DES MARCHAIS
Thomas de Lorme, sieur des Marchais, né en 1620, du mariage de Toussaint, sieur des Bordes, et de Madelaine Du Plaix, assistait en i655 au synode provincial de Charenton, en qualité de député de La Norville (Seine-et-Oise), et devint ensuite ancien de Charenton. Un peu avant le 4 octobre i685, le commissaire du quartier Saint-Eustache écrivait à La Reynie:
Monsieur Des Marchais, de la rue de Cléry, est à la campagne depuis plus d'un mois au paj's Chartrain, et l'on ne sait quand il reviendra (Fr. 7o5i,
Thomas avait épousé la nièce de son collègue Masclari. Exilé le 20 novembre i685 à Château -Renault (Indre-et-Loire), il déclara qu'une maladie l'empêchait de faire un si long voyage. Dix jours après, Seignelay ordonnait au lieutenant de police de vérifier l'exactitude de cette déclaration (O' 29). L'excuse parut valable; car le 5 décembre Sa Majesté consentait que l'exilé n'allât qu'à Toury (Eure-et-Loir), suivant son désir. Cependant Thomas ne se pressa ni d'obéir, ni d'abjurer, et finit par se faire mettre sous les verrous. Seignelay écrivait à La Re3mie, le i5 janvier 1686:
Le nommé Des Marchais s' étant retiré au marché de Sceaux en attendant l'ordre qu'il avait demandé pour aller à Toury au lieu d'aller à Château- Renault en Angoumois, et on m'était venu dire qu'il travaillait à s'instruire, je vous prie d'envo3'er dans cette maison et d'y faire arrêter tout ce qui s'y trouvera de gens de la religion (O ' 3o).
Après cette arrestation nous perdons absolument sa trace.
Charlotte de Lorme, fille de Gilles, sieur de Clairbois, qui
I04 Révocation de l Èdit de Nantes à Parts.
suivit en Angleterre son mari Henri Justel, appartenait à la même famille que l'ancien de Charenton, de même sans doute qu'Uranie de Lorme, naturalisée anglaise le i5 novembre 1681 (Agnew, II(, 28 et i65), et que la nommée De Lorme, sortie du donjon de Vincennes par ordre du 10 juillet 1689 (O' 33). Il en est, semble-t-il, autrement d'une dame de Lorme qui fut expulsée du royaume en 1688, et de Susanne De Lorme, l'une des plus touchantes victimes de l'intolérance. Voir aux couvents : Duvigier.
MASCLARl
Des six enfants que Gaspard Masclari, originaire de Pont-Saint- Esprit, conseiller du roi, secrétaire des finances et commissaire royal au synode de Châtillon-sur-Loing en i632, eut de sa femme Anne Des Champs, trois seulement offrent pour nous quelque intérêt : Gaspard, né le 4 février 1619; Pierre, sieur de Champmoreau (1623), mari de Charlotte Le Vasseur (i655), laquelle lui donna Pierre (i656) et Charlotte (i658); Anne (1626), qui épousa en 1641, Auguste Galland, conseiller au Parlement, ex-député-général des Églises réformées, et, en 1649, Jacques de Melville, sieur de Minières, enseigne des gardes du corps*.
Le fils aîné, Gaspard, suivit la carrière paternelle; d'abord avocat au Conseil, il obtint, en lôSg, la charge de conseiller que son père avait résignée peu avant de mourir, et la conserva jusqu'en 1664 ; à partir du 24 décembre de cette année, il prit le titre de conseiller honoraire, qui lui fut ôté par l'arrêt du conseil du 19 janvier 1684. Il habitait la rue de Cléry, et remplissait les fonctions d'ancien dans le quartier Saint-Eustache. Il avait épousé, en juillet 1647, Madelaine Petit, fille de Jeanne Muisson et de Jonathan Petit, .sieur de Clos-Hardi, contrôleur-général des bois et forêts ; il en eut sept enfants : Gaspard (i653); Henri (lôSy) ; Anne-Madelaine (1659), mariée, en 1675 à Robert Moisant, sieur de Brieux, ministre à Senlis^; Valentin (1662); Catherine (1666); Abraham (1668) et
• Les Masclari, ou mieux les Du Mas- '^ Il assistait au synode de Rotterdam
clari, «étaient encore allicîs aux Stample. en 1686. aux Urunier et aux Leblanc de Beaulieu.
