‹ La révocation de l'Édit de Nantes a Paris d'après des documents inéditsChapitre 17 sur 46 · LA JOURNÉE DU 14 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE DU 14 DÉCEMBRE

Sous l'empire de l'effroi causé par les dragonnades, certains protestants de Paris, plus attachés à leurs biens qu'à leur religion, n'attendirent pas le 22 octobre pour se disposer à entrer dans l'Église romaine. Claude ne devinait que trop leurs sentiments lorsqu'il disait qu'un «parti se formait dans le troupeau pour composer». Ces malheureux ne se bornèrent pas à sacrifier leur conscience à leur intérêt; ils joignirent leurs voix au concert d'acclamations qui salua la destruction de l'hérésie. « Quelques-uns des nouveaux convertis, écrivait-on de Paris, le 4 janvier 1686 ^ ont prié M. de Martinet, aide des cérémonies de remercier le roi du soin qu'il prend à leur sujet et de vouloir bien leur fixer un jour pour entendre une harangue de leur part». Cette harangue, que nous n'avons pas découverte, devait différer bien peu du Remerciement au roi par tous les ministres convertis du royaume, i6Sj (quatre pages in-4° ^), dont voici quelques lignes :

Nous nous présentons devant votre sacrée personne pour reconnaître avec au':ant de joie que de bonne foi, qu'ayant été les heureux trophées de cette grâce qui convertit les plus grands pécheurs, et qui fait des favoris de Dieu ceux-là même qui on: été les plus obstinés adversaires de sa vérité, nous avons eu aussi à mîmî temps le bonheur d'être les suje's de votre paternelle complaisance et de vos royales libéralités, etc.

Heureusement le parti de la défection, c'est-à-dire de la bassesse et de l'ambition, se trouva beaucoup moins nombreux que ne le pensait Claude.

> Galette de Harlem, apud Bullet., i" * B. N., Fr. 7037, f" i33.

sér., XV, 401.

i56 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

A côté des sceptiques faisant bon marché de leur religion, il y avait d'honnêtes et sincères protestants qui redoutaient les scrupules et les frayeurs de leur conscience non moins que la persécution, et ne parlaient qu'avec larmes et angoisse des chagrins et de la contrainte répandus en tous lieux. Ils auraient voulu rester fidèles à leur foi sans souffrir pour elle. C'est à ceux-là que Jurieu écrivait ironiquement: «Dieu vous aura bien de l'obligation: vous l'aimerez et le chercherez quand il n'y aura plus rien à craindre». Induits en erreur par les projets de réunion qui circulaient depuis quinze ans, et par l'opuscule de Du Bourdieu, ils croyaient le catholicisme susceptible de certains adoucissements, et rêvaient encore la conciliation quand il ne s'agissait plus que de soumission volontaire ou contrainte. Au mois d'avril i685, la police secrète constata à plusieurs reprises cette étrange disposition: «On a dit en allant à Charenton qu'il doit y avoir une conférence au mois de mai entre les docteurs des deux religions; que plusieurs de leurs ministres ont résolu de céder sur beaucoup de points, et que, si on leur accordait la communion sous les deux espèces, il y en a beaucoup qui changeront». On prononçait même les noms de Claude et de Du Bosc, comme devant prendre part à cette conférence (Fr. yoSo f " 42, et 7o52 f" 377). Ne pouvant se figurer que le roi serait assez inhumain pour les jeter dans le désespoir, et entretenus dans leur illusion par la formule d'abjuration dont s'était contenté l'évèque de Grenoble Le Camus ', ces naïfs tentèrent l'impossible, et transformant en pape libéral le pénitent du jésuite La Chaise, le supplièrent de leur accorder des accommodations. Voici leur singulier placet :

Octobre i635. Un grand nombre de chefs de famille, habitants et négociants de la ville de Paris, près d'être abandonnés aux dures extrémités où les livrent les scrupules et les frayeurs de leurs consciences, implorent à genoux la compassion du roi dans un état si déplorable, à ce qu'en agréant leurs très humbles soumissions aux volontés de Sa Majesté, et les incorporant à l'Eglise catholique de son royaume, il lui plaise leur accorder et obtenir les

' II écrivait, avant le mois d'octobre néanmoins de cet écrit, je les fis jurer iC85, â M. de BariUon, évêque de Luçon: sur les saints Evangiles qu'ils croyaient «Je conférai avec les plus forts et les tout ce que l'Église G. A. R. proposait à principaux de Grenoble, et à la réserve croire, et qu'ils condamnaient toutes les d'une trentaine de femmes tout se rendit; hérésies qu'elle condamne... I,a communs firent une déclaration qui a fait bien nion sous les deux espèces est le comble du bruit à Paris et à Rome; mais, après de leurs désirs; mais on ne peut rien tout, quand elle est examinée dans nos sur cela sans le secours de Rome» règles, je ne crois pas qu'on y puisse {liullet., III, 58o). trouver à redire. Je ne me contentai pas

La journée du 14 décembre i68y. iSy

adoucissements qui ensuivent, si aisés à la charité de l'Église, si dignes d'un si grand bien qu'est la paix de l'Église, moyennant lequel ces familles nombreuses se porteraient avec sincérité à ce que l'on désire d'elles et fourniraient d'un exemple important, propre en général à guérir les chagrins et la contrainte qui restent en tous les autres lieux, qui ajouterait à la gloire immortelle de Sa Majesté.

Que la communion leur soit accordée sous les deux espèces, ainsi que les ministres du roi la demandèrent si instamment au dernier concile, et qu'il fut accordé à la Bohême.

Que, comme les deux sacrements de l'Église que l'on porte aux malades ont une espèce d'égalité à l'égard de ceux qui les rencontrent dans les rues, si on considère que, comme en la sainte Eucharistie nous croyons le corps et le sang de Jésus, nom qui signifie Sauveur, ainsi dans les saintes huiles nous avons regard et contemplons Christ, nom qui signifie Oint, et que par cette onction il nous consacre à la sanctification et au salut, que dans ces rapports et conformités, quoiqu'elles ne fassent pas une égalité entière, on agrée de nous que, rencontrant l'un et l'autre, nous nous arrêtions tête nue avec révérence et respect.

Que l'on se contente qu'à l'égard de l'Eucharistie, les fidèles y croient également la réalité et la commémoration selon les paroles de l'institution, sans qu'il soit loisible de parler du quo modo, l'Écriture l'ayant laissé dans un mystère impénétrable.

Que l'usage et le culte des images et des saints soit rectifié autant qu'on le pourra charitablement.

Que les indulgences et les pèlerinages soient, s'il se peut, ôtés comme un commerce d'intérêt.

Que l'Eglise soit repurgée de ce commerce mercenaire dans lequel tout s'y fait à prix d'argent, tant à l'égard des messes qu'en l'administration des sacrements et enterrements.

Qu'au moins dans quelques églises dans chacune ville le service soit célébré en langue vulgaire, où puissent aller ceux qui n'entendent point le latin et qui désirent de sentir élever leurs cœurs à Dieu par l'intelligence (Fr. 7055, f» 274).

Ces concessions que Rome en péril avait refusées à l'empereur d'Allemagne et à François \", comment supposer qu'elle les accorderait à une poignée de Parisiens, au moment où Louis XIV mettait sa toute puissance au service de l'Église? A la cauteleuse et insinuante Exposition de la doctrine catholique avait succédé l'impitoyable Politique de l'Écriture sainte. Le règne de la force était venu; l'évêque de Meaux allait non seulement en exalter le triomphe dans l'oraison funèbre de Le Tellier, mais marcher dans son diocèse à la tête des dragons convertisseurs *. On ne pouvait

' Les violences que l'e'vêque de Meaux lumière par l'opuscule de M. Ch. Read, nie avec tant de désinvolture après y Bosstiet dévoilé par un prctre de son dioavoir pre'sidé lui-même, ont ctc mises en cése. Le billet suivaat révèle quels furent

sans l'incommensurable naïveté des malheureux qui espèrent ce qu'ils désirent, demander la suppression des abus et surtout la liberté de ne pas croire à la transsubstantiation et de ne pas se prosterner devant l'hostie : il n'y avait qu'à feindre ou à regimber à ses risques et périls.

Les convertisseurs, prêtres ou laïques, étaient en grand nombre à Paris, et travaillaient depuis longtemps avec plus d'ardeur que de succès. Comme l'ouvrage n'avançait point, on résolut d'en charger la magistrature et la police. C'était dire qu'on allait traiter les consciences délicates comme les voleurs et les repris de justice, et non seulement assimiler l'hérésie au désordre, mais agir conformément au principe monstrueux qui fait de l'hérésie le plus grand des crimes. Cette liberté sacrée de croire ou de ne pas croire, d'hésiter, de douter, de s'éclairer, de s'enquérir de la vérité à ses propres dépens, de se tromper sincèrement, puis de dépasser par l'étude et la prière le point de vue faux qu'on avait d'abord adopté; ce don suprême de la divinité, qui nous appelle à la chercher et à coopérer avec elle dans l'accomplissement de notre destinée, on allait lui mettre les poucettes comme à un escroc ou à un assassin. Grand, énorme renversement des données les plus claires de la conscience! auquel le fils du grand Colbert prit une part considérable.

Assez bien fait de sa personne, Seignelay avait, dit Spanheim', un air de fierté, de rudesse et de présomption, des manières brusques et hautaines. Il était peu docile, peu véritable, fort vain et fort emporté, redoutable à ses commis, qui ne lui parlaient qu'en tremblant. Il avait dans son département la marine, le commerce, la maison du roi, les pays d'Orléans et de Blois, ainsi que l'Ile-de- France et Paris. Pour appuyer sa faveur et sa considération auprès du roi, il se lança «dans l'affaire des prétendues conversions... et y contribua tout ce qui pouvait dépendre de ses ordres : en quoi il est allé aussi loin qu'il a pu pour y faire signer les personnes de la Religion qui étaient connues et établies à Paris, et à n'y rien

ses collaborateurs dans la conversion des voyant corie de la lettre que j'écris par

Briards: ordre du roi à M. de Ménars, par laquelle

vous verrez le jour que doivent arriver les-

Louvois à M. de Meaux. dites compagnies, et l'ordre qu'il a de con-

14 dcîcembre 1685. certer avec vous ce qu'il y aura i\ faire pour

. , lesdites conversions (Arch. de la Guerre,

Monsieur, Je ne puis mieux vous informer ^ ^ -ç^^^^ ^^ Sabatier, p. 244).

des ordres que Sa Majesté a donniis pour

employer quatre compagnies du régiment 1 Relation de la cour de France, p.

de dragons de la reine à la conversion de la 227 et 229. ville et élection de Meaux, qu'en vous en-

La journée du 14 décembre i68j. 109

épargner, ou d'ailleurs pour prendre les informations dues de celles qui s'y étaient cachées». Ce zèle convertisseur convenait peu à un homme qui allait mourir à trente-neuf ans, emporté par l'abus des plaisirs.

