VIII, 143). 3 A. N., L
238 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Saint-Eustache, donnée par le frère aîné de Turenne, Frédéric- Maurice de La Tour d'Auvergne, passé depuis quatorze ans au catholicisme, servit de succursale à l'établissement, qui fut, en 1673*, transféré sur la butte des Moulins, au numéro 63 de la rue Sainte- Anne, où il resta jusqu'à sa suppression.
Voici les noms, à nous connus, des supérieures de la maison la duchesse de Crouy, première; la comtesse de Montgommery seconde; la présidente Loysel; M™'= Fouquet; en 1680, Marie Foucault, sœur de l'intendant (?); en i685, Marie-Madelaine Garnier, à laquelle succéda, en 1698, la sœur Ancelin; de 1700 à 1720 et peutêtre au-delà, Marie Chevalier; en 1733, Marie-Françoise Heat; en 1740, Marie Chantreau; en 1751, Marguerite Catillon, nouvelle convertie; en 1790, Marie-Marthe Pithois, qui fut la dernière. — En 1659, Péan du Manoir était directeur de la maison que Fénelon gouverna onze ans, de 1678 au mois d'août 1689. En 1691, nous voyons à sa place son ami et son subordonné dans la mission de Saintonge, l'abbé Milon, conseiller aumônier du roi, et en lôgS, l'abbé Girard, si nous ne nous trompons (voir les art. De Barle et Villarnoul).
Comme son père, Louis XIV protégea cette maison et celle des Nouveaux-Catholiques. La déclaration du 29 avril 1673, s'exprime ainsi sur le compte de ces deux établissements:
Plusieurs hérétiques, tant de notre royaume que des pays étrangers, y ont fait abjuration de leurs hérésies, y oui trouvé avec joie une retraite assurée contre les persécutions de leurs parents dans leurs nécessités et délaissements, en sorte que l'on nourrit chaque jour vingt ou vingt-cinq hommes nouveaux convertis, et ordinairement jusqu'à quarante filles nouvelles catholiques;... à l'effet de quoi nous donnons annuellement depuis longtemps mille livres au Nouvelles- Catholiques... Nous confirmons, autorisons l'établissement des deux dites maisons, leur accordons privilèges, fi-anchises, exemptions, à condition de ne pouvoir être changées en maisons religieuses, mais demeureront en état séculier^.
Séduire les enfants ou les ravir à leurs familles, les séquestrer et les tourmenter jusqu'à l'abjuration, c'était, dans le langage officiel tout plein de réticences et de mensonges, leur procurer des retraites salutaires contre les persécutions de leurs parents et contre les artifices des hérétiques'-^. La lettre suivante, qu'un secrétaire d'Etat
' L'alignement des constructions avait le cœur du Fils de Dieu pour opérer
été donné dès i6t36. l'œuvre de notre salut, allume encore
' A. N., Q' 1081. aujourd'hui dans l'Église les cœurs de
■■' »Cc feu de charité qui brûlait dans tous les fidèles et les anime sans cesse à
La maison des Nouvelles-Catholiques. 289
adressait à La Reynie au mois de janvier 1678, est plus caractéristique encore et plus scandaleuse, s'il est possible :
Charlotte Leblanc, fille d'un orfèvre, voulant abjurer l'hérésie de Calvin, s'adressa il y a quelque temps à M. Colbert, qui la fit mettre aux Nouvelles- Catholiques, où elle fit son abjuration entre les mains de M. l'évêque de Xaintes. Elle fut mise quelque temps après entre les mains de M""" la maréchale de Humières pour être affermie dans la religion; mais ayant disparu dix jours après, sans qu'on ait pu savoir où elle est allée, le roi m'a ordonné de vous dire que vous aj'ez à vous informer si elle s'est retirée chez ses parents, et en cas qu'ils l'aient fait enlever, que vous leur fassiez faire leur procès comme séducteurs et ravisseurs, et si, au contraire, elle y est retournée de bon gré, que vous fassiez informer contre elle comme relapse'.
Par leurs singuliers abus de langage, les Constitutions pour la maison des Nouvelles-Catholiques montrent comment put s'établir plus tard la fiction légale, d'après laquelle il n'y aurait plus eu de protestants dans le roj^aume. En voici le résumé :
«A six heures, les sœurs du séminaire feront lever les nouvelles catholiques, et chaque sœur dans son dortoir, les a3^ant fait mettre à genoux, prononcera à voix intelligible les actes d'adoration, d'actions de grâces et autres exercices du matin ; et ensuite jusqu'à sept heures chacune fera son lit, s'habillera et rangera ses hardes.
« A sept heures, on sonnera une petite cloche pour faire assembler toutes les sœurs et les nouvelles catholiques, pour faire les prières vocales accoutumées, après lesquelles une des sœurs alternativement fera un catéchisme sur les mystères de notre sainte religion. »
A huit heures, assistance à la messe. « Après le premier Evangile,... les filles qui n'ont point encore abjure l'hérésie^ sortiront et une des sœurs du séminaire avec elles, qui leur apprendra des prières et les Commandements de Dieu ■* durant le reste de la messe »,
travailler à la conversion des pécheurs et ' Depping, Corresp. adm., IV, 23i. —
de leurs frères errants,... et à leur pro- La peine portée contre les relaps par la
curer des retraites salutaires contre etc.» déclaration du 20 juin i663 était alors le
[Constitution pour la maison des NU's- bannissement à perpétuité.
Cath. de Paris. Paris, 1675, in-12, p. IV). ^ Puisqu'elles persistent à ne pas vou-
— Bossuet écrit non moins abusivement loir abjurer, elles sont donc encore pro-
à la communauté des Filles charitables testantes. Pourquoi les appeler nouvelles
de La Ferté-sous-Jouarre: «Mes filles, je catholiques?
n'ai point douté que vous n'eussiez de la ^ Comme il n'y avait point de projoie d'instruire les nouvelles catholiques. testant qui ne sût par cœur le Décalogue, Ce n'est pas assez de les recevoir quand l'auteur des Constitutions entend évideraelles viendront; ils faut que la charité ment par commandements de Dieu les vous fasse trouver le moyen de les attirer commandements de l'Eglise, ainsi qu'il (18 janvier 1686)». le dira plus loin.
2 10 Révocation de l'Eciit de Nantes à Paris.
A neuf heures, travail jusqu'à midi; à dix heures, lecture de la vie du saint du jour; à onze, chant des commandements de Dieu et de l'Église. Un peu avant midi, adoration du saint-sacrement. A midi, réfectoire, lecture jusqu'à la fin du repas. Récréation jusqu'à une heure et demie; puis on dit none. A deux heures, travail; à trois heures, vêpres et compiles au chœur; les nouvelles catholiques n'y assistent pas, on leur fait une lecture d'une demi-heure. A quatre heures, chant des cantiques. A cinq heures, instruction et controverse. A six heures, oraison au choeur, sans les nouvelles catholiques auxquelles on apprend le chapelet durant ce temps-là jusqu'à sept heures. A sept heures, réfectoire; à huit heures, travail; à neuf heures, examen de conscience et prière. A dix heures, coucher en silence. Défense de parler au dortoir et de coucher à deux.
« La première et principale dévotion de la maison est d'honorer les mystères de la Passion et de la Croix... L'on aura aussi une grande dévotion pour la sainte Vierge, afin de l'inspirer aux filles qui viennent de l'hérésie, et de leur apprendre à rendre un culte particulier à cette mère de miséricorde.»
Tous les vendredis, instruction de controverse par quelque savant et pieux ecclésiastique. Le supérieur prendra aussi soin de faire ou de procurer des exhortations ou conférences spirituelles. Ce supérieur est nommé par l'archevêque sur la présentation de trois noms faite par les sœurs.
Défense d'aller au parloir sans autorisation de la supérieure. « L'on n'y sera point plus d'une heure sans une permission expresse,... et l'on y donnera nécessairement une compagne ou assistante principalement aux nouvelles catholiques, qui seront assistées, si faire se peut, des personnes les plus capables de la maison, quand elles seront visitées de leurs parents hérétiques ».
On ne recevra point dans la maison « de filles au-dessous de l'âge de douze ans, suivant les édits, si les parents ou les juges ne le permettent». Par cette phrase négative et d'une habileté infinie, l'institution se mettait au-dessus des lois de l'État, et sollicitait la connivence des magistrats pour fouler aux pieds la déclaration du i" février 1669, qui défendait d'enlever les jeunes filles âgées de moins de douze ans révolus. Quant au consentement paternel, il ne figure ici que par respect humain; celui des juges permettait de s'en passer.
