PERAY (GUICHARD DE
Bien avant la Révocation, deux fils de Louis de Courcillon de
Dangeau et de Charlotte des Noues, petite-fille de Du Plessis-
'Mornay, abandonnèrent la religion dont leur père, ancien de son
• Louis XI\' avait commencé parla priver elle avec un prêtre pour lui dire qu'il
de ses biens. On lit dans le Mercure his- fallait aller à confesse, ce qu'ayant refuse',
torique du mois d'août 1Ô99: «M"" la com- on lui a confisqué ses biens au profit du
tesse de Vivans, sœur de M. le marquis roi ».
de Monpouillan, s'est voulue plaindre - Voir l'ouvrage Je M. de France,
de ce qu'on lui a enlevé ses [petits] en- loco cit. fants; le procureur du roi est allé chez
35o Révocation de l'Èdit de Nantes à Paris.
Eglise, s'était montré le zélé défenseur. Ils avaient sans doute un frère, dont descendent les Dangeau actuels encore protestants {Bullet., II, 176). Vers 1664, Philippe, type du parfait courtisan, embrassa le catholicisme en temps utile et fut aussitôt comblé de places et d'honneurs. C'est à lui que l'on doit lejoiirnal du marquis de Dangeau, qui, malgré sa platitude et son esprit de servilité, est un document capital de l'histoire de la seconde moitié du règne de Louis XIV. Son frère Louis abjura aussi quelques années plus tard; il se lit prêtre, fut doté de quatre abbayes et devint le successeur de Cotin à l'Académie française.
Leurs cinq sœurs n'eurent garde de les suivre dans la voie de l'apostasie. Susanne, mariée (1684J à son cousin Louis Du Piessis, seigneur de La Perrine, mourut, semble-t-il, avant la Révocation. Elle eut une fille qui, selon La France protestante, 2" édit., IV, 802, aurait été enfermée aux Nouvelles-Catholiques à l'âge de onze ans, peu après la Révocation. Le 10 février 1699, l'ordre fut donné d'aller prendre cette demoiselle au château de Dangeau ' (Eure-et- Loir) et de l'amener aux Nouvelles-Cathohques de Paris, d'où elle sortit, par ordre du 10 septembre, pour retourner à Dangeau (O' 48). Une demoiselle de La Perrine, peut être l'ancienne pensionnaire des Nouvelles-Catholiques, reçut en 1700 une pension de 5oo hvres (O' 44).
Elisabeth, mariée (i658) à Frédéric de Suzannet, seigneur de La Forest, n'abjura que pour sortir du couvent de Poitiers où elle fut enfermée en 1686. Son mari passé en Danemark (Ch. Weiss, II, 294) fut bientôt rejoint par sa fille. En effet, Seignelay écrivait à La Reynie le 6 février 1686 : « M. de Dangeau a informé le roi ce matin que M"'= de La Forest, sa nièce, qui a été longtemps chez M. de Meyercron, envoyé de Danemark, et qui depuis s'est retirée par ordre de Sa Majesté chez lui, en était sortie hier matin, étant actuellement malade de fièvre, et qu'on ne savait où elle était allée; sur quoi Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire, afin que vous ordonniez au sieur Desgrez de chercher partout cette demoiselle, Sa Majesté ayant à cœur qu'on la puisse trouver » (O' 3o). — Elle était évidemment passée à l'étranger. Suzannet de La Forest obtint, en 1698, l'autorisation de vendre les biens qu'il avait laissés en France et dont le clergé avait plusieurs fois voulu s'emparer.
' Circonstance qui prouve qu'il ne comme dit à tort la seconde édition de s'agit point d'Anne Monginot, femme de La France prot., V, 878. David du l'Iessis, sieur de La Perrine,
Prisons et Couvents. 35 1
Catherine épousa en i658 le marquis de Peray dont nous parlerons tout à l'heure.