Pour obéir à ses ordres, dès les premiers jours d'octobre, le procureur-général Harlay, le procureur du roi, Robert, et La Reynie, se partagèrent les faibles qu'il fallait séduire ou effrayer, et les récalcitrants qu'il fallait dompter 1. Ils s'adjoignirent bientôt les deux lieutenants-civils. Durant des mois, et l'on pourrait dire des années, la magistrature, la police et toute l'administration ne furent occupées que de conversions : le commissaire Gazon tenant des conférences dans sa maison (Fr. 7082 f" 3o2), ne faisait qu'imiter le procureur-général, lequel discutait avec ceux qu'il avait en vain menacés, et s'efforçait de les convaincre par des textes et des citations comme un simple controversiste (Fr. 17420 f° 208). Le 10, La Reynie transmettait une nouvelle liste à celui-ci, en le priant de lui indiquer sa part de besogne, et de donner le reste à M. Robert. «Je ne sais, Monsieur, ajoutait-il, s'il ne serait pas nécessaire qu'il vous plût, après que vous aurez parlé à M. Blondot, de lui donner avec la formule de l'avertissement, les noms, les qualités et les demeures de ceux qui devront être avertis » (Fr. 17420 f° 182). — Blondot était le chef des cavaliers du guet. C'était lui et ses soldats qui signifiaient aux protestants, comme à des criminels, l'ordre de comparaître devant le procureur du roi et le lieutenant de police, dont l'hôtel était rue du Bouloi. Le même jour, les commissaires qui, dès le mois d'août, répandaient l'argent à pleines mains (Fr. 7062 f° 358), commencèrent la revue de leurs quartiers sur les ordres du procureur-général.

Le 20, c'est-à-dire après la signature et avant l'enregistrement de l'édit révocatoire, Seignelay écrivait à M. Robert : « Sa Majesté veut que vous continuiez à agir de concert avec M. le procureurgénéral pour ce qui regarde les conversions, et que vous vous serviez de toute l'autorité que votre charge vous donne sur les artisans et gens de métier pour les porter à se convertir». Le même jour, il adressait à La Reynie le billet suivant :

Sa Majesté est informée de plusieurs endroits que les plus honnêtes gens de la R. P. R. seraient en disposition de se convertir, si on permettait à un nombre d'entre eux de s'assembler pour prendre une délibération convenable aux intentions de Sa Majesté, et comme pour parvenir à ce que cette assem-

' 1 a corporation des tailleurs échut au procureur du roi.

i6o Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

blée se puisse faire avec succès, il faut auparavant disposer les esprits de ceux qui la doivent composer, Sa Majesté a ordonné à M. le procureur-général d'agir de concert avec vous à cet égard, et elle m'ordonne de vous dire qu'elle désire que vous y apportiez toute votre application. J'écris la même chose par ordre de Sa Majesté à M. Robert, et je lui mande de vous aller trouver pour cet effet, me remettant au surplus des mesures qu'il y aura à prendre pour l'exécution des intentions de Sa Majesté à ce qui vous sera plus particulièrement expliqué par M. le procureur-général (O ' 29).

Le roi n'admettait pas que les huguenots marchandassent avec sa religion, témoin le nouveau billet de Seignelay en date du 23 :

A l'égard de ce que vous m'écrivez que plusieurs de la R. P. R. souhaiteraient qu'on voulût s'en tenir à leur demander les mêmes choses qui leur ont été demandées par M. l'évêque de Grenoble, il faut, s'il vous plait, que vous en confériez avec M. l'archevêque de Paris; mais je suis obligé de vous dire que je sais par ce que Sa Majesté m'en a dit elle-même, qu'elle n'a pas approuvé cette manière (O ^ 25).

Voici l'une des listes (sans date) dressées en cette circonstance par les ordres de La Reynie. Elle ne peut être que du 24 octobre, puisqu'il y est parlé du 28 au passé, et que les dix-sept premiers noms qu'elle contient, sont ceux de personnes qui furent mandées le 25 chez le lieutenant-général de police (Fr. 7o5i i° i53).

MÉMOIRE DE CEUX DE LA R. P. R. DE LA PAROLSSE DE SAINT-SULPICE QUI PEUVENT ÊTRE MANDÉS.

Rue Mazarine, De Vicques et De Beaulieu, frères, neveux de M. de Massanes; Ferdinand père et fils; Colonia, hollandais naturalisé; Pesue, horloger.

Rue de Seine, Girard, ancien de la religion; Gervaise, autre ancien; Monnier, son gendre, demeurant en même maison. Ledit Monnier témoigne qu'il n'y a que la considération de son beau-père qui le retienne en sa religion. Bernard, propriétaire de la maison de la ville de Montpellier où il demeure; Dersigny, oncle et neveu.

Rue des Marais, De Massanes père et fils. De Pressigny, De La Fontaine, Le Coq de Saint-Léger, Morin, De Rozemont [ancien], dont la femme est partie avec la princesse de Tarente.

Rue des Pelils-Augustins, Domanchin, son gendre.

Quai Mttlaquais, Desvallons, à l'hôtel d'Écossc.

Rue Jacoh, Le Coq des Forges, demeurant avec M'"" Duplessis, sa soeur.

Rue de l'Université, Petitot, peintre.

Rue Saint-Pire, Torse, marchand de vins.

Rue de Bourbon-Pré-aiix- Clercs, Monglas, demeurant avec sa mère.

Rue de Beatme, Perrinct, marchand de vins.

Rue du Sépulcre, Barbot, secrétaire du président de La Barroirc.

La journée du 14 décembre 168 J. 161

Rue de VÉgout, Alexandre Mariette: Poirret, maître maçon.

/?K«flt Crf/zf/Zc, Marchand, marchaBdde chevaux; Amproux, conseiller au Parlement; Henry Halique, orfèvre. ^

Rue de la Chaise, Isaac Mesnard, marchand de vins.

Grar.de rue de Seine, Antoine Lefébure, Jean Dersigny, François Flamand, ouvriers en soie.

Rue du Four, Isaac Thiboust et Samuel Boucher, marchands de vins.

Rue des Quatre- Vents, Masso, horloger.

Rue Neuve-Saint-Lambert, De Rozemont, deux frères; Martin, apothicaire de M. le Prince; De La Bussière, son gendre.

Rue Vaugirard, Voultot, marchand de vins.

Rue Neuve-des-Fossés, Pierre Sehut, orfèvre; Paris, orlogeur; Thomas Desbanes, potier d'étain; Angiboust, marchand linger.

Rue des Mauvais-Garçons, Jourdan, parfumeur; Terrerouge, maître serrurier.

Rue des Boucheries, De la Perie; Charles Grandon, marchand de vins.

Rue de Bucy, Saint-Martin, maître taiUeur, qui eut le 23 octobre i635 conférence avec M. le vicaire de Saint-Sulpice; Jean Berlin, aussi maître tailleur (Fr. 7o5r, fo 44).

A partir du lendemain 25, les principaux huguenots furent mandés, par petits groupes, par devant Harlay et par devant La Reynie. On écrivait de Paris, le 2 novembre à la Ga::cfte de Harlem :

Le procureur-général a déclaré aux gentilshommes, conseillers et avocats reformes qu'il a fait venir, que l'article par lequel il est dit qu'ils peuvent garder leur religion sans être molestés, n'est qu'un effet de la bonté du roi pour les préserver de la fureur de la populace qui hait cette religion, et que ce quils ont de mieux à faire est de devenir bons catholiques, s'ils veulent être ménages dans leurs corps et leurs biens. En attendant il leur est interdit de se reunir, et de faire exercer le ministère par qui que ce soit, s'ils ne veulent être traités en sujets rebelles.

M. de La Reynie a fait une déclaration analogue aux banquiers et aux marchands (Bu//., 2" série, XV, 265).

Jointe à la tentative désespérée d'accommodement faite par quelques-uns d'entre eux', la fermeté que les protestants témoignèrent en

dailLn Tlj'^'rrù ^^'''^^' ^' ^''- '"''' ^'""'^'^ ^1"= '°"^ signassent celle

le marîuis Te S '^^^i'a^y'S"^ en Anjou, qui avait été «réglée en dernier lieu par

le marquis de Saint-Gelais, autre Poitevin M. l'archevêque de Paris » et dans la-

kuT", Tr^'^ ^ ■'""' " '^"^'q""-""^ de quelle il n'y avait point tout le détail qui

sinnn.- " ^'^""' P^' ^""""^ '^"'""- f^''=3't '^^ 'a peine aux Réformés. Me-

loni'enwvt "".""i'' " 'T''"' '^"'°" '''''' '^' '^ ^^=""«' «adaillan et Saint-

Partkrulièri n' P^°f"^'°" '^^ ^°' Celais signèrent la formule habituelle et

Seisnelàv ■- ^P'^\^ ^'°" '"= ^" '°h abjurèrent au mois de février i5S6. Le

lieutenant .^^T'î' ^ "'' novembre, au premier obtint une pension de 7000 livres;

iieutenant-cuil Le Camus, que Sa Ma- le second, une de 600 livres.

102 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.

cette circonstance, fit comprendre à la police qu'elle s'était méprise sur leurs sentiments, et le projet d'assemblée en commun fut abandonné. Seignelay écrivait le 27 octobre au procureur-général :

Sa Majesté a fort approuvé la proposition que vous faites de travailler quant à présent en détail à ramener les particuliers de ladite religion, sans rien tenter de ce qui avait été projeté d'assembler plusieurs chefs de famille de ladite religion pour leur faire prendre une résolution générale, puisque les esprits ne paraissent pas disposés à en faire espérer le succès (O ' 29 et Fr. 17420, f» 149).

Le 29, il lui écrivait encore :

Sa Majesté est très persuadée qu'il n'est plus temps quant à présent de réussir au projet qui avait été fait d'assembler les principaux de la R, pour leur faire prendre une résolution sur leur conversion; mais elle estime qu'il faut toujours suivre ce que vous avez commencé par le détail.

Toutefois La Reynie, qui fut dans cette affaire le grand conseiller et le principal acteur 1, reprit le projet primitif, et le fit adopter dans la conférence tenue le mardi 20 novembre chez le procureurgénéral, bien que plusieurs des personnes présentes prétendissent qu'on ne parviendrait à rien «si l'on ne faisait entrer des troupes dans Paris ^». A quoi il objecta que la menace d'ôter la maîtrise à ceux qui l'avaient, et la promesse d'y faire parvenir sans frais de simples ouvriers, produiraient certainement un grand nombre de conversions (Fr. 7o5o f° 148). On convint donc de «gagner doucement cinquante ou soixante des principaux, de différer leur abjuration et de les assembler ensuite avec un pareil nombre de ceux qui ne seraient pas encore gagnés, pour leur expliquer fortement les intentions de Sa Majesté 3», afin que les premiers se prononçant entraînassent les autres. L'archevêque devait ensuite leur donner l'absolution ; et l'on se flattait de l'espoir que l'exemple des notables serait décisif pour la conversion du grand nombre. En conséquence Seignelay écrivit le 22 novembre à La Reynie :

' Contre le gré de Seignelay qui, pour l'empereur Constantin. Il fallut à diverses le punir d'avoir embrassé le parti de reprises l'inviter à se renfermer dans ses Louvois, lui fit ôter les affaires des pro- attributions, et à ne pas contrecarrer les testants et les fit donner au lieutenant- ordres donnés aux commissaires par La civil I.e Camus. Mais le procureur-général, Reynie, en ce qui concernait les abjuraennemi mortel de celui-ci, avertit Lou- tions (22 novembre :685) et la dénonciavois et tous deux en parlèrent au roi qui, lion des fugitifs (2t décembre), sur-le-champ, annula sa première déci- '' Clément, La Police sous L. XIV, sion {Mcm. de Sourclies, I, 343). I.e Camus p. 272.

témoignait un grand zèle; il allait cher- ^ Arch. de la marine. Reg. des dé-

chcr des moyens de conversion, c'est-ù- pêches. dire de contrainte, dans l'histoire de

La journée du 14 décembre i68j. i63

Sa Majesté a fort approuvé la proposition que vous avez faite d'assembler trente ou quarante personnes des principaux de la R. disposés à se convertir, afin qu'après que Sa Majesté leur aura parlé ou fait parler fortement de sa part, on puisse s'en servir et s'assurer du succès d'une conférence ainsi qu'elle a été proposée. Il faut donc, s. v. p., que vous travailliez dans cette vue, et que vous preniez la peine de m'envoyer les noms et les qualités des personnes que vous destinez à cet effet (O ' 29).