Enfin ce règlement exhorte les « filles réfugiées dans la maison» à regarder «les sœurs du séminaire comme leurs anges tutélaires,
La maison des Nouvelles-Catholiques. 241
auxquels Dieu a donné la charge et le pouvoir de les conduire dans toutes leurs voies pour les tirer des ténèbres de l'erreur et de l'ignorance».
En réalité, ce soi-disant refuge était une prison, oi^i la jeune huguenote était traînée pour le seul crime de sa naissance, et d'où elle ne. devait sortir qu'après avoir abjuré ou feint d'abjurer les sentiments religieux qu'elle avait sucés avec le lait '. La résistance ne faisait que prolonger l'incarcération, les douleurs de l'absence et accroître les sévérités que le règlement imprimé passe sous silence. Tous les exercices de la maison : prières, catéchisme, messe, vêpres, chants, lectures, controverse, conversations, la piété machinale et mystique à la fois qu'on y respirait, la discipline à laquelle il fallait se ployer, tout tendait à l'amoindrissement de la raison, à l'énervement de la volonté, à l'abdication de la conscience. Tout était calculé, réglé, mesuré en vue de la conversion, ou, comme on disait alors, de la réunion, ce cauchemar perpétuel que le réveil ne dissipait jamais. Par-dessus tout on craignait « les conversations douces et amiables » par lesquelles la mère pouvait raffermir la foi ébranlée de ses filles ; aussi ne permettait-on les visites qu'à bon escient.
C'est en vertu de lettres de cachet et conduites comme des criminels par un commissaire ou un exempt de police, que les prétendues «réfugiées» entraient dans ce soi-disant asile de la charité. Voici l'un des billets d'un laconisme superbe que le marquis de Seignelay adressait à La Reynie :
20 octobre i685.
Sa Majesté veut que vous envoyiez prendre à Charenton Magdeleine Risoul et que vous la fassiez mettre aux Nouvelles-Catholiques.
De Francini-Grandmaison, chargé de l'exécution de cet ordre, écrivait le 22 au lieutenant de pohce :
J'ai fait arrêter la fille et l'ai fait mettre entre les mains du commissaire Delamare qui l'a menée aux Nouvelles-Catholiques.
Autre billet de Seignelay à La Reynie :
< Il n'y eut qu'un très petit nombre Du Cerceau de Tilly, M"° de Boisragon,
d'exceptions, notamment M"" de Saint- M"" de Boisrogues, M"« de Delon de La
Laurent-Sainte-Hermine, parente de M"' Gcupillière, M"* de Luc-Brachetière. de Maintenon, M"* de Saint-Hilaire, M°"
242 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
24 janvier 1686,
Le roi sait que la femme du nommé Trouillon, apothicaire à Paris, qui est actuellement auprès de M. le duc et de M""' la duchesse de Bouillon, est une des plus opiniâtres huguenotes qu'il y ait. Et comme sa conversion pourrait attirer celle de son mari, Sa Majesté veut que vous la fassiez arrêter et conduire aux Nouvelles-Catholiques, suivant l'ordre que je vous en envoie.
Dans la crainte des conflits d'autorité, et pour ne pas empiéter sur le domaine épiscopal, le procureur-général De Harlay, qui au nom de la justice présidait à l'œuvre des conversions forcées, demandait des blancs-seings à l'archevêque de Paris :
3 avril 1686.
Monsieur, il ne me reste plus que deux ou trois de vos mandements pour faire recevoir des femmes dans les couvents ; je vous prie d'avoir pour agréable de m'en envoyer une douzaine. Je suis etc.
Le plus doux de nos martyrs, Brousson, s'exprime ainsi dans la première de ses Lettres aux catlioliqncs romains * : «Les femmes et les filles qui ont de la piété sont enfermées dans des couvents où d'ordinaire des religieuses ignorantes et forcenées se font un mérite de les tourmenter incessamment.» — Le ministre Gaultier de Saint-Blancard tient le même langage'^: «Les religieuses étaient comme autant de furies déchaînées qui ne laissaient à leurs prisonnières aucun repos, et elles étaient secondées par des ecclésiastiques et par des moines de toutes sortes, à qui on livrait à toute heure ces pauvres captives, afin qu'ils pussent les ébranler et les séduire ». — iVIichelet dit à son tour ^ : « Trois ou quatre ans avant les premières dragonnades, vers 1677, s'organisèrent en France les nombreuses maisons oîi l'on jetait les filles protestantes. . . On compta bientôt une foule de ces couvents-prisons*. Dans celui de Paris, sous les yeux du public, on employait toutes les séductions de la douceur. Mais les autres, au loin, furent des maisons de force
' Bullet., 3' sdr., IV, 431. Châlons, Chartres, Clamecy, Coutances,
" Hist. apologctiq., II, io3. Figeac, Gex, La Rochelle, Lescar, I.i-
' Louis XIV et la Rcvoc, p. 253. bourne, Louilun, Luçon , Lyon, Metz,
* En 1C91, le roi accordait au moins la Noyon, Orléans, Parthenay, Pau, Poitiers,
somme annuelle de 1200 livres aux N""- Pons, Reims, Rouen, Saint-Lo, Sarlat,
Catholiques des trente-cinq villes sui- Sedan, Tours, sans parler des maisons
vantes: Alençon, Angers, Angoulùme, analogues fondées par d'autres ordres
Bayonne, Beaumont (diocèse de Sarlat), [Bullet., IX, 74),
Bergerac, Blois, Bordeaux, Caen, Cahors,
La maison des Nouvelles-Catholiques. 248
pour dompter les rebelles », qu'on laissait au besoin pourrir dans \in pace, au milieu des reptiles, et où l'on ne reculait devant aucune atrocité'. Citons un seul exemple: «Les supérieurs de la maison des nouvelles converties établie dans la ville d'Uzès, se plaignirent de la rébellion de quelques filles qui ne paraissaient pas assez bonnes catholiques, on les condamna à recevoir le fouet de la main de ces fausses dévotes, et la chose fut exécutée en présence du major du régiment de Vivonne et du juge de la ville. Il y en avait huit de coupables, dont la plus jeune avait seize ans, et dont la plus âgée n'en avait que vingt-trois. Cependant on les traita comme des enfants de six à sept ans. On les troussa jusqu'aux reins, et elles furent fouettées (avec des lanières armées de plomb, dit Jurieu) à la vue de plusieurs de leurs compagnes et pour leur servir d'exemple. Pendant l'exécution elles reprochaient à ces hypocrites la fausse piété qui les faisait renoncer à la pudeur de leur sexe » (Elle Benoit, V, 898). Il est possible qu'on n'ait jamais fait preuve d'une telle impudeur dans la maison de la rue Sainte-Anne ; cependant si Michelet avait connu tous les faits, il n'aurait pas écrit cette phrase : « La maison de Paris, comme la plupart des couvents de la capitale, élégante et humanisée, était relativement un paradis.» Un paradis même relatif, c'est beaucoup trop dire; car l'incurable sécheresse de cœur du fanatisme y régnait comme partout ailleurs.
Un billet de Seignelay à La Reynie en date du 10 novembre i685, atteste la dureté du régime de l'établissement :
Sa Majesté a été informée que le sieur de La Ferté-Civile... pourrait se convertir-, si Sa Majesté ôtait des mains de sa femme... les enfants qu'il a eus d'elle et qu'elle a dessein de faire passer dans les pays étrangers, sur quoi Sa Majesté m'ordonne de vous écrire qu'elle veut... que vous fassiez mettre les garçons aux Nouveaux-Catholiques et les filles aux Nouvelles-Catholiques, avec ordre qu'on les instruise et qu'oit les traite mieux qu'on n'a accoutumé de traiter ceux qui sont ordinairement dans ces maisons (Fr. 7060, i" i36).
