intendant Begon était invité à chercher les moyens de leur faire payer leur subsistance (O 248). Nous ignorons si la veuve Naudin, ainsi qu'Élie, naturalisé anglais avec ses trois enfants en 1682, et Armand, aussi naturalisé anglais en 1697, appartenaient à la famille de Théodore, docteur en médecine à Paris.

Ne AU (M"'). Pontchartrain écrivait le 5 mars 1701 à D'Argenson: « Le roi veut bien accorder les 100 livres de pension que vous demandez pour faire recevoir maître tailleur, le garçon qui se présente pour épouser la nommée Anne Neau, qui est aux Nouvelles-Catholiques » (O 248). — Jacques Neau, d'origine montalbanaise, tailleur dans la rue de Seine, à l'hôtel de Besançon, avait abjuré le 11 janvier 1686.

Nesle. Le 20 février 1686, Seignelay informait La Reynie qu'il avait donné l'ordre d'arrêter à Rouen Nesle et sa famille, partis de Paris par les batelets de Poissy (O ' 3o).

Netz (François de), sieur de Fresne, fils de feu Philippe, auditeur en la chambre des comptes, et de Catherine Leconte, épousait en 1689 Françoise Millet, qui lui donna onze enfants. Il fut ancien de Charenton. Un de ses fils, dont la femme avait réussi à passer à l'étranger, fut pour ce fait mis à la Bastille, par ordre du 14 mai 1686 (O* 3o et Fr. pr.).

Neuchatel (Marguerite de), mise au Grand-Châtelet par ordre du 28 février 1686 (Fr. 7o5i f° 238).

Neuville (M"" de). Les deux plus jeunes demoiselles de Neuville, demeurant à Cuisy, paroisse d'Ussy près La Ferté-sous- Jouarre, et deux demoiselles Raquet de Mollien (voir II, 445, 446 et 465), du même lieu, furent mises aux Nouvelles-Catholiques, à la sollicitation de Bossuet, les premières, par ordre du 28 novembre 1699, et les secondes, un peu plus tard (voir Chalandos). Toutes quatre furent transférées au château de Saumur en 1701, et

236 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

réclamaient encore la liberté le 3o novembre 1712 {Bullet., 2."' sér., III, i7i\ — M""= de Neuville, exilée en 1686.

Neveu ou Nepveu. Les Extraits des Registres de Charenton ne mentionnent que Marie Neveu, mariée à l'architecte Jean de Villiers, dont un fils, nommé Daniel, naquit en i63o. La famille Neveu, dont la position était modeste, paraît avoir été assez nombreuse au moment de la Révocation: Daniel, l'un des deux cents perruquiers de Paris, n'abjura que tardivement, le 29 décembre i685 (Fr. 7o55 f 36i). Martin, ouvrier en soie, et Esther, orpheline, reçurent le 4 janvier 1686, l'un, 36 livres, et l'autre, 20 livres, en récompense de leur abjuration (Fr. yoSo f° iSg). Un autre avait déjà pris la fuite; Delamare écrivait, en effet, le 27 décembre: «Il ne reste plus dans mon quartier que treize chefs de famille [encore protestants], y compris Dupin et Neveu, qui sont absents» (Fr. 7o5t î° 190). Le même jour, Labbé, commissaire du faubourg Saint- Antoine ordonnait à cinq fidèles de son quartier, que rien n'avait pu effrayer ni séduire jusque-là, de se rendre le lendemain à dix heures, rue du Bouloi, dans les bureaux du lieutenant de police. L'un d'eux était Pierre Neveu, concierge du temple de Charenton ; un autre, Paul Chupin, enlumineur, aussi portier du temple. Le 28, désespérant de pouvoir résister plus longtemps, ils allèrent signer au logis du commissaire (Fr. 7o5i f°^ 181, 182). Susanne Pelletier, femme du second, qui demeurait dans la grande rue Saint-Antoine, n'abjura que le 10 janvier (f° 74). Elle figure, avec son mari et deux jeunes enfants, sur la liste des fugitifs dressée après le mois de février 1687 (f° 2i5). Pierre Neveu, venant d'Angleterre et admis dans l'Eglise d'Amsterdam le 4 mai 1698, était très probablement l'ancien concierge du temple. Le 2 janvier 1686, le commissaire Delamare annonçait que tous les protestants de son quartier avaient signé, à l'exception de quelques-uns, entre autres, Neveu, ouvrier en gaze de la rue de Charenton, qui vendait ses meubles dans le dessein de s'enfuir avec sa femme et ses cinq enfants (f° i3o). Au commencement d'avril 1688, Marie Picot^ veuve d'Etienne Neveu, enfermée à la Conciergerie pour la R., adressait un placet au roi pour être expulsée du royaume. La Reynie, consulté à ce sujet, répondit que M™" Neveu n'avait été amenée à Paris qu'à la suite du procès qu'on lui avait fait à Montfort-[rAmauryl. Sur quoi Seignelay pria le procureur-général de l'informer du motif de la détention de cette femme, et demandait si elle n'avait point jusqu'alors fait abjuration (O' 32 et Fr. 17422 f" 3o).

Emprisonnés à Parts. 287

Le docteur Nepveu, professeur à l'école de médecine de Marseille, n'appartient point à cette famille ; il est originaire de l'Artois. C'est par son obligeante entremise que nous avons obtenu les renseignements qui suivent. Aubin et Jean Neveu, réfugiés à Amsterdam en octobre ou novembre i685, furent inscrits le 16 janvier 1686 comme bourgeois venus de Paris et fabricants de soie. Aubin fut reçu membre de l'Eglise le 27 du même mois. Il avait épousé Anne Baron, dont il eut Anne, avant de quitter la France, et Louis (1687) à Amsterdam. Il mourut en 1704, et sa femme, vingt ans après. Anne Neveu, de Paris, femme de Jean Massé, naturalisée en Hollande le 29 mai 1710, était sans doute leur fille. — Aubin-Estienne et Jean, tous deux de Paris, suivirent leurs parents à Amsterdam ; le premier fut admis dans l'Église le 28 novembre 1687; il avait épousé sans doute avant de quitter la France, Anne Le Sire, de Rouen, dont il avait trois fils: Aubin- Estienne, Daniel et Abraham. Toute la famille reçut des lettres de naturalisation le 29 mai 1710. Jean, né en 1674, épousa en 1707, Marie de Long, née à Rouen en 1684. L'un de leurs descendants, Jean, né à Amsterdam en 17 19, fut gouverneur-général de la Guyane hollandaise (i 769-1 779), jusqu'à sa mort. Pierre Neveu, de Saint- Denis, fut appelé, le 16 décembre 1720, comme pasteur de l'Eglise wallonne de Southampton ; le 12 août 1722, il est qualifié «docteur en théologie»'. Plusieurs membres de cette famille existent encore dans les Pays-Bas.

Pour en finir avec les serviteurs du temple, nous plaçons ici Mesureur, OUier et Lesuis. Pierre Mesureur, âgé de soixante ans', ex-petit concierge du temple et demeurant dans la rue de Charenton, signa la profession de foi le 22 décembre i685, en promettant de faire abjuration (Fr. 7o5i f" 179). Il abjura, en effet, le 2 janvier (f" 84). Il avait habité une maison dépendante du temple, à côté de l'une des portes faisant face au bourg de Charenton, dans le coin à main droite avant d'entrer, et tenu un cabaret dans une autre maison située vis-à-vis et de l'autre côté de la Ruelle du Temple. II avait alors à son service Madelaine Risoul, arrêtée quand on commença la démolition du temple et envoj'ée aux Nouvelles- Catholiques (Fr. 7o52 f" 3o8). — Abraham Mesureur, parisien de

' Godefray, Reg. de l'Égl. wall. de Ibid., 3-2); vers i65o, Rambour (Talle-

Southampton, 1820, p. 3? etc. mant des Réaux, III, 45o); en 1671 il y

- Voici les noms, à nous connus, des en avait trois: la veuve Moïse Payen,

concierges antérieurs: en 1628, Milet Jacques Cossart et Pierre Bonner. (Biillet., XII, 368); en iô3o, Bellanger

238 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

naissance et âgé de dix-huit ans, apprenti serrurier de la rue des Mauvais-Garçons, paroisse Saint-Sulpice, abjura le 3o novembre i685 (Fr. 7o55 f 322).

Etienne Ollier (i652), bourgeois de Paris, demeurant rue Aubry-le-Boucher, et maître de musique, employé comme second lecteur au temple de Charenton, abjura le 19 décembre i685 (Fr. 7055 f° 340) et reçut en récompense la somme de trente-quatre livres (Fr. yoSo {'' 140).

Jean Lesuis (Lesuire), chirurgien du consistoire, demeurant au faubourg Saint-Marcel, et poursuivi par ses confrères qui voulaient faire fermer sa boutique pour cause de la R., alla déclarer à Delamare, au mois d'octobre i685, qu'il désirait se convertir, et demander une surséance d'un mois pour se faire instruire (Fr. 7082 f" 3i8).

Neveu (Jacob), de Paris, reçoit à Genève en 1698 un viatique pour la Hollande (Ms. B. du prot.).

Nezereau, voir Naudin.

NioLAND (M"'=) figure sur la liste des recluses aux Nouvelles- Catholiques dressée le i" février 1687.

Noblet (La demoiselle), « qui avait été à feu M"" de La Rochegiffart», mise aux Nouvelles-Catholiques par ordre du 29 décembre 1693 (O' 37), fut expulsée du royaume l'année suivante (O ' 38).

24 décembre i685, abjuration de Michel Noblet, maître graveur de la rue de Harlay, âgé de quarante-neuf ans (Fr. 7o55 f" 347).

NoEL, voir Morin.

NoEL (François), mis à la prison de l'Abbaye pour la R. le 7 mars 1686 (Fr. 7o5i f' 294).

NoGUET (Jacques), mis au Grand-Châtelet pour la R. le 3i janvier 1686, et relâché le i3 février (Fr. 7o5i f 295).

NoiROT, prisonnier à la Bastille, obtint, le 14 août 1688, la liberté de voir ses parents et de se promener dans la cour. Il fut relâché par ordre du 16 mai 1689 (O' Sa et 33).

NoiSET, voir Gruslé.

NoRROis (M"" Jacobé de), enfermée dans un couvent en 1699.

NoRTHAL. Seignelay écrivait à La Reynie le 2 mars 1688:

Emprisonnés à Paris. 289

Je vous envoie un placet présenté à Sa Majesté par le nommé [EufroyJ Northal, prisonnier au Châtelet, accusé de l'évasion d'une femme de la R. P.R., qui se prétend innocent.

Au mois de mai suivant, l'envoyé d'Angleterre demandait que ce prisonnier, sujet anglais, fût jugé et relâché s'il n'était point trouvé coupable. Il fut mis en liberté par ordre du 28 octobre avec Lespine et De Serres, et après tous les autres guides (O' Sa).

Obré-Robigny (D'), détenu au château de Saumur, manquant de toutes choses et se trouvant dans un extrême besoin, écrivait, le 18 mai 1692, à Lardeau, procureur au Parlement, pour le supplier de lui envoyer l'argent qu'il lui avait demandé, et qu'il ne pouvait demander à nulle autre personne (Fr. 7o55 f° 208).

Olivier (Thomas), mis à la Bastille en 1697 (Fr. pr., X, 436).

Oppenor (Jean), ébéniste flamand, et sa femme, ci-devant de la R. P. R., partis de Paris le 21 juillet 1694 dans le coche d'Auxerre, furent arrêtés dans cette ville par ordre du 22, comme cherchant à sortir du roj'^aume. Ils prétendirent n'avoir jamais été protestants et furent relâchés le 5 août (O' 38).

Orbec (M"" d'). Guy de Chaumont, marquis d'Orbec, demeurant à Orbec, diocèse de Lisieux, était âgé de trente ans lorsqu'il épousa Jeanne de Caumont-La-Force, dans le temple de Charenton, le 8 avril 1678. Il en eut un fils et cinq filles, d'après La France protestante (2"= édit., IV, 255). Vers la fin de i685, le comte de Lauzun annonçait que le marquis, sa femme et seize enfants (lisez : six) se convertiraient dans huit jours' (Fr. 7o53 f° 5i). Guy de Chaumont reçut pour prix de son apostasie une pension de 2000 livres (O' 42). En revanche, trois de ses filles luttèrent courageusement pour conserver leur foi, et donnèrent toutes les peines du monde aux convertisseurs. Selon La France protestante, Marie- Madelaine et Judith furent enfermées dans le couvent de La Chaise- Dieu, et Jeanne-Charlotte mourut dans la maison des Nouvelles- Catholiques de Caen. En outre, trois demoiselles d'Orbec furent mises aux Nouvelles-Catholiques de Paris: l'une, par ordre du 27 juillet 1699, au sujet de laquelle la sœur Ancelin, supérieure, recevait de Pontchartrain le billet suivant, daté du 29 janvier 1699: « J'écris à l'intendant de Rouen afin qu'il avertisse M. le marquis

' Il avait d'abord paru inébranlable et ne succomba que quand les cuiraisiers

marchèrent «ur Rouen.

240 Révocation de fEdif de. Nmifes à Parts.

d'Orbec de faire conduire sa fille qui est chez vous à l'abbaye de La Chaise-Dieu, et d'y payer sa pension. Ainsi vous en serez bientôt débarrassée » (O^ 48).

Fermement attachée à sa religion, M"° d'Orbec ne rapportait rien à l'établissement, le marquis mettant beaucoup plus d'empressement à toucher sa propre pension qu'à payer aux couvents celles de ses filles, c'était une double raison pour s'en défaire au plus tôt. Elle fut remplacée par ses deux sœurs, âgées, l'une de seize ans, l'autre, de dix-sept, envoyées à Paris par ordre du 12 février 1699. La marquise était à ce moment notée comme mauvaise catholique; toutefois, en 171 2, lorsqu'elle eut perdu son mari, elle obtint du roi une gratification annuelle de i5oo livres.

Orignac (M"'^^ d'). René de Saint-Léger, sieur d'Orignac en Saintonge, fit d'abord preuve de constance et de fidélité, puis il se laissa séduire par les arguments du ministre apostat Des Mahis, fils de Grostête, ancien de Charenton. Son fils cadet sortit de France et prit du service en Brandebourg. Sa fille était venue à Paris avec M"'' de Saint-Seurin, dans l'intention de passer à l'étranger. On leur écrivait de province à l'adresse du sieur Palm, secrétaire de l'envoyé de Suède à l'hôtel de Hollande, près le coUége-des-Quatre-Nations. Le nouveau converti Labbé, demeurant chez un pâtissier de la rue de Seine, pouvait aussi donner de leurs nouvelles. Seignelay ordonna, le 28 mars 1686, d'arrêter et de conduire dans un couvent ces «protestantes fort opiniâtres » (0'3o). On les mit à l'Annonciade de Pincourt (Popincourt). Mais comme elles trouvaient moyen de déjouer la surveillance et de correspondre entre elles pour s'exciter à faire leur devoir; on les sépara. M"'' d'Orignac entra, le 27 juin, dans la maison des Nouvelles- Catholiques (Fr. 7o5i {° 248), où son oncle lui rendit visite le 3o (O' 3o). La Reynie écrivait en marge de la liste des détenues, du 17 octobre: «N'a pas de quoi payer, s'en défaire aux Nouvelles- Catholiques et la mettre en quelque autre couvent». Une autre liste, du 17 décembre, la mentionne de la manière suivante: «Proteste toujours de ne pas vouloir changer. M. de Barrière, son oncle, bon catholique, doit arriver ici au premier jour; il a quelque pouvoir sur l'esprit de cette demoiselle et il désire beaucoup de la voir changer ; mais il a peu d'espérance. — M. de Barrière est de retour; elle parait mieux disposée. Elle demande qu'on la mette à Saint-Denis aux Annonciades» (Fr. 7o5i f" 246). On l'y transféra le Si janvier 1687, par ordre du 28. Les religieuses de l'Annonciade

Emprisonnés à Paris. 241

n'ayant pas plus d'empire sur elle que les Nouvelles-Catholiques, on la conduisit, par ordre du 4 août, dans la citadelle d'Amiens. Elle fut expulsée de France en 1688 et se retira en Angleterre avec sa mère. Est-ce celle-ci qui, sous le nom de M""^ Bénigne d'Orignac, de Saintonge, fît reconnaissance de son abjuration dans l'église de Leicesterfields à Londres, le 25 décembre 1717 {Bullef., 3-=sér., IX, 6i3)?

Nous ignorons quelle était la dame de Dorignac à laquelle Louis XIV faisait promettre quelque secours par l'évêque de Poitiers, le i3 octobre 1700.

Orléans (M"'=\ Claude Orléans, chandelier du quartier Saint- Antoine et zélé protestant, étant passé en Hollande à la fin de l'année i685, sa femme, Susanne Chabrié, et leur fille Marie- Madelaine, âgée de quatorze ans, essayèrent de le rejoindre au mois de janvier 1686. Arrêtées près de Maubeuge, elles furent ramenées à Paris et mises, le 21, au Grand-Châtelet, d'où Marie- Madelaine fut transférée, le i3 février, aux Nouvelles-Catholiques, qui la notaient, le 3o juin, pour apprendre un métier. La mère encore au Chàtelet le 19 février, bien qu'elle eût fait abjuration, fut relâchée peu après et disparut. La fille également. Tous trois figurent, en mars 1687, parmi les absents n'ayant laissé aucun bien (Fr. 7o5i f°* 295 et 322).

La veuve de Daniel Orléans recevait à Genève, en 1702, des bas, des souliers et un viatique (Ms. B. du prot.).

Ory ou OuRY (Jean), marchand de vin au faubourg Saint- Antoine, mis au Grand-Chàtelet pour la R., le 7 décembre i685, n'en était pas encore sorti le 19 février suivant (Fr. 7o5i f°' 295, 3o2, 843).

OuATBOUD ' (Abraham), Catherine Dersigny, sa femme, leur fille Susanne, et Jeanne Baj'ard, veuve de Jean Ouatboud, fugitifs arrêtés par la maréchaussée du Vermandois, furent mis au Grand- Châtelet pour la R. le 14 novembre i685, et en sortirent le 25 (Fr. 7o5i ï° 295).

OuDiN (Marguerite), dite la Moreau, mise au Grand-Châtelet pour la R., le 7 novembre 1686 (Fr. 7o5i f" 283).

OuRi (M""=), fille d'un horloger nouveau réuni, fut enlevée le 12 novembre 1698 et mise aux Nouvelles-Catholiques [Mercure historiq. de décembre).

' Mot picard, qui signifie : Garde-bois.

in 16

242 Révocation de HEdit de Nantes à Paris.

OuzEL '. Contraint par la misère d'abjurer avec sa fille et sa femme Jeanne Pelle, Jacques Ouzel, ouvrier en dentelles, reçut en novembre i685 quatre-vingts livres des mains du commissaire de police (Fr. yoSo f" i36). L'un de ses parents, Etienne, fut mis à la Conciergerie et condamné aux galères en 1687, pour avoir contribué à l'évasion de ses coreligionnaires. Il obtint des lettres de rémission le 12 juillet 1688, sans doute grâce à l'abjuration (O ' 82 et Fr. 17422 {" 58). \^oir Toffin.

Pagneret (Marie), âgée de onze ans, aux Nouvelles-Catholiques dès le 4 juin 1686 et sans doute auparavant, y était encore le i^'' février 1687. Notée comme non payante, fille d'une mère assistée, et propre à mettre en métier (Fr. 7062 f"' 24 et 36).

Pain (Elie), bon marchand de la rue des Bourdonnais, veuf de Marie Fouquier qu'il avait épousée en 1668, signa chez Seignelay le 14 décembre i685 (Fr. 7080 f° 147 et 7o52 f° 228), et fut naturalisé anglais en 1698. — Un autre Pain, arrêté dans sa fuite, fit preuve de plus de constance. Seignelay écrivait, le 7 septembre 1686, au procureur-général, que Sa Majesté voulait bien faire grâce à ce prisonnier qui n'avait pas abjuré avant de s'enfuir, mais seulement quand il aurait embrassé la religion romaine. Nous le trouvons encore enfermé le 17 novembre 1687. A cette date, Charles Gueudeville demande par un placet qu'on lui confie le « nommé Pain, religionnaire opiniâtre, sur l'esprit duquel on n'a rien pu gagner depuis deux ans qu'il est dans les prisons » (Fr. 7o53 f° 5o5). Ce prisonnier s'appelait Isaac (O ' 3o, 3o août 1686), et ne doit pas être confondu avec Daniel, marchand de Poitiers, qui avait obtenu au mois d'octobre i685 la permission de séjourner une quinzaine à Paris avec sa femme Susanne Colery.

Pierre Pain et sa femme Marguerite, naturalisés anglais le 5 janvier 1688.

Papus, arrêté et mis au For-l'Evêque par ordre du 3o août 1698. Nous ignorons si c'est le même qui fut arrêté par Desgrez et conduit au château de Vincennes par ordre du 9 octobre de la même année. Ce dernier fut transféré en 1697 au couvent de Notre- Dame-des-Vertus. Il abjura la même année et reçut une pension de 5oo livres (O ' 87 et 41).

• Voir I, SHi

Emprisonnés a Paris. 248

Paradez (Jean), voir II, 566 et Pasteurs du Des. I, aSg.

Pardieu (Jean de), bourgeois de Paris, natif de Vitry-le- François, ci-devant employé dans les fermes de Touraine, Meaux et Champagne, demeurant rue de la Huchette en 1686 (il avait habité Noyon antérieurement, II, 552), et rue Jean-Pain-Molle en 1697, avait abjuré avec Madelaine Hulon, sa femme, le 3o janvier 1686, c'est-à-dire pendant la dragonnade. Il avait alors un fils qui, depuis plusieurs années, servait le comte de Lynange, près Worms. Ses relations s'étendaient jusqu'en Picardie, à Noyon et au-delà, puisque Lero}', du Ronsoy près Péronne, l'invitait en 1688 à lui rendre visite. Sa femme passa bientôt à l'étranger : il existe, en effet, à l'Arsenal plusieurs lettres de Madelaine Hulon, datées d'Allemagne en lôgS, par lesquelles elle demande qu'on lui écrive. Pardieu, Jean Colombet, du faubourg Saint-Honoré et Noémie Martin, femme de celui-ci, furent arrêtés en 1697 comme impliqués tous trois dans l'affaire des mariages du curé de Nids (Colombet était notamment accusé d'avoir fabriqué de faux extraits mortuaires); on les interrogea du 24 au 29 avril. Malgré ses soixantedix ans et des infirmités qui le mettaient en danger de mourir à tout moment, Pardieu fut enfermé à Vincennes, où il resta deux ans. Transféré à la Bastille par ordre du 12 avril 1699, il ne fut mis en liberté, après conversion plus ou moins sincère, que le 19 avril 1704 (O* 48; Méni. sur la Bast. et Arsen. F. Bast. loSii). Son arrivée en Picardie désappointa vivement Michel Censier, marchand à Esmery, et son débiteur, lequel avait longtemps cru que l'absence ou la mort du créancier lui tenait lieu de quittance du principal et des intérêts. Comme il refusait de payer, Pardieu présenta contre lui au lieutenant-général du bailliage de Chauny une requête qui est conservée aux Archives de la Somme (B. 690. Note due à l'obligeance de M. N. Weiss).

Parent (Marie), femme dénuée de tout secours et mère de quatre enfants, fut mise aux Nouvelles-Catholiques au commencement de novembre i685. Elle y abjura quinze jours après, et reçut en sortant 18 livres pour acheter des habits. La Reynie fit, en outre, payer 11 livres pour la nourriture de ses «quatre enfants abandonnés pendant qu'elle était aux Nouvelles-Catholiques » (Fr. 7o5o f" i35).

Paris, voir Girardot, anciens.

Paris (De), marchand du quartier de la place Maubert, mis au Petit-Châtelet en décembre i685 (Fr. 7o5i f° 329).

244 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Pasquier, voir Cheron.

Pasté (Marie), mise au Grand-Chàtelet pour la R. le 25 septembre 1686 (Fr. 7o5i f° 283).