Charlotte et Françoise-Hélène, «filles d'un rare mérite et d'une vertu éminente», dit Benoit, maintinrent le culte à Dangeau jusqu'au i5 février i683, date de son interdiction. Venues à Paris avec l'intention évidente d'y chercher les moyens de passer à l'étranger, elles ne réussirent qu'à se faire arrêter. Seignelay écrivait à La Reynie, le 28 mars 1686 : « Je vous envoie des ordres pour faire mettre une de M""" de Dangeau dans un couvent, et l'autre, dans la maison de M°"= de Miramion. Il faut que pour celle qui sera mise dans un couvent, vous en choisissiez un où il n'y ait point de femme de la R. P. R. » (O' 3o). Le couvent choisi fut celui des filles du Calvaire, de la rue Saint-Louis (Fr. 7o53 f° 166), où l'une des deux sœurs, nous ne savons laquelle, devint sans doute un danger pour son entourage; car elle fut réunie à l'autre chez les Miramiones, par ordre du 17 janvier 1687. Elles résistèrent aux brutalités des Miramiones, si bien qu'il fallut les expulser de France. On écrivait de Paris à la Gazette de Harlem le 3o mars 1688 : « Les sœurs du marquis de Dangeau sont parties pour la Hollande» (Bnllet., 2" édit., XV, 406). Selon La France protestante, ce serait M"° Hélène qui aurait fondé à La Haye le refuge dont Bancillon, forçat huguenot hbéré en 1713, parlait en ces termes •: « C'est une société de dix ou douze dames ou demoiselles qui vivent ensemble comme des religieuses. Celle qui a formé cette société est IVl"'' de Dangeau, tante de M"" de Peray. Cette pieuse dame a quatre ou cinq mille livres de rente de chez elle, qu'elle a mangées toujours avec des réfugiées : quand quelque dame ou demoiselle sortait de France et qu'elle n'avait pas de quoi vivre, M"* de Dangeau la prenait chez elle et la nourrissait; mais le nombre augmentant et n'ayant pas de quoi fournir à toutes, celles qui avaient quelque chose le mettaient à la bourse commune d'où elles vivaient. C'est ainsi que s'est formée cette société où on reçoit encore tous les jours des demoiselles qui y veulent entrer ; l'une y porte quelque argent, l'autre n'y porte rien, c'est selon les moyens de chacune. M"'^ de Dangeau ne se contente pas de cette société de La Haye, elle en a encore une autre à Eskidam (Schiedam), village tout près de Rotterdam, qui est autant nombreuse que celle de La Haye ^.
' Biillet., 3« sér., I, 69. rectrice Marie Du Moulin {Bidkt., 2° sér.,
2 Une autre Société de dames françaises XIII, 3i5, et 3= sér., IV, 480). Charles
avaient été fondée à Harlem en i683, par Coquerel (I, 83) mentionne, en outre, des
le marquis de Venours, et eut pour di- maisons 'de dames françaises réfugiées,
352 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Cette dame demeure tantôt à celle-ci et tantôt à celle-là. Elle donne tout ce qu'elle a, ce qui ayant été rapporté à la reine douairière de Danemark, cette princesse lui envoya un lit bien garni de tout, mais à condition qu'elle s'en servirait toujours, sans le donner à autre... C'est dans cette société de La Haye que vit M"" de Peray : car elle loge dans la même maison. On y chante les psaumes, on y lit et y fait la prière en commun trois fois le jour, nous avons eu l'honneur d'y assister plus d'une fois. Je sais que M"^ de Peray y faisait autrefois la prière par méditation [improvisation]; mais elle ne l'a pas faite quand nous y étions ». — Il semble résulter de cette lettre et d'une autre adressée, en décembre 1699, «à M"° de Peray chez M"'' de Dangeau, derrière le cloître à La Haye», qu'il n'existait plus en 1718 et même en 1699 qu'une seule des deux demoiselles de Dangeau.
Jean Guichard, marquis de Peray, possédait la terre de ce nom à deux lieues de Parthenay en Poitou. Lorsque le prêche fut interdit en cette ville, le marquis l'établit dans son château pour les protestants disséminés de la Gâtine. On lui contesta le droit d'exercice en 1681, et le nouveau temple fut interdit en 1682; quelques mois après cette interdiction, les dragons envahirent et dévastèrent le château. Les coreligionnaires du marquis l'avaient plusieurs fois délégué à Paris pour s'occuper avec le député-général des affaires de la province. Sa quatrième femme, Catherine de Courcillon^ lui donna trois enfants: Jean, comte de Guichard, Catherine et Charlotte.