Ce «paradis», bon seulement pour le commun des mortels, n'était donc, aux yeux de Seignelay, ni assez confortable, ni
* Bossuet lui-même est forcé de dés- leur donne prétexte de plainte. La dou-
approuver la conduite des religieuses de ceur et la patience sont ici le seul moyen
La Ferté-sous-Jouarre qui mettaient des qui nous reste n.
baillons et des cornes aux petites filles - Seignelay était mal informé: M. de
protestantes, a Ces châtiments, écrivait-il La Ferté-Civile, dont les deux fils furent
à M°'" de Tanqueux, leur supérieure (3 mis aux Nï-Catholiques, avait depuis
novembre 16S7) sont bons quelquefois longtemps abjuré; en conséquence, le
pour leur éviter le fouet; mais le bâillon plus jeune, âgé seulement de deux ans
paraît un peu rude, et en un mot il faut lui fut rendu par ordre du 21 décembre, épargner aux filles des convertis ce qui
244 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
assez humainement administré pour des enfants de famille noble. Les maladies y étaient fréquentes. M"'= D'Aulnay y contracta un mal de langueur; plusieurs de ses compagnes d'infortune eurent le même sort, entre autres, une demoiselle de \'illarnoul, qu'on envo}fa en grand secret chez le chirurgien Aubert pour la faire soigner, et une demoiselle Milsonneau qu'il fallut rendre à sa mère sous promesse de la ramener après guérison. Un convertisseur laisse d'ailleurs entrevoir que «les anges tutélaires» usaient parfois d'une « contrainte un peu plus que morale » à l'égard des personnes placées sous leur sauvegarde. Le P. Gerbais écrit à La Reynie, le i5 mars 1686, au sujet de M"" Paul, femme d'un conseiller au Parlement de Toulouse, qu'il conseille de tirer des Nouvelles-Catholiques de Paris et de remettre momentanément à son mari parce qu'elle est sur le point d'accoucher: «Aussi bien ne pourrait-on pas user de rigueur plus grande en l'état oii elle est, et, si, par malheur, elle n'avait pas fait son devoir lorsqu'elle sera délivrée, il sera toujours temps de la renfermer sans plus de ménagements» (Fr. 7053 f'^ i32).
Les billets suivants témoignent qu'on faisait intervenir le monarque pour briser les résistances :
Seignelay à la mère Garnier' supérieure des Nouvelles-Catholiques.
27 janvier i636.
Le roi étant informé que la dame Le Coq reçoit toutes sortes de personnes dans le lieu où elle est, et comme c'est un moyen pour retarder et même pour empêcher sa conversion, Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire qu'elle veut que vous lui déclariez que son intention n'est pas qu'elle soit vue de personne, et que vous teniez la main à ce que cela soit exécuté.
Du même à la même.
12 février 1686.
Le roi m'ordonne de vous écrire que son intention est que toutes les femmes ou filles de la R. P. R. qui seront mises dans votre maison, n'y reçoivent aucune visite, ni même des lettres que vous ne les ayez vues auparavant, et de plus que celles qui auront des filles catholiques pour les servir ne puissent aller au parloir, ni sortir sans être accompagnées d'une sœur de la communauté.
' Françoise Garnier, nouvelle convertie, dans la Cinquième liste contenant tes consens doute parente de la supérieure, versinns qui se sont faites à Saint-Jacques figure comme catéchiste de la maison et ailleurs dans l'année 1 65g.
La maison des Nouvelles-Catholiques. 248
Du même à la même.
17 février i686.
(Même défense). .. Sa Majesté a été en outre informée que quelques-unes de ces femmes refusent d'entendre les instructions qu'on veut leur donner, sur quoi elle m'ordonne de vous dire d'avertir celles qui les refuseront, que cette conduite déplait à Sa Majesté, et qu'elle ne pourra s'empêcher de prendre à leur égard des résolutions qui ne leur seront pas agréables.
Ces menaces avaient la signification que voici : Les récalcitrantes seront envoyées à la Bastille ou dans d'autres citadelles, ou même à l'Hôpital-Général, infâme repaire de toutes les pourritures et de tous les vices. Les malheureuses qui en venaient et celles qui sortaient de la Bastille ou des couvents de province, tremblaient à la seule pensée d'y retourner. Beaucoup cependant persévéraient dans leur ferme et noble attitude. Blessé dans son orgueil, le prêtre grand seigneur auquel le soin de sa réputation et de son avenir commandait le succès à tout prix, supportait impatiemment les nombreux échecs infligés à son éloquence et à son habileté^ et tout éphémères que fussent la plupart des victoires qu'il remportait, il n'oubliait pas de s'en prévaloir auprès du secrétaire d'État qui le protégeait'. Habitué à voir l'autorité du roi remuer toutes les passions pour Ità rendre la persuasion plus facile'^, il permit, pour le moins, que sa subordonnée sollicitât une déclaration royale décrétant la conversion dans la quinzaine, comme s'il s'agissait d'une prestation ou d'une corvée, et ne vit pas que de tels expédients, indignes de son génie, ne pouvaient que révolter les âmes fières et les consciences délicates. Seignelay écrivait le 8 mars 1686 à la mère Garnier:
Je vous envoie l'ordre que vous demandez '^ pour obliger les femmes qui sont dans votre maison à faire leur réunion plus promptement; tâchez d'en faire le meilleur usage que vous pourrez (O • 3o).
Voici l'ordonnance datée du même iour :
' Il écrivait de La Tremblade à Seignelay " Lettre à Bossuet du S mars i68ô.
le 26 février 1G86: «Nous ne cesserons ^ Fénelon travaillait alors en Saintonge
d'y faire tous les efforts dont nous sommes comme missionnaire; mais il est impos-
capables, tant que vous nous ordonnerez sible d'admettre que la mère Garnier ait
de continuer, quoique yious avancions peu pris l'initiative d'une telle demande sans
ici et que nos occupations de Paris l'autorisation du chef responsable de
eussent un fruit plus prompt et plus sen- l'établissement. sible 1).
246 Révocation de lÉdit de Nantes a Paris.
De par le roi.
Sa Majesté voulant procurer aux femmes qui sont encore engagées dans la R. P. R. les moyens de s'instruire et faire leur réunion à la religion catholique, apostolique et romaine, avait donné ses ordres pour en faire recevoir plusieurs dans la maison des Nouvelles-Catholiques à Paris, dans laquelle maison Sa Majesté est informée qu'elles sont suffisamment instruites des devoirs de ladite religion catholique, apostolique et romaine, et d'autant qu'il s'en trouve quelques-unes qui, refusant d'écouter lesdites instructions, restent dans une opiniâtreté blâmable. Sa Majesté enjoint à la supérieure de ladite maison d'avertir celles qui y sont et y seront ci-après reçues, que son intention est qu'elles écoutent avec soumission et patience les instructions qui leur seront données, en sorte que dans le lenips de quinsainc du jour qu'elles seront reçues dans la maison, elles puissent faire leur réunion; et en cas qu'elles ne la fassent pas dans ledit temps, enjoint à ladite supérieure d'en donner avis pour y être pourvu par Sa Majesté, ainsi qu'elle verra bon être (O ' 3o}.
L'insuccès de cette déclaration semble avoir exaspéré les dames de la maison, dont chacune avait son groupe de prisonnières à instruire '. Beaucoup plus éclairées en général que les catholiques, notamment en ce qui concernait les matières de controverse, les protestantes fermaient aisément la bouche aux sœurs qui prétendaient les convertir. Humiliées et irritées tout à la fois, celles-ci en vinrent à déployer contre les «opiniâtres» un acharnement féminin sans trêve ni merci^ qui produisit plusieurs cas de folie.
«Une fille d'un considérable marchand de Paris fut tellement troublée par la peur qu'on lui faisait tous les jours, qu'elle ne pouvait demeurer seule ni le jour ni la nuit, croyant toujours voir de ces monstres affreux, dont on lui avait fait la peinture, comme devant dévorer les hérétiques ; et parce qu'on lui avait parlé des commissaires qui sont préposés k\\z. police comme de gens qui devaient venir la prendre pour lui faire subir de cruelles peines, elle avait reçu de si vives impressions de cette frayeur, qu'elle ne pouvait voir un homme sans le prendre pour un commissaire et sans jeter des cris pitoyables^. »
M™^ de La Taille de La Fresnaye, de Montfort-l'Amaury, conduite aux Nouvelles-Catholiques par ordre du 3o janvier 1686, y fut si maltraitée que sa raison s'égara bientôt; après quoi la supé-
> >4"" Amonnet, Charles, Du Moulin, Marcon et ChapcUet; M"» de Courcerac,
M"" Bivelat et Souillart, dtaient confiées M"" Nioland, Madelaine Mallet, Marthe
aux sœurs d'Hardencourt et de Saint- Bruno, Marie Pagneret, Marie et Ursule
André; Mue' de la Perrière, de Laure, May, aux sœurs de Croy et Chevalier.
Susannc et Angélique Mallet, Marie Ca- = Élie Benoit, V, 884. tillon, Marie et Elisabeth Clayc, aux sœurs
La maison des Nouvelles-Catholiques. 247
rieure demanda d'en être débarassée. Seignelay écrivait à La Reynie, le 4 mai :
La mère Garnier m'ayant écrit que la dame de La Fresnaye, qui est aux Nouvelles-Catholiques, est folle et qu'il est nécessaire de la faire enfermer, le roi désire que vous examiniez si cela est vrai, et que vous me fassiez savoir oii on la pourrait mettre.