Paul (M"^), femme d'un conseiller au Parlement de Toulouse, indignée de la conduite de son mari, qui avait abjuré à la Révocation pour conserver sa place, vint à Paris, sans doute pour trouver le moyen de sortir du royaume. L'ayant trouvée cachée, on la mit aux Nouvelles-Catholiques dans les premiers mois de 1686. Le i5 mars, le convertisseur Gerbais adressait à La Reynie la lettre suivante: «M"'" Paul est butée à ne point faire sa réunion, et même à ne point donner de parole tant qu'elle sera enfermée dans les Nouvelles-Catholiques. Elle a cependant toujours écouté fort honnêtement et m'a toujours laissé concevoir de très bonnes espérances, de manière qu'à mon avis il n'y a qu'un peu de patience à prendre. Mais comme sa grossesse va en augmentant, et qu'on appréhende des accidents auxquels elle est sujette en cet état, qui apporteraient du trouble dans la maison des Nouvelles-Catholiques, où même elle ne pourrait pas recevoir les soins convenables, il me semble que le plus sûr serait de la remettre entre les mains de M. son mari, qui est parfaitement bon catholique, et où je pourrais continuer de la voir; cela servira à adoucir son esprit et à la disposer à conclure sa réunion dans moins de temps. Aussi bien ne pourrait-on pas user de rigueur plus grande en l'état oij elle est, et si, par malheur, elle n'avait pas fait son devoir lorsqu'elle sera délivrée, il sera toujours temps de la renfermer sans plus de ménagement» (Fr. 7o53 f" 182). — Si modérée que soit cette lettre, elle laisse entrevoir les rigueurs auxquelles les convertisseurs de tout ordre recouraient à l'occasion sans mcnagcmcni.

Conformément à l'avis du P. Gerbais, M""" Paul fut remise, le 20 mai 1686, à son mari, accouru à Paris dès qu'il avait appris son arrestation. Sur une liste des étrangers qui faisaient encore profession du protestantisme le 22 décembre de la même année, nous trouvons M"' Paul, logée à l'hôtel des Romains, rue Sainte- Marguerite, au faubourg Saint-Germain, ainsi que le sieur d'Alba et sa belle-sœur, du Périgord. Seignelay ordonnait, le 10 juillet 1687, d'arrêter ces deux dames et de les conduire aux Nouvelles- Catholiques; mais, le 18, il autorisait La Reynie à laisser la dame d'Alba entre les mains de son beau-frère jusqu'à ce qu'elle fût accouchée, et à remettre M'"" Paul à son mari pour l'emmener avec lui à Toulouse. Mais en même temps il ordonnait à l'intendant

Emprisonnés a Paris. 245

Bâville de la mettre dans un couvent après ses couches, si elle n'avait pas fait sa réunion avant ce temps-là. En 1689, nous retrouvons M""® Paul aux Nouvelles-Catholiques, d'où, en vertu d'un ordre du 3 novembre, elle fut conduite à Melun pour accoucher. Le 16, M. Paul, ex-conseiller au Parlement, fut invité à payer la pension de sa femme aux Nouvelles-Catholiques et à Melun. Le 8 mai 1690, M™" Paul, toujours fidèle à sa foi, fut transférée de Melun au château de Loches, et le geôlier eut l'ordre de l'y garder «très étroitement». Cependant on permit à son mari de l'y voir, le 29 mai, et de lui donner une servante ancienne catholique. Le 3 novembre 1692, elle fut tirée du château pour aller passer, chez M. de Miroménil, intendant de la généralité de Tours, trois mois, au bout desquels elle devait retourner à Loches si elle ne s'était point résolue à l'abjuration. Le 3o décembre, elle était autorisée à séjourner jusqu'après ses couches dans une ville du département de M. de Miroménil et désignée par lui; mais non à retourner à Toulouse. Le 10 janvier 1693, Pontchartrain lui faisait encore défendre de retourner en son pays et de venir à Paris tant qu'elle n'aurait pas fait abjuration; il ne lui laissait le choix qu'entre le château de Loches et la ville désignée par M. de Miroménil. Enfin, au bout de six années de lutte, la pauvre femme eut un moment de faiblesse; le 19 février, Pontchartrain écrivit à M. de Miroménil, qui avait été le tentateur: «Le roi a été bien aise d'apprendre qu'enfin M"^ Paul a fait sa réunion; elle peut s'en retourner avec son mari quand elle voudra ». — Le vieux roi, devenu jésuite, éprouva-t-il plus de satisfaction lorsqu'il apprit la victoire remportée à Nerwinden par le maréchal de Luxembourg? jyjmo (j'Alba, plus résolue, avait choisi la meilleure part. Après qu'elle eut accouché d'un fils chez la veuve Rencevet, rue des Ciseaux (Fr. 7o5i f° i3), on l'envoya aux Nouvelles-Catholiques qui n'en purent rien obtenir. Elle fut expulsée du royaume par ordre du 26 avril 1688, en même temps, que M™"^ du Plessis- Rambouillet, Reynier, Le Jeune, Gardouleau, Ravenel, Morisset, Gousset, Le Maistre, Closroger, Anne Janots (O' 32).

Peceur, voir Georget.

Pelle. Job. Pelle nouveau réuni et chef de famille de Villiersle-Bel, accusé de n'aller pas à la messe, fut mis à Bicêtre un peu avant le 24 août 1699 (voir II, 267). C'est sans doute une de ses filles qui, après avoir été longtemps aux Nouvelles-Catholiques « sans vouloir écouter les instructions», fut envoyée à Auxerre en

246 Révocation de l'Edit de Nanles à Pans.

1706, ayant trois mois pour choisir entre la conversion et l'Hôpital- Général (voir Bessé-Bataillère).

Peray (Les de), voir II, 849.

Perrin (Pilota), voir Villarnoul, II, SSg.

Perrot (Anne), fugitive arrêtée par Desgrez le 4 septembre 1686, et mise le 5 au Grand-Chàtelet, s'y trouvait encore le 23 janvier 1687, lorsque La Reynie reçut l'ordre de la relâcher dès qu'elle aurait fait abjuration (O' 3i et Fr. 7061 f'^ 269, 288).

Pers, voir Émigration II, 472.

Pesson (Prévost), soldat, mis à la Bastille par ordre du i5 avril 1686 (O' 3o), en sortit le 4 juillet avec Sécherye (Arch. Bas/. YUl, 382).

Petcofski (Lucie), fille de Zacharie, écrivain du comte de Kœnigsmark, était enfermée, en 1687, chez les Filles de la Croix de la paroisse de Saint-Gervais, et se disait abandonnée de sa mère à cause de sa conversion (Fr. 7052 f" 5). Voir II, 219.

Petel (Pierre), du Havre, condamné aux galères à Dunkerque, jugement confirmé par le Parlement de Paris en 1689. Sur la Forfe à Saint-Malo en 1698. Petel abjura et fut relâché à la fin de janvier 1699 {Bidlet., 2° sér., VI 197).

Petit (M"^ de). La célèbre M""^ du Noyer, auteur des Lettres historiques et galantes qui contiennent plus d'un détail de l'histoire huguenote à la fin du XVIP siècle, était née à Nîmes, en i663, du mariage de Jacques de Petit et de Catherine Cotton. Elle fut élevée par sa tante maternelle, Marguerite Cotton, femme du sieur de Saporta (voir France prot., art. Anne-Marguerite de Petit). Au mois de décembre i685, M""^ de Saporta et sa nièce se dirigèrent vers Paris. Arrivée à Lyon, M"'= de Petit s'enfuit à Genève, déguisée en marmiton, pendant que sa tante venait à Paris. Bientôt fatiguée d'être à charge à un de ses oncles réfugié en Hollande, M"'' de Petit revint en France et fit son entrée à Paris le 22 décembre 1686. Sa tante avait reçu le 18 octobre une gratification de i5oo livres à titre de nouvelle convertie, ce qui ne l'empêcha pas d'être arrêtée avec sa nièce, par ordre du 26 juin 1687. On les mit toutes deux dans un couvent, d'où elles sortirent le 10 juillet, avec le dessein de quitter la France à la première occasion. Elles ne tardèrent pas

Emprisonnés à Pans. 247

à se mettre en route ; mais au moment où elles allaient s'embarquer à Dieppe, la police mit la main sur elles, les fit ramener à Paris et enfermer dans la maison de la rue Sainte-Anne. Seignelay écrivait à La Reynie, le 8 février 1688 : « Puisqu'il est dangereux de laisser plus longtemps la dame Saporta et la demoiselle Petit dans la maison des Nouvelles-Catholiques, je vous envoie des ordres pour les faire conduire à l'Union Chrétienne». A peine y étaient-elles entrées que l'ordre fut donné de les expulser du royaume. Dès lors M"'' de Petit faiblit et promit tout ce qu'on voulut; elle épousa, le 18 mai, le capitaine Du Noyer, sans qu'on exigeât d'elle, à ce qu'elle assure, ni confession ni abjuration. M"'" Saporta alla vivre près d'elle. La jeune épouse reçut une pension de 600 livres, portée l'année suivante à goo. Son mariage ne fut pas heureux. Le supplice de Brousson, qu'elle avait connu, la fit rentrer en elle-même et passer en Hollande avec ses deux filles en 1701.

Nous trouvons encore aux Nouvelles-Catholiques, oîi elle entra par ordre du 21 novembre lyoS, Marie Petit, femme de Léveillé, évidemment d'une autre famille.

Petit, capitaine de marine, de La Rochelle, ancien catholique marié à une protestante et passé en Hollande pour la religion en 1687, fut arrêté à Mons l'année suivante, comme officier du prince d'Orange, et bientôt envoyé à la Bastille. Il résistait encore aux convertisseurs en 1697 ; mais il ne tarda pas à succomber. Pontchartrain écrivait au curé de Saint-Paul, le 28 mai 1698 :

Sur ce que vous m'avez mandé de la conversion de Petit, le roi veut bien le faire mettre en liberté après que vous serez bien assuré de la sincérité de sa conversion, et que vous aurez su de lui où il prétend se retirer.

Le prisonnier sortit de la Bastille le 19 juin {Arch. Bast., IX, 298, 3ii, 348). Nous ignorons s'il appartenait à la famille parisienne de Pierre Petit, maréchal-général des logis de la cavalerie, auquel Susanne Le Monnier, sa femme, donna deux enfants : Isaac-François (1674), Pierre (1676), ou à celle de l'avocat au Parlement Pierre Petit, qui avait épousé à Charenton en 1687 Marie Guillemard.

Trois parisiens du nom de Petit passèrent à l'étranger ; l'un avant la Révocation, témoin le mot de Claude à son fils dans sa lettre du 16 juin 1684: «Mille baise-mains à MM. Caze et Petit». Augustin, âgé de vingt-quatre ans, rétractait son abjuration à Londres le i5 novembre 1699 (Ms. Égl. de la Savoye). Marie, prosélyte, âgée de trente-cinq ans, assistée en Angleterre, 1705. Anne

Petit, de Paris, jeune fille de quinze ans, à laquelle son père n'envoie plus rien, assistée à Genève en 1700 (Ms. B. du prot).

Petitfrère (Susanne) est au nombre des malheureux que la paresse ou la misère réduisirent à abjurer avant la Révocation, pour puiser dans la caisse de Pellisson. Conduite aux Nouvelles- Catholiques par le commissaire Delamare, elle reçut une gratification de 200 livres le 21 septembre t685, et quatre jours plus tard, le même commissaire écrivait à La Reynie : «Je fus hier aux Nouvelles-Catholiques; je donnai à la mère Tardif, en l'absence de la mère Garnier, qui est aux champs, les 5o livres pour habiller Susanne Petitfrère. Toutes les sœurs sont si édifiées de cette petite fille, qu'elles demandent à la garder dans la communauté » (Fr. 7o53 f° 342 et O' 29). Elle ne paraît pourtant pas être restée aux Nouvelles-CathoHques; car son nom ne se rencontre sur aucune des listes de 1686.

Petitot, voir II, 3o5.

Philbert (Gédéon), fils d'un banquier lyonnais, sans doute Claude, compromis par les papiers du pasteur du Désert Malzac ', s'était retiré depuis la Révocation près de deux oncles banquiers à Amsterdam. Sur l'avis qu'il traversait la France et se rendait à Gênes, chez un beau-frère, pour correspondre avec la flotte anglaise qui était dans la Méditerranée, on le fit arrêter à Marseille, en vertu d'une lettre de cachet du 24 novembre 1694. Amené à la Bastille par ordre du 6 janvier lôgS, il traversa toute la France en Utière et la figure couverte d'un masque de fer. Il ne tarda pas à être relâché, à condition de sortir du royaume [Arcli. Bast., X, 62, 66). Voir Le Coq de Germain.

PiCAULT (Philippe), mis au Grand-Chàtelet pour la R. le 28 mai 1686 (Fr. 7o5i f"^ 275, 283), était sans doute parent de Jean Picot, sieur de La Ménitaye, mort en 1680 âgé de cinquante ans.

PiERRE-BuFFiÈRE (M"'= de), issue d'une des plus illustres familles du Limousin, et peut-être fille de Benjamin, marquis de Chambret, mort à Paris en 1684, et de Louise Aubery, fut mise aux Nouvelles- Catholiques en même temps que M"" Chambon, par ordre du 26 avril 1688, bien qu'elle déclarât comme sa compagne avoir déjà fait abjuration (O ' 82 et France prot., VIII, 289 b). Peut-être est-elle la même que Louise de Pierre-Buffière, qui parvint un peu plus tard

■ Les premiers past. du Dés., I, 30^, 32i.

Emprisonnés à Paris. 249

à sortir de France. Elle était parente d'Anne-Catherine de Pierre- Buffière placée à Saint-Cyr en lyoS.

PiERRET, fugitif, arrêté dans le carrosse d'Amiens par Desgrez le 18 octobre 1686, appartenait sans doute à la famille des peintres et architectes (Fr. yoSi f" 269). — Madelaine Pierret, servante d'Olympe Fouquet, femme du sieur Sénégat, abjurait avec sa maîtresse le 9 janvier 1686 (f° 63).

Pigeon^ voir Emigration II, 478.

PiNART (Jean), voir Toutin.

Pineau (Geneviève), d'Angers, venue à Paris pour échapper aux dragons, comme sa parente Renée s'était réfugiée à Nantes, fut arrêtée par ordre du 10 février 1686 et envoyée chez les Pénitentes d'Angers. Renée, malade et en danger de mort, repoussa le prêtre et le magistrat qui lui demandaient de se confesser et de recevoir les sacrements (19 août 1687). Le Bulletin (IV, 5ii) a publié le procès-verbal du refus.

PiNET, arrêté et mis à la Bastille le 5 août 1687, fut transféré au château d'Angoulême par ordre du 27 mars 1689, à titre d'« espèce de fol » (O ' 3i et 33).

Pinson, mis au Petit-Chàtelet le 18 juin 1686 (Fr. 7o5i f° 293).

PiRON (Jean), de Beu près Dreux, condamné aux galères par le président de la maréchaussée, jugement confirmé par le Parlement de Paris en 1690. Sur la Vieille-S.-Lotiis à Marseille, en i6g8. Mort le 5 avril 1706.

PiTAN. L'Église de Paris comptait au XVIP siècle plusieurs familles de ce nom.

Jean Pitan, orfèvre, et Madelaine Leclerc, sa femme, eurent au moins cinq enfants : Madelaine, mariée en 1643 à Alexandre Blair, fils du professeur en théologie de l'académie d'Orthez, Jacob (1621), Etienne (1629), Abraham (i633), mort jeune, et Abraham (1637).

Pierre Pitan, peintre, inhumé en 1645, était sans doute frère du précédent. Sa femme, Anne Lebas, lui donna Madelaine (i633) et Pierre (1648), marchand miroitier de la paroisse Saint-Germainl'Auxerrois, qui signa, le 25 novembre i685, avec Marie Durand, sa femme, une formule d'abjuration copiée de sa propre main (Fr. 7055 f" 3x5). C'est sans doute lui qui fut naturalisé anglais en

25o Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

1,698 (Agnew, III, 61). Jacques, aussi naturalisé anglais, en 1701 {Ibid., p. 67), était peut-être son frère.

Jean Pitan le jeune, orfèvre du roi, mort avant la Révocation, avait eu de sa femme Susanne Lejeune, au moins quatre enfants : Jean (1647), Madelaine (i656), Susanne, mariée en 1674 à Balthasar Caron, fils du directeur du commerce des Indes, et Nicolas. Ce dernier, classé parmi les négociants de troisième catégorie, signa chez Seignelay le 14 décembre i685, et se fit donner, le 9 septembre 1687, les biens de son frère Jean, et ceux de sa sœur Susanne, passés tous deux à l'étranger, donation confirmée par un brevet du 26 avril 1688 (O' 82). Il reçut en outre une pension de 400 livres en 1698. En le mandant chez Seignelay pour la réunion du 14 décembre, la police l'avait noté, ainsi que Dorigny, Chardin, Montoron et Grimpré, de la manière suivante : « Ne fera pas grande cérémonie à cause du désordre de ses affaires » (Fr. 7082 i° 224). Pellisson en faisait moins de cas encore, puisqu'il l'accusait de faire métier d'abjuration et d'avoir touché la prime à plusieurs reprises (Fr. 7o53 f° 488).

La mère de ce misérable, Susanne Lejeune, veuve Pitan, fit, au contraire, preuve d'une constance invincible. On la mit à l'Abbaye pour la R. le 28 février 1686 (Fr. 7o5i {" 280), et Seignelay donna le 5 mars l'ordre de lui faire son procès (O* 3o). On reconnut bientôt qu'elle était « hors de toute espérance de conversion », et que de plus elle empêchait celle de ses compagnes (Fr. 7o5i f° 286). Seignelay écrivait le 3o septembre à La Reynie :

Je vous prie de me mander où vous croyez qu'on puisse faire mettre les nommées Susanne Lejeune et Marie Aubert, qui sont à Saint-Germain- des- Prés (O 1 3o).

La veuve Pitan fut transférée le 28 janvier 1687 au château d'Angers (O * 3i), oîi elle était encore le 18 juin, lorsque Seignelay écrivit à l'évêque du lieu :

Les trois' femmes que vous demandez être mises en liberté étant détenues pour avoir fait passer des religionnaires hors du royaume [Jeanne Brochon, M°" Vanderburg et une autre], le roi a remis à quelque temps d'ici à prendre sa resolution sur cela. A l'égard des nommées Pitan et Fournier, comme elles n'ont été envoyées à Angers qu'à cause de leur opiniâtreté dans la R. P. R., la détention des autres ne doit pas les empêcher de faire leur devoir, puisque sur le premier avis que vous donnerez de leur conversion, Sa Majesté les fera mettre en liberté, et elles seront même secourues de ses bienfaits suivant leurs besoins (O ' 3i).

La veuve Pitan fut très probablement expulsée du royaume.

Emprisonnés a Paris. 25i

C'est peut-être sa fille qui fut enfermée à l'Abbaye pour la R. le 28 janvier 1686, sous le nom de Madelaine Pitan, veuve de Charles Pereaux, procureur en la cour (Fr. 7o5i f° 294), en même temps que Susanne Lejeune.

Pixel (Antoine), marchand de vins de Paris, sa femme Madelaine Guesdon, Jeanne sa sœur, Marie Duplessis^ lingère, Pierre Dubois et le guide Jacob Tiriol, de Bruxelles, qui les conduisait aux Pays-Bas, furent arrêtés près de Paris au mois de septembre 1686. Le mois écoulé, Pitel fut transféré de la prison de Saint- Martin-des-Champs au Grand-Chàtelet, et ramené le même jour à Saint-Martin (Fr. yoSi f°^ 264, 269, M 665 et Tourlet invent. TT).

PiZET, parisien, relégué à Baugé le 19 décembre i685 (O ' 29).

Plaque ou Platte des Brosses, transféré de la conciergerie du Palais à la citadelle du Havre, par ordre du 5 juin 1686, fut mis en liberté par ordre du i" octobre 1688 (O * 3o et 82).

Planchut, bourgeois de Montpellier, âgé de 48 ans, venu à Paris porteur d'une requête contre l'arrêt du Parlement de Toulouse (du i5 mars 1682) interdisant le culte à Montpellier, fut mis à la Bastille {Fr. pr.). Il était chargé de présenter cette requête à Ruvigny et à D'Aliès, représentant des consistoires de Nîmes, Uzès et Montpellier. Mis à la Bastille par ordre du 28 novembre 1882, il en sortit par ordre du 12 décembre suivant {Arcli. de la Bast., VIII, 287).

Plastrier, voir II, 594.

Plat. Isaac Dubois, maître menuisier, Françoise Langlois, sa femme, et leur beau-frère Charles Francome, marchand de la rue Troussevache, étant passés à l'étranger (Fr. 7o5i f"^ 819, 826), une sœur de Dubois voulut les rejoindre avec ses deux enfants (Fr. 7o52 f" 48), et fit marché avec un guide anglais et catholique, le capitaine Plat, qui avait déjà conduit M"^ Dubois. Au jour dit, Plat la fit monter avec ses enfants dans le carrosse de Lille, oîi montèrent ensuite M"'' Ancelin, fille d'un apothicaire en chambre, deux sœurs, les demoiselles Bernon, de La Rochelle (Fr. 7o5i, ï° 269) et le peintre Pierre-Paul Huibrechts (?), âgé de soixantesix ans, natif d'Anvers et résidant à Ypres. Il allait y monter luimême avec son beau-frère Van Vine ou Van Tine, lorsque Desgrez parut et les arrêta tous, le 29 octobre 1686. Dans un premier interrogatoire sommaire. Plat avoua qu'il avait déjà fait deux

252 Révocation de l' Edit de Nantes a Paris.

voyages et passé huit personnes. On découvrit par des lettres dont il était porteur, qu'il avait quelque commerce avec le sieur de La Girardière, capitaine de la garnison d'Ypres (O* 3o). Dans un second interrogatoire (4 novembre), il dit s'être associé avec Mollaire, consul hollandais de Bordeaux, qui lui procurait les fugitifs moyennant le tiers du bénéfice, et avoir obtenu de Molle {aliàs Mau), secrétaire de l'ambassade de Hollande, les passeports nécessaires. Il décharge entièrement son beau-frère et Huibrechts de toute participation à son industrie (Fr. 7052 f° 5o). De son côté Huibrechts déclara que, en venant à Paris pour vendre quelques toiles et voir son ancien élève Van der Meulen, il avait rencontré à Louvre Plat, qu'il connaissait depuis huit ans; que celui-ci était en compagnie de son beau-frère Van Vine et de La Girardière, capitaine suisse de la R. P. R., cassé pour s'être permis de dire que le roi avait tort de maltraiter les protestants; que, logé dans la même maison que Plat, il l'avait vu souvent recevoir la visite du capitaine et l'avait soupçonné dès lors de faire le métier de guide, ce qui ne l'avait pas empêché d'accepter pour s'en retourner une place que Plat lui offrait dans sa voiture (Fr. 7082 f° 58). Le 18 novembre, Desgrez retirait Huibrechts des Gobelins, où il était sous la garde du sieur Vandremeulle (lisez : Van der Meulen), pour le mener au Chàtelet. Comme le commissaire Delamare répondait de la sincérité du peintre, celui-ci fut sans doute promptement relâché, tandis qu'on gardait les autres prisonniers. Le 3o décembre, le roi accorda 400 livres de pension à M"" Francome de Londres, qui avait fait arrêter Plat, et lui en fit expédier l'ordonnance à Londres (Fr. 7o52 f" 44). Quant à Plat, il fut condamné aux galères et jugé invalide dans la visite qui en fut faite (Lettre de Seignelay à Harlay du 5 février 1687. Fr. 17421 f° i5o). Toutefois le roi refusa de commuer sa peine (f' 176).

PocHET (Louise), mise à la Salpétrière pour cause de religion le 8 août 1695. L'évêque de Meaux payait sa pension. La Reynie écrivait le i3 janvier 1698: Il paraît juste qu'elle soit encore gardée (Ms. Clairambault 984 f" 48 *).

Poignant (M""), «non payante» mise aux Nouvelles-Catholiques, le 2 juillet 1686, figure comme encore protestante sur la liste du 14 décembre de la même année. On cherchait à s'en débarrasser; car cette dernière liste porte qu'elle est de Saintonge et n'a aucune

' Note communiquce par M. N. Weiss,

Emprisonnés à Paris. 253

retraite à Paris. Serait-elle identique avec Poignette, gouvernante des enfants de Villette, dont M""-' de Maintenon disait dans une lettre du 22 octobre 1681 : « Poignette est bonne catholique... On ne voit que moi dans les églises conduisant quelque huguenot.»?

Poisson (La veuve), de la rue des Petits-Carreaux, recevait chez elle des enfants pour les instruire; le 28 avril i685, on lui ôta deux jeunes garçons qu'on envoya en apprentissage avec ordre de leur inculquer la religion catholique, et une jeune fille qu'on mit à l'Hôpital-Général pour refus d'abjurer (O' 29). Le 20 septembre, le commissaire Delamare dénonçait la veuve Poisson comme continuant à tenir une assemblée de jeunes filles protestantes et même de catholiques, sous prétexte de leur montrer à coudre (Fr. 7052 f'^ 345).

