‹ La révocation de l'Édit de Nantes a Paris d'après des documents inéditsChapitre 14 sur 46 · PAPILLON · texte numérisé non relu

PAPILLON

Antoine Papillon, l'un des premiers réformés de France, membre du grand conseil et protégé de Marguerite de Navarre^ mourut en i525, laissant un fils nommé David, qui fut victime de la Saint-Barthélémy. Le fils de celui-ci, Thomas, gentilhomme ordinaire de la chambre, et ambassadeur d'Henri IV à Venise, se retira du service après l'abjuration du roi, et mourut en 1608; il' avait eu

\ v"" *!" P'='^"« '''^ Montpellier. naturalisation n'eut lieu qu'en avril 16S7

.^o^ Jacques, naturalisé anglais en (Agnew, IH, 38 et 43). )uillet 1684, mais plutôt Armand, dont la

114 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

deux enfants: i° Thomas, né en 1578, conseiller au Parlement de Paris, secrétaire du synode d'Alais en 1620, mort en i635, dont le fils, David, fut ancien de Charenton; 2° David, né en iSyg et naturalisé anglais dès 1618. Ce dernier, ingénieur militaire employé par Cromwell, est le fondateur de la famille anglaise des Papillon encore existante, et l'auteur de plusieurs ouvrages dont l'un a pour titre: Vanity of the Lives and Passions of Men, Lond., i65i, in-B". (Agnew, III, 99 — lisez : 96).

Voici la note de police relative à David, ancien de Charenton :

Papillon, avocat au Parlement, âgé de soixante-huit ou soixante-dix ans, pétulant et en réputation d'homme chaud et brouillon. Il demeure rue Saint- Jean-de-Beauvais avec sa sœur, qui est fille, âgée de plus de soixante ans et du même caractère d'esprit. Il ne parait pas être entièrement à son aise. Le frère et la sœur sont propriétaires en commun de la moitié d'une maison de la la rue de la Juiverie, louée 5oo ou 600 livres.

Au synode d'Aï (8 mai lôSg), qui donna au ministre Morus la place vacante à Charenton, la vivacité de Papillon et son emportement avaient paru dans l'opposition violente qu'il fit à cette nomination. Le synode national (ce fut le dernier: Loudun, 10 novembre 1659) auquel Papillon en appela, leva la censure prononcée contre lui par le synode champenois, mais confirma malheureusement la nomination de Morus, qui eut bientôt jeté la discorde dans l'Eglise. En 1679, Papillon fut choisi par le synode de l'Ile-de-France pour receveur de la province, en remplacement de Le Noble décédé. Il adressait, le 8 février 1681, à son cousin-germain Thomas Papillon de Londres, une lettre dont Agnew (III, 97) nous a conservé l'extrait suivant :

Nous vous remercions... des témoignages qu'il vous plaît nous donner de votre afiection singulière, particulièrement de la forte et sainte exhortation que vous nous fai'es de demeurer fermes en la foi et en la profession de la vraie religion. C'est une chose que nous ne pouvons espérer de nos propres forces, mais que nous devons demander et que nous devons attendre de celui en qui et par qui nous pouvons toutes choses. Il a conservé ce précieux don en la personne de notre père Thomas, de notre aïeul commun Thomas, et de notre bisaïeul Thomas, sur lequel il a premièrement fait lever la clarté de sa face et de son Évangile, et lui a même fait l'honneur d'être du nombre de ceux qui lui présentèrent leur vie et leur sang, dans cette journée célèbre de l'année 1572, marchant par cette voie douloureuse sur les pas de son Sauveur, et marquant à ses descendants par son exemple que ni mort, ni vie, ni principauté, ni puissance, ni hauteur, ni profondeur, ni chose présente, ni chose à venir, ne les doit séparer de l'affection que Dieu leur a témoignée en son Fils. Vous savez cela aussi bien que moi, mais il me semble que ces exemples

Pasteurs et Anciens. ii5

domestiques ne doivent point être oubliés; or, comme il est important de les imiter, il est très utile de les repasser souvent en la mémoire et en la pensée. Comme je ne prends point de part dans l'administration des choses publiques, et ne m'en mêle que par les prières que Dieu me commande de faire pour la paix de l'État et de l'Église, je vous avoue que je vois bien que le dessein des ennemis de notre religion est de l'extirper, ainsi que vous m'avez marqué par votre lettre [du 17 mars 1680]; mais je n'ai pas assez de vue pour pénétrer dans les événements. Je sais que la réformation de la religion est une œuvre de Dieu; peut-être ne voudra-t-il pas la détruire. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons mieux faire que de le prier de nous préserver, et de lui demander qu'il ait pitié de son héritage, qu'il ne nous abandonne point et qu'il nous donne la grâce de demeurer fermes dans sa maison et dans son service.

Ces prières furent exaucées: le descendant du réformateur et du martyr eut l'honneur de souffrir pour la foi, dans laquelle il demeura ferme et sans reproche.

Le 20 mars i685, le commissaire Delamare informait La Reynie que Papillon venait de recevoir 10,000 livres, qu'il allait envoyer en Danemark. Au mois d'octobre, nous le voyons donner l'hospitahté au ministre Mutel, de Coucy-la-Ville (Aisne), arrivé chez lui, vers le 12, avec sa femme et deux enfants '. Enfin par ordre du 19 novembre, il fut exilé à Avranches (Manche); peut-être ne s'y rendit-il que tardivement; car un ajj^ent de la police écrivait, le 19, à La Reynie:

M. Papillon n'a point de femme et n'a jamais été marié; mais une de ses sœurs demeure avec lui. Je diffère d'y aller jusqu'à nouvel ordre (Fr. 7o5i,

Cette visite différée concernait-elle l'ancien, ou avait-elle sa sœur pour objet? Quoi qu'il en soit, Papillon fut envoyé à Avranches et y montra une constance telle, que l'intendant De Gourgues ^ crut « nécessaire de le conduire dans l'abbaye du Mont- Saint-Michel, où obscurément on travaillerait bien mieux à sa conversion qu'ailleurs », et l'écrivit à Louvois (26 août i686\ qui lui répondit le 6 septembre^: « Puisque vous croyez que Papillon sera plus mortifié dans l'abbaye du Mont-Saint-Michel et qu'on y travaillera mieux à sa conversion que dans les prisons d'Avranches, où il est présentement, je vous envoie les ordres nécessaires pour l'y faire transférer ». D'après Agnew, Papillon subit la prison durant trois années, au bout desquelles on lui permit de se retirer

• Voir Nll'<-CathoUq. ^ Papiers Bordier, Biblioth. du prot.

' Arrivé du Limousin en Normandie entre mars et juin 1680.

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en Angleterre, où il mourut en lôgS '. Nous pensons qu'il fut expulsé du royaume avec ses collègues et un grand nombre d'autres fidèles entre le mois de mars et le mois de mai 1688.

La veuve Papillon « passée dans les pays étrangers avec ses enfants », n'était point la femme de l'ancien, comme l'a cru notre ami Haag; mais celle d'un marchand de vins de la rue Saint-Martin. Elle n'avait laissé aucun bien dans le royaume (Fr. yoSi f° 212).

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