‹ La révocation de l'Édit de Nantes a Paris d'après des documents inéditsChapitre 31 sur 46 · LES CONSEILLERS AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

LES CONSEILLERS AU PARLEMENT

Le 23^ du mois de novembre i635, les Réformés qui étaient conseillers au Parlement de Paris, furent condamnés par un arrêt particulier à se défaire de leurs charges dans quinze jours, et à remettre leur procuration ad resignatuiwii entre les mains du receveur des parties casuelles, qui leur en ferait le remboursement sur le pied de la fixation. A faute d'obéir dans la quinzaine le roi voulait que ce défaut valût une procuration, et que des personnes qui lui seraient agréables fussent pourvues de ces offices. Cependant les conseillers devaient demeurer interdits dès le jour de la signification de l'arrêt. Il y avait en cela un amas d'injustices éclatantes. C'était priver sans cause des personnes éminentes en mérite et en dignité d'une partie considérable de leur bien. L'évaluation n'en était pas faite aux parties casuelles au prix qu'elles coûtaient à ceux qui les avaient acquises... Pour ébranler leur constance, on choisissait la manière de les dépouiller qui leur pouvait porter plus de dommage... On ne peut donner trop de louange au courage de ces officiers, entre lesquels il ne s'en est trouvé qu'un qui ait moins aimé sa reii-

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gion que sa charge : Saint-Martin, Le Coq et Béringhen ayant soutenu l'exil et la prison avec une constance à l'épreuve, et Muisson ayant réparé, par une repentance glorieuse, une démarche de faiblesse que la crainte de se voir enlever ses enfants lui avait fait faire. Leur vie, leur intégrité, leurs lumières, leur désintéressement les avaient toujours fait regarder comme des personnes qui faisaient honneur à l'auguste corps dont ils étaient membres ; mais leur zèle pour leur religion et le généreux mépris qu'ils ont témoigné pour tous leurs biens, les a fait plus que tout le reste aimer des gens de bien et admirer de leurs ennemis (Hisl. de VÉdil de Nantes, V, 871).

D'après ce passage de Benoit, le parlement de Paris n'aurait compté que cinq conseillers protestants, dont un seul aurait définitivement sacrifié sa religion à sa fortune ; or conformément à l'article 3o de l'Édit de Nantes, nous en trouvons six*: Saint-Martin, François Le Coq, Théodore de Béringhen, Muisson, Gaspard de Gillier et Anne Herwarth, dont les deux derniers persévèrent dans l'apostasie. Outre la conservation de sa charge, l'abjuration valut à Gillier une pension de 3ooo livres. — Le commissaire Delamare notait, le 28 mai i685, ce propos tenu par les gens qui revenaient de Charenton : Il y a longtemps que M. Herwarth, conseiller en la cour, ne paraît plus au temple ; quelques-uns le tenaient pour nouveau catholique, cependant on affirme qu'il aurait communié à Pâques en l'hôtel de l'ambassadeur de Hollande. En marge de ce rapport La Rej-nie a écrit: «Parlera M. de Biie» à l'ambassade. «Quelques jours avant le 12 novembre i685, lit-on dans les Mémoires de Soiirclies (I 845), le roi ayant fait défense aux conseillers huguenots des cours souveraines de reprendre leur séance après la Saint-Martin, M. Herwarth, qui était un des conseillers huguenots du parlement de Paris, se convertit, et la plupart des autres commencèrent à se faire instruire ».

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