Poisson (M""). Le 9 juillet 1686, Louvois ordonnait à Fautrier intendant de Lille, de renvoyer à Paris la demoiselle Poisson, arrêtée dans sa fuite, après qu'elle aurait fait abjuration (Arch. Guerre).

PoLiGNAC (M'"'^ de), obligée de quitter Paris par ordre du 2 mars 1686 (0' 3o). Les Polignac étaient alliés aux Coligny et aux Clermont-Gallerande.

PoTTiN (Jean), accusé d'avoir contribué, avec l'aide du secrétaire de l'ambassade de Hollande, à l'évasion de plusieurs protestants, d'avoir recelé une femme de la R. P. R., et de s'être mis en devoir de faire sortir du royaume un enfant de trois ans appartenant à Laurent, marchand de Rouen, fut mis au Petit-Châtelet le 26 novembre 1686. Le 14 décembre, il était rangé parmi ceux qui avaient fait abjuration ; cependant il resta encore en prison près d'une année «pour fait de religion». Il fut chassé de Paris en vertu de la lettre de cachet que voici :

Il est ordonné à Jean Pottin de sortir incessamment de la ville de Paris, lui faisant Sa Majesté défenses d'y rentrer jusqu'à nouvel ordre, sous quelque prétexte que ce soit, à peine de désobéissance. Fait à Versailles ce 24. *■ jour de décembre 1687. Signé: Louis, et plus bas: Colbert [de Croissy] (0'3i Fr. 705 1, f" 241 et 7053, ïo 120).

Il est sans doute le même personnage que Jean Pottin, receveur des tailles de l'élection de Nemours, à qui Anne Boullier, sa femme, donna une fille nommée Anne, mariée en 1669 à Pierre de La Primaudaye, sieur de La Barre {Reg. de Char.).

254 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

PoucHET (Jean), dit Faverte, de la R. P. R., natif de Bolbecen-Caux et bourgeois de Harfleur, mis au Grand-Châtelet le 12 février 1686, pour avoir plusieurs fois changé de nom et s'être trouvé porteur de lettres chiffrées (O' 3o et Fr. 7o5i f" 299). Il avait abjuré.

PouLLiou (Daniel et Samuel), fugitifs, de Moëze en Saintonge, furent arrêtés à Paris le 29 mars 1686. Le 10 avril, leur parent Tomeur, capitaine des galiotes du canal de Versailles, intercédait en leur faveur auprès de La Reynie. Il demandait que Daniel fut tiré du Grand-Châtelet et mis dans une prison plus douce, où il pût conférer avec quelque religieux, a3'ant l'intention de se faire catholique. Quant à Samuel, enfermé à l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés où il avait abjuré, et de qui l'on exigeait caution pour lui rendre la liberté, Tomeur représentait que le nouveau converti n'en pouvait fournir, étant à cent lieues de son pays et sans connaissances à Paris. La Reynie eut égard à la requête de Tomeur, l'intendant Foucault reçut un ordre du 28 avril portant qu'il devait avertir les parents de Samuel de le faire revenir près d'eux (0'3o; Fr. 7o5i f° 299 et 7o53 f° 114).

Un nommé Poulliou fut transféré de Vincennes à la Bastille par ordre du 29 juin 1699, pour voir s'il profiterait des instructions, et le mois suivant M. de Saint-Mars exigeait qu'il lui dît tout ce qu'il savait concernant la religion et les ministres rentrés en France (0« 48).

PoupAiLLARD (Pierre), sieur de Pavilloy 1, médecin de l'université de Valence, avait quitté Gergeau avec sa femme après avoir été contraint d'abjurer à la Révocation, et était venu se loger dans la rue Guénégaud, tandis que sa fille était à Orléans. Au mois de janvier 1689, la police saisit une lettre venue de Londres et portant la suscription suivante: A M. Pavilloy, docteur en médecine à Paris, rue Mazarine, faubourg Saint-Germain, a la petite Bastille. Elle était datée du 3, et l'auteur, Etienne de Saint-Mesme, y racontait son arrivée à Londres en compagnie de deux autres fugitifs (Fr. yoSS f" 120). Deux mois plus tard (2 mars 1689), le sieur de Pavilloy assistait, avec son collègue Dernier et plusieurs autres personnes, à une assemblée tenue chez un malade par le pasteur du Désert Cardel, lorsque la police survint et arrêta tout le monde.

' l.a France prot., (2" (.'dit.; l'appcUe paillard (II, 8i3) et semble en faire deux tout a la fois Bonpaillard (d, 862) et Bom- personnages.

Emprisonnes h Paris. 255

Conduit aussitôt à la Bastille, Poupaillard y reçut, entre autres visites de convertisseur, celle du capucin Vincent et de son compagnon (i3 décembre 1692). Il fut transféré au château de Pont-de-l'Arche par ordre du 2 janvier 1693 {Bnllef., XII, 473j. Sa constance, sa piété, sa douceur, lui concilièrent bientôt la faveur de son geôlier ; car Pontchartrain crut devoir y mettre bon ordre en écrivant le i3 janvier 1694 à M. Davignon :

J'ai appris qu'un prisonnier nommé Pavilloy, médecin, qui est au Pont-del'Arche, sort souvent sous prétexte de rendre visite aux malades des paroisses des environs, ce qui est entièrement contre l'intention du roi, et je vous en donne avis atin que vous y donniez ordre s'il vous plaît {Bulle/., IV, 372).

Peut-être s'était-on aperçu que c'étaient les malades nouveaux catholiques que le médecin recherchait de préférence. Pendant qu'il était en prison, Marie Bezard, sa femme, peu désireuse de souffrir pour sa religion, avait obtenu la séparation de leurs biens (Fr. 7o55 f III).

PouPARDiN (Hector), de Gien-sur-Loire, marchand de vins, aux frais duquel Louise Mercier enseignait la lecture et le catéchisme (voir II, 6i5), fut arrêté le 28 août 1700, chez Eudes, rue de Vaugirard, comme ayant vendu tous ses meubles et préparant sa fuite. Il fut mis à la Bastille le 3o, et n'en sortit que le II novembre 1702, sous promesse de se faire «instruire en la R. C. », et à condition que les 12,000 livres qu'il venait d'hériter d'une cousine, dont le plus proche héritier était sorti du ro3'aume, seraient placées en rente sur la ville, et que le tailleur Guérin répondrait de sa stabilité (O 249 et Arc//. BasL, X, 257, 268).

PouPART, voir II. 609.

PovoN (Marguerite-Emée), «de la R. P. R.», mise au Petit- Châtelet le 21 mars 1686 (Fr. 7o5i ï° 298).

Pressoir (Barthélémy), de Poissy, condamné aux galères par le Parlement de Paris, en i685.

Prévost. On rencontre à Paris au moment de la Révocation divers personnages du nom de Prévost. L'un, compagnon horloger, peu digne de l'intérêt de la postérité, « ayant besoin d'outils », promettait, le 16 octobre, d'abjurer, assurant que son père, sa mère et ses trois sœurs suivraient son exemple (Fr. 7052 f" 335). Le 20, en effet, abjuraient en l'église Saint-Louis, rue Saint-Antoine, François Prévost, horloger de Rouen demeurant au faubourg Saint-Antoine,

256 Révocation de FEdit de Nantes à Parts.

Rachel Pantin, sa femme, et leurs enfants: Rachel, Madelaine, Esther et François, domiciliés place Dauphine chez l'horloger Langlois. Le 21 novembre, Prévost père, âgé de soixante-dix ans, recevait de la police 60 livres, et Prévost fils, 3o livres « pour acheter des outils ». Le 7 décembre, le père touchait encore 100 livres (Fr. 7060 f" 184 et i38).

Le 8 janvier 1686, abjurait un autre Prévost, bourgeois du quartier de la place Maubert (Fr. 17421 f° 6).

Sur le quai de la Grenouillère demeurait une veuve Prévost, marchande de bois, «fort accommodée», dont la fille Madelaine {aliàs Marie), âgée de vingt-sept ans, sortit de France et épousa un officier suisse vers la fin de l'année 1686 (Fr. 7o5i f" 4). Cette veuve finit par se retirer chez un de ses gendres à Saumur ; le 17 mai 1703, l'intendant de la province recevait l'ordre de la surveiller, dans la crainte qu'elle ne passât aussi à l'étranger (O 25o).

Cinq demoiselles Prévost goûtèrent les douceurs de l'incarcération dans des couvents. Le 14 décembre 1686, la supérieure des Nouvelles -Cathohques affirmait que l'une d'elles, «non payante», détenue depuis le 29 juin (Fr. 7082 f° 24), soit rue Sainte- Anne, soit dans la succursale de Charenton, ne pouvait être sans danger rendue à ses père et mère, mauvais catholiques (Fr. 7o5i f° 248). Seignelay ordonnait, le 5 juillet 1687, de faire conduire à la Visitation de Provins deux filles du sieur Prévost, et, le 17 septembre 1689, de faire sortir de ce couvent celle qui voulait être bénédictine. Le 7 juillet 1687, la police arrêtait deux autres demoi- -selles Prévost, sœurs, et les menait aux Nouvelles-Catholiques. Étaient-elles toutes filles du quatrième Prévost, mari de la sœur de Jean Mallet, avocat au Parlement de Paris? Nous le pensons; car sa famille était nombreuse, d'après le Mercure historique du mois de juin 1699, P- ^^5.

Quoi qu'il en soit, M'"*^^ Prévost, présente à l'assemblée tenue le 16 avril 1690 chez son frère, et qui se termina par l'arrestation du pasteur du Désert Mathurin, exprima toute son indignation aux agents de La Reynie, et fut, pour ce double fait, arrêtée le 9 mai avec son mari. On les envoya au château de Guise comme « fort mauvais catholiques». Ils ne tardèrent pas à en vouloir sortir. Le 19 mai 1691, Pontchartrain adressait au lieutenant de police de nouveaux placets de M. et de M""^ Prévost, en lui demandant avis sur la réponse qu'il y fallait faire. Au mois d'août, Prévost expédiait encore un autre placet. Quatre ans plus tard, on voulut le

Emprisonnés à Paris. 267

mettre en liberté tout en gardant sous les verrous M™= Prévost plus attachée encore que lui au protestantisme (O' 89, 27 juin lôgS); mais il refusa de sortir sans elle. Le 17 février 1696, Pontchartrain défendit de laisser pénétrer près d'eux leurs enfants, parce que celui qui les avait vus précédemment était revenu de Guise dans des sentiments contraires à la religion catholique (O' 40). Enfin, le 17 mai 1699, fut signé l'ordre de mettre en liberté ces courageux prisonniers et de les faire sortir du royaume par la frontière la plus prochaine, à condition, dit le Mercure historique « de laisser leurs biens avec tous leurs enfants qui leur avaient été enlevés». En 1702, la passeuse Lesprit apportait au fils, resté à Paris, une lettre du père, réfugié en Hollande (Ravaisson, X, 35o). Une lettre du 29 août 1706 nous apprend qu'un nommé Prévost et sa femme, quittèrent les pa3's étrangers et revinrent à Paris avec un passeport dont Sa Majesté voulait qu'on examinât l'origine; ce sont probablement les anciens hôtes du château de Guise, qui durent s'empresser de terminer l'affaire qui les amenait et de repasser la frontière •.

]\Iadelaine Prévost, « demoiselle, suivante de M""^ de La Contaudière», avec laquelle elle fut arrêtée le 11 février 1692, en même temps que le ministre Malzac, était sans doute leur fille. On la mit d'abord au Grand-Châtelet, puis à la Bastille, d'où elle fut transférée au château de Vincennes, par ordre du 6 avril lôgS ^.

Au nombre des fugitifs nous trouvons un Prévost et sa femme. Salomon Prévost fut naturalisé anglais en 1700, et Isaac en 1701.

Prou (M'"'^), voir II, 585.

Quentin (Marguerite), voir II, 616.

Racolet (Jean), de Noyers, en Vexin, condamné aux galères par le parlement de Paris le 28 mars i685. Mort à la peine.

Raguet ou Raquet (Elisabeth), fut mise au couvent de Sainte-Périne de la Villette avant le 10 juin i685, aux frais du roi (O' 29), et n'en sortit que par ordre du 8 septembre 1692 pour aller aux Nouvelles-Catholiques (O* 36).

Nous n'oserions affirmer qu'elle soit la sœur des demoiselles Raquet de Mollien, d'Ussy près de La Ferté-sous-Jouarre, dont Bossuet demandait en 1699 l'envoi aux Nouvelles-Catholiques

^ Les premiers pasteurs du Désert, \,2g^. ' Ibid., I, 3ii-3i7.

258 Révocation de l'Edil de Nantes à Paris.

{Bullct., IV, 3i8), et dont le père, Jacques de Raquet, avait présenté au baptême, en 1676, une fille du ministre F. Le Sueur à La Fertésous-Jouarre (Btdlet., II, 412) '. Peut-être était-elle plutôt fille de Pierre Raguet, joaillier, âgé de quarante-sept ans, et de Marie Berchère, âgée de quarante-trois ans, qui abjurèrent le 21 décembre i685 avec leurs enfants: Marie (quinze ans), Pierre (treize ans), Madelaine (douze ans), Marguerite (onze ans), Marie-Anne (dix ans) et Jeanne (un an). (Fr. 7o55 f° 842). Lorsque Raguet demanda, en 1686, l'autorisation d'aller en Hollande pour ses affaires, le commissaire Delamare s'empressa (21 avril) d'indiquer à La Reynie les raisons qui s'opposaient à l'obtention de cette autorisation : 1° Raguet, d'abord l'un des plus opiniâtres, avait changé subitement au moment où l'on désespérait de lui; 2° en revanche, il ne faisait absolument rien pour convertir aucun de ses nombreux parents; 3° avant sa conversion on avait remarqué que sa boutique se dégarnissait visiblement, et depuis elle ne s'est pas regarnie, d'oîi l'on peut inférer qu'il a caché une partie de ses marchandises ; 4° enfin il n'a pas mis le pied à l'église et n'a fait aucun acte de catholicité depuis son abjuration (Fr. 7052 f° i38). (Voir Neuville).

Raillard. Le 10 septembre 1699, Pontchartrain ordonnait d'arrêter le cabaretier Raillard, du hameau de La Ramée entre Dammartin et Lizy-sur-Ourcq, parce que sa maison servait d'asile aux protestants qui voulaient passer à l'étranger (O ' 48).

En i652, Charlotte Raillard avait présenté au baptême avec Pierre Elle, peintre du roi, une fille du peintre Jacques de Louvain {Rcg. de Char.).

Rambault (Etienne)^ sans doute fugitif, fut arrêté près d'Amiens et transféré des prisons de cette ville au For-l'Evèque, où il entra le i5 février 1686 (Fr. 7o5i f 3o6).

Rambouillet. Plusieurs membres de la famille considérable des Rambouillet, sieurs du Plessis et de La Sablière, ont donné des preuves non équivoques de leur attachement à l'Eglise réformée. Nicolas, conseiller et maître d'hôtel ordinaire du roi, se retira en Danemark à la Révocation. Sa femme, Anne Le Moutonnier, veuve de Gilles de Briqueville, marquis de Colombières, fut enfermée dans le couvent de Bellechasse le 5 février 1686 par ordre du i" (O' 3o et Fr. 7o53 f° 168). On l'en tira le 27 novembre pour la remettre à

' les Mém. de Bostaquet nicmioniicnt sous les ordres de Schomberg (p. 247). un réfugie du nom de Miolens, capitaine

Emprisonnés a Paris. 259

la duchesse d'Aumont. Comme celle-ci ne réussissait point à la convertir, M""-" du Plessis-Rambouillet fut conduite, le 8 mai 1687, chez M""= Hersant, qui se flattait d'être plus habile que la duchesse.

Le frère de Nicolas, Antoine, célèbre financier, marié à Marguerite Hessein, la fameuse M"'^ de La Sablière qui accueillit La Fontaine et le garda vingt ans, eut trois enfants : Anne {i655), Nicolas (i656) et Marguerite (i658). Antoine fut inhumé en 1679 dans le cimetière des Saints-Pères; sa veuve, de mœurs peu rigides, ne se piqua point de fidélité à sa religion. Elle abjura quelques mois avant la Révocation et obtint, à ce prix, une pension de 2000 livres. Elle demandait, le 28 janvier 1686, que ses petits-enfants fussent mis dans des collèges ou des couvents pour être instruits en la R. C. — Sa fille aînée, au contraire, mariée à Muisson, conseiller au Parlement, se laissa emprisonner et n'abjura que pour pouvoir passer à l'étranger. Tandis que Marguerite, mariée à Guillaume Scot, sieur de La Mésangère, conseiller au Parlement de Rouen, et en secondes noces à Guillaume de Noce, qui fut le compagnon de débauches du Régent, restait en France, Nicolas, sieur du Plessis et de Lancey, ne se montra pas moins zélé que sa sœur aînée.

A la fin de l'année i685, le commissaire chargé des conversions de la rue des Fossés-Montmartre, signalait la famille de M. de La Sablière, logée à l'hôtel de Rambouillet, comme persistant dans la R. P. R., ainsi que la gouvernante des enfants, Susanne Thibaut, native de Marans près La Rochelle. Cette famille se composait du père, âgé de trente ans, homme instruit, qui correspondait avec Bayle, de la mère, Louise-Madelaine Henri, de La Rochelle, âgée de vingt-quatre ans, et de trois enfants : Renée-Madelaine (1680), Anne-Marguerite (i683) et Marie-Henriette (1684), en nourrice dans un village de la Beauce, près de la terre de La Sablière, à quatre lieues de Chartres (Fr. 7o5i i° 169). Nicolas de La Sablière fut mis à la Bastille par ordre du 12 janvier 1686 (Fr. 17421 f" i3). Peutêtre sa femme s'enfuit-elle aussitôt, après avoir confié ses deux filles aînées à l'ambassadeur de Hollande, qui devait les lui envoyer le plus tôt possible. Un billet de Seignelay, du 2 avril, nous apprend que le guide auquel on les remit pour leur faire traverser la frontière, se laissa découvrir et arrêter :

En faisant recherche dans Paris de quelques gens de la R. P. R. qui s'étaient cachés à dessein de sortir du royaume, on a trouvé dans une auberge deux enfants du sieur de Rambouillet de La Sablière, qui étaient depuis deux mois entre les mains du nommé De Try, hollandais, lesquels lui avaient été remis par le sieur Mau, secrétaire de l'ambassade de Hollande (0''3o).

En réalité Du Thry était fils d'un réfugié de Bordeaux ; dès le 23 décembre i685 il était accusé d'avoir, étant chez la dame Gaillard de la R. P. R., domiciliée rue des Lavandières, abusé d'un passeport qui lui avait été accordé pour se rendre en Hollande, en le donnant à un nommé Galdi (O * 29). Du Thry fut donc mis au For-l'Évêque, et on lui fit son procès (Fr. 7o5i f° 288). Renée- Madelaine fut envoyée chez les religieuses de la Croix au faubourg Saint-Antoine, et Anne-Marguerite, âgée de deux ans et demi, dans une maison particulière de la rue Bourg-l'Abbé (Fr. 7o53 f" 166). Elles ne revirent jamais leurs parents. M. de La Sablière feignit très probablement d'abjurer pour sortir de la Bastille, et alla retrouver sa femme à Londres. Il était, de 1708 à 1706, l'un des distributeurs de la «royale bonté», et devint en 171,8 l'un des directeurs de l'Hôpital français. — Par un brevet du i'='' janvier 1688, les biens de M. et de M""* de La Sablière furent donnés à leurs filles (O • 32). Renée-Madelaine, mariée à Trudaine, prévôt des marchands de Paris^ et sa tante Marguerite, obtinrent en 1704 les biens de M. et M"'' Muisson, aussi fugitifs. — Nous ignorons quel était le sieur de Rambouillet, nouveau converti, qui fut inhumé en 1699 dans le cimetière Saint-Antoine (II, 5i2).

Ramson, dit Gebert, arrêté par ordre du 5 mai 1692 (O ' 36), sortit du donjon de Vincennes le i^"" avril lôgS pour être conduit à la frontière de Flandre (Fr. 14061).

Rapin, mis, le i3 janvier 1686, à la Bastille, où il se trouvait encore le 17 décembre, était sans doute frère de Daniel, sorti de France le 25 octobre i685, et parent des Rapin-Thoiras (Fr, 7081

Ravenel (La nommée), peut-être Marie Ravenel, femme de Maurice Doudart, sieur de l'Isle, dont le fils était receveur des tailles de l'élection de Paris (1669), expulsée du royaume, par ordre du 26 avril 1688 (O' 82). Les Extraits des Registres de Charenton mentionnent Paul de Ravenel en 1680.

Rebours (Henri). Faisant en personne une tournée de convertisseur, La Reynie rencontra le 28 décembre i685, une opposition telle qu'il n'en avait pas encore vue :

J'ai trouvé aujourd'hui, écrivait-il au pi ocureur-général, un menuisier du faubourg Saint-Antoine qui m'a parlé avec une liardiesse extraordinaire et en

des termes bien forts, et je ne sais même si l'esprit de cet homme n'est pas altéré. Je le ferai observer de plus près afin de connaître un peu mieux la situation.

Ce menuisier, qui s'appelait Rebours, paya chèrement le plaisir d'avoir dit de si cruelles vérités au lieutenant de police ; il fut arrêté par ordre du 3i décembre et envoyé à l'Hôpital-Général le 5 jan- ■ vier 1686 (Fr. 17420 f"^ 208, 2i5 et 17421 f" 3).

Refuge (De). Au mois d'octobre 1684, le bourguignon Gédéon de Refuge, comte de Couesme, détenu au Petit-Chàtelet, manifestait, au dire du geôlier, le désir de se convertir. On lui envoya le jésuite Robinet, qui ne réussit pas à lui faire embrasser le catholicisme (O' 28). En conséquence, M. de Refuge fut transféré le mois suivant à la Bastille, ainsi que sa femme, Louise de Chaumont de Lecques. Il en sortit après le 14 février i685 {Arch. Bast., VIII, 3o8) ; la comtesse, au contraire, était encore captive en 1686, et fut envoyée dans un couvent d'Orléans. Tous deux figurent sur la liste des nouveaux convertis du quartier Saint-André, dressée le 26 décembre 1686 (Fr. 7o5q f° 282). Le roi, ne se faisant pas illusion sur la sincérité de cette conversion, les relégua à Orbec près de Lisieux, le i5 juin 1688, dans la crainte qu'ils ne s'enfuissent à l'étranger. D'Orbec ils réussirent à gagner Rouen, qu'on leur ordonna de quitter, et o\i on leur permit de retourner le 24 octobre. Enfin le 7 août 1689 ils eurent l'autorisation de revenir à Paris. Le comte reconnut cette faveur en se faisant controversiste (Voir III, 207).

D'après La France protestante (yiWi, 399 b), une dame de Refuge mourut protestante en 1687, et ses biens furent donnés à ses nièces nouvelles catholiques, Marie-Madelaine et Louise-Angélique de Refuge. Ce sont sans doute ces deux demoiselles que nous voyons détenues au couvent de la Visitation de Chaillot en 1688, et que Seignelay ordonnait le i5 juin de remettre entre les mains de la dame de Bourdonné, chanoinesse de Remiremont, leur tante. Le 22 mai 1689, nous les retrouvons incarcérées à Chaillot jusqu'à nouvel ordre.

D'autres membres de la même famille n'avaient pas attendu la Révocation pour abjurer. On écrivait de Paris le 18 novembre 1684 : «M""^ de Refuge a suivi le bon exemple que lui a donné son mari, elle s'est faite catholique » [Bidlet., 2^ sér., XII, 70).

Rège (De), de Douai, condamné aux galères par le Parlement de Paris le 19 janvier 1689. Sur la Victoire ou X Heureuse à Saint- Malo en 1698.

202 Révocation de FEdif de Nantes à Pans.

Regnaudet, voir Attainville.

Regnault (Marie), mise au For-l'Evêque pour la R. le 4 février 1686 (Fr. 7o5i f° 281).

Anne Regnault, fugitive, avait abandonné une petite rente (TT i56).

Jacob Regnault, voir Duval.

Un Regnault relégué à Clermont, prit la fuite avant le 14 janvier 1686, et ses biens furent confisqués par ordre de ce jour (O' 3o).