Le résultat de l'examen fut tel, que, le 12 mai, on envoya la malheureuse au château de Pont-de-l' Arche (O' 3o), où nous la voyons encore le i5 fé\Tier 1688 (O* Sa). Le 10 novembre 1689, Seignelay écrivait encore au lieutenant de police :
Sa Majesté veut que vous disiez à la demoiselle de La Fresnaye que, si elle veut sortir du royaume, il lui sera permis, et en effet que vous lui en donniez la liberté ; mais que, si elle reste sans faire sa réunion, elle sera mise dans une prison perpétuelle (O ^ 33). 1
Elle choisit l'exil et l'on donna ses biens à son fils*; mais à peine sortie de France, la pauvre femme qui n'avait pas recouvré sa lucidité, n'eut rien de plus pressé que de revenir tout en persistant à refuser d'abjurer. On la remit en prison. Nous trouvons à la date du 4 juillet 1690, un «ordre pour conduire à Pont-de-l'Arche la dame de La Fresnaye, qui y a déjà été mise, et qui est revenue des pays étrangers où elle avait été envoyée» (O' 34). Elle fut expulsée du royaume pour la seconde fois, le 19 novembre 1697 ^ (O' 41).
Marie ou Elisabeth Le Coq, fille de Théodore Le Coq, sieur des Forges, conseiller, maître d'hôtel ordinaire du roi et ancien de Charenton, mort en 1669, eut un sort plus lamentable encore. Enfermée chez les Bénédictines du Tresnel, dont Fénelon était aussi le directeur, elle en sortit par ordre du 26 juin 1686 pour être conduite aux Nouvelles-Catholiques, où elle entra le 28 (Fr. 7o5i P 248). Quelques mois après, vivement pressée relativement au prix de sa pension, elle répondit qu'elle paierait comme on la traiterait (Fr. 7052 f" 25). Elle était notée le 17 décembre comme
I Par ordre du 4 mars 1686, ce nou- 1686 {BuUet. historiq.... du comité des veau converti avait été mis en possession travaux historiq. Paris, 1S90, n" I, p. 126). de la terre de I.a Fresnaye, pour en jouir ' Elle s'appelait Susanne Baudouin, et jusqu'à ce que sa mère eût abjuré (0' 3o). était fille de Jean, sieur de Champrosé,
II y a sans doute identité entre lui et contrôleur-général des restes. La France Philémon de La Taille, écuyer, sieur de prot., 1' édit., I, looS, l'a confondue avec Fraisnay proche Montfort l'Amaury, qui une autre Susanne Baudouin, veuve de après une tentative d'évasion, fut enfermé Vildou, mise aux N"'s-Catholiquesen 1700. à Besançon, où il abjura le 23 février
248 Révocation de PEdit de Nantes à Paris.
«protestant toujours de ne pas vouloir changer de religion, et refusant même d'entendre parler de religion» (Fr. yoSi f° 246). Les Nouvelles-Catholiques réussirent pourtant à la dompter, mais à quel prix! «Tout le monde sait, écrit Théodore de Béringhen', que c'était une fille de mérite et de raison; mais les duretés continuelles, l'abstinence forcée et les insomnies qu'elle a souffertes entre les mains de ces impitoj^ables créatures, lui ont fait perdre en bien peu de temps le jugement et la vie. Comment des personnes nées pour la douceur, peuvent-elles se porter à ces excès d'inhumanité envers leurs semblables? Les fausses prophétesses en Israël ... se contentaient de chasser aux âmes par des manières douces et flatteuses ; mais celles-ci, plus cruelles et plus dénaturées que les bêtes des forêts, tourmentent les gens jusqu'à la folie, et même jusqu'à la mort pour leur faire abjurer la vérité». — Après l'avoir rendue folle, on lui fit signer une formule d'abjuration et on la mit hors du couvent dans les premiers mois de 1687. A peine rentrée dans sa famille, elle se tua en se précipitant du troisième étage sur le pavé. «Je ne savais pas, ajoute le narrateur, qu'on eût fait signer cette pauvre fille depuis l'égarement de son esprit, avant que de la mettre hors du couvent. En vérité, c'est bien se moquer de Dieu et des hommes, et vouloir pousser l'esprit de persécution à un degré de fureur qui ne se conçoit pas». — Un pasteur du Désert, La Gacherie, Majendie ou quelque autre, fut appelé pour essayer de ramener le calme dans cet esprit éperdu ; mais cette tentative n'aboutit qu'à exposer le courageux ministre à une perte presque certaine : le 16 juin 1687, Seignelay ordonnait d'arrêter le pasteur qui avait rendu visite à la demoiselle Des Forges après sa sortie des Nouvelles-Catholiques (O' 3i).
Encore un exemple analogue. M""^ de Brusse, veuve d'un gentilhomme du Poitou et fille de Falaiseau, ancien de Charenton qui avait faibli à la Révocation, vint à Paris en 1699 pour recueillir sa part de la succession de son père, consistant presque toute entière en argent et en billets. Comme elle avait pris avec elle ses trois filles, l'évêque de Poitiers craignit qu'une fois les affaires réglées, elle ne s'empressât de rejoindre les membres de sa famille passés à l'étranger. Il fit part de ses craintes à la cour. En conséquence, Pontchartrain ordonna le 9 décembre d'arrêter M'""' de Brusse et ses filles, de conduire la mère aux Nouvelles-Catholiques et d'envoyer les filles dans des couvents de leur province conformément
' (.iuqiiantc leltres, p. loo.
La maison des Nouvelles- Catholiques. 249
à la proposition de l'évêque. M"^ de Brusse était à peine enfermée depuis un mois, que «l'esprit lui tourna de chagrin ». Les Nouvelles- Cntholiques s'empressèrent de la mettre dehors, et elle mourut quelques jours après, le 12 janvier 1700 (O' 48 et 44; TT. 464 et Mercure hist., février 1700, p. 196)'.
Le chiffre des prisonnières, qui n'était encore que d'une quarantaine en 1673, prit une extension considérable à la Révocation. Les seules pièces provenant de la communauté, qui existent aujourd'hui aux Archives, ne sont que des titres de rente, des contrats d'achat ou de donation- (S., 4668, 4669 et H., 42o6\ Heureusement les registres des secrétaires d'Etat contenant des ordres d'arrestation et d'élargissement, les papiers de Harlay (Fr. 17416- 17421) et surtout ceux de La Reynie (Fr. 7o5o-7o55), où se trouvent sept listes des captives qui de i685 à 1687 gémissaient sous l'oppression de Fénelon, offrent un intérêt plus réeP. Bien que ces listes portent près de cent noms, elles sont évidemment incomplètes; car une pièce de comptabilité qu'on trouvera plus loin, porte de quatre-vingts à cent quarante-cinq le nombre des bouches que les Nouvelles-Catholiques eurent à nourrir dans le courant de l'année 1686. Le personnel de l'établissement se composait alors de vingt-deux personnes (un chapelain, quinze sœurs, six domestiques); il y eut donc à un certain moment plus de cent vingt protestantes détenues dans la maison de Paris et dans celle de Charenton. Celle-ci n'en pouvait contenir qu'une quarantaine, celle de la rue Sainte-Anne se trouva beaucoup trop étroite, de sorte qu'il fallut en louer deux ou trois autres, ainsi qu'il résulte des billets suivants :
Seignelay à La Reynie.
14 janvier 1686.
J'écris à M. Catelan de céder aux Nouvelles-Catholiques la maison qu'il occupe; je ne doute pas qu'il le fasse incessamment.
' Morin, de Caen, et M» Couliette, de de Paris, nous permettons par ces pré- Rouen, perdirent aussi l'esprit dans des sentes à notre chère sœur Tardif, associée couvents, ainsi qu'une muhitude d'autres de ladite maison, de travailler pendant {Impiété des communions forcées). trois ans au service des pauvres malades
^ Nous extrayons d'un registre qui ne de l'Hôtel-Dieu à Chars ^Seine-et-Oise)
concerne que le chapitre, les lignes sui- et à l'instruction des enfants dudit lieu», vantes datées du mois de mars i58o: ' Fr. 7o3i, f» 24.6, 248; 70?2, f» 21, 24,
" François de La Mothe-Fénelon, supé- ib, 3o, 168. rieur de la maison des N""-Catholiques
25o Révocation de tÉdit de Nantes à Pans.
6 août i636.
La mère Garnier des Nouvelles-Catholiques m'a écrit pour avoir permission de prendre pour quelque temps une maison vide joignant la leur, pour y mettre des /t';«;«« de la Religion et des nouvelles catholiques, et Sa Majesté veut que vous examiniez si cela est absolument nécessaire, n'estimant pas qu'elles aient besoin de tant de logement.
i6 août 1686.
Vous pouvez permettre à la mère Garnier de prendre la maison qu'elle dit lui être nécessaire (O 1 3o).
Seignelay à la supérieure des Nouvelles-Catholiques.
26 février 1687.