Le lendemain, le secrétaire d'État félicitait La Reynie et l'invitait à sévir avec énergie contre les récalcitrants :

Votre projet sur la conversion de la R. P. R. est le meilleur du monde... Je conviens comme vous qu'il faut que ce dessein soit suivi et exécuté promptement, et Sa Majesté voit et connaît clairement que personne ne va plus juste au but en cette affaire. . . Il faut sans difficulté faire entendre à ceux qui paraîtront les plus opiniâtres, qu'ils ne doivent pas s'attendre de demeurer en repos dans leurs biens tant qu'ils feront profession de la R. P. R., et que leur demeure dans Paris ne sera pas un asile pour eux, et à l'égard de ceux qui pourraient s'échapper à dire quelque chose contre le respect dû aux magistrats qui leur parleront, Sa Majesté veut qu'ils soient envoyés en prison et punis d'autres peines proportionnées à leurs insolences... (O^ 29).

Seignelay ajoute dans une lettre analogue du même jour adressée à Harlay :

Il est pareillement fort utile de faire entendre aux maîtres des métiers que, dans la suite, Sa Majesté ne les souffrira pas dans l'exercice de la maîtrise à moins qu'ils ne changent de religion, et Sa Majesté donne l'ordre à M. de La Reynie et à M. Robert de tenir la main à ce que les artisans nouveaux convertis soient reçus maîtres sans frais, ou qu'ils diminuent considérablement ce qu'il a accoutumé de leur en coûter pour leur réception (Fr. 17421, f» 124).

Les listes dressées par La Reynie et conservées parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale, attestent que l'assemblée projetée nécessita un travail préparatoire considérable ; ces listes contiennent cent vingt-cinq noms, et il y a tout lieu de penser^ comme on le verra plus loin, qu'elles sont loin d'être complètes^ et qu'il fallut agir sur près de trois cents personnes. Le procureurgénéral et le procureur du roi se partagèrent les soixante-treize noms des trois premières catégories ; mais le lieutenant-général de police fit la plus grande partie de la besogne de Harlay. La liste de première catégorie comprenait les vingt-cinq noms suivants (Fr. 7o52 f° 216) • :

* Nous mettons en caractères italiques ceux des personnes qui n'allèrent point

à l'assemblée.

164 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Allart, négociant dieppois, rue Montorgueil, dont la mère est passée en Hollande avec deux de ses enfants. Un ordre du 29 novembre l'exempta de troupes à Dieppe, parce qu'il avait promis d'abjurer.

Bar, rue Quincampoix.

Berthe [Charles- Auguste], jeune banquier, attaché à la conservation de son bien, qui suivra les Trinquant, ses alliés et conseils.

Crommelin {André), marchand de dentelles, qui suivra Le Maistre dont il est gendre.

Crommelin (Jacob), banquier, qui suivra l'exemple d'André, son parent.

Demeuves, banquier, impasse des Bourdonnais, homme de bon sens qui déHbérera droit.

Foissin père^ possesseur et amateur d'une bonne fortune.

Foissinfils, qui suivra son père.

Formont {De) aîné 1 célèbres banquiers, fils du défunt secré-

Formont {De) cadet \ taire du roi.

Hensch, banquier un peu têtu.

Lamouche, aîné ) banquiers, Picards, têtus mais attachés à

Lamouche, cadet ) leur conservation.

Le Maistre père, rue Beaubourg, riche négociant aimant la fortune et qui fera la chose de bonne volonté.

Le Maistre fds , marié, demeurant chez son père qu'il suivra.

Leroy, associé d'André Crommelin.

Margas [Etienne], banquier, rue Saint- Julien-des-Ménétriers. Ce vieillard ne voudra pas voir dégâter la belle maison qu'il a construite à Chatou.

Mauzy, grand rafineur qui produit pour deux millions de sucre par an, et fait venir de la Baltique pour deux cent mille écus de blé ; il a promis très promptement et a donné parole en présence de M. Bar.

Réau [Michel, marchand de bois], natif de Bordeaux, fort honnête homme, un peu difficile à réduire.

Renouard [David, marchand], rue des Petits-Champs, homme d'esprit qui ne prendra pas de fausses vues et suivra ses cousins Formont.

Seignoret [Jacques], Lyonnais, banquier rue de la Chanverrerie, qui n'a pas beaucoup désapprouvé ce que son frère a fait à Lyon en pareil cas.

Trinquant [Nicolas], père ) banquiers, impasse des Bourdon-

Trinquant fils \ nais : user de fermeté à leur égard.

La journée du 14 décembre 168 j. i65

Van Gangelt^ aîné \ fils de banquier qui suivront leur oncle

Van Gangelt cadet ) Trinquant.

Nous ne citerons que huit des vingt-deux noms de la liste de seconde catégorie (Fr. 7082 f° 228).

Bonenfant, marchand, rue Quincampoix, plus d'aux trois quarts résolu.

Jourdan [Charles], riche marchand parfumeur, rue des Mauvais- Garçons, à qui sa femme a fait entendre raison.

Laguèze [Jacques de], banquier, rue de la Chanverrerie, homme de raison qui a déjà devant lui l'exemple de son beau-père [Maurice] et de sa belle-mère.

Le Plastrier, joaillier bien établi, au coin du Châtelet, qui déjà ne regimbait plus que contre le premier formulaire^.

Maurice, beau-frère de Laguèze qui le suivra. Doux, faut fermeté.

Sénegat, rue de la Chanverrerie, bon marchand qui marchera bien aisément.

Testart [Jacques], bon marchand de drap de soie, un peu éloigné et têtu, mais qui suivra l'exemple.

Tour ton, banquier lyonnais, rue des Mauvaises-Paroles, qui marchera bien aisément.

La liste de troisième catégorie comprenant vingt-six noms, se

terminait par les suivants (Fr. 7052 f° 224) :

Chardin, marchand à la vallée de misère \ , , rr ■

T^ • I j /-, ■ • i dont les affaires sont

Uorigny, marchand rue yumcampoix 1 a- a

y'-> • / ' 1 /~^ - ! en Ucooroïc et

Lrrimpre, rue de devres ' . ^

, - , . 1 qui ne feront pas

Montotron I ^ ^ -.-rr 1 :

■c-^^ ■ -n- grande difficulté,

rittan, joaillier / °

D'une autre liste plus étendue nous avons extrait cinquantedeux nouveaux noms, entre autres (Fr. 7052 f° 221) :

Amiaiid, fameux chirurgien-barbier, de la rue de La Huchette.

Cailloué, libraire, galerie neuve du Palais, frère de la veuve de Varennes.

Conrart père [de l'ancien de Charenton] ) rue des Vieilles-

Conrarf fils [frère de l'ancien de Char.] ) Étuves.

• Alias Van Guhenguel. Claude écrit: contenait le symbole de Nicée et tous les

Van Ganguel. articles particuliers du dogme catholique.

' I.e premier formulaire rédigé par II abandonna bientôt cette formule pour

l'archevêque de Paris, Harlay de Champ- en adopter une autre beaucoup plus brève

vallon, prélat plus rigide sur le chapitre et plus générale. On les trouvera plus

de la doctrine que sur celui des mœurs, loin toutes deui.

i66 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.

Lémeri aîné', avocat ^

Le'mert cadef, médecin chimique ( au faubourg Saint-Germain.

Peiitot, peintre en miniature )

Rozemont, ancien de Charenton, non exilé avec ses collègues, et père de deux ministres apostats, rue des Marais-Saint-Germain.

Van Rabais, marchand chez Demeuves, impasse des Bourdonnais.

La préparation de l'assemblée ne fut pas seulement une tâche considérable; malgré l'intimidation, malgré les menaces bientôt suivies d'effet, elle fut ardue : M. Robert le confesse dans une lettre du lundi 26 novembre adressée au procureur-général :

J'ai fait, Monsieur, si peu de progrès aujourd'hui que je n'ose quasi avoir l'honneur de vous en rendre compte : un seul banquier m'a donné parole; les autres ou sont demeurés fermes et opiniâtres ou demandent beaucoup de temps. Je leur ai fait promettre de revenir mercredi, et j'espère que les réflexions qu'ils auront lieu de faire les rendront un peu plus raisonnables. Le marchand de bois nommé Paris, qui est un des plus riches et des plus fiers de son quartier et lequel a envoyé ses enfants à Genève, a été arrêté ce soir en vertu d'un décret donné par M. de La Reynie (Fr. 17420, f° 146).

Le même jour, La Reynie informait le procureur-général des résultats plus encourageants qu'il avait obtenus :

Lepage (marchand orfèvre, de la seconde catégorie) m'a dit nettement. Monsieur, qu'il ne changerait point de religion. Cougnard a donné parole. Le Gendre a parlé de façon qu'on attend une bonne réponse. Allart, grand négociant de Dieppe, a promis précisément, et Burgeat, marchand, m'a laissé beaucoup de sujet d'espérer. Le peu de temps qu'il y a pour se résoudre fait la principale difficulté à son égard; il voudrait bien pouvoir agir de concert avec toute sa famille. Il me reste pour demain Trouillon, Dorigny, Durand, Lafargue et Lasseur, et après cela, Monsieur, j'irai vous demander de nouveaux ordres. Je me donne l'honneur, Monsieur, de vous envoyer un mémoire touchant Haran, banquier (de la seconde catégorie), qui pourrait servir à lui faire un peu de peur (Fr. 17420, f" 167).

Le lendemain, 27 novembre, La Reynie, moins heureux que la veille, écrivit à Harlay:

J'ai continué encore aujourd'hui. Monsieur, la mission commencée; j'ai vu Margas, Lafargue et Durand, ses gendres, et quelque presse que j'aie pu faire, ils ont persiste à demander encore vingt-quatre heures pour rendre une réponse positive. Bernard a donné parole en présence de son père après beaucoup de combats; mais il a des raisons très importantes pour son commerce qui l'obligent de demander un grand secret... Tourton (banquier, seconde catégorie) a aussi donné parole, mais sous la même condition du secret; car si son dessein était connu avant qu'il eût pris ses mesures à l'égard

La journée du 14 décembre 168 j. 167

de quelques étrangers, il souffrirait un très grand préjudice. Périgois, qui avait déjà expliqué ses sentiments à M. le procureur du roi, m'a aussi parlé positivement; il a disposé son beau-père, appelé Chevalet et il espère en attirer encore d'autres en tenant son dessein couvert encore pendant quelques jours. Trouillon (apothicaire, 3'^ catégorie) m'a parlé comme un homme mal disposé et il croit, à ce qu'il dit, rendre dans deux jours la même réponse qu'il aurait pu faire aujourd'hui. J'ai parlé, suivant votre ordre, Monsieur, au sieur Estrang, et je lui ai parlé assez mystérieusement et fortement pour présumer qu'il peut avoir quelque inquiétude. M. le procureur du roi a commencé les poursuites contre Haran, et je lui ai fait savoir ce que vous aviez ordonné touchant Robethon'. Nous avons, lui et moi, essayé de rappeler le souvenir de ce qu'il pouvait y avoir à faire à l'égard de Van GuhengueP, et il nous a été impossible d'en venir à bout. Le marchand qui fut emprisonné hier au soir envoie à Genève pour faire revenir ses enfants qu'il y a fait passer' (Fr. 17420, f» 168).