Pasteurs et Anciens. io5
Madelaine (1671). Il fut exilé, le 20 novembre, à Ballon (Sarthe) et eut la permission d'emmener avec lui, non sa femme, qu'il avait perdue en 1676, mais ses deux derniers enfants: Abraham et Madelaine. Ni l'exil, ni les dragons, ni l'emprisonnement de son fils aîné Gaspard, ne le décidant à abjurer, Seignelay ordonna, le 29 avril 1686, de le ramener à Paris pour y être enfermé dans un couvent, et de confier Abraham et Madelaine à leurs parents nouveaux catholiques.
Madelaine ne montrait aucune disposition à changer de religion; aussi fut-elle arrêtée le 24 mai, et conduite le lendemain aux Nouvelles- Catholiques, où elle se montra plus docile qu'il n'aurait fallu.
On espère, dit une note du 17 décembre, qu'elle fera incessamment sa réunion. Elle s'j' dispose par la prière et par le jeûne depuis quatre jours, étant fort persuadée des vérités catholiques dont elle est parfaitement instruite.
Note confirmée par une addition postérieure, datant de mars ou d'avril 1687:
Elle a fait depuis, sa réunion, et après être sortie elle est revenue aux Nouvelles-Catholiques, pour s'y préparer à recevoir les sacrements (Fr. 7o5i, f" 246).
Abraham finit aussi par céder puisqu'il ne quitta point la France; mais il resta protestant au fond du cœur. C'est lui que nous voyons en 1722, sous le nom d'Abraham du Masclari, signer, avec Jean Masson, seigneur de Bessay, capitaine de cavalerie, François Moisant de Brieux et Frédéric de Béringhen, sieur de Langarzeau, l'acte d'inhumation de Guillaume Le Coq de Germain, hollandais. C'est probablement lui qui fut autorisé, le 10 décembre 1727, à vendre deux maisons situées rue de Cléry.
On enferma le père dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés où il resta quinze mois, voisin et catéchumène du plus habile des convertisseurs, Fénelon, qui habitait rabba3'e ainsi que PeUisson, et dont toute l'éloquence ne put entamer la foi et la résolution du pieux huguenot. Transféré, par ordre du 16 juin 1687, au séminaire des Missions étrangères (rue du Bac), Masclari n'y demeura que sept semaines. Cependant les moines de Saint-Germain-des-Prés réclamèrent les quinze mois de pension qui leur étaient dus pour lui et pour son domestique, et les Nouvelles-Catholiques, les dix mois de la pension de Madelaine, soit 333 livres 10 sols (Fr. 7052 f° 26). Le 7 juillet, Lemaistre, procureur au Chàtelet, reçut l'ordre
io6 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.
de payer le tout sur les biens de 1' « opiniâtre » qu'on avait saisis. L'invincible huguenot ne sortit du séminaire, transformé en prison ainsi que tous les couvents et nombre de maisons particulières, que par ordre du 4 août, pour être transféré, en compagnie de son collègue Gervaise, au château d'Angoulème, oij Jean de Béringhen, autre ancien de Charenton, les rejoignit bientôt. Ils durent être expulsés à peu près en même temps que celui-ci (7 mars 1688). Masclari se réfugia en Hollande *.
Le fils aîné de Masclari, ainsi que Françoise Prendre, sa femme, et leurs trois enfants: Gaspard (1682), Anne-Catherine (i683) et Paulin (i685), n'avaient point encore abjuré au mois de janvier 1686 (Fr. 7o5i f'^ 119). On l'arrêta et on le mit à la Bastille par ordre du 14 février; cinq jours après, le convertisseur Varet allait conférer avec lui. Le 21 du même mois, La Reynie écrivait au procureurgénéral Harlay:
On m'a dit, Monsieur, ce matin, en entrant à la Bastille, que Masclari était tout à fait disposé à suivre l'exemple de sa femme, qui a mieux aimé se faire catholique que d'aller dans un couvent; et M. le curé de Saint-Eustache ayant encore vu depuis M. Masclari, il a achevé de le résoudre (Fr. 17421, f" 47)-
Toutefois après un moment d'affaissement la conscience reprit le dessus, au grand déplaisir des prêtres et du gouverneur de la Bastille, qui, le 4 mars, essayait de s'opposer à une entrevue des deux époux :
J'ai reçu, disait-il à La Reynie, un ordre [du 2 mars] pour laisser voir à M. Masclari sa femme. M. de Lamon le presse fort; il est fort opiniâtre et je crains que cette visite ne le gâte davantage; car je trouve que les négociations ne sont pas trop bonnes (Fr. 7o53, f" 45i).