Le roi approuve l'expédient que vous proposez de louer une maison plus commode que la vôtre pour contenir un bon nombre de femmes de la R. P. R., vous pouvez en faire le marché et ensuite me mander ce que vous aurez réglé pour le faire agréer à Sa Majesté (O ^ 3i).
Il fallut également augmenter le personnel. Le chapitre se composait de onze dames qui signèrent, en 1686, l'acte d'acquisition de la portion de l'enclos du temple donnée à l'Hôpital-Général : la mère Garnier, supérieure, sœur Charlotte de Bézu d'Hardencourt, sœur Louise de Croy, sœur Anne des Fonteines, sœur Susanne de Falbert (ou Jalbert), sœur Marie-Élisabeth de Bourg, sœur Marie de Marcon, sœur Susanne de Saint-André, sœur Marie Ancelin, sœur Anne Chapellot et sœur Marie-Françoise Heat.
A la fin de l'année nous trouvons quinze sœurs occupées dans la maison ; il en était donc venu quatre d'ailleurs. C'étaient des sœurs de Charité, dont deux billets de Seignelay expliquent la présence.
A M. l'abbé de Fénelon.
3i octobre i636.
Le roi veut bien que M. JoUy envoie dans la maison des Nouvelles- Catholiques le nombre de sœurs de la Charité qui lui sera demandé pour rendre service dans cette maison, ainsi que vous le proposez, et je vous envoie la lettre que j'écris à cet effet à M. Jolly.
A M. Jolly.
Le roi étant informé que les sœurs de la maison des Nouvelles-Catholiques ne peuvent résister à la fatigue qu'elles ont depuis quelques mois^ à CdMS& àvi grand nombfe de femmes de la Religion, qu'elles reçoivent par son
La maison des Nouveîles-Cathohqites. 25i
ordre dans leur maison, Sa Majesté m'ordonne de vous dire qu'elle sera bien aise que vous leur envoyiez quelques sœurs de la Chanté, pour rendre dans cette maison le service auquel elles seront propres. M. l'abbé de Fénelon doit vous voir pour cela, et il vous expliquera plus particulièrement le nombre qu'il leur est nécessaire d'en avoir.
On s'explique moins une nouvelle augmentation du personnel en 1691, alors que les entrées, à nous connues, qui s'étaient élevées à quatre-vingt-douze en 1686, étaient tombées à une. Sans doute, une fois accoutumées à recevoir de l'aide, les dames du chapitre ne purent ou ne voulurent plus s'en passer. Elles obtinrent du roi, le 12 septembre, un don de 82,400 livres pour la subsistance de six demoiselles destinées à l'instruction des prisonnières (O' 35).
Louis XIV n'avait longtemps accordé à l'établissement qu'une somme annuelle de mille livres; quand les dépenses eurent triplé, il éleva le chiffre de ses libéralités, ainsi que nous l'apprend une pièce capitale, écrite tout entière de la main de La Reynie (Fr. 7o52 i° 21).
5 janvier 1687. — Recette ^. Nouvelles-Catholiques.
En 1686 le roi a donné en ordonnances de 3ooo livres chacune, la somme
de 18,000 livres
Aumônes des particuliers 2,226 » i5 deniers.
Quêtes, legs et troncs ^ 2,228 » i5 i>
Pensions • . . . . 2,928 » 16 »
23,357 livres 56 deniers.
Personnes.
Depuis cent quarante-cinq ' jusques au nombre de quatre-vingts personnes. Charges et fondations acquittées.
Lits et meubles achetés.
1 On ne s'explique pas pourquoi cet et aux religieuses de la Miséricorde (Note
état ne mentionne pas la subvention du extraite par M. N. Weiss des papiers de
clergé, qui, pour contribuer aux conver- l'agence du clergé aux Arch. nation.),
sions, versait annuellement à la maison ^ LuUi mourant (1687) légua mille livres
600 livres, pareille somme à la maison à la maison (L 1048), pour expier, dit-
des N^'Catholiques; 3oo livres aux An- on, quelque chose de pis que les adul-
glaises du faubourg Saint-Antoine, 200 tères de Louis XIV.
livres à l'Union des filles de Saint-Chau- ' Une copie fautive, que nous avions
mont, i85 livres aux Pénitentes de la eu le tort de ne pas collationner sur
Madelaine près le Temple, et pareille l'original, nous a fait dire deux cent qua-
somme aux N"s«-Converties du faubourg rante-cinq dans L'Intolérance de Fénelon. Saint-Antoine, à la Charité de Charonne
252 Révocation de l'Édit de Nantes à Pans.
Pour celles qui après être devenues catholiques sont en besoin après être
sorties.
Réparations et accommodements aux maisons de Paris et do Charenton.
Est dû de loyer pour deux maisons pendant une année i25o livres.
Dû en petites parties la somme de 600 livres.
Sans les loyers la dépense excède la recette de 603 livres.
Et avec les loyers de i35o livres.
Les pensions ne sont rien. Gens à qui on a tout ôté.
«Gens à qui on a tout ôté!» Venant du lieutenant de police, cet aveu mérite doublement d'être retenu. A l'inverse des convertis de Pellisson, qu'on payait pour les faire abjurer, aux Nouvelles- Catholiques et dans les autres couvents il fallait payer pour être en prison et persécuté. On prévoit bien que le recouvrement de ces pensions n'était pas chose facile, et nous en avons la preuve. La mère Garnier se faisait écrire, le 19 mars 1686, afin de pouvoir montrer au.x réalcitrantes la lettre de Seignelay:
L'intention de Sa Majesté est que les dix-sept femmes mises par son ordre dans votre maison, vous paient leur dépense; voyez quel expédient il y a à prendre pour y obliger celles qui ne voudraient pas le faire (O ^ 3o).
Les listes étaient envoyées à La Reynie, qui mettait en marge: Faire payer, quand les débitrices étaient solvables, comme les demoiselles Amonnet, de La Ferté-Civile et de Villarnoul, ou bien: S'en défaire aux Nouvelles-Catholiques et mettre en quelque autre, quand elles n'avaient pas de quoi payer, comme M"''^ Morisset, D'Orignac, Le Coq des Forges. En tète d'une autre liste il a écrit: Voir s'il y a encore quelqu'un à qui on puisse raisonnablement demander. Malgré tout, plusieurs prisonnières opposèrent un refus absolu à ces étranges prétentions; la mère Garnier, au désespoir, s'en plaignait à La Reynie, dans une lettre non datée qui doit être du commencement de l'année 1687 :
M. l'abbé de Fénelon dit vendredi dernier à M. de Seignelay que nous n'avions plus d'argent, à quoi il répondit qu'on nous en donnerait; mais que le roi entendait que les protestantes payassent leur pension, et que pour cela il fallait, Monsieur, que je m'adressasse à vous. Je l'ai déjà fait. Monsieur, et vous m'avez fait l'honneur de me marquer vos intentions. J'ai fait voir vos lettres; mais tout cela n'a rien produit, et nous n'avons pas été payées ni par M™' de Saint-Hilaire, ni par M""' Du Ry. Les autres disent qu'elles paieront quand leur bien sera en état et que présentement elles n'ont rien. Que vous plait-il, Monsieur, que je fasse?
Afin de donner de l'éclat à la maison et de lui procurer des ressources pécuniaires, la mère Garnier priait Seignelay de lui
La maison des Nouvelles-Catholiques. 253
livrer les grandes dames et les demoiselles nobles dont la conversion n'avançait pas (notamment M™* de Béringhen), et même les riches pensionnaires placées dans des couvents avec leurs femmes de chambre. Elle redemandait ^1""= Fabrice de Gressign}-, qu'on avait transférée aux Ursulines pour la séparer de M""^ Le Coq, et assurait avoir trouve le moyen d'empêcher les conversations de ces deux inconvertissables qui s'exhortaient mutuellement à la fidélité. Les seize chambres à feu de l'établissement étaient données aux protégées de M'"'= de Maintenon, les Sainte- Hermine, les Saint-Laurent, les Boisragon, et aux membres des familles opulentes, les Saint-Hilaire, les Villarnoul, les La Massaye, les De Peray etc. On n'acceptait pas les pauvres avec le même empressement. Les listes des non payantes ne contiennent que vingt-huit noms, c'est-à-dire le dixième de ceux que nous avons pu recueillir. On patientait assez aisément à l'égard des indociles qui payaient bien (soit de quatre à six cents livres) ; il n'en était pas de même à l'égard des autres, telles que M"^^ Ganneron, d'Orbec, Seheult, de Bacalan, Ferry, Lanoix, qu'on faisait envoyer dans des communautés moins aristocratiques, et même, chose horrible à dire, à l'Hôpital-Général, comme les demoiselles Ma}', jeunes enfants d'un Turc auquel on avait rendu la liberté en gardant ses filles.