Régnier. Tandis que Pierre Régnier, de Bergerac, âgé de vingt-trois ans,' abjurait le 16 octobre i685 (Fr. 7052 f" 33i), et que Judith Alexandre, âgée de cinquante-cinq ans, veuve de Barthélémy Régnier, huissier de feu la reine-mère, était rangée au mois de décembre parmi les nouveaux convertis (Fr. yoSi f" 358), une dame du même nom, enfermée dans quelque prison ou couvent, n'avait pas encore abjuré en 1688. Seignelay écrivait le 26 juin à La Reynie : «J'expédierai un ordre pour faire sortir du royaume la nommée Régnier», et le 11 juin «Sa Majesté trouve bon que la nommée Régnier soit remise à son mari pour trois mois, après lequel temps, si elle ne fait point sa réunion, je vous prie de m'en donner pour avis prendre de nouveau les ordres de Sa Majesté sur ce qui concerne cette femme» (O' 82). S'agit-il de la: femme de Louis Régnier, sieur de La Planche, de Marie Régnier, femme de Siméon Le Page, orfèvre, ou de quelque autre encore ?

En 1708, Madelaine de Régné, fille, de Paris, était assistée en Angleterre.

Renaud, transféré de Vincennes à la Bastille par ordre du 16 juillet 1689(0» 33).

Renouard. Quatre personnages du nom de Renouard sont mentionnés par nos documents : l'un, garçon de cabaret du quartier Saint-Germain-l'Auxerrois, s'enfuit à l'étranger avec son camarade Cornadeau, sans laisser aucun bien (Fr. 7o5i f° 820). — Paul Renouard, marchand de vin, rue Mazarine, à la Croix blanche, détenteur de deux caves, âgé de vingt et un ans et natif d'Auxerre, n'abjura que le i3 janvier 1686, sans doute après avoir été dragonne (Fr. 7o55 f" 414), tandis que sa mère Anne Bedeuil, avec laquelle il demeurait, avait signé dès le 12 novembre i685 (Fr. 7o5r f 347 et 7o55 f" 288).

Nicolas Renouard, receveur des aides à Bar-sur- Aube, ayant été révoqué pour la R. en 1680, vint à Paris avec sa femme et sept enfants, et chercha vainement dans le commerce des vins les

Emprisonnés à Paris. 263

moyens de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. L'abbé deCordemoy n'eut pas honte de profiter de la situation précaire du malheureux pour lui ravir sa fille Madelaine, âgée de dix ans et demi, qui abjura en 1682 et entra de suite chez M™^ de Miramion pour 3^ être instruite en la R. C. Le père, qui n'avait su préserver sa fille des pièges du convertisseur, finit par s'y laisser prendre luimême, et abjura vers le commencement de i685. Abandonné de ses anciens coreligionnaires, il tomba dans la plus affreuse misère. Sa nouvelle Eglise n'eut garde de lui venir en aide ni de lui faire rendre son ancien emploi, dans l'espoir que M""' Renouard, vaincue par la famine, consentirait enfin à embrasser le catholicisme, cause de tous ses malheurs. Quand le propriétaire eut fait vendre leurs hardes pour se dédommager des loyers non payés, le commissaire Delamare qui guettait depuis longtemps sa proie, avertit La Reynie que la résolution de la pauvre femme paraissait ébranlée, et qu'un secours arrivant dans cette circonstance pourrait la déterminer à l'abjuration (Fr. yoSa f" 191).

David Renouard, bourgeois de Paris, de la rue des Petits- Champs au quartier Saint-Martin, est noté de la manière suivante dans la première catégorie des notables commerçants mandés le 14 décembre chez Seignelay: «Homme bien fait et d'esprit, qui a de la fortune, ne prendra pas de fausses mesures et suivra ses cousins Forment» (Fr. 7052 P 216). Il signa chez Seignelay comme tous les autres, et s'enfuit quelques jours après. Le 22 décembre, Seignelay annonçait son arrestation à La Reynie, et écrivait à M. Robert, procureur du roi: «J'ai rendu compte au roi de ce que vous m'avez écrit au sujet du nommé Renouard, qui a été pris voulant s'en aller déguisé en Suisse, et Sa Majesté m'ordonne de vous dire qu'elle estime nécessaire pour l'exemple de retenir cet homme en prison, et de faire craindre à sa famille qu'on ne lui fasse son procès, afin que la crainte retienne les autres qui pourraient prendre des résolutions pareilles». Marie Garnault, femme du fugitif, fut arrêtée le même jour que lui, à Joigny, se dirigeant aussi vers la Suisse. «La femme de M. Renouard, écrivait La Reynie à De Harlay le 22, a été prise et amenée chez le sieur Auzillon, où le mari cherche avec elle le moj'en de ne pas entrer en prison et de donner des sûretés pour éviter une semblable équipée. Elle était avec un valet et un Suisse, qui la conduisait et qui la devait faire sortir du royaume sans savoir par quel endroit» (Fr. 17420 f" 199). Renouard n'hésita pas; il consentit à abjurer sur le champ et consigna les valeurs qu'on exigea pour lui rendre

264 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

la liberté. A sa demande et sur sa promesse de représenter sa femme à toute réquisition, celle-ci lui fut rendue le 24. Sous cette obéissance passive, Renouard cachait la ferme résolution de tenter une seconde fois de passer à l'étranger en prenant mieux ses mesures. La police en fut instruite : le guide anglais Philippe Pers, dit Le Père, arrêté le 28 août 1686, confessa s'être rendu dans la rue des Petits-Champs aboutissant à la rue Saint-Martin, chez le banquier Renouard, dont la sœur (?) préparait sa fuite et appréhendait d'être arrêtée une seconde fois (Fr. 7052 f° 87). Cependant, si nous ne nous trompons, la seconde évasion réussit. C'est sans doute le banquier Renouard que nous trouvons réfugié à Zurich et signant avec Daillé et quelques autres, le 19 avril 1686, une lettre adressée à Emilie de Hesse, princesse de Tarente, pour la remercier de leur avoir rendu M. de Mirmand, qu'elle voulait retenir près d'elle, tandis qu'il pouvait être ailleurs bien utile aux pauvres réfugiés {Bnllet., VII, 57). Hypothèse confirmée par un document des Archives (TT i38, III), où nous voyons non seulement que David Renouard, sa femme et ses enfants étaient passés à l'étranger; mais encore que Jacques Verron demandait les biens de Marie Garnault, sa sœur utérine.

Restaurant, voir Alizon.

Retel (Jean), du Havre, condamné aux galères par le Parlement de Paris, le 10 décembre 1689.

RiBOT (M""^), du quartier Saint-Germain-l'Auxerrois, était enfermée au Châtelet en décembre i685 (Fr. 7o5i f*' 328).

RiBEYRE DE RiCARviLLE (Laurent), mis le 12 février 1691 à la Bastille, d'où il sortit le 28 février lôgS (Arsenal, Fonds Bast. io5o4), était un protestant besogneux et peu attaché à sa religion, dont la femme s'appelait Susanne de Simoni'. Séduits par les promesses du clergé, tous deux avaient abjuré en i683 et reçu pendant un an douze livres par mois, après quoi on les avait oubliés. Delamare écrivait, le 26 avril i685, qu'ils étaient dans la plus grande misère, et que le mari sollicitait une place de piqueur dans les bâtiments du roi (Fr. 70.52 f° 249). Des rapports de police de lôgS et 1697

' Sa mcre, Jeanne Fandin, Sgce de de Simoni, capitaine et ingénieur de la

quatre-vingts ans, veuve en premières Martinique, abjura le 20 octobre i685

noces de Matthieu Le Barbier, écuyer, l'd.;lise Saint-l.ouis-Saint-Antoine, avec

seigneur de Vaucelles, capitaine de vais- sa fille Madeleine, âgée de trente ans,

seau et gouverneur de la citadelle de instruite par Pilon et Léger (Fr. 7062,

Niort, veuve en dernières noces de Pierre f" 304).

Emprisonnes à Parts. 265

nous apprennent qu'il avait fait passer des gentilshommes verriers dans les terres de l'Électeur palatin, et qu'il s'était mêlé de beaucoup d'affaires par rapport à la religion. Le lieutenant de police était d'avis de le garder et de l'enfermer dans un château, proposition agréée par Pontchartrain qui écrivit en marge : Bon. A peine relâché, le prisonnier se mit au service de la police. Il dénonça Maranville, personnage qui débitait des nouvelles et parlait librement; il le fit arrêter et mettre à la Bastille le 2 mars 1701 (Ravaisson, X,343, 344, 346, 349). Le 17, l'exempt Aulmont transmettait à D'Argenson un mémoire que lui avait remis Ricarville concernant une conversation tenue le 8 aux Cordeliers. Le 18 avril, Ricarville dénonçait Richard, protestant et marchand de vins, qui fut mis à la Bastille par ordre du 27. On feignit d'arrêter aussi le dénonciateur afin que les protestants continuassent de se fier à lui. Le 5 juillet, le guide Pigeon se rendit chez Lecointe, autre agent secret de la police, qui lui avait donné rendez-vous. Ribeyre de Ricarville s'y trouva également ; jouant le rôle d'un fugitif, écouta la proposition que lui fit Pigeon de le conduire à Amsterdam, il feignit d'hésiter par crainte de la Bastille où il avait déjà été. Cette réunion amena l'arrestation des guides Pigeon et Sandras (voir Pigeon).

Le 8 février 1702, Aulmont déposait un autre rapport oîi l'on voit que Ricarville continuait de jouer le même personnage : La femme Lesprit, passeuse de religionnaires, doit partir mardi avec deux hommes, trois femmes de Ricarville. M. de Ricarville a fait marché à quarante écus pour son passage, '.la moitié payable en partant, le reste à la frontière. D'Argenson écrivit en marge l'ordre de conduire la femme Lesprit à la Bastille, et de feindre d'arrêter aussi Ricarville, qui, le 27, demandait qu'on se souvînt du service qu'il avait rendu. Il reçut le 10 mars une gratification de cinquante livres, et le i5 avril, une autre de cent livres {Ibid., 387, 359!. Sans doute l'espion jouait double jeu; car il ne tarda pas à retourner réellement à la Bastille, où il fut camai-ade de chambre du ministre Mestrezat, qui y mourut en 1705 [Ibid., 237). Le 28 juillet de la même année, nous retrouvons Ricarville prisonnier à Ham, se plaignant d'être détenu dans une caserne sans en sortir pour prendre l'air, ni pour entendre la messe, ni pour recevoir les sacrements. On donna l'ordre d'adoucir sa détention. Il fut relâché le 11 octobre 1708, et mourut, nanti de tous les sacrements, à la fin de février 1709 dans la maison des religieux de la Charité à Charenton {Ibid., 864 et 366). Peut-être aurions-nous dû le compter parmi les malheureux auxquels le fanatisme du grand roi fit perdre la raison.

206 Révocation de l'Edtt de Nantes à Parts.

RicHER (M"^), voir Grave.

RiCHET (Ruth Louvet, femme), mise au Grand-Châtelet pour la R. le 3 janvier 1686 (Fr. yoSi f° 295), assistée en Angleterre, lyoS, à l'âge de cinquante-deux ans.

RiEU (Un nommé), ouvrier, et son compagnon, tous deux du Languedoc, furent arrêtés à Paris le 29 avril 1686, et trouvés porteurs de certificats d'abjuration qu'on crut faux et qu'on envoya à Bâville pour les faire vérifier (O' 3o).

RiEux (M"" de), voir II, 447.

RisouL (Madelaine). Seignelay écrivait à La Reynie, le 20 juillet i685: «On a donné avis au Roi que la veuve de Pierre Risoul de la R. P. R., a deux enfants âgés de onze à douze ans, qui sont à Charenton entretenus par le consistoire; sur quoi Sa Majesté m'a ordonné de vous informer si cela est véritable, afin qu'en ce cas elle donne ordre que ces deux enfants soient élevés en la R. C. A. et R., conformément à une déclaration expédiée depuis peu » [celle du 12 juillet i685].

Renseignements pris chez les anciens, nul ne connaissait la veuve Risoul, qui, du reste, avait abjuré depuis trois ans (Fr. 7052 f° 339). Cependant le commissaire Delamare s'exprime ainsi dans un rapport du 19 octobre : «L'avis que l'on a donné au roi est véritable. J'ai fait observer aujourd'hui la maison du nommé Mesureur, petit concierge du temple de Charenton. Cet homme loge dans une maison qui dépend du temple, à côté de la porte qui fait face au bourg de Charenton, dans le coin à main droite en entrant, et il tient cabaret dans une autre maison vis-à-vis et de l'autre côté de la rue qui conduit au temple. L'on a vu aujourd'hui Madelaine Risoul aller et venir de l'une de ces maisons à l'autre, pour servir ceux qui sont venus boire dans ce cabaret. On l'appelle dans le logis Madelon, et l'on a su d'elle adroitement que son nom est Risoul et qu'elle est de Saint-Quentin. Elle paraît âgée de treize à quatorze ans, assez grande pour son âge, de jolie taille, le visage plein, ouvert et riant, le teint blanc, les cheveux châtain-clair et tirant sur le blond, vêtue en paysanne» (Fr. 7052 {° 3o8).

En vertu d'une lettre de cachet du 20 octobre, elle fut conduite aux Nouvelles-Catholiques, oii nous la trouvons encore le 3o juin 1686, notée avec peu d'exactitude de la manière suivante : « Née à Charenton, âgée de treize ans, amenée le 22 octobre i685 par M. le commissaire Delamare. On ne connaît ni son père ni sa mère. On

Emprisonnés à Paris. 267

la croit illégitime. Pour apprendre un métier» (Fr. 7062 f° SSg). Elle est désignée sur une autre liste comme « la fille du concierge de Charenton, mise aux Nouvelles-Catholiques quand on démolit le temple. »

Rivière (Madelaine), « non payante » mise aux Nouvelles- Catholiques le 2 mai 1686 (Fr. 7052 f" 24), figure sur la liste du 14 décembre comme encore protestante et servant M"'^^ des Forges, d'Orignac, de La Massaye, de Boisragon et de Saint- Laurent (Fr. 7o5i f^' 248). Elle est encore mentionnée sur la liste du !'''■ février 1687. On la retrouve aux Nouvelles-Catholiques de Caen en 1688. Nous ignorons s'il existait un lien de parenté entre elle et le sieur Rivière, marchand de dentelles rue des Bourdonnais qui, mandé chez Seignelay le 14 décembre i685, n'y alla point. Mis à la Bastille en février 1698 {Mercure hist., février p. 216), il n'en sortit qu'au bout de vingt-deux mois. « Une jeune femme d'environ vingt-cinq ans, sortit en même temps du Châtelet, après plusieurs mois de prison, où elle avait été mise pour avoir dit au magistrat qu'on devait leur permettre de se retirer, si on ne voulait pas les laisser vivre en liberté de conscience » {Ibid., février 1700, p. igS).

3 mars i6g8, ordre à Baville d'arrêter Rivière marchand de Languedoc. Le 9 Pontchartrain écrit au même intendant qu'il l'a fait arrêter à Paris comme soupçonné d'être un émissaire des protestants de son pays. Il entre à la Bastille le 18, et en sort par ordre du 3 janvier 1700 (Arch. Bas/., X, 159).

RoBELiNE (Nicolas), voir Cochet.

RoBETHON, voir Cousin et Anciens.

RocHEMONT (M"'' de), élevée à Genève, mise aux Nouvelles- Catholiques en 1681, 3' abjura et demanda les biens de son frère Jacques, sorti du royaume (TT 25i).

RoDELouzE (De). Pontchartrain écrivait à D'Argenson le 24 mai 1698 : « Si vous êtes sûr que M""" de Rodelouze médite d'envoyer ses enfants [hors du royaume], il faut les faire mettre dans des collèges ou couvents et la faire aussi arrêter, si elle n'a pas encore fait sa réunion » (O ' 42).

Roger. Nous connaissons sept protestants de ce nom qui habitaient Paris au moment de la Révocation : Jeanne, Samuel, Jean, Edme, Abraham, Daniel et Etienne.

268 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Jeanne, arrêtée le 2t février 1686 et mise au Châtelet, est sans doute la même personne que M"= Roger, « non payante » entrée le 16 août aux Nouvelles-Catholiques (Fr. yoSi f° 228 et 7o52 f° 24).

Samuel, marchand de blé, s'enfuit avec son fils quelques jours avant la publication de l'Edit révocatoire. Une lettre écrite de Lafère, le 22 octobre, nous les montre détenus dans les prisons de Saint-Quentin, en compagnie de plusieurs autres fugitifs avec lesquels ils avaient été arrêtés (Fr. 7o53 f" 154).

Jean, peut-être frère de Samuel et comme lui marchand de grains, avait épousé Rachel Croyer, qui lui donna: Marguerite, mariée en 1678 au ministre Allix, de Charenton ; Susanne, mariée en 1680 à Pierre Leblanc, marchand à Rouen ; Anne-Marie, mariée en 1682 à Jacquelot, ministre de Vassy. Les biens de M""^ Leblanc, fugitive, furent donnés à sa fille le 3 septembre 1688 (O ^ 82). Nous ne savons à quelle famille appartenaient Madelaine, mariée en 1680 à Jacques Robethon, procureur au Parlement, Marie, qui épousa en i685 Jean Le Clerc, sieur de Virly, avocat, et Jeanne, mise au Grand-Châtelet le 28 février 1687 (Fr. 7o5i î° 288), et le Roger qui sortit du For-l'Evêque en vertu d'un ordre du 16 mai 1689 (O' 33). Jean, domicilié sur le quai de l'Ecole, et rangé dans la seconde catégorie des négociants mandés chez Seignelay le 14 décembre i685, était noté comme « fort riche et fort intéressé,... soigneux de sa fortune » (Fr. 7o52 f° 228). Une réunion de ses coreligionnaires, dénoncée par Delamare, eut lieu chez lui le 4 octobre (Fr. 3i6); il est permis de soupçonner qu'on y parla moins du devoir de rester fidèle à sa croyance que de la nécessité de se soumettre aux ordres du roi. Claude, en effet, dans sa lettre à son fîls du 21 septembre, parle d'un « parti qui se formait dans le troupeau pour composer», et il ne serait pas impossible que le parcimonieux beau-père d'Allix et de Jacquelot ait été plus ou moins à la tête de ce parti. Il va sans dire qu'il se rendit chez Seignelay et y donna sa signature, qui équivalait presque à une abjuration (Fr. 7o5o f° 147). Il fut cependant arrêté et enfermé au Châtelet, par ordre du 5 juillet 1694; mais probablement pour quelque spéculation sur les blés, à un moment où la famine était telle qu'on vit des soldats condamnes à mort pour avoir dérobé quelques pains. Pontchartrain écrivait à La Reynie le 7 juillet:

Sa Majesté espère que vous tirerez de Roger et de la procédure que vous avez commencée contre le nommé Fenouillct [marchand de la rue des Bourdonnais, qui eut pour associé Ribert], tous les éclaircissements possibles sur

Emprisonnés à Paris. 269

leur conduite, et que, s'il y a lieu, ces deux hommes serviront d'exemple (O 1 38).

Les scrupules religieux finirent pourtant par l'emporter en lui sur l'amour du gain. Au mois de novembre 1698, M. de Bonrepos, ambassadeur de France en Hollande, donnait avis que le marchand de blé Roger devait quitter Paris incessamment pour s'établir auprès de son gendre [Jacquelot], ministre de l'Eglise française de La Haye. D'Argenson, reçut le 19 du mois, l'ordre d'arrêter le marchand s'il se mettait en état d'exécuter son dessein (O ' 42).

Edme Roger, prosélj^te, dont le zèle apostolique eut pour récompense un emprisonnement qui ne finit sans doute qu'avec sa vie (voir II, 585}.

Daniel Roger et quatorze autres orfèvres, n'obtinrent que grâce à leur abjuration l'autorisation d'ouvrir boutique à Paris (Arch. K. 1271). Sa femme, Marguerite Mayeu, abjura du 17 au 19 novembre i685 (Fr. 7o5i f° 347).

Etienne, manufacturier de bas, établi à Stargardt, avec sa femme et un enfant en 1700 (Ms. Dieterici). Roger, garçon de boutique de Lamouche, fugitif au commencement de 1687 (Fr. 7o5i

fo 320).

Nous ne pouvons affirmer que les suivants appartenaient à l'Église de Paris : Jacques Roger, sa femme Julie et Antoine leur fils, naturalisés anglais en 1682 ; Isaac Roger et Esther sa femme, naturalisés anglais en 1697.

Mentionnons encore Abraham Roget, lapidaire, qui reçut 80 livres après son abjuration (Fr. 7o5o f" 140).

RoMERON (De). Le 9 janvier 1687, Seignelay ordonnait d'arrêter les trois personnes de la R. P. R., qui étaient encore à Paris, savoir: Achille de Romeron, avocat, Gédéon Guineau, marchand, et Madelaine Charles, veuve de Jacques Rousseau. Le sieur de Romeron fut transféré de la Bastille au château d'Angers par ordre du 4 août, et entretenu à raison de quinze sols par jour, que le roi payait pour lui, parce qu'on ne lui connaissait pas de biens (O* 3i).

Rondeau. Il y avait à Paris plusieurs familles de ce nom. Notons d'abord Marguerite Rondeau, sage-femme, mise en prison le 20 janvier i683 pour affaire de baptême ; puis, Isaac, ouvrier en drap d'or et de soie, dont la fille Susanne épousait en 1674 Jean Huet, imprimeur libraire. Daniel, marié à Charlotte Bonenfant, dont la fille Anne épousa en 1678 Jean Malide, capitaine de cavalerie. Jacques, natif de Sedan, ministre au Plessis-Marly, qui épousa en

270 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

1680 Marguerite De Marre', veuve de Jacques Jaupitre, sieur de Brinay. Élie Rondeau père, qui signa le 14 décembre i685 cliez Seignelay. C'est lui sans doute qui fut naturalisé anglais en 1696. D'après les extraits des registres de Charenton, Jean, sieur de Monville, banquier, aurait eu d'un premier mariage avec Marguerite Leroy, Susanne, qui épousa en 1675 Isaac Sarrau, ministre à Bordeaux, et de sa seconde femme Marie Crommelin, Marie, mariée en 1676 à Jacques du Vidal. Il eut très probablement aussi un fils nommé Jean, retiré avant la Révocation en Angleterre, où il fut naturalisé avec Anne, sa femme, et son fils Henri, le 21 janvier i685.

Rossignol (Jeanne), voir Cochet.

Rou (Jean), homme de lettres parisien, passé à l'étranger en 1677, fut rejoint plus tard par son frère Salomon, qui fournit le seul exemple connu d'un dragonne se rebiffant contre les dragons. Marié et établi à Poitiers, il en avait deux logés chez lui, qui l'insultèrent un matin qu'il était au lit avec sa femme, il leur administra la plus verte des corrections ; l'un des deux eut, paraît-il, les jambes cassées, et l'autre demeura un mois sur la litière. A leurs cris le commandant accourut, se jeta sur l'homme en chemise et le laissa demi-mort de coups de canne ; après quoi il le fit traîner en prison. Salomon fut ensuite arrêté à Tournay comme il allait franchir la frontière, au mois de mars 1686. Malgré l'exhortation que lui adressa son frère, il faiblit pour obtenir la liberté, et fit reconnaissance publique de sa faute à La Haye, le 3o septembre 1688 {Màn. de Jean Rou, I, 218).

RouiLLON (Jeanne), mise au Petit-Chàtelet pour la R. le 28 janvier 1686, s'y trouvait encore le 19 février suivant (Fr. 7o5i f" 3o3).

Une fugitive du nom de Madelaine Rouillon avait abandonné à Paris une toute petite rente (TT 3o).

Marthe Rouillon avait épousé Jean Duval, sieur des Ormeaux, dont elle eut deux filles: l'une, mariée en 1678 à Ésaïe de Montbail, et l'autre, en i685, à Daniel de La Primaudaye, sieur d'Egoulan.

D'Argenson recevait, le 14 octobre 1697, l'ordre de presser autant que possible le procès d'un nommé Rouillon, mis à Vincennes avec Francion et le guide Serres (O' 41).

' Un placet du mois de janvier iC83 fanU, à la faveur d'une permission ac-

demandait les biens de IVlarguerite de cordée pour lui seul (AIT. étr. — France

Marre, veuve de Jacques Rondeau, passé 968. Note communiquée par M. N. Weiss). en Angleterre avec sa femme et ses en-

Emprisonnes à Paris. 271

Rouleau (Charles), sieur de La Barre, mis au Grand- Chàtelet pour la R. le 2 février 1686, sorti le 28 mars (Fr. 7o5i f^^ 295).

Rousseau. Le 24 avril i685, La Reynie recevait l'ordre de mettre aux Nouveaux ou aux Nouvelles-Catholiques les enfants en bas âge de la nommée Rousseau, et d'engager par d'autres moyens les plus âgés à changer de religion (O' 29).