L'entrevue ne servit, au contraire, qu'à amollir et à faire dévoyer Masclari. Dès le 7, il avait pris son parti, aussi bien que plusieurs autres prisonniers de la Bastille: M" de Bourneau, Jean le Maçon, seigneur de Bessé-la-Bataillière, et sa femme Charlotte- Madelaine Imbert. Enfin, le 9, Seignelay ordonnait qu'on le mît en liberté: il avait abjuré des lèvres et s'empressa de quitter la France avec sa femme; ils furent admis à la repentance à La Haye en 1688. Le 26 octobre 1688, leurs biens '^ furent donnés à leurs enfants qu'ils
' Le Gendre, Vie de Du Base, p. i55. 8i3 livres de rente sur le dergiî; sa mai-
- -Sur une liste des biens des absents, son de la rue du Foin vaut 20000 livres.
dressée le iG février 1GK7, nous lisons: Il en avait encore une autre, rue de
Masclari fils, quartier Saint-Eustache, a Cléry (TT 14^
Pasteurs et Anciens. 107
n'avaient pu emmener. Cependant le plus jeune, Paulin, finit par se réfugier en Hollande, où il traduisit, dit La France protestante, la seconde partie de l'Histoire de la republique de Venise par Nani, Amst., 1702, in-i2. Il doit y avoir là quelque erreur de date ou de nom, puisque Paulin n'avait en 1702 que seize ou dix-sept ans.
Une nièce de l'ancien de Charenton, Charlotte, fille de Pierre Masclari, sieur de Champmoreau, laquelle « avait cessé de faire toutes les fonctions d'une bonne catholique qu'elle avait paru observer exactement auparavant», fut arrêtée à vingt-quatre lieues de Paris (TT 464), par ordre du 24 juin 1699 (Qi 48), et conduite aux Nouvelles-Catholiques vers le 10 juillet. On la rendit à sa mère le 6 ianvier 1700 (O' 44). En donnant à Phelypaux l'ordre de la mettre en liberté, Pontchartrain ajoutait:
A l'égard du fils et de la fille de l'autre Masclari, qui fait sa demeure tout près de la Charité, Sa Majesté se remet à vous de prendre soin que son fils soit mis au collège, et d'examiner si la maîtresse d'école chez qui est la fille, l'instruit en la manière qu'il faut en la R. C.
Dans l'arrêt du 6 juillet 1682 ordonnant la démolition du temple de Bois-le-Roy, nous voyons figurer Herwarth, conseiller du roi, commissaire député en la généralité de Paris, et Masclary, de la rue de Clér}-, avocat au Conseil et ancien de Bois-le-Roy.
MASSANES
Du mariage de Jean de Massanes, conseiller-secrétaire du roi, et de Jacqueline Forget, étaient nés quatre fils : Pierre (161 1), Paul (1612), Antoine (i6i3), Isaac (1614), et trois filles: Marie, Isabelle {alias Elisabeth) et Charlotte, mariées, la première, à Thomas Hardy, sieur de Vicques, mort en 1662 ; la seconde à Jean Amproux, sieur de La Massaye, mort en lôSg, et la troisième, à Jacques de Saint-Denis, sieur de Vervaines.
Antoine épousa au mois de mai 1647 Françoise Bothereau de Lormois, veuve de Jean-Baptiste Marbault, dont il eut quatre enfants: Antoine, sieur de Villejouan (1648), Jean (1649), Elisabeth
io8
Révocation de TÉdit de Nantes à Paris.