Il vint pourtant un moment où le gouvernement lassé de la rapacité des religieuses tint un autre langage. Pontchartrain écrivait à l'intendant Phelypeaux, le 14 août 1698 :
Toutes les filles qu'on met dans la maison des Nouvelles-Catholiques ne sont pas obligées d'y payer pension; Sa Majesté donne 600 livres par mois à cette maison pour celles qu'on y reçoit et qui n'ont pas le moyen de paj'er, et ainsi la fille de Martin de Vendôme est dans ce cas. Je mande à la supérieure de ne plus rien exiger d'elle pendant les six mois que vous jugez que cette fille y doit rester, et même plus longtemps si vous le jugez à propos (OI42).
Le même secrétaire d'État écrivait le 17 décembre 1700 à la supérieure des Nouvelles-Catholiques :
M. D'Ableiges m'ayant écrit que vous lui avez envoyé un mémoire par lequel vous demandez d'être payée de la pension de la dame de Bessé [-Bataillère] sur le pied de trois cents livres pour elle, deux cents livres pour sa femme de chambre et cinq cents livres pour son entretien, j'en ai rendu compte au roi, qui trouve que cette pension est un peu forte dans une maison comme la vôtre. Voyez donc à la réduire sur un pied convenable (O ^ 44).
254 Révocation de VÉdit de Nantes à Paris.
Cette sévérité inaccoutumée' coïncida précisément avec la recrudescence de persécution qui eut lieu en 1698, et dont le tableau suivant ne donne qu'une faible idée :
Entrées aux Nouvelles- Catholiques.
Ce tableau est certainement fort incomplet. En effet, d'après Le Mercure historique de janvier 1698 (p. 74), sept ou huit parisiennes avaient été enlevées et conduites aux Nouvelles- Catholiques vers le i5 décembre précédent. Nous lisons, en outre, dans le numéro du 3i mars (p. 417): «Le couvent des Nouvelles-Catholiques est si rempli qu'on est obligé de louer des maisons dans le voisinage pour y suppléer»; et dans la Gasette de Harlem : «Paris, 11 avril. Cette semauie on a enlevé beaucoup de jeunes filles qu'on a mises dans les couvents des Nouvelles-Catholiques, et entre autres la fille unique du sieur de La Pénissière, gentilhomme poitevin et nouveau converti, ce qui cause une grande terreur aux demoiselles de cette sorte. — Paris, 14 avril. Vendredi matin on a arraché à ses parents une jeune fille de quinze ans pour la mettre au couvent des Nouvelles-Catholiques, dans lequel on a enfermé depuis un mois soixante-dix jeunes filles » Bul/et., 3= série, II, 55g). Nous lisons encore dans Le Mercure liistoriquc de mai 1699 i,p. 572) : « On apprend par des lettres du 27 avril que, depuis peu de temps, on avait mis vingt-deux filles nouvelles réunies dans la maison des Nouvelles- Catholiques de Paris, à Blois dix-huit, à Angers six, à Bordeaux neuf etc.»; dans le numéro d'avril 1700 (p. 482) : «On a fait agrandir à Blois, aussi bien qu'à Paris, la maison des Nouvelles-Catholiques; ces maisons se trouvent trop petites pour renfermer toutes les filles qu'on y conduit à tous moments ; » — et dans le numéro de mai (p. 5i8j : «Les [seize] Rochelloises prisonnières qui avaient été enfermées, depuis l'arrêt rendu contre elles, dans l'hôpital de la Salpétrière, en furent tirées le mois dernier par ordre de la cour
' Cependant le 8 décembre 1698 Pont- sur les aumônes qu'il leur restait à dischartrain faisait donner 1000 livres à tribuer (O' 42I. ^(établissement par les fermiers-gûncraux
La maison des Nouvelles-Catholiques. 255
et furent conduites dans la maison des Nouvelles-Catholiques » (voir Vildou).
Enfin nous donnerons encore un extrait du numéro de février 1700 (p. igS): «Le feu prit le mois dernier dans la maison des Nouvelles-Catholiques de Paris ; mais il fut bientôt éteint, et trop tôt au gré des filles qui y sont enfermées contre leur volonté, et qui auraient bien voulu profiter de l'occasion pour se délivrer de captivité. Il y en eut pourtant trois qui furent assez diligentes pour s'évader; mais l'une eut le malheur d'être reprise.» — Il y eut moins d'évasions aux Nouvelles-Catholiques qu'aux Nouveaux-Catholiques. Outre celle qui vient d'être mentionnée nous n'en connaissons que trois, celle de Charlotte Leblanc, celle de M"'^ Charles Brunier et celle de M"^ Plastrier, qui alla rejoindre toute sa famille à l'étranger.
Tout est révoltant dans cet attentat contre l'inviolabilité du for intérieur; mais rien peut-être n'est plus scandaleux que les sentiments dénaturés que les religieuses s'eiïorçaient d'inspirer aux jeunes protestantes; elles en vinrent à faire dénoncer la mère par la fille. Voici l'une des lettres que les Nouvelles-Catholiques de Caen dictèrent et imposèrent à une de leurs victimes, envoyée peu après dans la maison de la rue Sainte- Anne ' :
Au roi,
23 mai i683.
Sire, Demoiselles Adriane et Catherine de Branay, remontre très humblement à vostre majesté qu'ayant été mises par vos ordres dans le séminaire des nouvelles catholiques de Caen pour y estre eslevés et instruite dans la religion catholique apostoHque et romaine, elles ont eu le bonheur de se convertir, ce qui leur a atiré lindignation de leur mère et grand'mère, qui sont pasionément atachée à leur encienne religion prétendue réformée, en sorte quelle les abandonne jusqu'à leur refuser ce qui leur est le plus nécessaire pour leur noriture et entretien, ce qui oblige les supliantes davoir recours à vostre majesté et la suplier très humblement de vouloir bien leur acorder une pension pour leur faciliter les moyens de rester dans ledit séminaire, n'estant pas encore assés fortifiés et d'un âge capable de restiter aux persuasions de leur mère et grand'mère; ce qu'elle espère d'autant plus que leur père et grand père sont mors dans le service et ne peuve atandre de bien de ce côté-là, elles augmenteront les prières quelles font tous les jours pour la conservation de la santé de vostre majesté et de toute la maison royale.
Adriane de Branay ' France prot., 2' édit., III, 76.
256 Révocation de t Édit de Nantes a Paris.
Les Nouvelles-Catholiques de Paris en firent tout autant, ainsi que le prouve le billet adressé par Pontchartrain à La Reynie le 3o septembre 1691 :
La demoiselle Chardon qui est aux Nouvelles-Catholiques, aj'ant donné avis au roi qu'un frère et une sœur qu'elle a, sont tout à fait négligés pour la R. par leur mère, qui s'est remariée, Sa Majesté a trouvé bon d'ôter ces enfants d'entre les mains de leur mère et de faire mettre le garçon au collège des Jésuites et la fille aux Nouvelles-Catholiques (O 1 35).
Nos documents nous ont permis de retrouver les noms de deux cent quatre-vingt-cinq personnes enfermées aux Nouvelles-Catholiques de i685 à 1700. Ces quinze années se divisent en deux périodes, dont la première s'achève avec l'année 1688 : c'est celle de la lutte suprême, après laquelle on ne trouve presque plus en France de protestant qui n'ait été contraint d'abjurer. Les inconvertissables, tirés des prisons et des couvents, ont été expulsés du royaume. Parmi les cent soixante-sept victimes de cette période, soixante-huit abjurèrent, quarante-cinq résistèrent, et nous ne savons des cinquante-quatre autres* que leur entrée aux Nouvelles- Catholiques.
Quatre pauvres filles, M"'-"'' Agnès, Berne, Faure et Laure, abjurèrent par misère, et les Nouvelles-Catholiques les nourrirent ensuite quelque temps «par charité ». Vient ensuite Marie Parent également dénuée de toute ressource; elle abjure au mois de novembre i685, et reçoit en sortant dix-huit livres pour s'acheter des habits; en outre, La Reynie paie onze livres pour la nourriture de ses « quatre enfants abandonnés pendant qu'elle était aux Nouvelles-Catholiques». Puis ]VP'= Petitfrère, qui puisait dans la caisse de Pellisson avant la Révocation, et qui reçut deux cents livres en sortant de la maison au mois de novembre i685. ]VI""-'Godeau, au contraire, fut jetée sur le pavé après avoir cédé aux importunités et aux promesses des Nouvelles-Catholiques.