Sur une liste des «obstinés» du 16 janvier 1686, se trouve Madelaine Rousseau, de la rue Chariot, femme de Laurent Crespin, bourgeois de Paris, native de Paris et âgée de quarante-sept ans (Fr. 705 1 f° 108). C'est sans doute elle qui fut mise à la Bastille, par ordre du 18 mars 1686 (O' 3o). Or Jacques Rousseau, le célèbre peintre du roi, dont Madame racontait une si touchante histoire *, habitait aussi la rue Chariot (Fr. 7o5i î"^ 7 et 323). La veuve de Laurent Crespin était-elle sa sœur, et sont-ce ses neveux et nièces que l'on enferma dans des couvents? Nous ne savons. Quant à lui, voici ce qu'en écrivait Seignelay à La Reynie, le 3i décembre i685: «Sa Majesté désire que vous continuiez vos soins pour tâcher de convertir Rousseau, peintre, et elle sera bien aise que cette conversion réussisse, parce que c'est un homme habile» (Fr. 17420 f° 2i5). La conversion réussit si peu, qu'au mois de février 1687 Rousseau et sa servante Olympe Carré figuraient au nombre des fugitifs (voir La France protestante).

Jean Rousseau, maître chirurgien de la rue des Vieux- Augustins, fugitif après le 11 février 1687 {Ibid. P 217), et attaché à l'électrice douairière de Saxe, appartenait-il à la même famille ? On le retrouve à Berlin, en 1700, avec sa femme, six enfants, sa bellesœur et deux parents (Ms. Dieterici). Signalons encore la nommée Rousseau, nouvelle convertie du quartier Sainte-Opportune, qui reçut après son abjuration un secours de six livres (Fr. 7060 f'' i38}, et un petit garçon nommé Richard Rousseau, sieur des Guaissières, natif de Nantes, qu'on avait mené à Paris sans doute pour le faire passer à l'étranger, et qu'Auzillon conduisit chez les jésuites de La Flèche (Fr. 7o53 f» 116).

Jacques Rousseau, chirurgien de Paris, admis à la cène à La Haye en 1687, devint premier valet de chambre du roi de Pologne et se retrouve aussi à Berlin en 1 700, avec sa femme, trois enfants, sa belle-mère et une servante (Ms, Dieterici).

• Voir la préface de Clément Marot et le Psautier huguenot.

272 Révocation de V Edit de Nantes à Paris.

Elisabeth Rousseau, 54 ans, veuve d'un chirurgien, assistée en Angleterre en 1708 et i7o5.

François, Jacques et Jean Rousseau naturalisés anglais en 1682.

RouvRAY (M"'= de), voir Villarnoul.

RoYE (De), voir II, 428.

RozEL. Le 25 septembre 1686, l'exempt Desgrez arrêtait Joachim Rozel et sa femme, et conduisait le mari au Petit-Châtelet. Un placet adressé par la femme au lieutenant de police révèle les souffrances qu'ils avaient déjà endurées : «Supplie humblement Madelaine Pitard, femme de Joachim Rozel, native de Saint- Julien près Mortagne (Orne), a eu le malheur de prendre naissance de père et mère de la R. P. R., et encore plus d'avoir contracté mariage avec ledit Joachim Rozel, natif de Berville, près ladite ville de Mortagne dans le pays de Perche, il y a dix ans ou environ à Charenton». Retirés à Berville, ils ont été obligés de revenir à Paris, «à cause de la charge des cavaliers que l'on appelle les dragons, qui ont été jusqu'au nombre de dix en leur maison, l'espace de trois semaines, où ils ont consommé tous leurs biens, vendu leurs meubles et les ont réduits en la dernière nécessité, et quoique la suppliante conseillât audit Rozel, son mari^ d'obéir à Dieu et au roi et de se réunir à l'Eglise cathohque et romaine,... ledit Rozel aurait rejeté ses remontrances, persévéré et voulu demeurer dans l'erreur, la menaçant de l'abandonner si elle s'en séparait, l'avait obligée de le suivre et menée à Paris avec leur famille ». Bien qu'elle ait abjuré entre les mains de l'abbé Varet, elle demeure en captivité chez Duval, sergent à verge, et demande la liberté (Fr. 7o53 f" 418). — Le mari abjura aussi au Petit-Châtelet, mais inutilement ; car voici comment la police s'exprimait sur son compte, le 17 décembre 1686 :

Joachim Rozel, homme violent, venu de province. On a placé ses enfants. Sa femme s'est retirée en son pays; ses frères sont en quelque sorte de démence. Le prisonnier est bon à enfermer (Fr. 7o5i, f" 241).

Il fut envoyé, par ordre du 28 janvier 1687, au château de Saumur, et n'en sortit que par ordre du i" octobre 1688 (O' 3i et Fr. 7o5i f"^ 269, 285).

Rozel de Beaumont, voir Beaumont.

RuppiN (Le sieur de), relégué à Dijon par ordre du i3 janvier 1686 (O' 3o). Voir Erman et Reclam, III passim.

Emprisonnés à Paris. 278

Sacrelaire et Sadier furent emprisonnés à Paris en 1698 avec la veuve Baron, pour avoir fait sortir des enfants du royaume {Fr. pr., IV, 365 a).

Sadier. Du mariage d'Isaac Sadier, pasteur à Compiègne (1649), Chauny (i653), Eppes (1666-1681), et de Madelaine Dyeure, naquit à Nogentel, près Château-Thierry, Anne Sadier, qui en sortit fort jeune. On ne permit pas à son père de l'emmener lorsqu'il quitta la France à la Révocation; mais elle s'efforça de le rejoindre et fut emprisonnée à Arras, Elle y abjura le 16 février 1686 dans l'église Sainte-Marie-Madelaine, entre les mains du révérend P. Agathange de Béthune, prédicateur capucin. L'acte d'abjuration, signé de l'évêque Guy de Sève de Rochechouart, est daté du i3. Non découragée par un premier échec, Anne se préparait à faire une seconde tentative lorsqu'elle fut arrêtée, le 21 novembre de la même année, dans l'officine d'émigration de Beck (O* 3o). Elle dit dans son interrogatoire que son père avait été quinze ans ministre chez un de leurs parents, David de Proisy, sieur d'Eppes près Laon; qu'elle avait une tante appelée M"** Hoitre^ demeurant à Faucoucourt près Laon, et un oncle à Crespy-en-Laonnois, nommé M. de Bièvre. Elle déclara, en outre, qu'elle était restée près de sept ans à Parfs pour suivre un procès, et qu'elle avait eu l'honneur de servir quelque temps M"'' Chabot, de la rue des Tournelles. Son procès fut commencé; mais M"** Chabot fit tous ses efforts pour la tirer de prison. Anne promit d'être bonne catholique, et, le 19 décembre, elle assura sa protectrice qu'elle tiendrait parole (Fr. 7o55 f°^ 3o, 82-34). Toutefois nous trouvons Anne et Marie Sadier réfugiées en Brandebourg, où elles placèrent sur l'État 700 rixdales (Erman et Reclam, I, 323).

Saint-Amand, voir Migeon.

Saint-Germain. Seignelay écrivait le 28 avril 1686 à l'intendant Miroménil :

On a arrêté à Paris la nommée Anne Aubry, femme du nommé Saint- Germain, perruquier de la ville de Chàlons, faisant profession de la R. P. R. ; le roi veut que vous avertissiez son mari ou ses parents de la faire revenir et de s'en charger, moyennant quoi elle sera mise en liberté après qu'elle aura fait abjuration (O ' 3o).

Mademoiselle de Saint-Germain (il y avait à Paris une famille protestante de ce nom) paraît avoir aussi été enfermée en 1 700. « Rien n'est mieux, écrivait Pontchartrain à D'Argenson, le 21 avril,

274 Révocation de t Edit de Nantes à Paris.

que ce que vous proposez pour l'instruction de cette demoiselle; parlez-en à M""^ de Parabère de la manière que vous l'entendrez » (O' 44)-

Saint-Gilles, voir La Rochegiffart.

Saint-Hilaire (M"'^ de). Judith Frichet avait épousé à Charenton (1648) Pierre de Mormès, seigneur de Saint-Hilaire, lieutenant général de l'artillerie, lequel eut le bras emporté par le boulet qui tua Turenne, et fut inhumé, le 21 janvier 1680, dans le cimetière des Saints-Pères. Malgré l'illustration de son mari et les services qu'il avait rendus à la France, M""' de Saint-Hilaire fut arrêtée par Desgrez, le i3 mars 1686, et menée dans le couvent des Nouvelles- Catholiques (Fr. 7o53 f° 168). Sur la liste du 17 décembre, elle est notée comme «assez bien disposée présentement » (Fr. 7o5i f" 246), et sur celle du premier février 1687, comme encore protestante. On lui avait donné pour la servir M""= Malchar, nouvelle convertie, et elle était convenue de payer 600 livres de pension; mais elle se ravisa et ne paya point. D'après La France protestante (VII, 5ii b), elle serait sortie de la maison de la rue Sainte-Anne sans avoir fait abjuration *. Le 2 août 1687, nous la trouvons en compagnie d'une de ses filles. M"" de Liambrune, à l'Arsenal où elle demeurait, et fort suspecte, ainsi que sa dite fille, de vouloir passer à l'étranger. Le 12, elle fut renvoyée de Liambrune (près Noyon) à Paris, avec M""= de Clermont d'Amboise, son autre fille. Cependant on lui confia, l'année suivante, une demoiselle de Villarnoul qu'il fallut expulser peu après, et, en lôgS, Marie-Bénédicte de Jaucourt qui venait d'abjurer. Au mois de mai 1698, par ordre du 25 mars, Desgrez lui enleva sa petite fille, M"" de Clermont d'Amboise, qu'il conduisit aux Nouvelles-Catholiques (O' 42 et Bullet., 3" sér., II, 559). En 1700, elle reçut l'ordre de quitter l'Arsenal et de se retirer dans une maison de campagne, «parce qu'elle ne faisait pas les devoirs de bonne catholique » [Mercure historique, mai 1700, p. 5i8).

M"'" de Saint-Hilaire avait deux fils: Armand, né en i65i, auquel son père céda en i665 sa charge de lieutenant-général de l'artillerie, et dont le Mercure galant annonçait l'abjuration en janvier 1686; Pierre, né en 1657, que le Mercure historique de juillet 1687 a confondu avec le père dans les lignes suivantes : «Enfin le sieur de Saint-Hilaire, personnage connu de tous les

' Nous avons rencontré plusieurs exemples du mcme cas.

Emprisonnés à Paris. 275

gens de service, et qui perdit tin bras dans la même occasion oit M. de Tnrenne fut tue, après avoir résisté jusqu'ici à tous les assauts qu'on lui avait donnés pour lui faire changer de religion, s'est fatigué du couvent où il était renfermé, de sorte qu'il a fait profession de la R. C. Après cela il ne faut point douter qu'on lui rende sa charge qui lui avait été ôtée, et qu'on n'augmente ses pensions. iVIais c'est à savoir s'il ne fera pas comme beaucoup d'autres, qui, après avoir satisfait en apparence aux ordres de la cour, ont épié l'occasion de sortir du royaume. Il passe chaque jour beaucoup de ces gens-là en Angleterre».

Saint-Jean-de-Védas. Louis de Sarret, seigneur de Saint-Jeande-Védas (Hérault), qui avait eu pour ministre Arnaud dit le jeune en 1673 et 1674, essaya de recueillir dans son château les débris de l'Eglise de Montpellier; mais un arrêt du 14 juin i683 lui défendit de faire prêcher ailleurs que dans une salle de ses appartements, et d'y admettre aucune autre personne que les membres de sa famille {Fr. pr., 2." édit., \\\, 901). Malgré les seize compagnies de dragons venues à Montpellier, à la fin de septembre i685, pour y opérer les conversions, il restait encore des protestants dans cette ville le 3 octobre. Louis de Sarret avait trouvé moyen de s'enfuir sans signer. Il sortait de Paris, le 7, et se dirigeait vers la frontière, lorsque Desgrez l'arrêta par-delà Saint-Denis, en compagnie du médecin Bellory (Fr. 7061 f° 269). Il fut transféré du For-l'Évêque à la Bastille par ordre du 4 novembre (O* 3o}. L'apostat Brueys, le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois et les sieurs Pouget et Fagis, eurent dès le 18, la permission de le voir, et M. de Besmaus écrivait le 17 janvier 1686 qu'il donnait «quelque espérance» de conversion (Fr. 7o53 f° 448). D'Argenson lui-même lui rendit visite et perdit sa peine : il fallut transférer l'invincible prisonnier au château de Loches, le 4 août 1687 ; il fut expulsé du royaume avec Th. de Béringhen par ordre du 21 mars 1688. Il se réfugia en Angleterre.

Saint-Laurent (M"" de), voir Sainte-Hermine.

Saint-Martin, voir II, 372.

Saint-Paul, mis à l'Hôpital-Général, le 17 mars 1700, pour avoir tenté de faire passer à l'étranger la demoiselle de Rochemoisin (O' 44). Nous trouvons en Angleterre un Saint-Paul, enseigne dans l'armée du prince d'Orange (Agnew, 111, i5i), et une

276 Révocation de l'Èdit de Nantes à Paris.

demoiselle de Saint-Paul, membre de la Société dite du Poitou en 1718.

Saint-Quentin. Seignelay écrivait le i" mai 1686 à M. de Morangis, intendant :

On a arrêté à Paris [dès le 29 avril et peut-être un peu auparavant] une fille qui dit s'appeler Rachel de Saint-Quentin, être née en Hollande, venue en France depuis dix-huit ou vingt ans, et retournée au bourg d'Ornessy, élection de Clamecy, lieu de la naissance de son père, qui était français et qui avait épousé une hollandaise; elle dit que son père et elle se sont retirés en Hollande depuis dix-huit mois, non pour fait de religion, car elle prétend être catholique, mais pour jouir des biens de sa mère. Et pour justifier qu'elle est catholique, elle a représenté une attestation de l'archevêque de Paris par laquelle il est certifié que Judith Dufour de la ville de Paris a fait abjuration au mois de décembre i685, ce qui parait une surprise, et il y a apparence que cette fille prétendait sortir du royaume sous un nom supposé. Je vous prie de vous faire rendre compte par quelqu'un du lieu, si on connaissait cette fille, et si ce qu'elle a déclaré est véritable (O ' 3o).

Saint-Seurin (M"'^ de), fille de Jean Bretinauld, sieur du Plassay ', venue à Paris avec M"° d'Orignac, dans le dessein de s'évader, fut arrêtée par ordre du 28 mars 1686, et mise à l'Annonciade de Pincourt. Le 19 novembre, Seignelay faisait donner avis à la supérieure de ce couvent, du commerce qui existait entre M"'= de Saint-Seurin et M"'^ d'Orignac, enfermée aux Nouvelles- Catholiques. Le 17 décembre, M'"^ de Saint-Seurin était notée comme ne donnant « aucune espérance de conversion », et faisant «beaucoup de peine à la communauté» (Fr. 7o5i f° 253). Le 9 janvier 1687, Seignelay ordonnait qu'on payât sa pension sur les biens de ses père et mère; le 28, on la mit à la Bastille, d'où elle fut transférée, le 4 août, au château de Nantes. Le 12 novembre, Seignelay écrivait au comte de Morveaux: «La demoiselle de Saint-Seurin, détenue à Nantes, ayant du bien à Saint-Jeand'Angely suffisamment pour la faire subsister. Sa Majesté donnera ordre de faire payer 800 livres par an pour elle et une fille catholique, que vous lui donnerez, s. v. p., pour la servir. Elle fut probablement expulsée du royaume en 1688.

Pour une demoiselle La Motte-Fouqué de Saint-Seurin enfermée à Lyon, voir Biillei., S'^' sér., VI, i33.

Sainte-Hermine (Les), voir II, 4o5.

« Auquel son gendre [.a Motte-Fouqué, avait vendu les baronnics de Saint-Seurin

et de Tonnay-Boutonnc, en Saintonge.

Emprisonnes à Paris. 211

Salmon (Thérèse), âgée de 3o ans, évadée de la maison des Nouvelles-Catholiques, mise à l'Hôpital-Général, par ordre du 6 octobre 1699 (O^ 48). D'Argenson émettait le 22 octobre 1702, l'avis qu'on pouvait la rendre à ses parents (Ms. Clairambault 614 f' 112).

Salomon (M"^), voir Maulard.

Salve (De), pasteur du Désert, voir II, 566.

Sandras, voir Pigeon.

Sanson, voir Pers.

Saponay. Le 14 février 1686, Seignelay ordonnait à La Reynie d'arrêter le comte et la comtesse de Saponay, et de mettre l'un, à la Bastille, et l'autre, dans un couvent. Cet ordre concernait très probablement les parents des deux demoiselles inhumées à Paris en 1660 et 1682, c'est-à-dire Josué de Vieilmaisons, sieur de Saponay (Aisne), et Madelaine de Lanfernat, sa femme.

Le 21 octobre de la même année 1686, La Reynie écrivait à Harlay : « Le vicomte de Saponay et sa femme ont abjuré au Marais pour n'être pas mis à la Bastille et au couvent» (Fr. 17421 f° 47). Le vicomte devait être Jean-Jacques de Vieilmaisons, qui avait épousé Marie de Vieilmaisons, de la branche de Cus, dont il eut deux filles jumelles, Madelaine-Elisabeth et Marie-Anne, baptisées à Charenton en 1675. Ce sont elles sans doute, qui, vingttrois ans plus tard, furent mises aux Nouvelles-Catholiques, par ordre du 14 août 1698, et qui témoignèrent assez de fermeté pour que Pontchartrain écrivît, le 27, à D'Argenson : « Si les [deux] demoiselles de Saponay ne changent point de disposition sur le fait de la R., le roi donnera, lorsque vous le jugerez à propos, des ordres pour les faire enfermer dans quelque château». Un autre billet du même au même semble indiquer que la résistance était moins vive à la fin de l'année: «2 décembre 1698. Vous pouvez faire sortir de la maison des Nouvelles-Catholiques la demoiselle de Vieilmaisons, pour la sollicitation de son procès» (O' 42). — Notons encore la fugitive Marie de Vieilmaisons, qui abandonna une rente de 2000 livres.

Saporta (M"'^ de), voir Petit.

Sasserie. Les Extraits des Registres de Charenton ne mentionnent que Jean Sasserie, sieur du Clos-Roger, inhumé en 1678,

278 Révocation de l'Édit de. Nantes à Paris.

à l'âge de quarante ans, en présence de ses frères Alexandre et Jacob^ sieur de La Plaine.

Jeanne Sasserie^ fugitive conduite par les guides Lamotte et Langrand, arrêtée près du Bourget, par Auzillon, le 4 octobre 1686, appartenait sans doute à la même famille. Un proposant l'accompagnait dans sa fuite. Malgré son abjuration, elle fut transférée au château d'Angers, par ordre du 23 janvier 1687 (O' 3i et Fr. yoSr £"=241, 264, 285).

Alexandre se réfugia en Angleterre, où il présentait au baptême en i683 avec M"'' ou M™'= Seignoret, Alexandre, fils de Philippe Guide. Il avait épousé Marie Beauchamp, et obtint en i685 l'autorisation nécessaire pour construire un temple à Thorpe le Soken (De Schickler, Egl. du Refuge, II, 349).

Sault (De). On lit dans les Mémoires de Foucault, à une date antérieure au 6 septembre i685: «Le sieur de Sault, gentilhomme de Béarn, a été mis à la Bastille pour mauvais discours, par mon avis ».

Sauvage (Isaïe), voir Bonnaire.

ScALBERGE, médecin de Chartres, était rendu à la liberté en 1695, tandis que ses filles étaient envoyées à l'abbaye de Saint-Cyr et dans un couvent de Nogent-le-Rotrou. En 1700, le père était de nouveau emprisonné.

ScELLiER (Pierre). Seignelay écrivait à La Reynie, le 18 octobre 1689, de tirer de la Bastille trois particuliers du village de Conteville qui y avaient été conduits depuis peu, c'est-à-dire le 25 septembre. L'un d'eux s'appelait Bouille; un second, relâché seulement le i3 novembre, s'appelait Pierre Scellier; le nom du troisième n'est pas indiqué {Arch. Bast., IX, 166-173).

ScHENŒuvRE (M""*). Mandée devant le procureur-général, M'"'^ Schenœuvre, femme d'un marchand, ne s'était laissé ni convertir ni intimider; le magistrat crut que la prison serait plus efficace et fit part de son dessein à La Reynie, qui lui répondit le 27 décembre i685:

Je suis très persuadé, Monsieur, que ce que vous jugerez nécessaire à l'égard de la femme de Schenœuvre ne saurait produire qu'un très bon effet.

En vertu d'un ordre du 3o, la dame fut mise à la Bastille (O' 29 et Fr. 17420 f"^ 207, 211), dont elle ne sortit que par ordre du 29 août 1686 {Arch. Bast., VIII, 342).

Emprisonnes h Paris. 279

Sécherye (Le sieur de), mis à la Bastille le i5 avril 1686 (O' 3o) avec Prévost Pesson; ils en sortirent ensemble le 4 juillet suivant (Ravaisson, VIII, 882).

Segray (Ésaïe Ledet, seigneur de), voir II, 532.

Sehut ou Seheult'. Trois orfèvres de ce nom obtinrent du roi, grâce à l'abjuration, la permission d'ouvrir boutique à Paris • Abraham, en 1682; Jacques et Pierre, en 1686^. Un quatrième, Jean, quitta la France avant la Révocation et fut naturalisé anglais le 18 janvier i683.

Pierre, orfèvre de la rue Neuve-des-Fossés au faubourg Saint- Germain, n'abjura vers la fin de i685 qu'après avoir été mandé dans les bureaux de la police. La France protestante (2*= édit., IV, 5o6) fait de lui deux personnages (Pierre Sehin et Pierre Féhut), qu'elle range avec Madelaine Sehin parmi les cinq joailliers parisiens (il y en eut davantage) qui allèrent demander la liberté de conscience aux pays étrangers. Cependant l'Etat des fugitifs dressé le 8 février 1687, porte ce qui suit: «Madelaine Sehut, âgée de vingt-six ans, fille de Pierre Sehut, orfèvre, s'est retirée d'avec ses père et mère et est passée en Hollande. Il y a apparence que c'a été du consentement de ses père et mère, quoiqu'ils disent que non, et qu'elle leur a emporté la valeur de plus de Sooo livres » (Fr. 7060 fS).

Jacques fut naturalisé anglais le 20 mars 1686, et Matthieu en 1687 (Agnew, 41, 45).

En cette même année, Jean, autre fugitif de Paris, fut arrêté à Calais, au moment où il allait s'embarquer avec sa femme (Tourlet, invent. TT).

L'orfèvre parisien Tertullien Sehut se réfugia à Berlin où on le trouve dès 1698 (Ms. Dieterici). Au mois de juin 1700, sa femme et ses quatre enfants, partis pour le rejoindre, furent arrêtés à Valenciennes et ramenés à Paris, par ordre du 10; on mit les deux garçons aux Nouveaux-Catholiques, les deux filles aux Nouvelles- Catholiques, et la mère à la Bastille, d'où elle écrivait à son mari le 5 juillet :

Depuis dix-huit jours je suis enfermée dans une tour où je n'ai la liberté de voir ni parents, ni amis, ni de parler à personne qu'à la personne qui m'apporte à manger, dont je n'en goûte guère, et si ce n'était que se serait offenser

■ Le nom de Sehut, qui, en patois pi- 2 Arch. Nation., K 1271 ancien, qui doit

cord, signifie: sureau, est encore porté être '243 nouveau, actuellement par plusieurs familles.

28o Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Dieu, je ne mangerais point du tout. Et je passe les jours et la plus grande partie des nuits à pleurer et à lamenter mon malheur, qui ne finira pas si tôt à ce que je puis voir, à moins que tu ne prennes la résolution de revenir en France pour faire la volonté du roi en tout ce que l'on te dira, de te faire bon catholique et moi aussi, afin que l'on nous remette ensemble et que l'on nous donne notre pauvre petite famille. Ainsi, mon cher mari, consulte-toi bien si tu veux me tirer d'ici, que voilà le parti que tu as à prendre; car autrement je puis dire que je suis privée du plaisir de te voir pour toujours... et que je suis une femme perdue.

La police garda cette lettre qui n'indiquait pas au destinataire le moyen pratique de rentrer en France, et remit à la prisonnière un modèle tout fait qu'elle n'eut qu'à copier. Après quoi on lui permit de voir Abraham Seheult, de la rue Saint-André-des-Arts, parent de son mari, Chenel, de la rue Saint-Louis, et à deux reprises la supérieure des Nouvelles-Catholiques (Arsen., F. Bast., 10524). Celle-ci demandait à être débarrassée des deux filles; mais Pontchartrain lui ordonna le 17 novembre de les garder (O' 44). D'après les ms. Dieterici, M™'= Seheult et un de ses enfants étaient à Berlin à la fin de 1700. Le 28 juillet de la même année, Louis Seheult adressait à sa mère, restée en France, une lettre datée de Nordholland, à laquelle son père ajoutait une page où il avertissait sa compagne qu'il allait partir pour Londres (Arsen., F. Bast. 10524). Nous ne savons s'il s'agissait de Tertullien ou de quelque autre. En 1710, Louise Odry, femme d'un Sehut réfugié, obtint la permission de vendre une propriété, permission qu'on n'accordait qu'aux nouveaux convertis dont la conversion ne paraissait point suspecte.