(i65o), femme de Samson Pape, marquis de Saint- Auban ', et Daniel (i65i). Ancien dès i655, Antoine de Massanes assistait au synode tenu cette année à Charenton, et fut député en i658 auprès de l'Église de Caen, pour la prier de céder à celle de Paris le ministre Du Bosc. Trois ans plus tard, il prit, avec son voisin et collègue Le Coq des Forges, une très grande part à la suspension d'Alexandre Morus. On retrouve Massanes en 1667 au synode de Clermont-en-Beauvoisis, avec Bezard, Le Coq et Morus, et en 1681 à celui de Lizy-sur-Ourcq. Il était, en outre, «député de l'Ile-de- France pour agir aux affaires des Églisesl» C'est à tort que les papiers de La Reynie l'appellent le doyen d'âge des vingt-quatre de Charenton. Cette qualification revenait à l'un de ses collègues, soit Bouilly, soit Beauchamp. Un mémoire de police rédigé dans les premiers jours de novembre i685, s'exprime ainsi :
Antoine de Massanes, ci-devant secrétaire du roi 3, demeurant dans la rue des Marais au faubourg Saint-Germain, âgé d'environ soixante-quatorze ou soixante-quinze ans [lisez : soixante-douze et demi], est connu pour avoir la conduite fort sage et a l'esprit très doux. Son père était venu avec Henri quatrième qui le fit secrétaire du roi du collège de Navarre (sic). Il a deux enfants [Jean et Daniel n'existaient probablement plus], savoir un fils marié, qui demeure avec lui, et sa fille, mariée en Dauphiné à un gentilhomme auquel on donne le titre de marquis, dont on n'a pu apprendre le nom; mais on sait qu'il fait aussi profession de la R. P. R. Le sieur de Massanes passe pour un homme très riche; on croit qu'il a 7 ou 800,000 livres de bien. Il est propriétaire de la moitié d'une terre de 6 à 700 livres de rente, qui est aux environs de Chartres. Il est aussi propriétaire de la maison qu'il habite à Paris, et a fort grand ménage * (Fr. 7o5o, f" 184).
' Leur fils Guy-Antoine fut la souche de la branche française catholique de Saint-Auhan. Jacques Pape, frère de Samson, sortit de France à la Révocation, et servit en Angleterre avec le titre de lieutenant-colonel.
- Son collègue Abraham Tessereau, revêtu de la même fonction en même temps que lui, c'est-à-dire en 1679, ne faisait plus partie du consistoire à la Révocation. Après s'être défait de sa charge de conseiller du roi, il était passé en Angleterre dès i683. Une rente de i3oo livres lui permettait à peine de vivre à Londres, où il fut naturalisé en iG85 (Agnew, 111, 38). Claude le comptait parmi ses meilleurs amis, et l'on conserve à la bibliothèque de l'université de l.eide huit lettres qu'il lui adressa (Voir les Mém. de Hou, I, 43).
3 L'arrêt du conseil du 19 janvier 1GS4. lui avait ôté son titre de secrétaire honoraire et les prérogatives qui y étaient jointes.
* A l'angle Nord-Ouest de la rue des Marais (Visconti) et de la rue des l'etits- Augustins (Bonaparte), Nicolas de Burgensis avait construit un hôtel, ayant deux ailes, avec cour au milieu, et, derrière, un jardin longeant la rue des Marais jusque vers le milieu. Nicolas Le Vauquelin y joignit un second jardin, situé de l'autre côté de la rue des Petits- Augustins, et communiquant avec l'hôtel par un passage souterrain. Il déploya tant de luxe dans cette propriété, que Mazarin faillit l'acheter. Ce fut Jean le Maçon, sieur de La l-'ontaine, qui l'acquit et la morcela en trois parties, dont il garda l'une; la seconde passa aux mains
Pasteurs et Anciens. 109
Exilé au Blanc (Indre) le 19 novembre i685, et bientôt transféré à Beaugency (Loiret) dans l'abbaye de Saint-Firmin, le pieux vieillard qui, malgré les infirmités de l'âge, unissait à une grande douceur une remarquable fermeté, fut vainement livré aux dragons'. Le 24 mars 1686, son fils Antoine, que la contrainte avait rendu catholique de nom et d'apparence (il n'avait que signé), obtint la permission de lui rendre visite, «afin de tâcher de le réunir à l'Église», permission réitérée dans les mêmes termes le 1"='' juillet. Le 24 ou le 26 décembre, M. de Creil, intendant de l'Orléanais, recevait l'ordre de transférer M. de Massanes dans une abbaye de la Nièvre, sa détention de près d'un an dans celle de Beaugency n'ayant amené aucun résultat. Sans doute le prisonnier remontra que la pierre dont il souffrait, exigeait qu'on le ramenât à Paris; car Seignelay écrivait le 24 janvier 1687 au même intendant:
Le roi veut bien que le sieur de Massanes, qui est à l'abbaye de Beaugency, vienne à Sainte-Geneviève à Paris, au lieu d'aller à Saint-Martin de Nevers.
