‹ La révocation de l'Édit de Nantes a Paris d'après des documents inéditsChapitre 33 sur 46 · SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

SAINT-MARTIN

Les hautes fonctions dont il était revêtu n'empêchaient point Armand de Saint-Martin d'être attaché à la maison de Turenne, et de faire aussi les affaires du maréchal de La Force. Il avait épousé en i658 Françoise Amproux de La Massaye, qui lui donna neuf enfants, dont six étaient encore vivants lors de la Révocation (voir Fr. pr.). L'aîné, Armand, destiné au saint ministère, fut envoyé en Allemagne, dans la crainte «qu'il ne fit naufrage» s'il demeurait en France, précaution très justifiée, mais inutile; car le jeune homme revint abjurer à Paris. « M™'' sa mère s'en meurt de chagrin», dit une lettre du mois de mai i685, conservée dans les papiers Rulhière. Quelques mois plus tard, le procureur-général s'occupant de la conversion des conseillers Saint-Martin, Muisson, Béringhen, etc., Seignelay lui écrivit (28 octobre) :

J'ai rendu compte à Sa Majesté de ce que M. de Saint-Martin, conseiller au Parlement, est venu vous dire. Elle a paru apprendre avec déplaisir qu'un homme dont elle estime le savoir et la probité, fût si éloigné de s'éclaircir sur les points de la religion, et Elle m'a ordonné de vous écrire de lui en parler de sa part, afin d'obtenir de lui, s'il est possible, qu'il veuille bien entrer en quelque éclaircissement (O ^ 29).

Le refus de M. de Saint-Martin fut catégorique, et il n'y a pas lieu de douter que le roi, piqué au jeu, ne lui ait fait envoyer une garnison, qui ne produisit pas plus d'effet que les menaces du procu-

• Voir Les premiers Pasteurs du Désert, U, 289.

Prisons et Couvents. 878

reur-général. On en vint au moyen suprême : la Bastille. M. de Saint-Martin fut arrêté et conduit dans le donjon par ordre du 25 mars 1686. Le premier avril, son fils aîné obtint la permission de l'y voir pour travailler à le faire catholique. Le 2 juillet, la même autorisation fut accordée au savant Baluze. Le 29, le roi écrivit au P. de Sainte-Marthe, supérieur de l'Oratoire :

Très Révérend Père, j'envoie le sieur de Saint-Martin dans votre maison, espérant que par les conférences qu'il aura avec vous, il achèvera de s'instruire des vérités de la religion, et je vous envoie cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous ayez à l'y recevoir et détenir jusqu'à nouvel ordre. Sur ce je prie Dieu, qu'il vous ait, Très Révérend Père, etc. (O ^ 3o).

Une nouvelle lettre, datée du 1'='' août, autorisa Sainte-Marthe à transférer le prisonnier de la maison de la rue Saint-Honoré dans celle de Saint-Magloire. Par ordre du 12 septembre, Saint-Martin fut envoyé à l'abbaye de Sainte-Colombe de Sens. Enfin on l'expulsa de France en 1688, avec sa femme et son fils Jacques. Armand se fit donner les biens des exilés, y compris la charge de conseiller au Parlement (16 juillet), et réussit même, dit La France protestante, à faire ramener de Hollande (1701) la fille de son frère, marié à une hollandaise, pour l'élever dans le catholicisme.

Saint-Martin, maître-tailleur de la rue de Bucy eut, le 28 octobre i685, une conférence avec le vicaire de Saint-Sulpice, et fut ensuite inscrit au nombre des protestants qui devaient être mandés dans les bureaux de la police (Fr. 7o5i f° 45). Au mois de juin 1686, le comte d'Avaux envoyait de Hollande des mémoires dans lesquels Saint-Martin, nouveau catholique, était accusé de faire sortir les sujets du roi hors de France, et La Reynie recevait l'ordre de le surveiller, ainsi que plusieurs autres personnes mentionnées dans ces mémoires. Enfin le 4 mars 1687, Seignelay ordonnait au sieur de Saint-Martin de se rendre à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés et d'y attendre le bon plaisir du roi.

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