Jacques-Tertullien et Pierre-Daniel Seheult (Seheult?) faisaient abjuration à Londres, le premier, le 24 juillet 1709; le second, le i3 mars 1711 {Proceedings, juillet 1890.

Sénegat (Paul) marchand de la rue de la Chanverrerie, fils de David, du Pont de Larn, épousa en 1669 Olympe Fouquet, fille de Jean, orfèvre, et de Marie Noiret, qui lui donna plusieurs enfants, dont un seul est mentionné dans les extraits des registres de Charenton. Invité comme négociant de la seconde catégorie à se rendre chez Seignelay le 14 décembre i685, il n'y alla point (Fr. 7052 f° 223). Il fallut pourtant qu'il abjurât. Sa femme ne l'imita le 9 janvier que grâce à la dragonnade et ne tarda pas à s'enfuir. Une de ses filles la rejoignit bientôt, et au mois de février 1687, un commissaire de police dénonçait le mari comme préparant aussi son départ, en convertissant une partie de ses marchandises en argent ou en billets. Empêché par la surveillance dont il était l'objet, il

Emprisonnes à Pans. 281

favorisait l'évasion de ses coreligionnaires, et fut pour ce motif envoyé au château de Ham, où il demandait la liberté dans les premiers jours de 1701. Il lui fut répondu qu'il ne serait relâché qu'après avoir donné des marques d'une véritable conversion (O 248). Le galérien Jean Sénegat, né aussi à Pont de Larn, appartenait évidemment à la même famille, peut-être même était-il frère de Paul.

Sequeville, voir Du Tens.

Serguières (Jacques), de Rougen en Languedoc, guide, arrêté par-delà Saint- Denis conduisant six personnes en Cambrésis (notamment Pierre Carrière et Renée Talas), fut mis au Grand- Châtelet le 3o novembre 1686 (O' 3o et Fr. 7o5i f°= 269, 295), et condamné aux galères le 4 décembre suivant. Les hommes furent envoj'és à la Tournelle et la femme, à la Salpétrière (Reg. d'écrou du Palais de justice). Serguières, n° 8976, sur la Sirène à Saint- Malo en 1698, sur l'Héroïne en 1707. Mort à la peine le 10 janvier

Serres (De). A la fin de"i686, un gentilhomme nommé D'Angennes donnait avis à Seignela}' qu'il avait connu des guides pendant son séjour en Hollande, entre autres, le sieur de Serres, baron flamand. Il ajoutait que de Serres et Haller étaient arrivés à Paris depuis douze ou quinze jours, munis de passeports de Gand, afin d'emmener hors du royaume des coreligionnaires qui avaient fait consigner à Amsterdam 3ooo livres pour le prix de leur passage, et que le départ devait s'effectuer dans trois ou quatre jours. Il offrait non seulement de les observer et de les suivre jusqu'à la frontière, mais de les arrêter si on voulait bien lui en donner l'ordre (Fr. 7o5o f" 260). Grâce à cette dénonciation, le baron de Serres, fils d'un vivandier de l'armée d'Espagne et fort déterminé à tout faire pour de l'argent, fut arrêté à Saint-Denis, conduisant un homme et une femme. Arrêté une première fois à Lille, il avait réussi à se tirer d'affaire par ses beaux discours. A Paris, on le lâcha moins aisément. Mis au Petit-Chàtelet le 17 janvier 1687, il demandait le 5 février «quelque subsistance» ; le 19, il se plaignait d'être injustement détenu et suppliait La Rejmie de hâter son jugement, «étant destitué de tout secours humain». Il se disait gentilhomme et cependant réduit à vivre comme le dernier des malheureux. Il ne fut relâché que par ordre du 28 octobre 1688 (O* 3i, 82 et Fr. 7o5i f^ 287 et 7o53 f'= 19, 146).

282 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

C'est très probablement d'un autre personnage qu'il est question dans les ordres suivants adressés par Pontchartrain à D'Argenson :

14 octobre 1697. Quant aux nommés Rouillon, De Serre et Francien, qui sont à Vincennes, il faut travailler à leur procès aussi diligemment que la procédure judiciaire le peut permettre.

3o octobre 1697. Il faut juger avec rigueur le procès des nommés Francion et De Serre, puisque leur opiniâtreté dans leur religion les rend indignes d'aucuns égards, et vider cette affaire le plus tôt que vous pourrez.

Un sieur Serres et sa femme, nouveaux convertis, âgés de quatre-vingts ans, et assistés jusque-là par le consistoire de Charenton, reçurent en 1686 le prix de leur conversion (O' 3o).

Sevet (Jeanne), vieille femme, de Bersy en Poitou, fugitive arrêtée au Bourget le 9 septembre 1686, en compagnie de Jean Chabrol, de Thouars, de Coignard, de Rouen, et du guide Vertot {Arch. Bast., VIII, 424).

Simon. Par une lettre du 3 mars 1687, Seignelay informe Harla}' que Daniel Simon, marchand du bourg d'Espence, condamné aux gai-ères et écroué à la Tournelle, a fait présenter au roi un placet affirmant qu'il a fait abjuration dans les prisons de Sainte-Menehould (0'3i). C'en fut assez, Simon fut mis en liberté par ordre du 10 avril (Fr. 17421 f'^^' iSy et lyS), ainsi que Jonathan Grinfils, maître de navire anglais, aussi détenu à la Tournelle, qui se sauva par l'abjuration.

Michel Simon ne sortit de la Conciergerie, au mois de novembre i685, que pour y être réintégré bientôt après.

Edmée Simon, mise au Grand-Châtelet le 28 février 1687 (Fr. 7o5i f° 238).

François Simon, savetier, reçut 12 livres pour prix de son abjuration (Fr. 7o5o f" i38).

SoNNiN (1^""=), voir Heck.

SoRET (Anne Gossevin, femme de Pierre) ayant abjuré le 16 février 1686 et fait sa communion pascale en l'église Sainte-Croix de Cambray, partit ensuite avec les Delahaye pour aller chercher à l'étranger son mari fugitif; elle fut arrêtée en chemin et mise à la prison de l'Abbaye le 16 septembre (Fr. 7o5r f" 280 et 7o53 f" 4g5).

SouciiAY DES BouiXAYS (IVIaric) et sa sœur furent enfermées dans un couvent en 1686. Elles étaient sans doute sœurs de Paul Souchay, marchand, fils de Paul, sieur des Aulnais, ancien de

Emprisonnés à Parts. 283

Dangeau en 1681, qui épousait à Charenton, en i683, Marie-Anne Guérin, fille d'Antoine, ancien ministre de Bois-le-Roi, en présence de Mesnard, ministre, oncle de l'épouse.

SouLARD (M™^). Les listes dressées aux Nouvelles-Catholiques le 14 décembre 1686 et le i"^'' février suivant, mentionnent M'"'= Souillard ou Souillât comme n'aj^ant encore « ni confessé ni communié ». Il s'agit probablement de Marie, fille du peintre Samuel Bernard et sœur du célèbre financier, laquelle épousa en premières noces (1670) Thomas BouHaj^, procureur au Parlement, et en secondes noces (16791 Etienne Soulard, banquier. C'est le même Soulard qui, revenu d'Angleterre avec sa troisième femme, anglaise, fut mis à la Bastille comme suspect le i" juin 1697, par ordre du 29 mai, et au sujet duquel Pontchartrain écrivait à D'Argenson le 3 octobre :

Puisque Soulart (beau-frère de Samuel Bernard et de M. Hébert de ]a compagnie des Indes) ne se trouve point coupable, il faut essayer de le convertir; voj-ez si vous y pourrez parvenir.

On y parvint sans trop de peine: après avoir abjuré « de bonne foi », dit Du Junca, et communié dans la chapelle de la Bastille, Soulart fut relâché par ordre du 20 novembre (O* 41 et Arcli. Bast, X, i53).

Louis Soullard fut naturalisé anglais le 20 mars 1686. Un Souillard et sa femme réfugiés étaient à Berlin en 1698 (Ms. Dieterici).

SouLET. Le i5 janvier 1686, le commissaire Dyeure informait La Reynie que Jérôme-Joseph et Charles Soulet, fils d'un ci-devant avocat au Conseil, venaient d'abjurer entre les mains de Baillot, curé de Saint-Landry. Le père, ajoutait-il, donne quelque espérance (Fr. 7o5i f'" 85). Ce dernier était Joseph Soulet, originaire de Tours, marié en 1645 à Anne Theveneau, fille de feu Etienne, procureur au Parlement, et de Marie Marchant. Leur fille Marthe avait épousé en 1677 Pierre de Mazel (voir ci-dessus p. 2i5}. Les espérances conçues par les convertisseurs étaient prématurées; la dragonnade même ne put vaincre l'antipathie de M. et de M"" Soulet pour la religion catholique; il fallut que Seignelay ordonnât le 14 février de mettre le mari à la Bastille et la femme dans un couvent. En voyant arriver la police chargée de l'arrêter, M""^ Soulet abjura surle-champ. Soulet se laissa conduire à la Bastille; mais, dès le 21, il était dans les mêmes dispositions que Masclari, fils de l'ancien de Charenton, c'est-à-dire résolu à faire ce qu'on exigeait de lui. Il • abjura le 24 à la Bastille, entre les mains du curé de Saint-Benoît (Fr. 17421 fo^ 47, 48), et fut relâché par ordre du lendemain (O' 3o).

284 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

SouNiN (Marguerite de Beusze, femme), mise à la Bastille 1699 (Fr. /,-., X, 436.)

SouRY (La nommée), mise au Grand-Châtelet pour la R. le 25 juin 1686 (Fr. 7061 f°^ 275, 283).

SousTELLE (Galéot de Cambis ou de Combis, seigneur de), d'abord militaire, puis pasteur à Romorantin, avait épousé en 1649 sa cousine-germaine Marie de Villeneuve. Il ne lui fut pas permis d'emmener ses enfants, lorsqu'il partit pour l'exil {Fr. pr., 2" édit., III, 643 et I, 63). La demoiselle de Soustelle, dénoncée le 22 avril 1686, comme étant venue à Paris chercher l'occasion de sortir du royaume (O ' 3o), était sans doute sa fille. Elle ne dut pas tarder à être arrêtée. Une demoiselle de Soustelle, détenue chez les Ursuhnes d'Orléans, n'en sortit que par ordre du 2 août 1690.

Stoudal. Le 18 avril 1686, Auzillon arrêtait à Bondy le guide suisse Jean-Jacques Stoudal, conduisant Susanne Mutel, fille du ministre de Coucy-la-ville. Le lendemain, le prisonnier fut transféré du Grand-Chàtelet au château de DouUens, d'où il s'évada au mois d'août 1688 (O ' 3o, 82 et Fr. 7o53 f-^ 374.)

SuAU (De). Au nombre des gentilshommes du Limousin se trouvait Suau, « fameux huguenot fort attaché à sa religion », dit l'intendant De Gourgues, et dont la maison, située sur les confins du Poitou, « était une petite Genève ». Il y avait un exercice et retira chez lui Amblard, pasteur de Saint-Claux, quand le culte eut été interdit dans cette localité voisine. Nommé baptiseur par l'intendant^ Amblard n'en tint compte et refusa d'en faire les fonctions, sous prétexte qu'il était au service du sieur de Suau '. L'intendant se plaignit que la résistance de cette famille empêchait la conversion du reste des protestants, et fit entendre des menaces dès le mois de juillet i685. Au mois d'octobre, il reçut l'ordre d'arrêter Suau et le sieur de Londigny ou de Louvigny, autre huguenot zélé, et

' I.a suppression du ministère entraînant, ignorants, les moins hiabiles et les moins dans l'esprit du roi, le danger de la dnm- accrédités, afin que l'on prît moins de nation pour les enfants morts sans bap- conliance en eux». N'admettant pas tême, le conseil d'Ktat rendit, au mois de l'absolue nécessité du baptême, les pasmai ifi85, un arrêt portant qu'il serait leurs refusèrent avec empressement ce choisi un certain nombre de pasteurs ministère tronqué, se laissèrent condamchargés uniquement de baptiser sans ner à l'amende et à la prison, et passèrent faire aucune autre fonction et qu'on cm- à l'étranger plutôt que de se plier aux pécherait soigneusement de visiter les fantaisies et aux caprices du royal fanamalades. Colbert de Croissy recomman- tisme. dait à De Gourgues de <i préférer les plus

Emprisonnés à Paris. 285

de les envoyer au château d'Angoulême ; mais tous deux s'étaient absentés à temps, et M™<= Suau, présidant le culte dans sa maison, y donnait asile à des protestants de La Rochefoucauld. De Gourgues lui envoya une garnison, dans l'espoir que la crainte du pillage et de la ruine ferait revenir le fugitif, et mit sa fille aux Nouvelles- Catholiques d'Angoulême, d'où elle ne sortit, la petite vérole s'y étant déclarée, que pour être confiée aux Ursulines, qui réclamèrent bientôt l'assurance du paiement de sa pension. De Gourgues écrivait le 3o novembre que Suau et Londigny se tenaient cachés à Paris. Colbert de Croissy lui répondit, le 20 décembre, que le roi venait de donner l'ordre de mettre Suau à la Bastille, et approuvait la conduite tenue à l'égard de sa fille. Une lettre du 3 février 1686 nous montre M"^ Suau prisonnière et continuant à résister aux sollicitations du chevalier de Villefort, qu'il fallut remplacer par un autre convertisseur. (Papiers Bordier, Biblioth. du prot.)

SusDAT, Suisse, mis au Grand-Chàtelet le 1'='^ mai 1686 (Fr. 7o5i f° 299).

Talas (Renée), fugitive arrêtée par Desgrez le 4 septembre 1686^ condamnée le 4 décembre à être rasée, enfermée à perpétuité et ses biens confisqués (Reg. d'écrou du Palais de Justice). Elle donna des marques de constance qui déplaisaient fort à Seignelay. Aussi écrivait-il le 8 novembre à La Reynie :

A l'égard de la nommée Talas, le roi veut que vous fassiez incessamment exécuter le jugement rendu contre elle, étant important d'ôter de devant les yeux des autres prisonniers un exemple pareil (O ' 3o et Fr. 7o5i f° 269). On la mit à la Salpétrière.

Tallemant. Gédéon-Tallemant des Réaux, célèbre auteur des Historiettes, avait épousé sa cousine Elisabeth de Rambouillet, qui lui donna trois filles, dont une seule vivait encore en i685. Protestante plus fervente que son père et sa mère, qui abjurèrent sans grande difficulté (le père dès le 17 juillet i685), elle fut enfermée dans un couvent par ordre du 27 mars 1686, et expulsée du royaume le 21 mars 1688 (O ' 82). Elle se retira en Angleterre. Son oncle Paul Tallemant, sieur de Lussac, avait quitté la France et gagné la Suisse dès i685 {Bullet. IX, 345). Il était en 1695 bourgeois de Vevey.

Son cousin-germain François Tallemant montra le même zèle

286 Revocation de l'Edit de Nantes à Paris.

et la même résolution. Inutilement enfermé au Chàtelet le i'"' août 1686, puis dans les prisons de Montfort l'Amaury, au For-l'Evèque, à la Bastille, il fut envoyé le 28 janvier 1687 au château de Saumur. On l'expulsa du royaume le 2 mars 1688 (O' 82).

En revanche, un autre François Tallemant devint abbé. La meilleure raison qu'il donnait de son abjuration, « c'est qu'il était toujours à la portière du vent en allant à Charenton » {Historiettes, VI, 3o2).

Taloman (La demoiselle), mise dans un couvent de Paris par ordre du 14 mars 1686 (O' 3o).

Tandebaratz, voir Guybert.

Tardif. Parmi les jeunes filles enlevées à leurs parents avant la Révocation, il faut mentionner Anne-Isabelle Tardif, fille de Jean-François Tardif, et d'Anne Chaumont. Agée de onze ans ou environ et enfermée depuis deux ans, au faubourg Saint-Victor, en la Pitié, maison dépendante de l'Hôpital-Général, elle déclarait par devant notaire le 14 novembre 1672, qu'elle ne voulait pas retourner près de ses parents, mais continuer de demeurer en la Pitié et persévérer dans la foi catholique (Fr. 7o55 f° 284). — Peut-être son père était-il parent de Jacques Tardif, avocat et ancien de Charenton, inhumé en 1642 au cimetière des Saints-Pères, à l'âge de soixante-douze ans.

Taret. Le 2 mars 1686 Seignelay ordonnait à La Reynie de mettre à la Bastille le sieur Taret de Sasillac, et l'informait que Taret de Loubens, gentilhomme de Gascogne, était toujours de la R. (O' 3o). Le même jour, Seignelay, mieux renseigné adressait ce nouveau billet au lieutenant de police : «Je vous envoie un ordre pour faire arrêter Taret de Loubens, qui est chez André, maître d'armes, au bout du quai des Augustins, sur ce qu'on a avis qu'il est de la R. P. R. (Ravaisson, Arch. Bast., VIII, 894).

Tartereau. Le 21 janvier 1687, Seignelay invitait Harlay à faire visiter Tartereau, évidemment nouveau converti, attaché depuis peu à la chaîne (Fr. 17421 f° 144). Il fut mis à l'Hôpital-Général, au lieu d'aller aux galères (f° 146).

Taupin (La nommée), conduite à l'Hôpital-Général par ordre du 20 février 1686 (O' 3o).

Tavernier, voir Chastelain.

Emprisonnes à Paris. 287

Tesson (Nicole), voir II, 585.

Testart (Jacques), bourgeois de Paris, appartenait à une famille nombreuse et considérable, originaire de Saint-Quentin. On le trouve noté de la manière suivante, en tête de la seconde catégorie des négociants mandés chez Seignelay le 14 décembre i685 : «Bon marchand de draps de soie. Un peu éloigné et têtu, mais qui suivra l'exemple» (Fr. 7o52 f 228). Il signa, en effet (Fr. 7o5o f 63), faisant passer ses affaires commerciales avant celles de sa conscience. Le commissaire Poirée écrivait à La Reynie, le 16 janvier 1686 : «Catherine Béraud, femme de Jacques Testart, est malade et néanmoins se fait instruire, son mari étant poursuivi pour avoir reçu dans sa maison Charles Testart, marchand à Tours, Rachel Béraud, sa femme, et sa fille. Us feront bientôt leur devoir». Après avoir abjuré comme tout le monde, Catherine Béraud fut prise de remords et s'enfuit dans les premiers jours de l'année 1687, avec ses deux garçons et sa parente Marie Testart, femme du sieur des Boisfrancs. Elle fut arrêtée à Saint-Denis par Auzillon, et La Reynie reçut le 4 janvier l'ordre de lui faire son procès (O* 3i). Jacques Testart s'empressa de présenter un placet dans lequel il demandait qu'on lui rendît sa femme et ses enfants ; l'une, parce que son absence nuisait au crédit et aux affaires de la maison ; les autres, parce qu'ils perdaient leur temps et n'apprenaient rien en prison (Fr. 7o53 f" 424). On ne les lui rendit toutefois que le 18 juillet et mo3^ennant une forte caution. Cependant Jacques réussit à passer en Angleterre avec sa femme et son fils Antoine ; tous trois reçurent le 3i janvier 1690 leurs lettres de naturalisation (Agnew, in-f°, II, 62). De 1703 à 1706 Jacques fut à Londres l'un des commissaires distributeurs de la «royale bonté» parmi les réfugiés.

Isaac Testart, réfugié avant la Révocation avec sa femme Marie-Madelaine Crommelin, faisait baptiser à Londres, le 24 juin i683, une fille qui eut pour parrain Amonnet, et pour marraine Marie Crommelin, femme de Jean Pigou (Agnew, in-f°, II, 109).

On lit dans une lettre de Hollande du 28 mars 1686, qui semble venir de l'ambassade de France : « La famille Testart est arrivée : Le père vient par le moyen du fils qui est à Saint-Quentin» (Fr. 7o5o f° 264). Il s'agit ici de Pierre Testart, habitant Paris bien que sa maison de commerce fut à Saint-Quentin, de sa femme Rachel Crommelin et de ses fils Charles, Jean et Jean-Étienne {Ballet., VU, 488 et 489'. Pierre fut admis à la cène à La Haye en

288 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Elisabeth Testart, femme de Jacob Crommelin, négociant à Paris, dans le quartier de la Halle, s'enfuit en 1686 avec cinq de ses filles, n'en laissant qu'une auprès de son mari (Fr. 7o5i f° 3i8). Son exemple fut suivi par Testart de la rue Troussevache, qui emmena ses deux filles. Madelaine Testart, femme de Samuel Crommelin, se réfugia en Hollande avec son mari {Fr. pr., "2^ édit., IV, 914). Philippe Testart, infirme, âgé de 53 ans, et sa femme étaient assistés à Londres en 1708.

Elisabeth Testart, veuve de Pierre Piquet de Longueval, fugitive qui faisait sa demeure ordinaire à Blois et à Romorantin, fut arrêtée avec deux de ses filles au commencement de février 1687 (O* 3i). — Mentionnons encore Marie Testas, naturalisée anglaise en 1688.

Testu (Le sieur), ci-devant trésorier des revenus casuels, mis à la Bastille pour la religion le 7 juillet 1686 {Arcli. Basf., VIII, 382. Arsen. F. Bast, 10472) et transféré à la Conciergerie par ordre du 16 mai 1687 (O' 3i), était sans doute parent de Marie Testu, âgée de soixante-dix-huit ans et veuve de Pierre Martel, laquelle fut emprisonnée à Amiens, après avoir abjuré à Angerville, au pays de Caux, « à cause des soldats qu'elle avait dans sa maison » {Btdlet., II, 342).

Theligny (Le sieur de), détenu à la Bastille, fut mis en liberté par ordre du 2 juillet 1686 (O' 3o).

Théobon (Charles Bordeaux de Rochefort, marquis de), avait épousé en 1674 Marie de Caumont, fille du marquis de Castelmoron. On lui interdit en 1684 de célébrer le culte dans son château. Au moment des dragonnades, le marquis s'enfuit de la Guyenne et vint, comme une infinité d'autres, se cacher à Paris, oîi on ne le découvrit que tardivement logé rue du Sépulcre (aujourd'hui rue du Dragon), dans une portion de maison que lui avait louée le résident de Savoie (Fr. 705 1 f" 47).

Seignelay écrivait, le 5 janvier 1686, à LaReynie: «Sa Majesté veut que vous envoyiez chez M. de Théobon pour lui déclarer de la part du roi qu'il peut sortir de Paris pour s'en retourner dans sa province» (O' 3o). Cet ordre de rentrer chez lui ne plut nullement au marquis de Théobon, venu à Paris avec le dessein d'emmener sa famille à l'étranger. Aussi ne s'empressa-t-il point d'obéir. Il n'avait point quitté la ville le 10, quand La Reynie reçut l'ordre de lui enlever ses enfants et de mettre les filles aux Nouvelles-Catholiques. On les enferma, le 12, au couvent du Cherche-Midi, et

Euiprisomics à Paris. 289

Seignelay ordonna le 16, qu'on les remît à leur tante M"'= de Théobon, ancienne fille d'honneur de la reine *. Le 14, Seignelay adressait au marquis le billet suivant: «Le roi m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous alliez chez l'archevêque de Paris, pour conférer avec lui sur les matières de la religion, ne doutant pas, en quelque disposition que vous soyez, que vous ne rendiez ce respect aux ordres que vous recevez de sa part, et elle m'ordonne en même temps de vous assurer de sa protection et de ses grâces, en cas que vous prissiez le parti qui est seul convenable pour votre repos et celui de votre conscience. Je suis etc.». L'éloquence de l'archevêque Harlay de Champvalon, dont les mœurs étaient scandaleuses, fut de nul effet sur le marquis, ainsi que les ordres que le commissaire Gazon lui transmit le 16 ou le 17. Seignelay dut lui écrire de nouveau, aussi bien qu'au marquis de Courtomer et à M. de Bougy : «Versailles i'='' février 1686. Le roi m'ordonne de vous écrire de prendre la peine de venir ici dimanche prochain, afin que je puisse vous parler de la part de Sa Majesté, suivant l'ordre qu'elle m'en a donné ».