Il ajoutait qu'on pouvait attendre la fin de la saison rigoureuse pour lui faire faire le voyage. L'ordre de l'envoyer à Paris est du 16 février 1687. Le 14 septembre, Seignelay autorisa l'abbé de Sainte-Geneviève à laisser pénétrer près du prisonnier la comtesse de Clère et son homme d'affaires, et le 28 octobre, M^" de Saint- Auban. A la sollicitation de celle-ci, le roi permit le 9 janvier 1688 à M. de Massanes de s'installer chez le chirurgien Collot. Nous l'y retrouvons le 21 mars, toujours menacé de la redoutable opération de la taille. Il dut être expulsé du royaume comme inconvertissable, dans le courant de l'année, et fut naturalisé anglais en 1697 (Agnew III, 60). M™'= de Massanes n'existait plus à la Révocation.
Antoine de Massanes, sieur de Villejouan, avait épousé en 1671 sa cousine-germaine Marguerite Hardy, fille de Thomas, sieur de Vicques, et de Marie de Massanes, qui lui donna au moins huit et très probablement neuf enfants. Sept seulement furent inscrits dans les registres de Charenton : Antoine (1672), Christophe (1674), Marie-Anne (1675), Marie (1676), Isaac (1677), Elisabeth (1679) et
de Massanes et de son gendre, Pape de tendant De Bezons: «Le sieur de Mas-
Saint-Auban; la troisième, probablement sanes, un des anciens du consistoire de
celle d'au delà de la rue des Petits-Au- Charenton, qui était au Blanc en Berry,
gustins, aux mains de Dupuy-Montbrun. ayant eu ordre du roi d'aller à Beaugency,
Voilà pourquoi les .Massanes étaient voi- Sa Majesté désire que vous essayiez par
sins du sieur de La Fontaine en i6S5. des logements de troupes à le porter à
» Louvois écrivait le i5 janvier à l'in- se convertir» (Arch. Guerre).
iio Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
Blanche-Angélique (i683). Un des fils mourut en 1677, et une des filles en 1684. On lit dans le Mémoire de ceux qni se sont retirés depnis le mois de février 168 j :
Les sieur et dame de Massanes et cinq enfants qui demeuraient rue des Marais [avec Massanes père] se sont retirés en Hollande au mois de juillet 1687, après avoir passé un mois en Angleterre. Le sieur de Massanes a une terre en Beauce, à lui échue par le partage de feu sa mère. Sa femme et lui ont des biens considérables qu'ils ont pu vendre ou changer de nature avant leur départ; le contrat de mariage a été passé par-devant Loys, notaire (Fr. 7o5i, fo 12).
Antoine de Massanes, écuyer, âgé de trente-huit ans, coupable seulement d'avoir signé un acte d'abjuration, fit reconnaissance publique de sa faute à Londres, dans l'église de la Savoye, le 9 juin 1687; puis il passa en Hollande avec sa famille.
Il avait longuement médité son évasion, retardée d'abord par l'enlèvement de ses enfants, puis par l'arrestation et la grossesse de M""" de Massanes. Le 3 février 1686, Seignelay ordonnait de mettre dans un couvent «la demoiselle de Massanes» et de lui appliquer la déclaration du 12 janvier précédent, portant que les enfants âgés de moins de seize ans seraient enlevés aux père et mère protestants et remis à des parents catholiques. Une lettre écrite le lendemain par La Reynie nous apprend que cet ordre concernait «M""= de Massanes, belle-fille de celui qui était ancien » (Fr. 17421 f° 35). Sans doute le lieutenant de police objecta que la dame, étant enceinte et près de son terme, ne serait reçue dans aucun couvent, et suggéra l'idée de lui envoyer des garnisaires. En effet, nous lisons dans les papiers Rulhière, sous la date du 16 février :
La dame de Massanes, femme du sieur de Massanes fils, demande qu'on lui ôte deux huissiers qui sont chez elle en garnison, à cause qu'elle est sur le point d'accoucher, et qu'elle a des parents catholiques qui offrent de se charger d'elle (Fr. ^o^4, [•> 233).