Trois jours plus tard, c'est-à-dire le 3o novembre, Seignelay invitait le procureur-général à mander La Re3'nie et M. Robert, pour dresser un état de la situation, le roi ne voulant point qu'on exécutât « ce grand œuvre » avant qu'il eût donné de nouveaux ordres. Le lendemain La Reynie adressait à Harlay le billet que voici :

J'ai parlé, suivant votre ordre. Monsieur, à M. Testard, et il m'a paru un peu embarrassé de sa personne; il m'a demandé avec beaucoup d'instance un peu de temps et je crois même qu'il se serait contenté d'un jour; mais j'ai été ferme et je n'ai point capitulé avec lui, il avait de la peine à s'en aller, et je suis bien trompé s'il ne se ressouvient de ce que vous lui avez fait l'honneur de lui dire. M. le procureur du roi et moi ne manquerons pas. Monsieur, de nous rendre demain matin chez vous à neuf heures du matin, qui est l'heure que vous nous avez fait l'honneur de nous donner (Fr. 17423, {•> 174).

M. Robert, qui semble n'avoir eu qu'une médiocre sj'mpathie pour le projet d'abjuration en commun, en signalait, le 2 décembre, les inconvénients au procureur- général:

. . .Le sieur de Grandchamp, que j'ai vu après-midi, m'a paru tout déterminé et n'attend plus qu'une réponse à une lettre qu^il a écrite au R. Père de La Chaise, pour se déclarer ouvertement. Deux autres, que j'ai vus aussi après-midi, qui sont Plastrier (2" catégorie*) et Robethon, qui étaient des plus

' Robethon (3« catégorie), frappé d'une valet de chambre, et de M"" Van Ganguel,

mesure de répression, exil ou garnison, fille du banquier hollandais et nouvelle

doit être Jean, banquier associé de Moïse convertie (Mém. de Sowches, I, 379).

Cousin, et non l'ancien de Charenton. ' Jean Paris de Clorignon, marchand

Sa femme avait été arrêtée à Lafère le de bois, allié des Girardot.

22 octobre avec Elisabeth et Jeanne Oudri. * Dans une lettre précédente, M. Robert

Robethon s'enfuit à l'étranger en 1686. disait: Plastrier, marchand joaillier, est

Le 28 décembre, Louis XIV signa très opiniâtre et très peu capable, il est

l'acte de mariage de Niert, son premier garçon. Son père, qui est à Lyon, a ab-

l68 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

opiniâtres et des plus durs, me paraissent vouloir s'adoucir et se rapprocher ; mais en même temps j'ai appris que deux horlogers qui m'avaient donné parole, et qui avaient signe entre les mains du commissaire Delamare, se sont rétractés, et il me semble que le fruit que nous pouvons attendre de ce nombre d'abjurations qui se feront en même jour n'est pas [assez] considérable pour risquer de perdre des personnes que nous avons acquises, et qu'il est périlleux d'exposer ceux qui ont pris une bonne résolution au hasard de la rétracter malheureusement, en différant de la leur faire exécuter (Fr. 17420, P 175).

Seignelay partagea sans doute les craintes émises par le procureur du roi, car il s'empressa de faire savoir à La Reynie qu'il était urgent d'en finir. « J'ai reçu, lui écrivait-il le mercredi 5 décembre, le mémoire que M. le procureur-général m'a envoyé, et comme je crois que le nombre de ceux de la R. P. R. qui ont donné parole de se convertir augmente, je crois qu'il faut conclure promptement le projet que nous avons fait. Je vous prie de me faire savoir par le retour de ce même cavalier si vous estimeriez à propos que je me rendisse demain au soir à Paris pour voir vendredi matin M. le procureur-général, et prendre heure pour faire l'assemblée dont il est question à vendredi après dîner ou samedi à quelque heure » (Reg. du Secr., O ' 29).

Les préparatifs n'étant pas terminés, l'assemblée fut fixée au vendredi 14 décembre. En attendant, La Re3'^nie se multipliait, parlait, menaçait, envoyait des garnisaires et emprisonnait, témoin ses billets du 4 et du 5, adressés à Harla}':

4 décembre i685. Quoi que j'aie pu faire, je n'ai pu savoir autre chose de M. Chardin, si ce n'est qu'il demeure rue Neuve-Saint-Merry chez MM. Forne et Jouan ou chez M. Delat, avocat en la cour, rue GeoftVoy-l'Asnier, proche le cimetière Saint-Jean. Le sieur Meusnier, banquier négociant, que je croyais tout à fait éloigné, m'est venu dire qu'il avait étudié depuis sa dernière conversation, et que dans la fin de la semaine il pourrait parler plus précisément. Je crois que Rcau en fera autant et que les autres pourront encore se raviser (Fr. 17430, P 176).

5 décembre i685. J'ai parlé à Guerineau; mais je ne sais, Monsieur, si ce que je lui ait dit sera de quelque utilité; j'ai fait cependant tout ce que j'ai pu pour bien exécuter vos ordres et pour suivre le plan qu'il vous a plu de me donner. Adrien [lisez: André] Crommelin, gendre de Le Maistre, banquier, a été arrêté ce soir et mis à la Bastille (Fr. 17420, f" 173).

Le 7, La Reynie faisait chercher Chardin pour lui reprocher «son mauvais procédé» et l'envoyer à Harlay qui voulait le voir;

juré depuis peu. Il est fils d'une mère fiorie), à qui M. de I.a Reynie a parlé, catholique et a deux frères Pères de est plus ferme que jamais (Fr. 17420, l'Oratoire. Meusnier, banquier (2° caté- i" lOO-

La journée du 14 décembre i68j. 169

en même temps il priait celui-ci d'intervenir auprès de prêtres trop ardents qui ne savaient pas se prêter aux circonstances:

C'est précisément, Monsieur, tout ce qu'on doit craindre qui arrive et ce qui a besoin de votre autorité et de votre sage conduite. Il n'y a rien que les gens de la religion craignent davantage que de tomber entre les mains de ces indiscrets zélés, et plusieurs d'entre eux refusent de se faire catholiques pour n'être pas livrés aux dévots et aux pasteurs de ce caractère d'esprit. Je suis persuadé, Monsieur, que, s'il vous plaît de faire sentir combien vous improuvez une telle conduite, l'effet en sera grand, et je ne le crois pas moins nécessaire; car ce bon curé n'est pas le seul qui a de bonnes et pieuses intentions pour jeter tout par les fenêtres (Fr. 17420, P 179).

A mesure qu'approchait le jour fixé, la résistance s'accentuait, d'un côté, et de l'autre, la répression. Le 8 décembre, des ordres d'exil étaient envoyés aux marchands de bois Réau, De Bussière et Girardot de Chancour. Le 12, La Reynie écrivait à Harlay:

J'ai exécuté vos ordres. Monsieur, ce matin avant d'aller à Vincennes; je ne sais si M. le procureur du roi aura fait exécuter le décret contre Guerineau. Je n'ai point entendu parler d'Haran. M. de Seignelay m'a fait l'honneur de m'écrire qu'il y avait quatre gardes de la prévôté dans la maison de Margas à Chatou, à raison de demi-pistole pour chacun outre la dépense.

J'ai envoyé ce matin, suivant ce que vous aviez ordonné, à M. Blondot la liste des noms et des demeures de ceux à qui j'ai parlé. Je ne sais, Monsieur , si vous avez demandé un ordre du roi pour le nommé Dalais; mais je ne connais personne de ce nom. L'ordre à ce M. Dalais est pour se rendre à Dinan en Bretagne. Il me semble avoir entendu nommer un nom de cette sorte au nombre de ceux qui étaient proposés pour faire quelque petit exemple. Grâces au Seigneur, vous fournirez, Monsieur, de quoi faire une belle et nombreuse assemblée. Je n'ai rien fait aujourd'hui non plus que les autres jours, et je n'ai eu qu'un seul gros négociant de Dieppe, appelé Le Gaigneur (Fr. 17420, f'' 186).

Enfin le vendredi 14 au matin, l'assemblée ne devant avoir lieu qu'à trois heures de l'après-midi, La Reynie indiquait encore à Harlay trois personnes qu'il y fallait mander:

Il semble, Monsieur, qu'il serait nécessaire qu'il vous plût de faire écrire à M. Blondot de faire avertir les sieurs Falaiseau et Testard de la même manière que les autres l'ont été. Et ceux-là ne seront pas des moins considérables de l'assemblée.

Puisque vous m'ordonnez. Monsieur, de vous expliquer ma pensée sur le sieur Tranchepain, je crois qu'il ne devrait point être dispensé de se trouver à l'assemblée; il s'est pressé de faire son abjuration dans la vue d'en être dispensé; mais il n'a et ne peut avoir de raison de ne s'y pas trouver qui ne soit commune à tous les autres (la fausse honte)...

Le sieur de Roquigni, .banquier, m'a donné aussi parole (Fr. 17420, fj 187).

170 Révocation de l'Edît de Nantes à Paris.

Par déférence, Harlay ne voulut pas que la réunion eût lieu chez lui, comme l'avait proposé Seignelay; en conséquence celui-ci vint de très bonne heure à Paris et fit préparer son hôtel '. Les papiers de La Reynie qui donnent le nombre des assistants, restent muets sur ce qui se passa entre eux et les gens du roi. Essayons au moins de nous représenter la situation morale des uns et des autres. Le temple de Charenton a été rasé; l'enclos et la maison du consistoire servent de prison aux jeunes filles ravies à leurs parents; les pasteurs, bannis, sont à l'étranger; à l'exception de Falaiseau, Rozemont, Tassin et Gaucher, les vingt-quatre anciens sont en exil; le culte public est aboli; mais la destruction extérieure du protestantisme ne suffit pas à l'époux de M™^ de Maintenon: persuadé qu'on ne détruit radicalement que ce qu'on remplace, il veut que tous ses sujets soient catholiques. Ministres et subordonnés de tout genre s'acharnent à ce qu'ils appellent la conversion des protestants: ils achètent ceux dont la conscience est à vendre; ils contraignent les pauvres et les gens de métier à l'abjuration, par la faim ; les riches, par la ruine, en retenant leurs rentes, en leur donnant des garnisons insatiables, et tous, par la prison, l'exil, l'enlèvement des enfants et la dragonnade. La terreur règne à Paris comme dans le reste de la France. Les magistrats ont pris leur parti: pour complaire au maître, la justice ira jusqu'au bout dans cette voie d'iniquité.