Cependant le clergé s'indignait de la résistance qu'il rencontrait auprès de certaines dames de haut parage, et s'en plaignait directement à Louis XIV, témoin ce billet que Seignelay adressait à La Reynie le 12 février 1686: «Je vous envoie un mémoire qui a été donné au roi par lequel on remarque que la dame de Lorme, la dame du Vigier et la dame de Théobon demeurent opiniâtres dans la R. P. R., parce qu'on ne les presse point. Sa Majesté m'ordonne de vous dire de vous appliquer à la conversion de ces femmes, et que, s'il est nécessaire, vous les fassiez mettre dans des couvents». Le 9 mars, Seignelay ordonnait d'enfermer la marquise, et, le 11, d'arrêter le marquis. Mais tous deux avaient disparu. Le 23, Seignelay invitait de nouveau La Reynie à faire tous ses efforts pour découvrir M. de Théobon, ne pouvant croire qu'il fût chez l'envoyé de Danemark, vu les dénégations de M. de Meyercron (O» 3o). En effet, M. et M™^ de Théobon avaient pris la fuite avec deux domestiques; on les arrêta sur un bâtiment hollandais, et dès le 1" avril, ordre était donné de leur faire leur procès (A. N., E. 1834). Une lettre écrite de Paris le 1'='^ mai, nous apprend que le

« Elle devait avoir abjuré dès 1672; car à la guerre. Elle devint dans la suite

M""= de Se'vigné (lettre du 8 juillet) nous comtesse de Beuvron. C'est elle sans

la montre s'enfermant dans le couvent doute qui obtint le 8 mai 1679 U""^ pen-

Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine, sien de 4000 livres, portée à Sooo par un

pour y pleurer la mort de son frère tue brevet du 12 mars 1686 (O' 3o).

290 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

marquis et M. de Bougy, effrayés par les menaces de la Bastille, venaient de «faire comme les autres» {Biillet., II 173). Mise aux Nouvelles-Catholiques, la marquise n'en sortit que par ordre du 18 septembre (O* 3o). Néanmoins, le 27 avril 1688, le marquis reçut une pension de 2000 livres et la marquise, une de mille livres (O' 82). Ils n'en étaient pas moins demeurés protestants au fond du cœur; car lors de l'arrestation du pasteur du Désert Paul Cardel vers le milieu de février 1689, on trouva sur ses tablettes le nom et l'adresse du marquis de Théobon habitant le grand arsenal (Fr. 7o55 f" 90). En 1699, la conversion du marquis était encore si suspecte, que le roi fit écrire à plusieurs reprises à l'intendant De Bezons pour être informé de sa conduite.

Thevalles, voir II, 582.

Thibaude, gascon établi en Hollande et venu à Paris pour emmener Valérie de La Baritaudière, fut arrêté à Lille avec elle au mois de juillet 1686, Il avait épeusé la' tante de Françoise Lemaistre (Fr. 7o52 f» i32).

Thibault (Régnier), mis au For-l'Évêque pour la R. le 8 janvier 1686, n'en était pas encore sorti le 19 février (Fr. 7o5i {°^ 281, 290, 3o5).

Thomas (Louise), anglaise, mise à la prison de l'Abbaye pour la R. le 7 mars 1686 (Fr. 7o5i f" 294).

Le 3i août 1687, Seignelay adressait à La Reynie le billet suivant :

On m'écrit de La Rochelle qu'il y a depuis quinze mois à Paris un marchand de la ville nommé Thomas, qui n'a point fait abjuration, et qui se sert de l'acte de celle de son père pour s'empêcher d'être inquiété. Je vous envoie un mémoire qui contient son portrait et son adresse, afin que vous preniez la peine de le faire chercher et le faire arrêter, si vous estimez que cela soit nécessaire pour l'obliger à se convertir {Arc/i. BasL, IX, 14).

Le négociant de La Rochelle alla-t-il cette fois à la Bastille? — On l'ignore, mais il y fut plus tard, témoin les lignes suivantes :

Pontchartrain à D'Argenson.

3o juillet 1701.

Suivant la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire en m'envoyant l'interrogatoire du nommé Thomas, je ne vois pas qu'il y ait lieu de disposer de l'argent de cet homme, dont le seul crime jusqu'à présent est d'avoir persévéré dans la R. P. R. et d'avoir éludé de faire abjuration. Ainsi je crois

Emprisonnés a Paris. 291

que, pour la sûreté de cette somme considérable, qui d'ailleurs n'est pas en sûreté entre les mains des exempts qui en sont chargés, il faudrait demander au prisonnier ce qu'il entend d'en faire, et l'exciter à la mettre aux gabelles ou en un autre endroit qu'il indiquera (O ' 248).

Thors (Les de), voir II, 401.

Thuret (M"'=), de Senlis, mise aux Nouvelles-Catholiques par ordre du i'^'" janvier 1699, et rendue à son père le i^'' janvier 1700 iO< 43 et 44).

TiRioL, voir Pitel.

ToFFiN. Par ordre du 9 mai 1687, Auzillon, guidon de la compagnie du prévôt de l'Ile-de-France, se rendit à Jeancourt (arrond. de S'-Quentin) pour arrêter les cinq frères Thomas, Charles, Jacques, Martin et Nicolas Toffin, accusés d'avoir fait évader du royaume plusieurs religionnaires, et les amena au Châtelet de Paris, pendant que la justice informait contre eux à Guise, Noyon, Compiègne et Saint-Quentin. Condamnés aux galères perpétuelles, ils interjetèrent appel le 20 septembre, ainsi qu'Antoine Corbeau^ Louis Hamon, Etienne Ouzel, accusés du même crime. Le 16 décembre, la cour ordonna de relâcher Martin, Jacques et Nicolas Toffin; elle sursit pour trois mois au jugement de Hamon et Ouzel, et mit à néant l'appellation d'Antoine Corbeau, de Thomas et Charles Toffin, conduits, dès le i3, à la Tournelle (Reg. d'écrou du Palais de Justice). Toutefois Thomas Toffin figure seul sur la liste des galériens {Fr. pr., 2.- édit., VI, 846). Faudrait-il y ajouter Charles et Corbeau ? Nous ne saurions l'affirmer. Hamon et Ouzel, qui avait fait « une sincère abjuration », obtinrent le 12 juillet 1688 des lettres de rémission (O 1 82).

Tondu (La nommée), transférée de l'Hôpital-Général aux Nouvelles -Catholiques, par ordre du 14 août 1698 (O • 42).

Torse. Les papiers Rulhière contiennent la note suivante, sans doute adressée à La Reynie: «8 janvier 1686. Il y a proche les Théatins, à la Grenouillère, un nommé Torse, Suisse de naissance, naturalisé français depuis dix ans, qui, pour ne point se convertir, a repris depuis peu l'habit suisse. C'est un homme à réduire par autorité ; car il est mutin et séditieux » (Fr. 7044 f^ 226). Le 20, Seignelay écrivait à La Reynie: «Le nommé Torse, Suisse naturalisé Français, cabaretier près les Théatins, continue son commerce quoiqu'il soit de la R. P. R., et Sa Majesté m'ordonne de vous dire qu'il faut l'empêcher s'il ne se convertit» (O ' 80).

292 Rcvocalion de l' Edit de Nantes a Paris.

Seignelay était mal renseigné. Thomas Torse, marchand de vin dans la rue des Saints-Pères, tenant plus à sa religion qu'à son commerce, avait quitté celui-ci pour entrer comme enseigne dans un régiment suisse (Fr. 7o5i f° 345). Ses deux filles lui furent enlevées et mises aux Nouvelles-Catholiques, par ordre du 21 mars 1688 (O» 32).

Jacques Torse, marchand de vin de la rue de Cléry, aussi protestant, était sans doute son parent (Fr. 7061 f" 346).

Seignelay écrivait à La Reynie le 26 avril 1688 : « Pour le nommé Force (lise Torse), marchand de vin, il faut que vous examiniez encore s'il a quelque disposition à faire sa réunion, sinon le chasser comme les autres » (Depping, Corrcsp. adin., IV, 355).

ToucHiMBERT. Louvois écrivait à l'intendant De Gourgues, le II novembre i685:

J'ai cru devoir vous donner part que les sieurs de Touchimbert frères, gentilshommes de la province d'Angoumois, de la R. P. R., étant venus ici faire des remontrances au roi, Sa Majesté a ordonne qu'ils fussent envoyés à la Bastille {Btillel., y sér., IV, 596).

Ces gentilshommes étaient François Prévost, sieur de Touchimbert et de Saveilles, marié en i658 à Marthe Joly, et auquel on contestait en 1682 son droit d'exercice à Saveilles, et Casimir Prévost, sieur de L'islot-Touchimbert, marié en 1657 à Marie de Robillard. Ces vieillards, dont le plus jeune était âgé de soixante-huit ans *, avaient un autre frère, Charles Prévost, sieur de Brassac, marié à Catherine de La Rochefoucauld, qui ne lui donna que des filles d'après La France protestante. Casimir avait un fils et six filles, et François, deux fils, lieutenants de vaisseau, qui conservèrent leur grade à la Révocation, on devine à quel prix.

Le 25 décembre, Louvois autorisait le gouverneur de la Bastille à laisser communiquer avec MM. de Touchimbert et de l'Islot une personne qui devait se présenter pour affaires de la part de M. de Soubise {Arch. Bast., VIII, 36o). Le i3 janvier 1686, Louvois écrivait encore à M. de Besmaus :

Le roi se remet à vous de faire ce que vous jugerez à propos pour la liberté que le baron de Touchimbert demande de pouvoir voir son frère et son fils.

1 C'est l'âge que les Reg. de Char. l'abjuration aurait valu à Casimir et à

donnent à Casimir lors de l'inhumation son ami La Motte-Michel «un prompt

de Diane de Poligny. femme de Jacques avancement»!' On n'a guère d'avancement

Dubois, sieur de Saint-Mandé. Est-il à cet âge. S'il y eut, en effet, quelque

besoin de relever l'erreur de La France promotion, elle dut illrc pour le fils de

protestante (VIII, 323a' d'après laquelle Casimir et non pour celui ci.

Emprisonnes à Paris. 2g3

Le 14, il autorisait l'entrevue de M. de Toiichimbert et de M. de L'Islot ; le i5, il ordonnait que M. de Touchimbert fût vu par son frère De Brassac, gentilhomme du Bas-Poitou récemment converti, dont les visites contribuèrent à amollir sa résistance. Le 29, Louvois invitait M. de Besmaus à donner à celui-ci l'assurance qu'on le relâcherait dès qu'il aurait abjuré {Ibid., 362, 364). M. de L'Islot en était exactement au même point. Les deux ordres de sortie furent signés presque en même temps : l'un, le 4 février ; l'autre, le 7. Les prisonniers durent sortir ensemble le 9 ou le 10, après s'être engagés par écrit à faire abjuration dans la quinzaine {Ibid., 342, 365).

La cérémonie terminée, le sieur de Touchimbert se retira dans sa province et y vécut longtemps encore, mais toujours suspect en matière de religion. En effet, le i" janvier 1700, le secrétaire d'Etat Barbezieux chargeait l'intendant D'Ableiges de l'informer de la conduite de ce nouveau converti {Ibid., 368). Le sieur de L'Islot, au contraire, s'établit à Paris, nous ne savons dans quelle intention. Le 23 mars, il allait à la Bastille solliciter M. de Cagny de suivre son exemple. Un État du 20 novembre 1686 mentionne, parmi les nouveaux convertis logés en la maison de la Tête noire dans le quartier de La Harpe, «le sieur de L'Islot-Touchimbert, gentilhomme proche de La Rochelle, qui a été à la Bastille et qui a abjuré entre les mains du P. La Chaise. II a trois filles qui sont entrées dans la maison de M""= de Maintenon proche Versailles », c'est-à-dire à Saint-Cyr (Fr. 7o5i f" 16). M. de L'Islot figure en 1692 sur une liste de suspects. Une demoiselle de Touchimbert fut tirée de Port-Royal par ordre du 14 septembre 1689 et conduite chez M">'= de Miramion (0'33). Le 7 mars 1695 (O ^ 39). Seignelay écrivait à la mère Garnier, supérieure des Nouvelles- Catholiques: «J'ai signé une ordonnance de i35,990 livres pour M. de Charenton, et cette somme lui sera paj^ée en rentes sur l'hôtel de ville. Sa Majesté a ajouté à cette grâce qui est très singulière une pension de 5oo livres pour M"" de Touchimbert. Ainsi ils peuvent à présent conclure leur mariage. M. de Charenton ne pourroit (ne pouvoit?) mieux faire que de choisir une demoiselle qui a reçu une si bonne éducation à Saint-Cyr et auprès de vous». Le brevet de la pension est daté du 11 avril. Voir Prévost.

TouRDELiN (La nommée), mise au Refuge par ordre du i""" juin 1687 (O' 29).

294 Révocation de i'Èdit de Nantes à Paris.

TouTiN (Jean), de Rouen; Jean Viart, de Neuilly, près Langres; Jean Maréchal, parisien; Gabriel Coulon, de Bourbonne, et Jean Pinart, d'Aunoy près Coulomniers, arrêtés dans leur fuite et condamnés aux galères en 1687 avec six autres à Châlons, furent graciés à la Tournelle; mais les six autres subirent leur peine (Fr. 17421 f''^ 171 et 172). — Pierre Toutin, de Paris, gasier, sa femme, un fils et une servante, réfugiés à Berlin, 1700 (Ms. Dieterici).

Tricot, dit Lapierre, arrêté pour avoir fait venir de Hollande des livres défendus, fut transféré au Grand-Châtelet le 24 août 1700 (Arsen., F. Bast., 10524).

Trouillon (Jean), natif de Melguel près Montpellier, tenait, rue de Seine, au faubourg Saint-Germain, une boutique d'apothicaire sous le sieur Thomasset, à l'iiomme de boulle (Fr. 7052 f'' 244). Les registres de l'Église dans laquelle il se réfugia parlent de lui comme ayant «acquis une grande connaissance dans la pratique de la médecine, et ayant exercé son art avec beaucoup de succès », de manière à s'attirer «l'estime de plusieurs personnes de distinction et singulièrement de la maison de Bouillon». Il figure dans la troisième catégorie des notables commerçants mandés chez Seignelay le 14 décembre i685; mais il n'eut garde de se rendre à l'invitation. Seignelay écrivait, le 24 janvier 1686, à La Reynie : «Le roi sait que la femme du nommé Trouillon, apothicaire à Paris, qui est actuellement auprès de M. le duc et de M™^ la duchesse de Bouillon, est une des plus opiniâtres huguenotes qu'il y ait. Et, comme sa conversion pourrait attirer celle de son mari, Sa Majesté veut que vous la fassiez arrêter et conduire aux Nouvelles-Catholiques, suivant l'ordre que je vous en envoie. Vous pouvez en avoir des nouvelles à l'hôtel de Bouillon, oij ladite Trouillon demeurait en dernier lieu » (O ' 3o). — M"''' Trouillon était une demoiselle Philippe Le Bâcle, de Sedan; cette circonstance explique l'origine de ses relations avec les princes de cette ville, et comment sa sœur Elisabeth put devenir femme de chambre de la duchesse ^

A peine sortie des Nouvelles-Catholiques, sans doute moyennant une promesse d'abjuration, M'"'= Trouillon rejoignit son mari, qui avait su se dérober aux investigations de la police, et tous deux se réfugièrent à Bàle, où ils furent inscrits dès 1686 au nombre des

' Klle (-pousa en 1657 I-ouis I.oisel, argentier de Tiirenne.

Emprisonnes h Paris, 295

membres de l'Église française. Ils figurent comme fugitifs n'ayant laissé aucun bien apparent, sur l'état du i'='' février 1687 (Fr. yoSi f° 3). M""' Trouillon s^'éteignit à Bàle au mois de novembre 1708; son mari, élu ancien du consistoire peu avant de mourir, la rejoignit dans la tombe le 24 janvier 1711. Il fut inhumé par le pasteur Ostervald, qu'il avait prié de prêcher le dimanche suivant sur les deux derniers versets du chapitre VIII de l'Epître aux Romains : «Je suis assuré que ni mort, ni vie, ni ange, ni principauté, ni puissance, ni chose présente, ni chose à venir, ni hautesse, ni profondeur, ni aucune autre créature, ne nous pourra séparer de la dilection de Dieu, qu'il nous a montrée en Jésus-Christ, notre Seigneur». Le Bulletin (V, 129) a publié le testament dans lequel le pieux fugitif « loue Dieu du profond de son âme pour tant de bienfaits innombrables qu'il lui a plu d'accorder, pendant tout le cours de sa vie, et d'une manière singulière de la grâce qu'il lui a faite de ne s'être pas laissé ébranler, pour changer de religion, nonobstant toutes les sollicitations, les promesses et les offres qui lui ont été faites à ce sujet ; il proteste devant Dieu qu'il n'en a jamais eu de regret, mais qu'il en a toujours été pénétré de joie et de consolation. Il rend grâces à Dieu de lui avoir donné la force et le moyen de se retirer et d'arriver heureusement avec M"'= son épouse en ces heureuses contrées, où ils ont pu exercer leur religion en pleine liberté, sans interruption jusques à la fin de leur vie».

Il avait attiré à Bâle sa mère fort âgée, et ne paraît point avoir eu d'enfants. Il légua deux cents francs aux pauvres, 5oo écus pour le fonds et l'entretien du ministère de l'Église française, et le reste de sa fortune à sa nièce Marie de Vicques, de Montpellier, devenue la favorite de la duchesse de Wurtemberg.

Troussart (M™'' Roland), voir Guibillon.

Truffault (Jacob), jeune garçon évadé de la maison des Nouveaux-Catholiques, arrêté à Douai à la fin de novembre 1700 avec Nicolas Lucas (O* 44). La dame d'Esly, au village de ce nom, près Roye, avait favorisé leur fuite.

Ulrich (Une dame), mise au couvent de la Madelaine, par ordre du 28 septembre 1699, n'en sortit que le 22 septembre 1700, bien que la supérieure eut demandé, dès le 24 avril, qu'on la lui ôtât (Qt 43 et 44).

296 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

UssAux (D'). Le roi écrivait à M. de Besmaus le 8 janvier 1686 :

Sur ce que vous m'avez fait représenter que M. d'Ussaux, gentilhomme de la R. P. R. de ma province de Béarn et prisonnier dans mon château de la Bastille [depuis le 14 août i685], vous a témoigné être dans un dessein sincère de se convertir à la R. et de faire son adjuration entre les mains du P. de La Chaise, je vous écris cette lettre pour vous dire que je vous permets de le mener vous-même à cet effet au P. de La Chaise.

Ayant abjuré le 8, le prisonnier fut mis le 9 en liberté (Arc/i. Bast., VIII, 36i). Il était sans doute venu avec Brasselaye porter plainte contre les violences de Foucault.

Vacheriat, voir Festu.

Vaillant (Paul), marchand épicier de la rue de Bucy, et Marie- Madelaine Boursin, sa femme, âgée de trente-cinq ans, avaient quitté la France pour cause de religion en 1681 et cherché un refuge en Angleterre, où ils furent naturalisés au commencement de i685 (Agnew, in-f°, II, Sa). Peu après, M™" Vaillant commit la faute de rentrer dans le royaume «pour recueillir le reste de leurs effets». Elle logea chez Coûté, épicier de la rue Saint-André-des-Arts, et se disposait à repartir lorsqu'on l'arrêta en vertu d'un ordre du i3 juillet (Fr. joSz f° 358). On la mit à la Bastille pour l'obliger à faire revenir son mari, et Barillon, représentant du roi à Londres, reçut l'ordre d'assurer Vaillant qu'il pouvait se rapatrier en toute sécurité (Fr. 7062 f" 235). Celui-ci, qui était ancien de l'Eglise de la Savoie, se garda sans doute d'obéir à l'injonction de Barillon. Vainement M"" Vaillant réclama la liberté (14 octobre); il fallut qu'elle consentît à faire abjuration. On ne la relâcha qu'à ce prix, par ordre du 21 décembre (O' 29).

Un autre Vaillant, sans doute parent de Paul, sa femme Jacqueline, et ses enfants Paul, P'rançois, Isaac, Susanne et Marie, furent naturalisés anglais en 1687 (Agnew, in-f", II, 56).

Vallière (Pierre), genevois, mis au Grand-Châtelet pour la R, le 25 novembre 1686, se disait tantôt joaillier, tantôt serrurier. En regard de son nom, La Reynie écrivait sur une liste de prisonniers du 17 décembre: «Il semble que cet homme doit être enfermé». Bien qu'il eût abjuré, Vallière fut transféré au château de Saumur, par ordre du 23 janvier 1687 (O' 3i et Fr. 7o5i f'^ 286, 240, 283, 295).

Emprisonnés à Paris. 297

Van Bommel (François), natif de Bolduc, fut arrêté et enfermé chez Desgrez un peu avant le 28 janvier 1692. On sut qu'il se faisait adresser ses lettres sous le nom de M''-^ Ferdinand chez un libraire du quai des Augustins, tantôt sous celui de la demoiselle Cornélia et tantôt sous celui de Van Bommel chez Dupuis, rue Saint-Nicaise; et il y eut ordre de les saisir afin de connaître «le commerce» auquel il se livrait. On fut bientôt fixé, grâce à la saisie de deux lettres adressées à la demoiselle Cornélia, qu'on traduisit du hollandais. Van Bommel travaillait à l'évasion des protestants. En conséquence il sortit de chez Desgrez le 29 février pour aller en prison, peut-être à la Bastille, et le 26 août, le roi ordonnait qu'il y restât (0« 36).

Van der Bourg (La demoiselle Barbe-Marguerite), hollandaise, accusée avec Jeanne Brochon, de favoriser l'évasion des protestants, fut mise à la Bastille par ordre du 25 novembre 1686 (O' 3o). On la transféra au château d'Angers le 28 janvier 1687. Dès qu'elle eut abjuré, l'évêque voulut la mettre en liberté; mais Seignelay, plus sévère, lui ordonna de la garder encore quelque temps. Elle ne fut relâchée que par ordre du 3o juillet.

Le 19 octobre, elle obtint qu'on tirât de l'Hôpital-Général et qu'on lui envoyât à Loudun une négresse qu'on lui avait ôtée avant son abjuration (O' 3i).

Vandeuvre (M"^ de). Jacques de Paulmier, écuyer, sieur de Vandeuvre et maître de camp de cavalerie, fit abjuration à Paris au mois de novembre t685. D'Argenson proposait, le 24 juin 1699, d'ôter ses enfants à M"<= de Vandeuvre, nouvelle convertie qui faisait «mal son devoir», et, le 29 septembre 1700, de tirer des Nouvelles-Catholiques la fille de cette dame, pour l'envoyer à la Providence d'Auxerre. Le 20 octobre de la même année, Seignelay écrivait à D'Argenson: «Sa Majesté verra si elle peut faire donner une place à Saint-Cyr à la demoiselle Paulmier que vous avez vue aux Nouvelles-Catholiques».

Cette demoiselle avait aux environs de Caen un frère, que Seignelay ordonnait, le i5 juillet 1699, de placer dans un lieu oii l'on ^ « pût l'instruire », c'est-à-dire sans doute dans un collège de jésuites.

Vandru, mis au Petit-Châtelet par ordre du 14 août 1698 (0« 42).

Van-Tine, voir Plat.

298 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.

Vargnes (M"° de), voir Boisrogues.

Vassé (Le chevalier de), capitaine au régiment du roi-infant, mis à la Bastille le 2 octobre 1686, en sortit le 2 novembre.

Vastel, de Châteaudun, suspect et mauvais catholique, mis le 4 novembre 1690 à la Bastille, d'où il sortit le 19 novembre 1691 (Arsenal, Ms. Bast. 10489).

Vautio, marchand de vins en gros, ayant à Paris cinq ou six caves, emprisonné en i685, sans doute pour avoir fait passer sa femme et ses quatre enfants en Angleterre, les rejoignit, l'année suivante, sous un déguisement de matelot (Fr. 7o52 f' 369).

Vénevelles (De) voir II, 296.

Verdelle (De), voir Vrigny, II, 898.