Le roi refusa l'éloignement des garnisaires, puis l'accorda. Le 23 mars, Seignelay écrivait à Reynie :
Vous pouvez faire retirer les deux huissiers qui sont dans la maison du sieur de Massanes, et attendre que sa femme soit accouchée pour la faire mettre dans un couvent, en cas qu'elle ne fasse pas sa réunion (O ' 3o).
Enfin Marguerite Hardy accoucha; le 4 mai 1686, Desgrez écrivait qu'elle n'était pas en état de partir de quelques jours par suite de ses couches; le i3, il annonçait que Massanes s'occupait de choisir un passeport entre plusieurs. Le 16 juin, il le représentait
Pasteurs et Anciens. m
comme malade et dévoré de la fièvre de partir ', et, le 3o, comme rencontrant de grandes difficultés, le capitaine avec lequel il s'était abouché ayant été fort refroidi par l'arrestation de plusieurs officiers. M""" de Massanes feignit sans doute d'abjurer pour qu'on lui rendît ses enfants. Bref, il fallut, coûte que coûte, retarder le départ jusqu'au mois de mai 1687.
Le sieur de Villejouan s'enfuit muni de papiers^ que lui procura un guide anglais nommé Humfrey. Une anglaise que les papiers de La Reynie appellent sans doute inexactement M"" de Brisimant, fit franchir la frontière à M°^ de Massanes et à deux de ses filles. Abe, officier du roi d'Angleterre, emmena un des fils, qu'il fit passer pour son valet en le revêtant d'un justaucorps de couleur. Humfrey arrêté bientôt après et enfermé chez Auzillon, affirmait le 7 juillet, qu'il restait à Paris quatre de leurs enfants, dont deux étaient cachés au coin de la rue Taranne et de la rue des Saints-Pères, c'est-à-dire à l'ambassade de Hollande. Un brevet du 25 septembre 1687, confirmé le 26 avril 1688, accorda les biens des époux fugitifs à leurs fils Auguste et Jacques, faisant profession de la R. C.3 (01 3i et 82).
Une autre dame Massanes, que La France protestante a confondue avec sa parente, comme elle a confondu Massanes père avec son fils, fut mise dans un couvent en vertu d'une lettre de cachet du 7 juillet 1686. Le 16, la sœur Marie-Angélique, prieure de l'Annonciade de Saint-Denis, écrivait à La Reynie que cette dame, enceinte de plusieurs mois, était détenue dans le monastère depuis quelques jours. Comment Marguerite Hard}^, délivrée dans les derniers jours d'avril ou dans les premiers de mai, aurait-elle pu, au milieu de juillet, se savoir enceinte de plusieurs mois ? La supérieure ajoutait que cette dame disait s'être blessée en venant dans le carrosse et craignait une fausse couche, accident qui lui était déjà plusieurs fois arrivé. Le danger était-il réel, ou M™*" de Massanes cherchait-elle malicieusement à se faire mettre hors du couvent? Quoi qu'il en soit, la supérieure suppliait qu'on lui ôtât la prisonnière dont la présence était pour elle un sujet d'angoisse (Fr. 7o53 f° 89). La Reynie, probablement accoutumé à ces petites supercheries, ne s'émut ni ne se pressa ; la supérieure revint à la charge et s'adressa
1 Desgrez t.'crivait: «Quand il devrait ' C'étaient évidemment les deux der-
crever, il partira» (Fr. 7o5?, f» 283). niers.
^ Ceux d'un valet de chambre de l'cvcque de Coutances.
112 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
directement au ministre. Le i8 septembre, celui-ci écrivit au lieutenant de police:
La dame de Massanes, qui est dans la maison des religieuses de l'Annonciade, étant enceinte, je vous prie de me mander oîi vous croyez qu'on la puisse faire mettre, ne pouvant pas rester plus longtemps dans le couvent (O 1 3o).