Les victimes, au contraire, sont plongées dans la morne tristesse qui étreint les cœurs aux jours de calamité publique: Dieu n'a-t-il pas encore une fois abandonné les siens? Les pères, il est vrai, ont triomphé d'épreuves plus cruelles encore; mais leur antique vertu n'habite point en des fils dégénérés, qui essaient vainement de reprendre courage et de se rasséréner par la foi. Tels qui jugeaient naguère tous les maux préférables à l'abjuration, prêtent aujourd'hui l'oreille aux tentateurs qui leur montrent dans l'abjuration l'unique remède à leurs souffrances. Aussi les invités de Seignelay arrivent-ils un à un et soucieux, même ceux qui se sont laissé gagner sans trop d'effort comme Allart, Cougnard, Tourton, Perigois. Trinquant, Paul Girardot de Préfonds; et combien plus abattus Estrang, Ilaran, Testard, qui n'ont cédé qu'à la menace, Réau et De Bussière, dont l'ardeur n'a été calmée que par une lettre de

• Si nous ne nous trompons, cet hôtel de-chauss<îe est occupd aujourd'hui par devait être celui de son père, situî; rue l'administrateur de la Bibliothèque na- Neuve-des-Petits-Champs, et dont le rez- tionale.

La journée du 14 décembre 168 j. 171

cachet. Sans connaître exactement le motif de cette subite comparution (car le dessein relatif à l'assemblée avait été tenu extrêmement secret), les autres sont inquiets, anxieux; quelques-uns, pressentent un piège, un guet-apens, ils se reprochent comme une faute, d'être venus : n'auraient-ils pas dû suivre plutôt l'exemple de Robethon, de Trouillon, de Girardot de Chancour, que les menaces n'ont pu contraindre à sortir de chez eux, et celui de Guerineau, décrété depuis deux jours; de Dalais exilé; de Margas, chez lequel on a mis une garnison; d'André Crommelin, de Malenoé, de sa femme et de son fils, du baron de La Motte, de la veuve Viriot, qui sont à la Bastille; de Pierre Jacob, enfermé au For-l'Évêque; de Paris de Clorignon, d'Etienne de Lautrecq, de Jean Ory, de Philippe Follet, prisonniers au Châtelet; des deux Formont et de leur mère qui, comme tant d'autres, sont passés à l'étranger? Les plus sérieux ont horreur de l'abjuration comme d'un acte d'hypocrisie qui compromettrait leur salut éternel; car ils croient qu'on ne peut se sauver dans l'Eglise romaine^ et que le péché irrémissible consiste à sortir de l'Eglise véritable pour entrer dans l'Eglise de l'Antéchrist, « enivrée du sang des saints et des martyrs ».

Ils s'étonnent de trouver réunis un si grand nombre de leurs coreligionnaires, et leur inquiétude s'accroît pendant qu'ils échangent quelques mots à voix basse avec des amis aussi peu renseignés qu'eux-mêmes. Les banquiers et les grands négociants, types de la lo3'auté commerciale, éprouvent quelque humiliation au contact de certains boutiquiers médiocrement estimés, et un peu de gêne vis-à-vis de Massienne, d'Élie père, de Creuzé, de Tranchepain, d'Hersant et des deux Massé, qui ont déjà fait «le saut périlleux». Falaiseau, ancien de Charenton, dont la scandaleuse faiblesse a reculé devant l'exil, apparaît si pâle et si défait qu'il n'excite que la commisération, tandis que la vénalité du joaillier Pittan, connu par une double abjuration à prix d'argent, inspire le mépris et le dégoût.

Enfin le secrétaire d'État, marquis de Seignelay, bruyamment annoncé, entre suivi du procureur-général, du procureur du roi et du lieutenant-général de police. Ils promènent leurs regards sévères sur l'assemblée qu'ils comptaient devoir être plus nombreuse, et cherchent vainement plusieurs de ceux qui leur avaient donné parole: Chevalet, Grandchamp, Meusnier, les frères Gautier, avocats, Ebstein, Girardot de Chancour, De Roquigny, etc., etc.

On ne sait qui porta la parole; mais un discours astucieux et digne de la circonstance fut prononcé. L'orateur feignit de croire

Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.

que les assistants étaient venus de leur plein gré, pour répondre au dessein que le roi avait formé de ramener tous ses sujets à la foi catholique. Il les assura que Sa Majesté, heuseuse d'apprendre leurs bonnes dispositions, les honorait de sa bienveillance et de sa considération; qu'en ce qui concernait le culte, elle ferait tout ce qui dépendait d'elle pour réformer les abus qui les choquaient le plus. Il leur promit notamment la restitution du calice eucharistique, et leur fit entendre qu'en reconnaissance d'une telle faveur. Sa Majesté les invitait à signer la pièce qui allait leur être présentée. Il jugea nécessaire de s'empresser d'ajouter que, tel étant l'ordre du roi, nulle hésitation n'était permise et que la moindre désobéissance serait sur-le-champ sévèrement réprimée. « Cela se passait le bâton haut, rapporte Claude, et avec un grand air d'autorité; il y en eut pourtant quelques-uns qui osèrent ouvrir la bouche». On devine aisément ce que put leur dicter un sentiment de légitime indignation : L'article XII de l'édit révocatoire ne portait-il pas que, à condition de ne faire ni exercice ni assemblée, les protestants ne seraient point inquiétés sous prétexte de la R. P. R., « en attendant qu'il plût à Dieu de les éclairer comme les autres »? La surprise et la violence peuvent-elles donc éclairer les consciences? Si, se prétendant maîtresse des âmes qui n'appartiennent qu'à Dieu, l'autorité foule aux pieds la parole royale et les édits, que reste-t-il aux opprimés, dans le naufrage du droit et de la justice, si ce n'est d'en appeler au tribunal du souverain juge, devant lequel rois et sujets doivent un jour comparaître? — La situation devenait critique. Si les huguenots continuaient à discuter et à s'indigner, la réunion pouvait mal tourner. Il y fallait pourvoir: Seignelay jeta le masque, en donnant ordre de fermer les portes, et en déclarant que nul ne sortirait sans avoir signé. Malgré leur hauteur, il est permis de penser que les fiers magistrats étaient mal à l'aise dans ce rôle de bandits extorquant des signatures comme au coin d'un bois, et qu'ils avaient doublement hâte que la corvée fût finie. L'appel commença aussitôt. Interdits, stupéfaits de tant d'audace et d'impudeur, les malheureux signèrent tous l'un après l'autre, et ne reprirent possession d'eux-mêmes qu'au grand air et petit à petit. Plusieurs, déshonorés à leurs propres yeux, avaient le désespoir dans l'âme, et résolurent de réparer une si lourde faute.

Voici l'acte jésuitique et mensonger à tous égards qu'on leur avait fait signer:

Je. . . crois de ferme foi tout ce que l'Église catholique, apostolique et romaine, croit et professe. Je condamne et rejette très sincèrement toutes les

La journée du 14 décembre i6Sj. 1 78

hérésies et opinions erronées que la même Église a rejetées et condamnées. Ainsi Dieu soit à mon aide et ses saints Évangiles, sur lesquels je jure de vivre et de mourir dans la profession de cette même foi.

Nous soussignés, négociants, faisant profession de la R. P. R., mandés en l'hôtel de Mgr. le marquis de Seignelay, secrétaire d'État, après avoir conféré ensemble sur ce qu'il nous a fait l'honneur de nous dire que le roi ayant été informé de nos bonnes dispositions, et de la manière dont nous répondions aux intentions de Sa Majesté et aux soiits qu'elle prend de réunir tous ses sujets à la religion catholique, Sa Majesté avait bien voulu nous faire témoigner la satisfaction qu'elle en avait, et nous faire assurer en même temps de sa protection, promettons de faire incessamment notre profession de foi conformément à l'acte ci-dessus transcrit. Fait à Paris, le 14 décembre i635.

Nous y joignons les noms des signataires par ordre alphabétique :

Allart (Jacques), [i""^ catégorie].

Aubry.

Bar, [i""^ catégorie].

Bernard (Samuel), [qui devint le célèbre financier, 2*= catégorie].

Bodin.

Bouxin (Louis), [marchand du quartier Sainte-Opportune, ayant boutique au Palais, 2^ catégorie].

Burgeat (Jérémie), [marchand, gendre de Louis Crommelin de Saint-Quentin, ■2,'' catégorie].

Bussière (De), [marchand de bois, parent des Girardot].

Chardon (J.), [Jean, marchand, dirigé par son cousin Chardon l'avocat, 3^ catégorie].

Chaussé, [rue Saint-Guillaume, 4^ catégorie].

Cougnard (Michel), [orfèvre chez Isaac Coutin, orfèvre, rue de Harlay, 3^ catégorie].

Cousin [Moïse, associé de Jean Robethon, banquier, rue des Lavandières, 3^ catégorie].

Creuzé (D.), [orfèvre chez Catillon, orfèvre, quai de l'Horloge, au Grand rubis, qui avait déjà abjuré].

Crommelin (Jacob), [i'''= catégorie].

Demeuves, [1'''= catégorie].

Domanchin, [Salomon, rue des Petits-Augustins, gendre de l'ancien de Charenton Rozemont, secrétaire des finances du duc d'Orléans et régisseur de M"*" des Gorris].

Dorigny, [3*= catégorie].

Elle père, [qui avait abjuré depuis plus d'un mois].

174 Révocation de l'Èdit de Nantes à Paris.

Estrang (Antoine), [marchand, rue Saint-Honoré, 3= catégorie] «.

Estrang (Jacques).

Falaiseau (S.). [Samuel, banquier, rue des Cinq-Diamants, et ancien de Cliarenton].

Foissin (P.), [i""" catégorie, marchand, rue Saint-Denis devant Saint-Leu].

Girardot [de Préfonds (Paul), marchand de bois, porte Saint- Bernard, 4*= catégorie].

Haran, [riche marchand-banquier, rue de la Chanverrerie,

2"= catégorie].

Hensch, [i" catégorie].

Hersant (Henri), [joaillier, quai de l'Horloge, proche le Saphir, où demeurait un autre Henri Hersant, aussi joaillier], il avait déjà abjuré.

Huglas.

Jallot (Pierre), [rue des Mauvaises-Paroles, 4^ catégorie].

Jourdan, [2'= catégorie].

Laguèze (De), [2'= catégorie].

Lamouche, [i""" catégorie].

La Trémolière, [gendre de Foissin].

Lefèvre, [rue Béthisy, au Soleil d'or].

Le Gaigneur (T.), [gros négociant dieppois, qui avait pris l'engagement de signer].

Legendre (Jean-François), [député du commerce de Rouen, rue

Béthisy, 4"= catégorie].

Lejay, [Isaac, marchand].

Le Maistre [Jacques, sieur de la Trésorerie et de la Thibaudière, qui devint fermier-général, i" catégorie].

Le Plastrier (J.), [2= catégorie].

Lorrain (J.), [bon orfèvre du quai des Orfèvres, près le Chàtelet, 3" catégorie].

Martin (E.). [Serait-ce un fils de Pierre, orfèvre, et un frère d'Anne Martin, qui fut arrêtée près de Mons avec son mari Louis Du Grenier, orfèvre et sa belle-mère, peu de jours avant la Révocation ?]

Massé [Théophile, orfèvre à la porte de Paris, dont la femme était sans doute sœur du peintre Jean Laurent, qui avait déjà abjuré].

» Ancien partisan du ministre Morus, vant la chambre de l'Édit la destitution et l'un de ceux qui avaient attaque de- prononcée contre lui par le consistoire.

La journée du 14 décembre i68j. lyS

Massé, [joaillier, quai de l'Horloge, aux Cinq-Diamants, qui avait déjà abjuré].