Verlhac. Deux frères, sieurs de Verlhac *, gentilshommes de la vicomte de Turenne, arrivés à Paris le 17 mai 1686, figurent comme nouveaux convertis logés dans le quartier de la Harpe chez le tapissier OUivier, à la date du 26 novembre de la même année (Fr. 7o5i f° 14). Au mois de mai 1689, l'ordre était donné à l'intendant de Limoges d'arrêter l'un d'eux, qui était retourné dans sa province et habitait Turenne. L'autre, resté à Paris et domicilié rue Guénégaud, fut saisi et mis à la Bastille par ordre du 16. Ce fut probablement le P. Bordes, chargé de l'instruire (12 novembre 1698), qui, pour le disposer favorablement, lui fit obtenir la permission de se promener dans la cour. Mais la repentance décuplait l'énergie du prisonnier qui voulait racheter sa faute par une inviolable fidélité. Aussi les années s'écoulèrent-elles sans qu'on songeât à le tirer du donjon. Le 25 mai 1698, perclus de rhumatismes et presque paralysé, il sollicitait sans doute vainement l'autorisation d'aller aux eaux de Vichy. Cette autorisation ne s'accordait que dans des cas excessivement rares '^. En 1700, il revenait à la charge pour se faire envoyer à Bourbon; le 17 février, M. de Saint- Mars était invité à le faire examiner par un médecin de la Bastille. Mais bientôt M. de Chameirac, capitaine au régiment de Crussol et parent du prisonnier, se porta caution pour lui et le fit mettre en

' La France prot. a confondu l'un Voir Vivans et La Force.

d'eux avec Pierre de Vrillac.

Emprisonnes a Paris. 299

liberté, «après onze années de prison sans vouloir se convertir». Il sortit de la Bastille le 11 juin (Fr. 7o53f'" 498, 5o2 et Arch. Bast., IX 169, 187).

Marguerite de Verlac ou de Verliac, veuve du ministre De La Tour d' Alliez, reçut une pension en Hollande le 5 octobre 1688 (Gagnebin, Pasf. de Fr. réf. en HolL, p. 3o).

Veroux ou Le Verroux (Louis), horloger, arrêté dans sa fuite par le prévôt de Senlis, le 12 janvier 1686, fut ramené à Paris et enfermé au For-l'Évêque, où se trouvaient La Chapelle et Girardot, non moins zélés que lui. Par leurs exhortations, ces trois prisonniers empêchaient la conversion de leurs compagnons. Veroux mérita d'être distingué par La Re3'nie, qui le notait ainui: «Séparer; dangereux; docteur opiniâtre». Il fut transféré au château de Saumur, par ordre du 23 janvier 1687, et probablement expulsé du royaume l'année suivante (O • 3i et Fr. 7o5i f°^ 242, 3o5).

Vertot, voir Coignard.

Vervant (M"""^ de), du Poitou, transférée en janvier 1686 des Ursulines d'Angoulème dans l'abbaye de Puyberlan, puis à celle de la Trinité à Poitiers. On lit dans les Mcm. de Fottcaull, à la date de mai 1686: «M'"'' de Vervant promit de se convertir, pourvu qu'elle [parût y avoir été contrainte. A cet effet, elle fut conduite par M"*" Foucault, ma sœur, et mise au couvent de Port-Ro3'al, oîi elle a fait son abjuration» (Mém. de Soitrches, II, 820).

Vervins (De). Le 3 février 1687, Seignelay ordonnait à l'intendant Bossuet de faire amener chez les Ursulines du faubourg Saint-Jacques la marquise de Vervins, ancienne douairière, détenue au château de Vervins. Le 27, l'ordre était modifié, et le couvent des Miramiones substitué à celui des Ursulines. Enfin, le i'"' mars, Seignelay invitait M"" de Miramion à recevoir la marquise qui devait arriver dans la journée. Il s'agit sans doute de la femme ou de la mère de Louis de Comminges, marquis de Vervins, dans la famille duquel le protestantisme avait évidemment pénétré, bien que le fait ait échappé aux recherches de MM. Piette ' et Melleville^.

ViART, voir Toutin.

• Essais histor. sur ta ville de Vervins. - Dictinnn. histor. du dép. de l'Aisne.

3no Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

ViAUT (Marie), transférée des prisons de Poitiers aux Nouvelles-Catholiques de Paris en 1700 (O' 44).

Vicaire (La veuve), mise au Petit-Châtelet le 10 mars 1687 à la requête de MM. de l'Hôtel-Dieu, pour avoir vendu de la viande en carême (Fr. 7o5i f° 289).

ViCQUES ET DE Beaulieu (Hardy de). Du mariage de François Hardy, sieur des Loges, conseiller-secrétaire du roi, mort en 1629, et de Marie Galland, morte en 1644, naquirent François, sieur des Loges (1649), qui épousa en 1678 Elisabeth, fille de Moïse Amyrault, et Auguste, sieur de La Masselinère et de La Fosse, qui épousa, en 1649, Olympe Bédé, fille de David Bédé, sieur de Loisilière, conseiller au Parlement, et de Marie Lebert, dont il eut Olympe-Uranie (1665-1684).

Pierre Hardy, sieur de Vicques, et sa femme Madelaine du Val furent la souche d'une autre famille plus nombreuse. Ils eurent au moins deux fils : François, déjà mort en 1678, qui avait épousé, en 1647, Marguerite du Val, veuve de Paul Cottar, sieur de La Rivière, d'Alençon, et Thomas, marié en i632 à Marie de Massanes, qui mourut en 1660 et à laquelle il survécut deux ans.

Thomas eut, d'après les registres de Charenton, onze enfants : Antoine (1684), Antoine (1641-1644), Madelaine (1642), Marie (1649), mariée en 1672 à Gaspard de Perrinet, marquis d'Arzeliers, avec lequel elle abjura lors de la Révocation '; Théodore (i65o), Daniel (i652), Christophe, Thomas, Marguerite, qui épousa, en 1671, Antoine de Massanes, sieur de Villejouan; Marianne, mariée, en 1675, à Paul Arbalestier, sieur de Beaufort en Dauphiné, et Armand (1660).

Christophe, sieur de Vicques et de BeauHeu, épousa en i663 Marie Guichard, dont il eut : Amélie (1668), Constance (1670), Pierre (1671), Gaspard (1672), Éléonore (1678), Samson (1674), lequel eut pour parrain Samson Pape, marquis de Saint-Auban, Anne (1675), François (1677), Charlotte (1678), Jacques- Daniel (1680).

Thomas, sieur de Beaulieu, épousa, en 1664, Marie de Gillier, dont il eut: Thomas (i665), Diane-Marie (1666), Marianne (1668), Marianne (1672), Gaspard (1675), Elisabeth (1677).

' Il reçut le 18 mars une pension de s'enfuit à La Haye l'annc'e suivante avec 2000 livres, comme nouveau converti, et sa femme.

Emprisowics a Paris. 3oi

Armand, sieur de Vicques*, épousa, en 1684, Marie-Olympe Hardy, fille de feu Auguste Hard}^, sieur de La Fosse et d'Olympe Bédé, dont il eut avant de quitter la France : Marie-Olympe (i685). A la Révocation, il s'enfuit en Angleterre avec sa femme et sa belle-mère domiciliée dans la Grande-rue Taranne, et fut naturalisé en 1687. L'état des fugitifs dressé au mois de mars 1687 ajoute : « Un des enfants du sieur de Vicques a obtenu le don de leurs biens» (Fr. 7o5i f° 3ii). En 1688 ces enfants obtenaient la confirmation de ce don qui leur avait été accordé le 11 août 1686 (TT 25i).

De Londres, Armand envoya, en 1686, un guide à l'un de ses frères, probablement Christophe, pour l'aider à passer à l'étranger (voir les Massanes) ; mais l'entreprise ne réussit point. Arrêté à Landrecies, avec Marc-Conrad Sarrasin, sieur de La Pierre, conseiller au Parlement de Grenoble, le sieur de Vicques fut enfermé dans la citadelle de Cambray. La persévérance lui fit défaut; il abjura pour être remis en liberté, tandis que son compagnon se fit expulser du royaume [Fr. pr., VI, 807). Soit avant, soit après son arrestation, on enferma ses fils dans des collèges et ses filles dans des couvents, en vertu d'une lettre de cachet du 22 février 1686 (O ' 3o).

Élie Benoit met au nombre des protestants de Paris qui souffrirent pour leur foi en i685 et 1686, la veuve Hardy de la Fosse (sans doute Olympe Bédé, femme d'Auguste Hardy), Hardy d'Alençon et sa famille (c'est-à-dire François Hardy, mari d'Elisabeth Amyraut, et les siens, Hardy de Vicques et sa femme (probablement Christophe et Marie Guichard), et la dame de Beaulieu (apparemment Marie Gillier, femme de Thomas Hardy).

Nos documents restent muets sur cette famille jusqu'en 1698. A cette date une demoiselle de Beaulieu, fille des susdits, fut arrêtée et conduite aux Nouvelles-Catholiques {Mercure hist., p. 206), d'oi^i elle sortit, au bout de dix-huit mois d'incarcération et de mauvais traitements, par ordre du lo août 1699. Une pension lui fut accordée le 20(0' 48).

Le I" avril 1698, D'Argenson fut invité à conduire aux Nouvelles-Catholiques une demoiselle de Vicques âgée de vingt-cinq

• C'est sans doute Thomas et Armand police, sous le nom des «sieurs de

que nous trouvons mentionnés dans un Vicques et de Beaulieu, frères, neveux

Mémoire de ceux de la paroisse Saint- de M. de Massanes», et habitant la rue

Sulfice qui peuvent être mandés à la Mazarine (Fr. 7o5i, i" 44).

3o2 Révocation de t Edit de Nantes à Paris.

ans (O* 42 et Ballet., 3= série, II, 56o), que la sœur Ancelin mena, le 29 janvier suivant, à la communauté de Sainte-Geneviève. C'était Éléonore, fille de Christophe. Le 3i mars, M. de Loisilière, son oncle, demanda qu'on la transférât de Sainte-Geneviève chez M°"= Colombet, ancienne catholique de la rue du Sépulcre (O' 43). Sans doute les renseignements fournis sur cette dame n'offrirent pas toute garantie à la police ; car M. de Loisilière dut faire choix d'une autre personne, la demoiselle Laurenceau, à laquelle on refusa également de confier M"" de Vicques. Le 10 février 1700, Pontchartrain, saisi d'une nouvelle demande, invitait D'Argenson à s'entendre à ce sujet avec la supérieure des Nouvelles-Catholiques et la sœur Ancelin (O • 44). Enfin, le 3 mars, M"'= de Vicques fut remise à M"" de Laurenceau pour six mois. On la relâcha peut-être au bout de ce temps, mais sans la perdre de vue ; car Pontchartrain demandait encore le 5 mai 1701 comment elle se conduisait en matière de religion.

L'intervention répétée d'un oncle en cette affaire donne à penser que le père passait tout au moins pour suspect ; en effet, après une enquête sur sa conduite religieuse, ordonnée le 29 juin, Christophe de Vicques entrait à la Bastille le 22 juillet 1699, par ordre du 20. Le 29, M™'= de Beaulieu, femme de son frère Thomas, et le sieur de Neuilly, mari d'une fille dudit Thomas, obtenaient en leur quahté de «bons catholiques», l'autorisation de lui rendre visite (O' 43). Par ordre du 19 août il fut tiré, le 23, du donjon et conduit chez les P. de l'Oratoire, qui, nous aimons à le constater, se montrèrent touchés de ses souffrances, ainsi qu'il résulte de ce billet de Pontchartrain au cardinal de Noailles: «7 juillet 1700. Sur ce que le supérieur de l'Oratoire demandait que M. de Vicques fût renvoyé dans sa maison pour s'y faire soulager de ses infirmités, vous prîtes la peine de me faire savoir qu'il serait dangereux de le laisser retourner dans sa famille, et suivant votre sentiment. Sa Majesté ordonna [après avoir consenti le 7 à sa mise en liberté] qu'il resterait à l'Oratoire; aujourd'hui le sieur de Vicques présente à nouveau ce placet par lequel il demande permission de se retirer chez le sieur de Mouchy, ancien catholique, avec promesse de ne voir aucun nouveau catholique, pas même ses enfants» (O^ 44). Le cardinal et le roi demeurèrent inflexibles et sans pitié; une lettre de Pontchartrain atteste que M. de Vicques était encore à l'Oratoire le 26 mai 1701, et qu'il songeait à s'échapper (O* 45).

En envoyant à D'Argenson l'ordre d'arrêter Christophe,

Emprisonnés à Parts. 3o3

Pontchar train lui avait dit le 20 juillet 1699 : t J'avertirai les officiers des mousquetaires d'avoir une attention particulière sur l'éducation de son fils» {ArcJi. Bast., X, 217).

Cette recommandation ne produisit qu'un maigre résultat, car le même secrétaire fut obligé de la renouveler et écrivit au marquis de Vins le 3 mars 1 700 : « Le roi a été informé que le sieur de Vie, mousquetaire de votre compagnie, nouveau catholique, néglige fort de se faire instruire et ne visite presque plus les ecclésiastiques du séminaire des Missions étrangères qui s'étaient chargés de ce soin. Sa Majesté m'ordonne de vous écrire d'j^ avoir une attention particulière» (O' 44\ Nous ignorons quel était le membre de la famille faisant «exactement son devoir catholique», auquel D'Argenson faisait accorder le 3o novembre 1714 l'autorisation de vendre une maison (Fr. 8121 P 122).

ViGNAULT (M""), voir Du Moustier.

ViGNON (Anne), mise au For-l'Évêque pour la R. le 16 avril 1686 (Fr. 7o5x f" 290).

ViLDOu (M™"= de). Susanne Baudouin, veuve de Vildou, arrêtée avec quinze autres fugitives de La Rochelle, et condamnée à être rasée et enfermée à perpétuité, fut transférée de l'Hôpital-Général aux Nouvelles-Catholiques, par ordre du i3 avril 1700, ainsi que ses compagnes, Esther de La Ronde, M'"'' Goilard et sa fille, M"'= Guillaume Flamand et ses trois filles. Elle était encore aux Nouvelles-Catholiques le 7 juillet; mais à ce moment il était question de l'envoyer chez M"^ de Mailloc, sa parente, qui avait reçu en 1695 M"*^ de Vargnes, autre détenue des Nouvelles-Catholiques. Le P. Bordes en avait fait la proposition à Ponchartrain, et celui-ci demandait l'avis du cardinal de Noailles (O' 44).

ViLLACEL (De), enfermé à la Bastille, où. le P. Bordes fut autorisé à le voir par une lettre du 8 avril 1686 (O* 3o).

ViLLARNouL, voir II, 356.

Villeneuve de Pluviers (La dame de), mise au For-l'Évêque pour la R., le 8 août 1686, sur le soupçon qu'elle cherchait à sortir du royaume (O* 3o et Fr. 7o5i f" 281).

Le capitaine Louis de Villeneuve, arrêté avec Amonnet, fut conduit dans les prisons de Tournay, et ramené à Paris le 6 mai

3o4 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

ViLLERETS (De), voir Caron, II, 297.

ViLLiERS (De), voir Vrigny, II, 400.

Vincent (Marie). Le i'^'' mai 1686, c'est-à-dire environ deux mois après l'arrestation d'Anne-Marie Vincent (voir Godin), eut lieu celle de sa tante Marie Vincent, de Rouen, parente du libraire Périer, et servante de De Laet, de la rue Geoffroy-l'Asnier, lequel était sur le point de partir pour l'étranger. Elle fut arrêtée chez le guide Pitola ou Pilota Perrin, auquel elle apportait pour le conduire à Bruxelles l'enfant dont M™'' de Massanes venait d'accoucher. Mise au château de Vincennes par ordre du i5 mai, et transférée au château de Boulogne par ordre du ig août, elle ne fut relâchée que le i" octobre 1688, pour être expulsée du royaume (O' 3o, 32 et Fr. 7o52 f 94, 7o53 f°= 216, 218, 254, 256, et TT 235).

Vincent (Nicolas), voir Festu.

Vincent (La femme d'Ysbant), bourgeois d'Amsterdam, retournant près de son mari, fut arrêtée à Valenciennes avec sa servante; on les ramena toutes deux au For-l'Evêque. L'ambassadeur de Hollande réclamait, le 3i décembre i685, leur mise en liberté. La Reynie fit répondre qu'il fallait s'adresser au roi et donner des raisons plus concluantes (Fr. 7o5o f" 191).

VioN, voir II, 442.

ViRAZEL (De). Seignelay ordonnait le 14 mars 1686 de mettre à la Bastille le sieur de Virazel, conseiller au Parlement de Guyenne, retiré chez les P. de l'Oratoire, et confirmait cet ordre le 18, étant mieux instruit des « mauvaises dispositions » du personnage (O ' 3o). Le prisonnier fut transféré, le 12 mai 1687, au prieuré de Saint- Martin-des-Champs par ordre du 9 (O ' 3i et Fr. 7o53 f^ 164, 168), puis envoyé au château d'Angoulême par ordre du 4 août, et traité sur le pied de 1200 livres par an, qu'on prélevait sur ses biens. 11 fut expulsé du royaume en 1688 et se réfugia en Angleterre. Milord Gallway écrivait le 2o/3o janvier 1693 qu'il s'efforcerait d'emmener M. de Virazel et M. de Sailly en Irlande, pour régler les affaires des six cents familles de réfugiés qu'il voulait y établir [Bullet., X, 69). Sa charge de conseiller fut donnée en 1688 à son fils ou à l'un de ses fils (TT 25i). Daniel de Virazel, peut-être fils du proscrit, fut incorporé comme capitaine dans l'armée du roi Guillaume le 25 juin 1690 (Agncvv, III, 179). En lôgS, une dame de Virazel, habitant la rue des Ciseaux à Paris, réfutait des mémoires

Emprisonnes a Paris. 3o5

où elle était calomniée, dans une lettre adressée le 2 janvier à La Reynie (Tourlet, invent. TT).

ViRioT. Marie Picart, veuve de Daniel Viriot, avocat, venue à Paris au mois d'octobre i685 avec permission, fut mise à la Bastille pour refus d'abjurer, et n'en sortit que par ordre du 10 juillet 1689 (O» 33 et Fr. pr., 2^ édit., III, 401).

Il y avait une famille Viriot à Vitry-le-François et une à Paris. En i635, Susanne Viriot, fille de Théodore, docteur en médecine, et de Marie Mauclerc, avait épousé à Charenton Siméon Faulconnier, sieur de Fontanes.

VivANS, voir II, 345.

VoREAux (Jean), de Lemé, village entouré de bois, à trois lieues à l'est de Guise, profita du voisinage de la frontière pour se faire guide. Il fut arrêté à Guise, en i685, conduisant Jeanne, Marie et Marguerite, filles de Luc Boutin, marchand de Paris (Tourlet, invent. TT et Fr. pr., 2<= édit., III, 35). Il est peut-être le même personnage que David Voreaux qui, condamné aux galères perpétuelles à Laon, sans doute pour avoir essayé de conduire à l'étranger Loqueneur, ainsi que sa femme et ses domestiques, interjeta appel du jugement et fut, en conséquence, écroué au Châtelet de Paris le 3o octobre 1686 (Reg. d'écrou du Palais de Justice). Comme ce guide ne figure pas sur la liste des galériens, c'est évidemment lui qui est encore mentionné dans un rapport de police du i5 janvier 1690, lequel prouve qu'il continuait son périlleux métier : « J'ai su par De Salve, écrivait Desgrez, que le billet qui est dans les papiers que le ministre Cottin a remis au nommé Voreaux, qui logeait à la Croix de Fer, rue Bourg-l'Abbé, n'était que pour le faire connaître » (Fr. 7053 {° 236). La famille Voreaux existe toujours et est l'une des plus nombreuses de l'Église de Lemé. — Pierre Voreaux, de Picardie, qui reçut un viatique à Genève en 1692, était probablement l'un de ses membres (Ms. B. du prot.).

VoYER (M"^), « non payante », aux Nouvelles-Catholiques en 1686.

Vrigny (De), voir II, 398.

Vrillac (De). Deux frères de ce nom, Pierre, sieur de Morsain, et Jacques, sieur de Biard, avocats au Parlement, furent revêtus l'un (1664) après l'autre (1666) de la charge de bailli de La Fertésous-Jouarre. Leur sœur Charlotte était femme de François Le

3o6 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

Sueur, pasteur audit lieu de La Ferté. En 1664, Pierre avait épousé à Charenton Marguerite, fille de Barthélémy de Besset, sieur de Presse, et de Catherine Fenou. Deux ans plus tard, Jacques épousa Catherine, sœur de la femme de son frère. Jacques, ancien de l'Église de La Ferté, prit part aux travaux des synodes de Charenton (1679) et de Lizy (1681). Malgré les larmes et les reproches de sa femme, que Bossuet avait faite catholique, il quitta la France peu avant la Révocation, et le sieur de Louville, gentilhomme de la manche du duc d'Anjou, s'empressa de demander la confiscation de 10,000 livres qu'il lui devait, et qu'il n'avait refusé de payer, disait-il, que « pour ne pas contribuer à son évasion » (TT 248).

Réfugié à La Haye, Jacques reçut par l'entremise de sa femme une lettre de Bossuet dont voici quelques lignes :

A Meaux ce 17 octobre i635.

Monsieur,

Autant que j'eus de joie quand M. le bailli de La Ferté 1 me vint dire de votre part que vous vouliez rentrer dans l'Église ^, autant fus-je surpris et affligé, quand j'appris qu'au lieu d'exécuter ce pieux dessein, vous étiez sorti du royaume. Est-il possible que vous ayez cru qu'on ne peut se sauver dans une Église où vous êtes forcé d'avouer que vos pères se sauvaient avec les nôtres avant votre Réformation?... Mais je ne veux point me jeter sur la controverse, je vous écris seulement pour vous inviter à revenir et à ramener ceux que vous pourrez, même M. Le Sueur; vous me trouverez toujours les bras ouverts, et je n'oublierai rien de ce que je pourrai faire pour votre service. Je joins mes prières avec les larmes de M"*^ de Vrillac, etc.

Le fugitif confia la lettre à son ami Jean Rou, qui répondit sous son nom. — Quelques mois plus tard, le 3 avril 1686, l'évêque de Meaux reprit la plume et fit une nouvelle tentative. C'est dans sa seconde lettre que se trouve le passage bien connu où, arguant du supplice de Servet, il demande aux protestants s'ils osent dire que les princes ne doivent jamais se servir du glaive pour abattre les ennemis de l'Église^. Jean Rou, très versé dans l'histoire ecclésiastique, répliqua avec une grande modération, toujours sous le nom de son ami, et accumula les exemples pour établir que l'Église n'a point le droit de persécuter, à moins de fouler aux pieds les principes de son fondateur. Fort de l'approbation de

' Ce bailli aurait-il (Ad Pierre ou un faire croire à .M. de Meaux qu'il avait

fils de celui-ci? donné parole de se réunir.

2 M. de Vrillac affirme, au contraire, :' Vo\r Les premiers pasteurs du Désert,

qu'on s'est mépris lorsqu'on a voulu II, 80.

Emprisonnes à Paris. 807

Claude, il livra bientôt à l'impression ses deux lettres et les deux de Bossuet sous ce titre : La séduction éludée, etc.

Avec les principaux réfugiés de Hollande, Jurieu, MM. de Béringhen, de Chenaille, de Vrign}^, Jacques de Vrillac travailla dès 1694 à obtenir que les puissances protestantes obligeassent Louis XIV à annuler l'Édit révocatoire. On sait que la paix de Ryswick ruina ces espérances, et détruisit les dernières illusions des malheureux qui ne pouvaient oublier la France '. Bossuet, qui n'avait pu ramener le fugitif, voulut du moins s'emparer de ses biens pour les consacrer au service de l'Église persécutrice. La lettre que Pontchartrain lui adressa le 9 novembre 1699 ne laisse aucun doute à cet égard :

J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite concernant le nommé De Vrillac de La Ferté-sous-Jouarre, qui s'est absenté et qui a laissé un bien assez considérable que vous voudriez appliquer aux dépenses à faire pour l'instruction des nouveaux catholiques. Mais comme la confiscation ne peut avoir lieu que quand il aura été condamné, il faut attendre qu'il ait été rendu un jugement contre lui; après quoi je le proposerai au roi selon nos instructions (O 1 42).

Walscot (Charlotte), de Paris, et Salomon Woinesson, de Châtillon-sur-Loire, publication de bans à Londres le 20 avril 1701 {Proceedings, juillet 1890).

WiTT (De). Seignelay écrivait à La Rej^nie le 29 avril 1686 : « Je vous prie de me mander qui est le sieur De Witt, qui se mêle de faire sortir des sujets du roi hors du royaume; s'il y a des preuves de ce qu'on dit, il ne faut point tarder à le faire arrêter ». Et le 6 mai : « Sa Majesté m'ordonne de vous faire savoir que son intention n'est pas qu'il soit rien fait contre le sieur Witt» (O' 3o). Pierre Witt, emprisonné à Vincennes le i5 novembre 1695, en sortit le 26 octobre 1697, à condition de se retirer en Hollande.

Zell (Un envoyé du duc de), enfermé à la Bastille en 1686, pour refus de changer de religion (Ch. Weiss, I, 96).

' Voir Z.e.v premiers pasteurs du Désert, II, 274 et suiv.

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