I M»c" D'Anty, Bethy, Charlotte et Ca- guérite Guérin, deux demoiselles Hilairc therine Bonnet, Madelaine et Marthe et leur femme de chambre, M''" 1-aget, Bruno, Anne Cadot, les enfants De Cliarlotte 1,'Amandé, Françoise Lanoix, Cagny, M"'° dcChantemerlière, M"" Chrcs- la comtesse de 1, ascaris, Jeanne La Tour, tien, une demoiselle C aye, M"°* Coulon, Jeanne l.o Maisire, M"° de Lirée, M"" Couvreur, Denis, Des Champs, M"'" et Maron, M"" May, M"" Moland, M"" Ouri, M"" Du Bois de Nemctz, une demoiselle M"" Pagneret, Madelaine Kisoul, Jeanne Du Ry, M"«> Duoquerque, Kuron, une Koyer, les lilles de la nommée Rousseau, demuiselle Faure, M'°* Foucauld et sa si elle en avait, M"*^ Souillard, deux defemme de chambre, M"«» Ferry, trois de- moiscrles Torse, M"« de Vandœuvre et moisellcs Uallet, M"» de Garsault, Mar- Mii« Voyer.
La maison des Nouvelles -Catholiques. 267
Entre la prison et les pensions qu'on leur offrait, quelquesunes hésitèrent plus ou moins longtemps, et finirent par accepter l'argent : M""= et M"'^ de Sainte-Hermine, parentes de M""= de Maintenon, la marquise de Théobon, M'"" de Saporta et sa nièce M"'= De Petit, future M""' Du Noyer, iVI"'' de Lespinay, Susanne de Combles, fille d'un pasteur, M"'= de Courcerac et M"" Claye pensionnée et mariée en 1687. Elle était nièce de la sœur Ancelin. D'autres, comme M'"'^ Tliéodore de Béringhen, ne plièrent que pour éviter qu'on leur ôtàt leurs biens. Plusieurs se laissèrent vaincre non par les suggestions de la cupidité, mais par l'horreur de la captivité et la soif de liberté : une des demoiselles d'Angennes, au bout d'un mois, « à condition de sortir immédiatement après des Nouvelles- Catholiques » ; M""" Bivelat, Emilie Boucheron, deux demoiselles Du Buisson, M"'^ Des Fontaines, deux demoiselles Dufaure, M"'' Du Mouhn, trois demoiselles Dupin, M™" de Joigny, M"'' de Lescours, Marie de L'Isle du Gast, M"<= Malchar, M''-^ Martine, M"^ Masclari, deux demoiselles de Villarnoul, une des filles de Pierre Castillon, M™'' Paul et M""" Du Vidal, ces trois dernières après une énergique résistance. Quelques-unes ne succombèrent qu'à force de mauvais traitements, comme M"*" Le Coq Des Forges, dont la folie et le suicide témoignent des «rigueurs salutaires» dont on usait dans la maison de Fénelon. Des lapsi reviennent ouvertement à leur ancienne religion et se font enfermer: M"" Chambon, et M™" Charles, reprises et remises aux Nouvelles-Catholiques en 1687, Charlotte de Larroque, qui après avoir abjuré dans la maison de la rue Sainte-Anne, reçoit vainement une garnison, est reconduite rue Sainte-Anne, puis envoyée au château de Nantes comme inconvertissable. D'autres n'abjurent que pour passer à l'étranger, et prennent la fuite aussitôt sorties de l'établissement, la fille du pasteur Mutel, deux demoiselles d'Angennes, une demoiselle Du Ry, M"" Pierre Falaiseau, M""" de La Ferté-Civile avec ses quatre enfants, deux demoiselles de La Fontaine, M"^ Orléans, M"'' de Pierre-Buffière, M""= Trouillon et M"'' Bouxin, qui, élevée aux Nouvelles-Catholiques, s'enfuit en 1702. Des quatre demoiselles Mallet, dont l'abjuration avait été fort laborieuse, trois passèrent à l'étranger, y compris celle qui avait pris le voile ; il ne resta en France que celle à qui l'on donna les biens de sa famille.
Parmi celles dont aucune faiblesse ne dépare la résistance, il faut citer M"'' Allix, transférée des Nouvelles-Catholiques dans un autre couvent, puis au château de Pont-de-l'Arche, M"'= de Bacalan, Esther Bernon de l'Isleau, M"*" Bigot, transférées dans d'autres
258 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.
couvents; M"* de Boisragon, qui, fort maltraitée en province, sort des Nouvelles-Catholiques sans avoir renié sa foi, ainsi que M"''= de Boisroger, M"'' de Saint-Laurent-Sainte-Hermine et M"= Du Cerceau de Tilly (celle-ci passe à l'étranger); deux demoiselles Du Ry, transférées, l'une, dans la citadelle de Montreuil, l'autre, à celle de Nantes; M.""" Fabrice, transférée aux Ursulines, du Cherche-Midi; M"'' Ganneron, envoyée dans un couvent d'Auxerre; M"*-' Jacob, M"^ Julien, M"^ de La Ferrière, M""= de La Fresnaye qui perdit l'esprit, M"'= de La Massaye; Charlotte Leblanc; qui s'enfuit de la maison en 1678 ; Catherine Lucas^ deux demoiselles May, turquesses, M"" Melon, trois demoiselles Monyer, dont deux transférées à la citadelle de Nantes et une à celle de Montreuil; M"^ Poignant et M"^ Rivière. Enfin les héroïques, la gloire la plus pure du protestantisme, celles qu'on expulsa de France comme inconvertissables : M"'^ d'Alba, M""= Brunier, M'"'= Cibot, M"= Fradin et sa maîtresse M''-^ de Thors, M"'^ Jacquinot, M™^ Le Coq de Germain, M''-^ Morisset. M"'' d'Orignac, trois demoiselles de Villarnoul et les nommées Bordier, Huvé, Jeanne Bernard, femmes de chambre de la duchesse de La Force.
La période de 1689 à 1700 comprend cent dix-huit femmes ou filles (chiffre de beaucoup inférieur à la réalité, car les listes des Nouvelles-Catholiques manquent à partir du commencement de 1687) qui, ne tenant compte d'une abjuration arrachée par la violence ou par la terreur, manifestent, en face du clergé triomphant, leur attachement à la religion proscrite assez ouvertement pour se faire emprisonner, les unes pour la première, les autres pour la seconde ou la troisième fois. En somme c'est une élite, composée d'« opiniâtres », selon l'expression du temps. Aussi vingt-six seulement plièrent^ cinquante-trois résistèrent, la conduite que tinrent les trente-neuf autres * nous est inconnue.
L'argent joue encore ici son rôle corrupteur. Parmi celles qui plièrent nous trouvons une demoiselle Charton, sortie des Nouvelles-Catholiques au bout de quatre ans, avec une dot de cent livres; M""= Bernardon, qui en sort gratifiée de cent cinquante
' Louise Ardesoif, M"« Baril, M"» Bar- Breton, M"" Samuel Le Clerc de Juignc',
rau, Anne Bcrnior, M"" de Broys, la nièce Claude Le Roux, pour crime d'assemblée,
de Louis Brulefer, une demoiselle Char- M"" Lucas, trois demoiselles de Marcé,
don, M"« Cliastenay, M"« Chitton, M"" de M"' Martin, M"° Maugi'ir, deux demoi-
Clermont d'Amboise, deux demoiselles selles d'Orbec, M"» Ouri, M"° Poupart,
Compan, M"" Courtois, M"» Dargent, trois demoiselles Prévost, M"" Raquet,
M"* Dauzy, M"» Foissin, M"" Garnier, Nicole Tesson, ancienne catholique con-
M"* et M"» Goilart, deux demoiselles Le vertie, et M"° de Vicques.