Toute la famille, venue à Paris dans l'intention de passer à l'étranger, et logée aux Deux Anges avec d'autres personnes de la religion, fut découverte par l'exempt Auzillon et dénoncée à La Reynie le 25 février 1686. Le fils était sig^nalé comme ex-capitaine ayant favorisé la fuite de plusieurs protestants, à l'aide d'un passeport que le roi lui avait accordé. « 11 y a quelque temps, disait le rapport de police, que IVl""' de Peray tient le bureau d'adresses de tous ceux de la religion qui viennent à Paris; mais elle prend soin de les faire placer; l'on dit qu'elle est si zélée pour sa religion qu'elle se ferait brûler plutôt que de changer. La nuit, une grande partie de ceux qui sont à Paris cachés, la vont voir. La Laperle'
à Deift, à Harderwick et à Rotterdam. ' Anne Herost, femme d'Antoine La-
l.a dernière était sous la directio.T de M'"" perle, marchand de vins à Paris, rue des
de Soustelie. Plus de cent femmes nobles Boucheries, faubourg Saint-Germain, en-
de naissance, trouvaient asile dans ces fermée le 4 mai 1686 pour n'avoir pas
six ctablisscments (Ch. Weiss, Hist. des fait abjuration dans le temps porté par
réf., II, 17). les déclarations, abjura peu après et resta
Prisons et Coitvnits. 353
est l'embaucheuse de la dite dame de Peray» (Fr. 7o53 f° 177). Sauf Catherine, qu'on manqua', toute la famille fut arrêtée le 5 mars, par ordre du 2, et mise à la Bastille^, où le père et le fils restèrent, tandis que dès le lendemain la mère était envoyée au couvent des Hospitalières de Saint-Anastase, dites dames de Saint-Gervais, rue Vieille-du-Temple, et la fille, aux Nouvelles- Catholiques.
Le 6, le marquis de Dangeau alla solliciter son beau-père et son neveu de suivre son exemple. Il ne réussit complètement qu'auprès de ce dernier, qui promit, le xo, de se réunir, aussi bien que deux des fils de M. de Béringhen (Fr. 7o53 f° 456 et O' 3o). L'abjuration lui valut la liberté; il sortit de la Bastille, par ordre du 21, et resta en France. Sa femme et ses deux filles furent enfermées à l'Union Chrétienne de Luçon en 1700. — Cependant les visites et les sollicitations du marquis et de l'abbé de Dangeau, du marquis et de la marquise de Coigners-', et du sieur des Junchères, sans doute aussi nouveau converti, fortifiaient l'impression produite sur M. de Peray par la Bastille et ses convertisseurs habituels ; il demanda, le 25 mars, peut-être dans le dessein de s'évader en chemin, qu'on lui permit d'aller abjurer à Grenoble ; le roi lui fit répondre que l'abjuration devait avoir lieu à Paris. Quand il vit son prisonnier sur le point de se soumettre aux volontés du roi, M. de Besmaus demanda que M"'' et M"*^ de Peray, jusque-là inflexibles, vinssent passer deux jours à la Bastille, dans l'espoir que le marquis les déciderait à l'imiter. L'ordre de les tirer de leurs couvents fut donné le 2 avril, et on les amena le 6 dans la forteresse.
Deux jours auparavant, le marquis avait pris par écrit l'engagement d'abjurer dans un mois, qu'il demandait encore pour faire ses réflexions ; le roi ne lui accorda que quinze jours, et permit, le 6, qu'on le laissât sortir de la Bastille, après qu'il aurait donné l'assurance de ne point quitter le royaume. Le 6 au soir, M. de Besmaus écrivait à La Reynie: «Je ne puis vous rien dire encore de M™^ de
cependant au moins huit mois encore au femme de chambre de M™» de Peray, fut
Grand-Châtelet. Elle travaillait aux éva- mise au Grand-Chàtelet, abjura le 8 et
sions avec Vion (Fr. ;o53, t^s \ib, 261, demandait, le 9 mars, qu'on lui rendît la
28« et 299). liberté (Fr. ;od3, f" 39+). Elle sortit le 12
' Seignelay écrivait à La Reynie, le ô (Fr. yoii, f" 293).
mars idSO: «A l'égard de la demoiselle a Jacques Le Vasseur, marquis de
de Peray qu'on a manqué d'arrêter, il faut Coigners, avait abjuré en 1664; en juillet
tâcher de découvrir où elle peut s'ctre itS83, il reçut une pension de mille écus,
retirée afin de s'en assurer» (O' 3o). et son tils, une de deux mille livres (Fr.