Aveugles, qui coulaient le moucheron et avalaient le chameau ! Enlever les femmes aux maris, les enfants aux parents, emprisonner, confisquer les biens, violenter les consciences, c'était à leurs yeux des actes méritoires, tandis que l'accouchement d'une honnête femme dans un couvent leur eût paru le comble d'un scandale ! Les prisons regorgent, il est vrai, et l'on ne sait où mettre M™*^ de Massanes. N'importe, il faut qu'elle sorte. — En conséquence de cette étrange pudibonderie, la supérieure des Filles-bleues reçut, le 22 septembre, l'ordre de rendre M™'= de Massanes à son mari.
Cette dame paraît avoir été une demoiselle Durand. Ce fut elle sans doute qui s'enfuit à Genève avec son fils et ses filles vers 1690. Elle passa ensuite à Nyon (1691), puis à Lausanne où elle provoqua les légitimes sévérités du consistoire. « Quelques réfugiés, pour revoir des parents, des enfants bien-aimés, ou pour recueillir des débris de leur fortune sauvés par leurs amis, se rendaient clandestinement en France avec l'intention d'en revenir bientôt; mais il leur arrivait de céder aux menaces et de feindre quelques actes de catholicisme dont les autorités se contentaient facilement. Une dame de Massanes s'en faisait gloire. On s'émut. « Ils renient à la voix de la moindre servante, s'écria-t-on » '. De là la résolution suivante :
22 mai 1694. La compagnie étant avertie que M"" de Massanes, qui est depuis quelque temps arrivée en cette ville, bien loin, cette fois comme l'autre, de faire paraître qu'elle y vienne pour donner gloire à Dieu en faisant réparation de l'horrible péché dont elle est coupable avec tant d'autres en France qui ont eu le malheur d'abandonner sa vérité, dont pourtant de bouche elle dit faire ouverte profession; mais comme son retour prémédité et les raisons mondaines dont elle se défend quand diverses personnes lui font des reproches sur sa conduite, n'édifient pas, non plus aussi ce qu'on a appris que c'est par son ordre que M. son fils, qui s'était venu réfugier et faire réparation en cette ville, a abandonné son refuge, l'ayant fait retourner à Montpellier, tout cela et d'autres choses dont nous avons eu avis, nous obligent de faire parler et exhorter fortement ladite dame à faire son devoir. La compagnie a chargé M. Julien, pasteur, et Ribaudeault, ancien, de lui faire de sa part les exhorta-
> Bullet., IX, 2C8J.
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tjons ci-dessus, et a délibéré que toutes les personnes réfugiées qui ci-devant allaient en France sous prétexte de négoce ou pour toutes autres affaires, seront puissamment exhortées de ne plus faire ces voj'ages qui ne sauraient qu'être funestes, par le danger évident où ils sont de perdre leur âme en s' exposant à la tentation où plusieurs ont succombé, ainsi que les exemples n'en sont que trop fréquents, et que tous ceux qui y iront à leur tour seront grièvement censurés; et surtout chacun doit tenir la main à découvrir ceux qui seront coupables de s'être souillés par des actes d'idolâtrie, au préjudice de la réparation et protestation qu'ils ont faite de vivre et de mourir de la religion chrétienne, pour être procédé contre eux par les rigueurs de notre discipline ecclésiastique (Bordier, Ms. Vaud).
La foi du mari, resté en France, ayant paru suspecte, on lui ôta, le 4 février 1695, son fils Pierre, qui fut mis au collège des Jésuites, d'où D'Argenson ordonnait, le 6 juin 1708, qu'on le tirât pour le confier à M. Foulé, maître des requêtes. En lyiS, Pierre alla voir sa mère en Suisse, et ne revint plus. Le père fut poursuivi comme complice de l'évasion.
Enfin les papiers Rulhière nous apprennent qu'en 1686 les sieurs Du Bourdieu 1, Reffil et Hardy, concluaient à Londres un marché «pour faire passer le sieur de Vicques^ et un autre beaufrère du sieur de Massanes» fils. Christophe Hardy, sieur de Vicques, échoua dans son généreux dessein; il fut arrêté à Valenciennes, et enfermé dans la citadelle de Cambrai, où il abjura.
Marie-Anne de Massanes, née en lôyS, épousa en Hollande le lieutenant-colonel Jacques Pape de Saint-Auban.