Masseyron.

Massienne (Jean), [joaillier du quai de l'Horloge, à Sainte-Catherine, qui avait déjà abjuré].

Mauzy, [i''^ catégorie].

Mermier.

Oudry (F.), [rue Des Lavandières, 4^ catégorie, sans doute père des demoiselles Oudry, fugitives, arrêtées à Lafère le 22 octobre i685].

Pain, [Elie, fils du ministre de Châtellerault, bon marchand, rue des Bourdonnais, 2^ catégorie].

Pencot.

Perigois (G.), [bon marchand joaillier, proche le Chàtelet, signalé dès la fin de novembre comme tout disposé à l'abjuration, Z" catégorie].

Petit [Isaac, maître maçon, fils de feu Adrien, architecte ?]

Pittan [Pierre, joaillier-lapidaire, qui avait abjuré deux fois depuis la Révocation, et que Pellisson accusait de faire de l'abjuration une industrie, 3"= catégorie].

Prondre, [jeune marchand, rue du Petit-Lion, 3*= catégorie].

Réau, [dont la résistance avait été abattue sur-le-champ par un ordre d'exil du 8 décembre, 1'''= catégorie].

Renouard, [David, fugitif arrêté le 22 décembre, ainsi que Marie Garnault, sa femme, 1'^'= catégorie].

Roger [Jean, marchand fort riche et fort intéressé, beau-père du ministre Allix, 2*= catégorie].

Rondeau [Élie père].

Seignoret, [1'^'= catégorie].

Testart, [2^ catégorie].

Tourton (Jean Claude), [2*= catégorie.]

Tranchepain, [riche marchand, 2''catégorie, qui avait déjà abjuré].

Trinquant, [1'''= catégorie].

Vernezobre, [soit Mathieu, soit Jean, frères et marchands, impasse des Bourdonnais. Jean avait épousé Marie Chefdhomme en 1682, 4"= catégorie].

Les soixante-trois signataires se répartissaient ainsi :

i3 de la i'''^ catégorie, qui comprenait 2,5 noms; 12 de la 2,", qui en comprenait 22 »

9 de la 3% » 26 »

176 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.

8 de la liste plus étendue comprenant 52 nouveaux noms; enfin 21, c'est-à-dire un tiers, pris partout où l'on put, dans des catégories inférieures. Les quatre premières catégories, représentant 125 personnes, n'ayant donné que 42 signataires, et la proportion de ceux-ci baissant avec le chiffre de la fortune, on doit admettre que la pression exercée pour obtenir ces 63 signatures dut s'étendre à près de 3oo commerçants.

La police, qui s'était crue jouée, se vengea sur quelques-uns de ceux qui n'avaient pas assisté à l'assemblée : elle mit chez Jacques Du Bourg, maître orfèvre, une garnison qui y resta jusqu'au 27 décembre, jour de son abjuration; elle exila Grandchamp, Gautier, Lalo (16 décembre), Pezet ou Pizet, Guillemot et sa femme (19 décembre), Mangeot (28 décembre), Chauvet, ainsi que sa femme, Haran (29 décembre) et le sieur de Ruppin (i3 janvier). Elle envoya De Bligni, Margas (déjà pourvu d'une garnison) et Gobelin à la Bastille (19 décembre), et Seignelay ordonna de «charger de troupes» la maison que le dernier possédait à Gillevoisin, près d'Étampes. Pierre Durant, gendre de Margas, fut mis au Châtelet (21 décembre), et Cuville, à la Bastille (3i décembre). On emprisonna aussi Samuel Hébert, compagnon orfèvre (3 janvier), Georges Leclerc, sieur de Villiers (8 janvier) ; on conduisit au Forl'Évêque, Jean Caron (12 janvier); à la Bastille, Fabre, Harouard de Bouilly (12 janvier), Tavernier, négociant de Villiers-le-Bel (i3 janvier), Lacombe et Dersigny (i5 janvier). Meusnier fut arrêté le II janvier; Desgrez, porteur de la lettre de cachet, le trouva prêt, «son paquet disposé pour la Bastille, et dans une grande résolution pour demeurer dans sa religion »; mais sur les instances de sa femme, il se montra bientôt disposé à plier, de sorte que, le 16, La Reynie fut autorisé à lui rendre la liberté lorsqu'il le jugerait à propos. M""*"^ Guignard, Isaac Mesnard et Schenœuvre furent également mises sous les verrous. On n'arrêta pas Trouillon, riche apothicaire; mais sa femme, jugée plus «opiniâtre» encore que lui, fut envoyée aux Nouvelles-Catholiques, le roi espérant que «la conversion de la femme amènerait celle du mari ». Tous deux se réfugièrent ensuite à Bâle, et il semble résulter du testament du mari {Btdlet., IV, i3o) qu'il n'avait point abjuré. La Reynie envoya à l'Hôpital-Général Rebours et deux femmes des plus «opiniâtres». Lafargue, gendre de Margas, et le graveur Maurice n'évitèrent la prison qu'en prenant la fuite.

La grande journée du 14 décembre, sur le succès de laquelle le roi et ses ministres avaient compté pour créer un courant d'ab-

La journce du i^ décembre i6Sj. 177

juration qui entraînerait les masses, n'eut point à beaucoup près le résultat qu'on en avait espéré. Seignelay, à qui deux jours d'attente avaient paru longs, écrivait le 16 à La Reynie: «J'attends avec impatience des nouvelles de l'effet qu'aura produit dans Paris l'assemblée qui fut faite dernièrement chez moi, et je vous prie de me faire savoir ce qui est parvenu à votre connaissance» (O' 29). Cinq jours après, il constatait qu'un grand nombre des signataires ne s'empressaient nullement de réaliser leur promesse : «Sa Majesté a été informée, écrivait-il encore à la Reynie, que peu de ceux qui signèrent chez moi l'autre jour, ont rapporté leur acte d'abjuration; je crois qu'il y en a quelques-uns à qui il est bon de laisser du temps pour travailler à la conversion de leur famille ; mais il ne faut pas perdre cela de vue et fixer ce temps à peu de jours, afin que cela ne puisse pas faire un mauvais effet à l'égard de ceux qui tiennent encore» (O' 29). Les mots «rapporter leur acte d'abjuration » nécessitent un éclaircissement.

La pièce signée chez le secrétaire d'État, offrait l'étrangeté d'être tout à la fois une promesse d'abjurer et un véritable acte d'abjuration, selon la formule adoptée par le clergé. Toutefois l'acte était nul aux yeux de celui-ci, pour lequel il ne saurait y avoir d'abjuration valable sans cérémonie publique, c'est-à-dire sans le concours du prêtre. La signature extorquée par «une violence salutaire» devait être suivie d'un acte infiniment plus grave: il fallait qu'à tête reposée, n'ayant plus le couteau sur la gorge, les malheureux allassent librement s'agenouiller dans l'église détestée, participer à son culte et abjurer de vive voix la foi qu'ils avaient dans le cœur. Bien peu y consentirent. Ceux même qui avaient paru les moins attachés à leur religion hésitèrent longtemps avant de se rendre coupables d'apostasie.

Le 22 décembre Seignelay écrivait à La Reynie :

Il ne paraît pas qu'un grand nombre de ceux qui signèrent chez moi aient fait leur abjuration; il serait cependant important que cette affaire fût terminée, afin que les banquiers qui restent fussent plus fortement excités à prendre 'la même résolution.

M. le procureur du roi m'a écrit que le nommé Renouard qui avait signé chez moi, a été pris avec sa femme voulant s'en aller déguisé en Suisse.

Le 29 janvier 1686, six semaines après la grande journée, Seignelay écrivait encore au lieutenant de police: «On a dit à Sa Majesté que plusieurs de ceux qui ont signé leur acte de profession de foi n'ont pas encore abjuré, sur quoi elle m'ordonne de vous

178 Révocation de l'Edit de Nantes à Pans.

écrire de m'envoyer le mémoire de ceux qui sont dans ce cas» (O' 3o).

Nous n'avons malheureusement pas découvert ce mémoire, et les actes d'abjuration venus jusqu'à nous sont en si petit nombre, que l'on ne peut rien conclure de leur silence. A peine possédonsnous quelques renseignements qui confirment les lettres du ministre et l'affirmation d'Élie Benoit: «Il y en a fort peu qui n'aient réparé cette faute [la signature] par une repentance d'éclat, et plusieurs même ont trouvé des moyens de transporter hors du royaume leurs effets et leurs familles». Les moins éloignés de l'abjuration ne s'y résignèrent cependant que le plus tard possible ; Réau et Paul Girardot de Préfonds n'abjurèrent que le 24 décembre ; La Trémolière, que le i5 janvier, ainsi que Madelaine Fleury, femme de Le Jay, autre signataire. Le banquier Haran * fut exilé le 29 décembre pour refus d'abjurer. Il finit sans doute par céder aux dragons ; mais douze ans plus tard, des assemblées étaient tenues chez lui par le ministre Salomon Leclerc (Fr. 7046 f° 58). L'un des frères Moïse et Louis (?) La Mouche, banquiers, prit la fuite et un mandat d'arrêt fut lancé contre lui; mais nous ne savons si c'était le signataire. Le 12 janvier 1686, un orfèvre du nom de Lorrain, qui avait vendu ses meubles pour s'enfuir, soit le signataire, soit Pierre, aussi orfèvre, fut mis au For-l'Évèque. Le banquier Moïse Cousin gagna la frontière, ainsi que ses co-signataires Testard, Louis Bouxin, réfugié en Angleterre avec toute sa famille, sauf une fille, et Vernezobre, qui alla fonder une manufacture de rubans en Brandebourg. Isaac Pain, arrêté avant d'être sorti de France^ n'obtint grâce après abjuration (7 septembre 1686) que parce qu'il n'avait point abjuré avant de prendre la fuite.

Les préparatifs de l'assemblée avaient valu l'exil, la prison ou des logements militaires à dix commerçants et à cinq autres personnes; l'assemblée eut pour suite l'exil de onze autres, l'emprisonnement de vingt et une, la fuite de onze (dont cinq ou six avaient signé), et l'envoi d'une garnison pour le moins, total cinquante-neuf consciences réfractaires à l'ordre d'abjurer, chiffre presque égal à celui des signataires, dont du reste la plupart n'abjura pas. A ce point de vue la grande journée fut une défaite pour l'autorité persécutrice ; mais l'acharnement déployé par elle en cette circonstance

' Thomas Haran, compagnon vannier un an plus tard (i685), se releva coude la grande rue du faubourg Saint-An- rageusement et sortit du royaume (Fr. toinc, que la misère avait obligé d'abjurer 7o5o, f" i36, 140 et 7o5i, fi» 21b). On trouve moyennant 40 livres et 12 livres reçues un Ilarcnc réfugié en Angleterre,

La journée du 14 décembre 168 j. 179

montra clairement sa résolution de ne souffrir en France que des catholiques réels ou apparents, et fit comprendre à ceux qui n'avaient pas les moyens ou le courage de s'expatrier, qu'une abjuration feinte était leur unique ressource. A Paris, comme partout ailleurs, la violence allait engendrer l'hypocrisie et accroître singulièrement l'émigration déjà considérable.