La maison des Nouvelles-Catholiques. qSq
livres; M"*" de La Perrine, sortie avec une pension de cinq cents livres; M"^ de Barle, avec une de mille livres; M"= de Beaulieu, domptée par dix-huit mois de mauvais traitements et enfin pensionnée. — Deux demoiselles Amyraut de Champrobin sont rendues à leur mère au bout de huit mois; M"'= Cailloué sort au bout de trois mois; iVI"'^ Chapusay parait «bien instruite» en 1699; l'une des demoiselles Chardon présente le placet scandaleux mentionné ci-dessus; M"'' Flamand et sa fille paraissent bonnes catholiques au bout de huit mois; M"^ Forant, déclarée bonne catholique en 1692, s'en retourne dans sa province avec une promesse de protection du roi; M"'= de La Boulonnière paraît avoir plié au bout d'un an pour être rendue à son oncle; M"= Masclari de Champmoreau rendue à sa mère, et M"'' Thuret rendue à son père, sans doute après avoir donné quelque satisfaction aux Nouvelles-Catholiques qui ne s'y fiaient guère; M"" de La Pénissière, bien convertie, au dire des Nouvelles-Cathohques, qui trouvaient cependant dangereux de la rendre à ses parents. Enfin Susanne Conrart, qui prit le voile aux Carmélites. D'autres ne sortent que sous caution: trois demoiselles de La Roche-Logerie, M"^ de Luc-Brachetière, M"'= Milsonneau, M"*^ de Marconnay de Châteauneuf qui, malgré la caution, s'enfuit en Hollande. De même une demoiselle Dolon de La Goupillière essaya de se dispenser de retourner chez les Nouvelles-Catholiques, qui ne l'avaient relâchée que momentanément.
y[\\e D'Aulnay n'en sortit que pour quinze jours et à cause de la maladie qu'elle y avait contractée. Plusieurs de celles qu'on avait relâchées furent reprises et retournèrent dans la maison: les deux demoiselles de Brannay, au bout de deux ans; M"^ de Boisfradin, au bout de huit ans. En 1698, M"^ Canaye de Brannay sort des Nouvelles-Cathohques de Paris avec un brevet de cathohcité; en 1695 elle est emprisonnée chez les Nouvelles-Catholiques de Caen. M"^ Lardeau, qui avait abjuré à la Bastille en 1686, est aux Nouvelles-Catholiques en 1692, pour avoir prêté sa maison à une assemblée présidée par les pasteurs du Désert Giraud et Givry. Une des prisonnières, M"^ Plastrier, s'évada pour passer à l'étranger; une autre, M™^ de Brusse, y mourut folle. Quelques-unes n'y furent envoyées qu'en désespoir de cause, après avoir fait un long séjour en prison, comme Marie Vlaut, ou dans d'autres couvents, comme M"<= de Montgommery, M"= Guichet et M"* Lojon, ou même dans l'antre de la corruption et de l'abomination qu'on appelait l'Hôpital-Général, comme M°"= Du Buisson, M"<== Hubert, Isabelle,
200 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.
Esther de La Ronde, la nommée Tondu et la veuve Vildou. D'autres, dont la persévérance était depuis longtemps à l'abri de toute faiblesse, fatiguaient les Nouvelles-Catholiques, qui demandaient à en être débarrassées; une demoiselle de La Roche-Logerie, deux demoiselles Sehut, deux demoiselles de Saponay, menacées d'être envoyées dans une prison d'Etat; M"^ Berthe, transférée au bout d'un an à la Bastille; deux demoiselles de Braly, envoyées aux Nouvelles-Catholiques de Blois ; M"'= de Coupigny, dans un couvent d'Auxerre, au bout de quatre ans, puis à Chartres ; M"'= Pellet dans le même couvent d'Auxerre, où. on lui donna trois mois pour choisir entre la conversion et l'Hôpital-Général; M"" de Vandœuvre, qu'il avait été question de placer à Saint-Cyr, envoyée aussi à Auxerre; deux demoiselles de La Motte, dans un couvent de Lafère; une demoiselle d'Orbec, à l'abbaye de La Chaise-Dieu. Plusieurs furent envoyées au château de Saumur: une demoiselle de Brannay, M"^ de Mondreville, deux demoiselles Raquet de MoUien, M"^ de Chalandos, qui y perdit l'esprit, deux demoiselles de Neuville, qui y passèrent au moins onze ans (1701—1712)*. M"^ de Grozilliers fut transférée à l'Hôpital-Général «à cause de ses emportements»; M""^ de La Contaudière, une des plus ardentes, non expulsée de France parce qu'elle était relapse, fut transférée au château de Nantes. La constance de M"^ de Boisrogues et de sa sœur M"^ de Vargnes était telle qu'on les relâcha en 1696, sans avoir « rien pu gagner sur leur esprit », on les reprit l'année suivante. M"'= Charton resta au moins quatre ans aux Nouvelles-Catholiques sans donner signe de faiblesse. Deux demoiselles Flamand furent séparées de leur sœur, dont la conscience paraissait moins ferme et résolue. M"^ de Bessé-Bataillère, après avoir abjuré à la Bastille en 1686 et avoir été arrêtée de nouveau en 1698, fut mise aux Nouvelles-Catholiques en 1699, n'en sortit qu'en 1701 et était encore en 1708 notée comme «opiniâtre». En 1706, les Nouvelles- Catholiques menaçaient encore de l'Hôpital-Général une dame
' Pontchartrain écrivait à Plielypeaux puisqu'elle a du bien, vous aurez, s'il le 27 janvier 1701 : nJ'ai rendu compte vous plait, soin de pourvoir à sa subau roi de la lettre que vous avez pris la sistance et entretien sur ses revenus» peine de m'ccrire au sujet des cinq filles {Corresp. adm., IV; 464). qui sont aux N"«»-Catholiques de Paris, 2 Au contraire, une convertie de Noret qui ne donnent aucune espérance de nian.lic, Marie de Méhércnc, de Cricqueleur conversion. Sa Majesté donnera des ville, entrée aux Nouvelles-Catholiques ordres pour les faire conduire au château de Paris comme novice, en 1G91, fut rende Saumur et fera payer la dépense de voyée l'année suivante, parce qu'on ne quatre sur le pied de vingt sols par jour. lui trouva pas les dispositions requises. A l'égard de la demoiselle de Brannay,
La maison des Nouvelles-Catholiques. 261
Bessé, si elle ne se convertissait dans les trois mois. Enfin deux demoiselles de Dolon de La Goupillière, M"^ Noblet, et Madelaine de Dompierre^ femme de Parenteau de Sainte-Maison, furent expulsées du royaume.
Parmi les jeunes filles élevées aux Nouvelles-Catholiques, il s'en trouva plusieurs sur lesquelles les cérémonies bizarres et pompeuses d'un culte sensualiste firent une grande impression. On n'avait pour celles-ci que des douceurs, des soins infinis, de manière à les enlacer d'une façon inextricable. Il y eut donc quelques conversions réelles. Celle de M"'' Rouvray de Villarnoul paraît avoir été de ce nombre, ainsi que celle de M"* Courcerac, que nous voyons disposée à embrasser la vie monastique. Catherine-Renée de Jaucourt fit une donation aux Nouvelles-Catholiques en 1729; dans l'ardeur de son zèle de néophyte, M"'' de Peray se crut permis d'attaquer Jurieu. Aimée de Jaucourt, Susanne Conrart et une demoiselle Cannaye de Brannay, prirent le voile, ainsi que Marie et Marguerite Catillon. Ces dernières firent partie du chapitre des Nouvelles-Catholiques dont l'une devint supérieure '.
Valait-il la peine de plonger tant de familles dans le deuil et de faire couler tant de larmes, pour obtenir un résultat si minime? Cependant l'institution immorale qui s'était placée au-dessus du droit naturel, et dont la réapparition soulevait naguère, sous le nom de mortarisme l'indignation de l'Ancien et du Nouveau monde, subsista comme « établissement d'instruction publique » et toujours soutenue par les subsides de l'État, jusque vers la fin du XVIIP siècle. Lorsque, après cent cinquante-huit années d'existence, elle fut frappée par l'article IV du titre V de la loi du 18 août 1792, portant suppression des congrégations séculières, elle comprenait dix dames de choeur, trois converses, et neuf «élèves en la religion catholique», dont deux juives et sept protestantes.
Le premier archevêque de Paris affirmait que, de 1634 à 1645, cinq cents jeunes filles avaient passé par les Nouvelles-Catholiques; de 1645 à 1675 (date à laquelle l'établissement comptait encore une
' Bien qu'elles eussent la pre'tention de lique: «Etat des filles qui ont été mises vouloir éclairer leurs captives, les N""- par ordre du roy dans la maison des Catholiques n'imitaient que trop les N"'*-Catiioliques de Rouen.... et au quels grandes dames du XVIl' siècle, dont les Sa Majesté a accordé des gratifications lettres se distinguaient par une absence particulières pour leur pension de subcomplète d'orthographe. Voici un spe- sistances pendant le tems de leur instruccimen de celle qu'on pratiquait dans un tion. Segonde année de ses gratifications de ces établissements d'instruction pub- pour l'année 1770» y\. N., TT 291).
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quarantaine de pensionnaires! ce chiffre a dû tripler et s'élever à quinze cents, soit deux mille avant la Révocation. On peut donc évaluer de quatre à cinq mille le nombre des victimes enfermées dans cette maison, dont la suppression ne fut pas l'un des moindres bienfaits de la Révolution. Grâce au triomphe de la société civile sur l'esprit clérical, Vincent de Paul, Bossuet, Fénelon, Fléchier, Louis XIV, M™^ de Maintenon, Anne de Croze, M""* de Miramion et tous les autres pieux ravisseurs d'enfants, seraient aujourd'hui passibles des travaux forcés en vertu des articles 341, 354 et 355 du Code pénal.