' En même temps Susanne Duclos, de pr.. Vil, 56 b). Blois, âgée de 23 ans, ne sachant signer,
II ai
354 Révocation de VEdit de Nantes à Paris.
Peray, leur entrevue fut fort gaie; mais elle ne mangea rien à souper et je m'aperçus que nature pâtissait en ma présence ; je les étudierai et vous avertirai bien de la suite ; Dieu y mette la main, ils en ont bien besoin. M. de Peray ne laissa d'écrire hier au soir à M. de Seignelay, c'est toujours confirmer son engagement». M™^ et M"'' de Peray furent reconduites dans leurs couvents par ordre du 8, et, le 25, Seignelay écrivait à M. de Besmaus : «A l'égard de M. de Peray, Sa Majesté est persuadée qu'il tiendra parole, et vous pouvez le laisser sortir aussitôt que ce paquet vous sera rendu. Dites-lui, s'il vous plaît, que les ordres pour faire ôter la garnison de sa maison ont été envoyés ». Le 27, le convertisseur Gerbais, ignorant l'élargissement du prisonnier, sollicitait encore sa liberté dans la crainte qu'il ne s'aigrît et ne s'obstinât, si l'on continuait à la lui refuser (Fr. 7o53 ï° i36).
Sans doute le marquis avait pris le parti d'abjurer des lèvres afin de pouvoir quitter la France; car dès le 10 juin Seignelay adressait ce billet à La Reynie : « M. le marquis de Coigners, ami de M. de Peray, et qui était chargé d'en faire savoir des nouvelles de temps en temps, m'écrit qu'il y a quelques jours qu'il ne paraît plus ; ainsi il n'y a plus à douter qu'il ne se soit caché à dessein de se retirer, et il faut que vous mettiez quelqu'un pour le faire chercher». M. de Peray passa en Hollande et se consacra au soulagement des souffrances des réfugiés sans ressources ; il fit partie du comité qui, en 1697, travaillait auprès du prince d'Orange et des États-Généraux, à faire insérer dans le prochain traité de paix une clause qui obligeât Louis XIV à restituer aux protestants leurs biens et leurs droits, y compris la liberté de leur culte '. 11 vivait encore en 1699, et sa fille était chargée par Bancillon de lui présenter les remerciements des forçats.
La marquise de Peray résista plus longtemps que son mari, et finit cependant par succomber comme lui. Elle fut mise en liberté par ordre du 26 octobre 1686 (.0' 3o). Comme elle retournait en Poitou, le P. Bordes proposa de lui confier M"'= de Villarnoul, dont elle était cousine. Il se trompait évidemment lorsqu'il affirmait que la marquise laissait sa fille «volontairement en otage aux Nouvelles- Catholiques». M""' de Peray ne songeait qu'à fuir et n'avait point perdu l'espoir de s'échapper bientôt avec la captive de la rue Sainte- Anne. Elle obtint, le 8 décembre, l'autorisation de faire sortir du royaume «ses livres de la R. P. R.», et on lui confia en 1687
' Voir Les piemiers pasteurs du Désert, II, 27G et 282.
Prisons et Couvents. 355
Des Minières, détenu pour la R. au château de Saumur. C'est elle sans doute que Bancillon trouvait établie à Genève en 1713, et plus zélée que jamais pour sa religion {Bullet., 3^ sér., I, 68).