Loin de décourager les convertisseurs, l'insuccès de la fameuse journée ne fit que redoubler leur ardeur. Pour procéder avec méthode et ne laisser échapper personne du filet, on passa de la catégorie des négociants à celle des artisans, et enfin à celle des domestiques et gens qui ne possédaient rien. Afin d'inspirer plus de terreur, les commissaires ne se présentaient qu'escortés de plusieurs huissiers ; ils allaient de porte en porte, parlant avec douceur d'abord, promettant monts et merveilles à ceux qui paraissaient dociles ou effrayés ; aux autres ils faisaient entendre des menaces et ne cessaient de répéter que c'était folie de vouloir résister aux ordres et à la puissance du roi. Enfin ils ordonnaient aux «opiniâtres» de se rendre chez les magistrats. Le billet suivant adressé à La Reynie le 24 décembre, explique sans ambages le motif de ces comparutions :

Monsieur,

M"'^ de Guise vient de me commander de vous écrire qu'elle estime, si vous voulez bien faire encore quelque semonce un peu forte à M"° de la Garde, qu'elle prendra le parti de faire abjuration, plutôt que de quitter Paris. Son Altesse Royale vous prie de lui garder le secret (Fr. 7053, f" 47).

En tête de ce billet, on lit ces mots tracés de la main de La Reynie : « Si elle ne veut pas faire abjuration, le roi ne la veut pas souffrir à Paris ».

Voici les noms de quelques-uns des courageux huguenots du faubourg Saint-Antoine, qui, pour refus de signature, furent invités à se présenter à l'hôtel du lieutenant de police. Mandés par ordre du 24 décembre: Jacques Charton, ouvrier en étoffes d'argent; Noël Bezard, marchand de bois, fils de l'ancien de Charenton ; Rémond Dufour, mercier ; Salomon Léger, marchand de vins ; Samuel Périer, ci-devant libraire ; Thomas Loiseau, orfèvre; Jean Froment, bourrelier; Simon Rattier, chandelier; la veuve Plot, marchande devins; Thomas Bellejambe, marchand de bois. Mandé par ordre du 26 : Chambot, cordonnier ; par ordre du 27 : Jérémie Lemaire, horloger ; Pierre Neveu, ci-devant concierge du temple de Charenton ; Paul Chupin, enlumineur, autre portier du temple (tous

i8o Révocation de V Édit de Nantes a Paris.

deux signèrent le 28); Jean Marguillier, vigneron; Élie Martin, ciseleur; par ordre du 28: Jean Luneau, cordonnier; Jacques Faucon, Isaac Girard et Henri Rebours, tous trois menuisiers (Fr. 7o5i f°^ 181-192). Rebours n'était point de ceux qu'on intimide; il déconcerta presque La Reynie par son audace. « J'ai trouvé aujourd'hui, écrivait celui-ci à Harlay (28 décembre), un menuisier du faubourg Saint-Antoine qui m'a parlé avec une hardiesse extraordinaire et en des termes bien forts, et je ne sais même si l'esprit de cet homme n'est point altéré, je le ferai observer de plus près, afin d'en connaître un peu mieux la situation». Et le 3o : « Le menuisier du faubourg Saint-Antoine s'appelle Rebours; je n'ai point vu encore un autre homme de la R. P. R. avec de plus mauvaises dispositions et dont l'esprit ait été aussi altéré». Harlay répondit le 3i: «Je vous envoie les ordres du roi pour faire arrêter Cuville, marchand, et le menuisier dont vous ne m'avez pas envoyé le nom » (Fr. 17420 f°= 208, 212 et 2i5). Rebours fut envoyé, le 5 janvier, à l'Hôpital-Général.

Le mandat de comparution rédigé le 25 par le commissaire Gazon, mérite d'être cité pour sa forme courtoise : « M"= Bellejean se rendra demain huit heures du matin à l'hôtel de M. le lieutenantgénéral de police, rue du Bouloir, qui désire lui parler sur le fait de sa religion. C'est l'ordre que j'ai reçu de l'en avertir, qui suis son serviteur» (Fr. 7o5i i" 46). — Les promesses arrachées par l'intimidation étaient fréquemment rétractées. Delamare se plaint, dans sa lettre du 26, de ce que les gens de son quartier, notamment l'horloger Gaudron, Le Breton et Bosquet, lui ont tenu un langage opposé à celui des jours précédents (Fr. 7o5i f° 174). Il écrit le 27 à La Reynie :

La veuve Paultrier, joaillière fort riche de la rue de Harlay, qui avait demandé jusqu'à ce matin, est venue me dire qu'elle persiste dans sa religion; je lui ai dit de ne pas manquer d'avoir l'honneur de vous voir... M. Léger a vu ce matin Lemaire, peintre fort riche et très opiniâtre de la rue Saint-Martm, qui lui a dit qu'on le ferait plutôt mourir que changer de religion '. Dubourg, orfèvre de la cour du Palais, chez lequel il y a garnison, a promis de venir demain signer (Fr. 7081, f» 192).

Le 28, le commissaire Labbé envoie à La Reynie trois menuisiers et un cordonnier dont il ne peut venir à bout.

En l'absence des pasteurs et des anciens exilés, il se trouva

> Daniel Lemaire, peintre et sculpteur, Mariette, fille de Jacques, sieur de la nd avec le siècle (il avait dpousé en i633 Fauconnière, et d'Esther Bothereau. 11 Esther Gaillard, et en l6;8, Elisabeth n'est pas mentionné dans La France ;;)0ï.

La journée du 14 décembre i68j. 181

quelques fidèles assez zélés pour visiter leurs coreligionnaires et les détourner de l'abjuration. Nous lisons dans un rapport de police du 12 janvier 1686:

On ne peut savoir la qualité du sieur Constans, qui ne fait autre chose que d'aller de maison en maison fortifier les personnes qui sont dans l'erreur; il va à Versailles et rapporte des nouvelles de ce qui se passe, ce que fait aussi Du Breuil».

Celui-ci m'a été amené ce matin par M"" Gangnot sa belle-sœur, son neveu et sa nièce, pour tâcher de le persuader. Il ne veut entendre aucune raison, se fiant sur ce... qu'on le croit à Toulon. Un mot de M. le lieutenant de police ferait effet (Fr. 705 1, f" 39).

Constans était un avocat du Languedoc, qui réussit quelque temps à dépister la police en se réfugiant, paraît-il, chez l'envoyé de l'Électeur palatin. Le 2 mars, La Reynie ordonna de le saisir même dans cet asile, si on l'y pouvait trouver, l'envoyé n'ayant que le titre de secrétaire (O' 3o). On le mit à la Bastille, d'où il fut transféré au château de Saumur, en vertu d'un ordre du 28 janvier 1687 (O' 3i). — Du Breuil était le nom de terre d'un gentilhomme âgé de soixante-dix ans, Matthieu Gangnot, sieur du Breuil, qui avait passé sa vie à Paris. S'étant trouvé à Toulouse en i683, il y avait été arrêté comme complice de la résistance organisée par Brousson, puis relâché faute de preuves. Comme il ne tint compte des exhortations du commissaire, on le mit à la Bastille le 14 février. Dès le 4 mars, Besmaus annonçait que le prisonnier prenait plaisir à raisonner avec l'abbé de Lamon, et le 6 avril, que son opiniâtreté allait prendre fin (Fr. 7o53 f°^ 448 et 45i). Il fut relâché par ordre du 12 mai.

La lettre que La Reynie adressait le 24 décembre à Harlay, laisse entrevoir une sorte de lassitude. Ne pouvant plus suffire à recevoir la multitude des fidèles que les commissaires lui envoyaient en désespoir de cause, il proposait l'adoption d'un système un peu différent de celui qu'on avait suivi jusqu'alors:

Après avoir fait quelque réflexion, Monsieur, sur les états des personnes de la R. P. R. qui restent dans les quartiers, il m'a semblé assez difficile d'entreprendre dans un temps aussi court que celui que nous avons, de parler en particulier ni aussi en général et à plusieurs personnes à la fois avec quelque fruit. Et il semble. Monsieur, qu'après avoir fait avertir tous les artisans, il serait bon que les commissaires du Châtelet eussent ordre de passer

' 11 y faut joindre Jacques de Monteil nistres». Tous deux furent mis à la et Rozel de Beaumont, qui faisait à lui Bastille en mai iGSb, et expulsés de seul «plus d'eflèt que plusieurs mi- France comme inconvertissables.

i82 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris,

dans toutes les maisons des gens de la R., et de prendre les déclarations et les signatures de tous ceux qu'ils y pourront disposer, et de dire, à ceux qui refuseraient, de se rendre auprès de celui que vous avez trouvé bon qu'il ait été chargé du soin d'un tel quartier. Cela pourrait non seulement soulager en quelque chose, mais on avancerait sans doute beaucoup plus. On pourrait encore faire autrement, et marquer aux commissaires de faire un mémoire de tous ceux qui auraient refusé de signer, parce qu'on pourrait voir quelles personnes du nombre de celles qui auraient refusé il serait à propos de mander en particulier ou autrement (Fr. 17420. f" 2o3).

On eut beau chasser de Paris les provinciaux de tout rang et les ouvriers étrangers non naturalisés qui refusaient d'abjurer (25 décembre, Fr. 17420 f° 2o5) ; on eut beau enfermer aux Nouvelles-Catholiques ou dans des couvents « quelques-unes des femmes les plus opiniâtres» (3i décembre, O' 29); on eut beau emprisonner et dragonner tout à la fois; la résistance continua, même parmi ceux qui ne purent se résoudre à émigrer. Cette résistance dont on ne triompha qu'à grand'peine, honore l'Eglise de Charenton, moins toutefois que celle qu'on ne put vaincre et dont on verra plus loin de nombreux exemples. «Je trouve, écrivait La Reynie, le 28 décembre, qu'il y a parmi le petit peuple des trois faubourgs dont vous avez eu agréable de me charger, beaucoup d'ignorance (!) et en quelques-uns une extrême dureté d'esprit et de cœur» (Fr. 17420 f° 207). — Le reproche de dureté de cœur n'est-il pas bien osé dans la bouche de l'homme qui, sans se laisser apitoyer, violentait les consciences, arrachait les enfants à leurs parents et les maris à leurs femmes, pour satisfaire le caprice insensé de son maître?

Au mois de janvier 1686, les commissaires Hémon et Hubert signalaient comme inflexibles, dans le quartier Saint-Eustache : Masclary et Françoise Prondre, sa femme, sept filles de la veuve Dury, M*""^ de La Garrigue, née de Lussan et femme d'un capitaine de vaisseau. M""' de Rambouillet, M'"'= de Ruaux (Fr. 7o5i {° 119), et dans le quartier de la Mortellerie: Delaet père, hollandais réclamé par les Etats-Généraux, et Isaac Maulard, dit Larivière, son laquais (Fr. 7o5i f° 123). Un rapport du 3 signalait encore M"° de Vins, fille de qualité attachée à la comtesse de Quintin ', et accusée de chercher à s'échapper; M'"'' de Pontolin, de Normandie, retirée chez un ébéniste de la rue des Ciseaux au faubourg Saint-Germain;

• Susanne de Montgommery , veuve, 1686 entre les mains de l'archevi-que de depuis 1684, de Henri de Goyon, comte Paris (Fr. pr., Vll, 483 b, et Bullet., 2° de Quintin, abjura au mois de janvier sér., XIV, 402).

La journée du 14 décembre i68j. i83

Torse, suisse naturalisé, demeurant proche les Théatins, à la Grenouillère, et qui avait repris du service comme enseigne dans un régiment suisse pour n'être point obligé d'abjurer. « C'est un homme à réduire par autorité, disait le rapport, car il est mutin et séditieux (!). Il faudrait aussi s'assurer de la veuve Gendreau qui se cache et change de logement tous les quatre jours» (Fr. 7044 f°225). — Le 4, le commissaire Labbé déclare qu'il ne reste de non-convertis au faubourg Saint- Antoine, « que des pauvres gens qui n'ont aucuns effets, mais beaucoup d'opiniâtreté » (Fr. 7o5i f° 58). Le 7, le commissaire Gazon écrit à la Reynie :

M. le marquis de Théobon est logé rue du Sépulcre au faubourg Saint- Germain. J'irai chez lui et lui ferai entendre l'ordre que vous m'avez fait l'honneur de me donner. Le sieur Lejuge, gendre de M. Ferdinand, vient de me venir trouver présentement, parce que je lui avais écrit deux ou trois billets pour se rendre chez vous; il m'a dit que ce serait inutilement, ne désirant point changer de religion. Lejuge demeure chez son beau-père. Le sieur Ferdinand fils, qui n'a point aussi été vous trouver suivant les billets que je lui avais envoyés, m'a dit hier au soir qu'il avait des ouvrages pour Monseigneur le Dauphin, qui l'en avaient empêché, et qu'il ne finirait pas ces ouvrages de plus de dix jours, qu'ensuite il fera sa réponse.

Le 8, il ajoute : « Dersigny neveu et Ré, gendre de la veuve Brissac, ont ordre de se rendre chez vous à trois heures » (Fr. yoSi

Un rapport du 11 signale, dans le quartier de la Grève, Catherine Trinquant, veuve d'Élie Breton, Rachel et Madelaine Breton, ses filles, et François Bordeaux, garçon de Trinquant perruquier, qui ont promis mais sans vouloir signer (Fr. 7o5i f° m). Le 12, le commissaire Labbé annonce qu'il ne reste plus au faubourg Saint-Antoine que deux vieilles femmes récemment arrivées : Noël de Lalande, veuve de Jean Paris, âgée de cinquante-cinq ans, et Judith Lebeau, veuve de Jean Lenormand, âgée de soixante-dix ans (Fr. 7o5i {° ji). Le même jour, le commissaire Poiret informe La Reynie que Desmaret, garçon de Jacques Testard, marchand rue du Plat-d'Etain, averti par billet de se rendre le jour même chez le procureur-général, ne s'y est pas rendu; que Testard a donné depuis peu asile à son frère, marchand à Tours, et que tous deux sont assignés pour s'entendre condamner à payer l'amende portée par l'ordonnance de Sa Majesté; que les femmes des deux frères s'appellent Berault et sont fort opiniâtres, bien qu'elles commencent à s'adoucir (Fr. 7o5i f" 97). Le même jour encore, le commissaire Dyeure écrit qu'il a accordé du temps à M"^ Lejeune,

184 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

femme de l'avocat qui a signé, ainsi qu'à sa famille et aux avocats Chardon et Fauvre; que Marie Bezard, femme de Courtiou, marchand de bois, demande cinq à six jours pour se faire instruire, ainsi que la fille Cormier; que Susanne Matheron, de la rue de la Huchette, est fort opiniâtre; de même que Marie Pottet, fille âgée de cinquante ans, qui a été avertie de se rendre à trois heures à l'hôtel de la police, par ordre du procureur-général (Fr. 7o5i f' 87). Enfin, le même jour encore, Seignelay, écrivant à Harlay, recommande l'emploi d'un nouveau moyen de conversion : « Sa Majesté estime très à propos que vous empêchiez pendant quelque temps le paiement de ce qui est dû par le receveur des consignations à quelques particuliers de la R. P. R., et que vous vous serviez de cette raison pour les obliger à changer de religion » (Fr. 17421 f° i3).

Outre qu'il dément son rapport de la veille, celui que Labbé rédigeait le i3 janvier, contient un aveu non moins édifiant que l'ordre du secrétaire d'État :

J'ai visité aujourd'hui le reste des religionnaires qui sont au faubourg Saint-Antoine. Je les ai priés, exhortés, intimidés même, et n"ai pu rien faire sur leur esprit pour les faire signer ou promettre de signer... La femme de Lasserre, marchand de vins, et celles de Rattier, chandelier, et de Duvivier, ouvrier en soie, sont d'une opiniâtreté insurmontable. Elles doivent vous aller demander du temps; mais je crois que, si vous voulez ne leur en accorder aucun, cela ne fera pas un mince eifet; car elles ont été instruites autant qu'on a pu.

En marge de cette pièce La Reynie a écrit: «Prendre une ou deux de ces femmes et les mettre à l'Hôpital-Général » (Fr. 7o5i f° 72).

Tous les persécutés ne furent pas héroïques, c'est du contraire qu'il faudrait s'étonner; mais si quelques-uns recoururent à la ruse et au mensonge pour échapper à la violence, il est assurément permis de penser que leur conduite était infiniment plus excusable que celle des persécuteurs. Tel n'était sans doute pas l'avis du commissaire Hémon, lorsqu'il écrivait, le 14, à La Reynie :

Je vous ai mandé, Monsieur, hier, avant-hier et le jour précédent, que le sieur DesterviUe, demeurant rue des Mauvais-Garçons, à la deuxième chambre, chez Corneille, vinaigrier, avait fait sa profession de foi devant Monseigneur rarchcvêquc. 11 y a cinq jours qu'il me promit de me donner le certificat de sa profession; mais toutes ces promesses n'ont aucun effet, il me remet de jour en jour et me dit que M. Morange n'en peut trouver l'acte de profession ',

* Les nouveaux convertis étaient tenus livrait le certificat de catholicité exigé par de porter à l'archevêché leur acte d'abju- la police, rntioii, en échange duquel on leur dé-

La journée du 14 décembre j6Sj. i85

qu'il l'a égaré, et par tout cela je ne vois que trop qu'il n'en a rien fait, joint que, comme je vais tous les jours au matin et au soir à sa porte sans le trouver, parce qu'il n'a point de domestique et est garçon, il prend ses repas en ville et on ne sait oij; mais comme je parle quelquefois à un fort honnête homme, prêtre, qui demeure vis-à-vis sa chambre, lequel dit audit Desterville que j'ai été pour lui parler, il fait réponse qu'il se moque de cela et que l'on le presse trop... Il est de Caen (Fr. 7o5i, f" ii3).

Le i5, en dénonçant comme obstinée la famille du sieur Lacombe, ancien commis aux aides, le commissa-re Poiret manifeste l'espoir de voir le lendemain un grand remue-ménage dans son quartier, grâce à l'édit du 11 sur les domestiques qui vient de paraître (Fr. 7o5i f" 91). Le 16, le commissaire Gorillon se plaint de la constance inflexible de quatre personnes du Marais: Madelaine Rousseau, femme de Laurent Crespin, bourgeois de Paris, âgée de quarante-sept ans; la demoiselle Pâlot, fille âgée de cinquante ans; sa servante Nicolle Duplessis, âgée de vingt ans, et son laquais Auvache, âgé de dix-sept ans (Fr. 7o5i f" 108). Le même jour, le commissaire Lepage écrit qu'il ne reste plus à convertir dans son quartier que la servante du sieur Orth, et le commissaire Hémon, qu'il n'y a plus dans le sien que les suivants : Jean-Louis Alexandre, rue du Mouton, qui n'a point de domestique; le marquis d'Inoncourt et sa famille, rue de la Verrerie, et le sieur Desguilly, ci-devant capitaine de cavalerie au régiment de Cominges, rue de la Tixeranderie, auquel M. de Louvois a envoyé l'ordre de lui venir parler (Fr. 7o5i f" 102). Le 17, Labbé déclare qu'il ne reste plus dans son faubourg que Judith Lebeau, veuve de Jean Lenormand, pauvre vieille femme de soixante-dix ans, qui serait mieux à l'hôpital que chez elle. La Re3'nie a mis à la marge du rapport: Ecrire à M. le procureur-général pour l'Hôpital (Fr. 7o5i f" 65). Le 18, Hémon reparle de nouveau de Desterville et d'Alexandre, qui n'est jamais visible; il semble même s'étonner que l'ordre de les arrêter n'ait pas encore été donné (Fr. 7o5i i" io3).

Le billet que Seignelay écrivait le 3o à La Reynie, atteste que la résistance continuait également parmi la noblesse, qui avait cependant donné l'exemple de la défection :

Sa Majesté est informée qu'il y a encore plusieurs gens de qualité de la R. P. R. à Paris ', qui font une espèce de parti et qui s'observent les uns les

' Nous trouvons les suivants sur une profession de la R. : Berteville de Cré-

liste du 22 décembre, contenant les noms meré, près Caen, se disant nouveau ca-

d une centaine de provinciaux et d'étran- tholique; les deux frères De Serillac, de

gers réfugiés à Paris et faisant encore la vicomte de Turenne; De Vieuxmai-

i86 Révocation de VÉdit de Nantes à Parts.

autres, se faisant honneur de n'être pas les premiers à changer de religion. Sa Majesté sait aussi que le sieur marquis de Saint-Gelais est un de ceux qui paraissent agir avec le plus d'opiniâtreté, en excitant les autres à demander des conditions pour leur réunion à l'Église qui ne peuvent leur être accordées. C'est pourquoi elle a résolu de le faire mettre à la Bastille '■ et elle m'ordonne en même temps de vous écrire que vous vous appliquiez à savoir tous les gens de quelque condition, soit des provinces ou de Paris même, qui y demeureraient encore actuellement, afin de m'en envoyer la liste, et je vous prie de faire en sorte de me donner cet éclaircissement dans demain au soir, et de me l'envoyer par un homme exprès (O * 3o).

Dans le quartier Saint-Germain-l'Auxerrois, quatre femmes non-converties étaient encore signalées le 12 février: la veuve Du Bure, rueBertin-Poirée; Esther Salomon, femme d'un horloger; Madelaine Lecouvreur, femme de Louis Gigoust {a/ias Pigon), et Marie Marotte, femme de Sallas le Breton. Enfin, le 2 avril, La Reynie écrivait encore à l'un de ses dix-sept commissaires : « Vous direz au sieur Guignard qu'y ayant ordre de ne laisser pas une seule femme de la religion sans l'enfermer, la sienne ne peut pas demeurer en cet état, et qu'il faut nécessairement qu'elle ait fait sa réunion dans vingt-quatre heures au plus tard ». Le commissaire répondit : « M"'= Guignard m'a dit que vingt-quatre heures ne lui suffisaient pas, et qu'elle n'avait nul dessein de se réunir à l'Église catholique ». En marge on lit de la main de La Reynie : « Ordre pour enfermer cette femme ». Le même commissaire ajoutait que Lejuge et sa femme ayant changé de quartier, Desgrez n'avait pu mettre la main sur eux pour les arrêter (Fr. 7o53 f° iio).

sons, sieur de Saponay, sa femme, un tilhomme de proche La 'Roche-sur- Yon ;

fils et deux filles; la marquise de Lan- Marconnay, du Poitou et la marquise de

gey; les sieur et dame de Refuge, de Thcobon (Fr. 706 1, i" iZ-z).

Bourgogne; le sieur de Boisfradin, gen- ' Voir t. II, iGi.

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