Le sort de sa fille Charlotte fut différent. En l'absence de Fénelon, retenu loin des Nouvelles-Catholiques par sa mission en Saintonge, l'évèque de Meaux entreprit la conversion de la noble demoiselle, et prétendit ne puiser ses arguments que dans le hvre même sur lequel elle appuyait sa défense. Ce livre était le Bouclier de la foi de Du Moulin [Bullet., 2* sér., VII, 25). Malgré ces conférences, et bien qu'on ne lui donnât pour la servir que des nouvelles converties, M"'' des Fontaines, puis M"" Denis, elle n'avait pas encore embrassé le catholicisme le 17 octobre 1686, mais promettait de faire payer sa pension sur le pied de 600 Hvres. Dès le 14 novembre, elle était notée comme «travaillant par ses bons entretiens et bons exemples à l'instruction des autres»; la liste du i^"" février 1687 la range parmi les nouvelles réunies (Fr. 7o5i f° 248). D'après Filleau, elle aurait habité en 1689 le couvent des Carmélites du faubourg Saint-Jacques. C'était, dit M'"'' du Noyer, une fille d'importance qui avait beaucoup lu et qui, après sa conversion, se permit d'attaquer le vieil athlète protestant Jurieu.
Quant à Catherine de Peray, elle avait gagné la Hollande, sans doute peu après l'entrée des siens à la Bastille. On a vu plus haut qu'elle demeurait avec ses tantes M"''^ de Dangeau. Aussi distinguée par les dons de la piété que par ceux de l'esprit, elle correspondait avec les forçats pour la foi, et en même temps qu'elle travaillait à les secourir et à préparer leur délivrance, elle les consolait et les exhortait à souffrir patiemment pour le nom de Christ. Bancillon, Fontblanche et Serres le jeune, lui écrivaient de Marseille le 14 décembre 1699 ' :
«Mademoiselle,
«La lettre que vous avez pris la peine de nous adresser du 12 octobre dernier, nous est heureusement parvenue, béni soit Dieu. Nous ne saurions vous exprimer combien nous sommes sensibles à l'honneur que vous nous avez fait. Nous éprouvons bien la vérité de ce qu'on nous a dit de votre grande charité... Nous restons confus de la hardiesse que nous eûmes de vous écrire... Que nous serions heureux. Mademoiselle, que nous bénirions Dieu
» Bullet., 2' sér., III, 117.
356 Révocation de l'Èdit de Nantes à Paris.
de nos chaînes, si elles pouvaient être de quelque édification à l'Eglise comme vous dites... Ce que vous dites, que notre patience et notre foi sont renommées par tout le monde,... est sans doute un souhait que vous faites que cela soit ainsi... Que votre modestie ne s'alarme pas;.... car que ne peut-on pas dire d'une personne qui a tout quitté pour Jésus-Christ et sa vérité, comme vous avez fait ?... Ce n'est donc pas notre exemple qui vous animera, comme vous dites; mais c'est le vôtre qui doit nous porter, nous autres, à la pratique de la vertu. C'est à nous à trembler en pensant au grand éloignement où nous sommes de tous nos devoirs, et à dire plutôt que vous : « Quelle disproportion de vous autres à nous ! »... Vous souhaitez un plus long détail de ce qui s'est passé depuis la liste que vous avez. Nous ne pouvons pas vous le donner présentement... Nous avons reçu ce que vous nous dites de La Haye et d'Amsterdam, ce qui nous est venu bien à point (loué soit Dieu) ; que le Seigneur récompense et rende au centuple en cette vie et en celle qui est à venir, etc.»
Le baron de Saïgas, autre forçat pour la foi, écrivait encore à M"^ de Peray, le i3 août 1714' : «Vous fîtes bien de l'honneur, ma très chère Mademoiselle, à mes lettres en me disant que vous y trouvez quelque plaisir. C'est un effet de votre charité et de votre christianisme, qui vous font supporter les infirmités de vos frères en Christ. Mais c'est moi qui suis très consolé et édifié par les vôtres, que je lis et relis plusieurs fois avec beaucoup d'attention, et qui contribuent beaucoup à mon affermissement, et à me faire supporter avec patience les peines où. il a plu à sa divine providence de me réduire, etc.»
M"' Catherine de Peray publia en 1720 une édition du Traite de la paix de l'âme de Du Moulin fils, et mourut en 1 744, directrice de la société du cloître, fondée par sa tante, M"'= de Dangeau.