‹ La révocation de l'Édit de Nantes a Paris d'après des documents inéditsChapitre 34 sur 46 · FRANÇOIS ET PASCAL LE COQ · texte numérisé non relu

FRANÇOIS ET PASCAL LE COQ

Parmi les membres de cette très nombreuse famille, le mieux connu et celui qui montra le plus de fermeté dans l'attachement à sa religion, est un cousin -germain de Saint-Léger, François Le Coq, sieur de Germain, fils d'Aymar Le Coq et de Marguerite de La

374 Révocation de PEdit de Nantes à Paris.

Madelaine. Il fut présenté au baptême, le 24 juin 1640, par son oncle François, sieur des Moulins, et devint, en 1661, conseiller au Parlement de la chambre de l'Édit. Son mariage avec Marie de Béringhen (septembre 1672), le rendit beau-frère du duc de La Force, persécuté par Louis XIV en personne avec un incroyable acharnement.

On lit dans la préface d'un livre écrit par le sieur de Germain et publié à Londres après sa mort ' :

Son esprit était net et solide, cultivé dès sa jeunesse par l'étude de toutes les belles sciences. Il possédait à fond les langues savantes, les belles-lettres, la jurisprudence et la théologie chrétienne, à laquelle il s'était toujours particulièrement attaché... Il possédait la source de toutes les vertus dans un grand fonds de religion et de piété... Son attachement à la religion et la sincérité, aussi bien que la fermeté de sa foi, parut avec éclat lorsqu'il lui fallut quitter la France. L'épreuve était terrible et la tentation violente. M. Le Coq possédait en France tout ce qui pouvait lui rendre, selon le monde, la vie douce et agréable : une charge de distinction, un bien considérable, et pardessus tout une réputation qui lui avait acquis la considération et l'estime, non seulement de l'auguste corps dont il était membre, mais encore de tous les honnêtes gens dans tous les partis.

Il avait accoutumé de passer le temps des vacations du Parlement dans quelqu'une de ses terres, et il était dans sa maison de La Ravinière auprès de Blois lorsque l'Edit de Nantes fut révoqué. Il reçut là une lettre de cachet qui lui ordonnait de se rendre incessamment à Paris, pour recevoir les bienfaits que le roi lui destinait, s'il se réunissait à l'Église romaine, si non, de remettre sa charge aux parties casuelles. M. Le Coq ne balança point, et étant arrivé à Paris, il donna la démission de sa charge ^. On l'envoya à Meaux, où il demeura huit jours chez Tévèque de cette ville. Mais toute l'habileté, la souplesse et l'adresse de ce fameux convertisseur, ne gagnèrent rien sur M. Le Coq. On le relégua [par lettre de cachet du 5 janvier 1686, confirmée le i5] au Mans (Sarthe), où il fut conduit par un exempt. On lui donna la ville pour prison et il y demeura environ dix mois, pendant les deux derniers desquels on mit autour de lui douze soldats, qui eurent ordre de le tourmenter. Mais par une disposition favorable de la Providence, les officiers de ces soldats avaient été de la R., et ils firent entendre à leurs gens qu'ils prissent bien garde de n'exécuter pas cet ordre à la rigueur; de sorte que M. Le Coq n'eut rien à souffrir de leur part, en sa personne. Ses biens ne furent pas épargnés, et pendant qu'il était au Mans, on envoya des dragons dans sa maison de La Ravinière, qui y commirent les désordres et le ravage que l'on peut s'imaginer '. On

' Examen de la transsubstantiation, nait de mettre une demi-douzaine de

1720, in-8». Voir Dullet., VI, Sgô, et les dragons dans chacune des maisons que

^fcl)l. de Roii, Paris, iSSy, in-S", I, i6. le conseiller avait du côte de Blois, et de

' Sa charge fut supprimée le 24 lanvier redoubler ces logements de semaine en

i(J88; mais le décret de suppression ne semaine, jusqu'à ce qu'il fût résolu d'ab-

fut pas enregistre (Fr. 17422, f" 12). jurer {Bullel., 3° scr., IV, 604).

^ I.e 18 décembre i685, Louvois ordon-

Prisons et Couvents. 875

ramena M. Le Coq à Paris et on le mit à Saint-Magloire [par ordre du 18 novembre i636'].

Les Pères de l'Oratoire s'empressèrent de demander qu'on les débarrassât de cet «opiniâtre». Il fut envoyé dans un couvent de Saint-Denis, où nous le trouvons encore le 28 juillet 1687. ^

On le transféra [par ordre du 4 août] au château de Saint-Malo, où il fut étroitement enfermé sans qu'on lui permît pendant quelque temps d'avoir ni encre, ni papier, ni livres; dans la suite on lui en donna. La chambre où on le mit était fort mal accommodée. La santé de M. Le Coq, qui était très faible, en souftVit, et ses amis, à force de sollicitations, obtinrent enfin de la cour qu'on lui permettrait de sortir du château et de prendre l'air pour tâcher de se remettre. Un riche marchand de Saint-Malo, ancien catholique romain, le reçut dans sa maison de campagne, où il lui fit le meilleur accueil qui lui fut possible. M. Le Coq n'en parlait qu'avec de vifs remerciements de reconnaissance et de tendresse.

Tandis qu'il était exposé à tant de vexations, on n'épargnait pas son illustre épouse, dont on doit dire que Dieu la lui avait donnée comme une aide véritablement semblable à lui. On la mit aux Nouvelles-Catholiques, où l'on n'épargna ni sollicitations, ni artifices, ni promesses, ni menaces, ni duretés, pour tâcher de la réduire. Un de leurs plus particuliers amis... vint dire à M""" Le Coq, lorsqu'on mit des soldats auprès de son mari, qu'il était temps qu'elle l'exhortât à céder et qu'elle cédât elle-même; qu'elle ne devait point se flatter, et qu'infailliblement, dans quinze jours, M. Le Coq seroit ou mort, ou fou, ou catholique.

Ou mort, ou fou, ou catholique; il n'y avait guère, en effet, d'autre alternative, et l'on n'y échappait que par une rare exception. Huit mois plus tard, ^1""= Le Coq des Forges n'échappa ni à la folie, ni à l'abjuration, ni à la mort; les Nouvelles-Catholiques de Fénelon la firent signer après l'avoir rendue folle, et elle se tua en se jetant par la fenêtre. Bien qu'elle fût entre les mains des mêmes dévotes impitoyables, M""^ Le Coq de Germain eut, on va le voir, un sort moins déplorable.

Seignelay écrivait, le 27 janvier 1686, à la mère Garnier, supérieure des Nouvelles-Catholiques (O' 3o) :

Le roi a été informé que la dame Le Coq reçoit des visites de toutes sortes de personnes dans le lieu où elle est, et comme c'est un moyen pour retarder et même pour empêcher sa conversion, Sa Majesté m'a ordonné de

' Seignelay écrivait le iS octobre 1686 l'ordre qui lui a été donné pour cela. II

au P. de Sainte-Marthe: «Mon très rêvé- est fort opiniâtre et persuadé de sa capa-

rend Père, le roi ayant ordonné à M. I.e cité. Il sera nécessaire que vous lui

Coq, qui est au Mans, de se rendre dans donniez d'habiles gens pour conférer

votre maison de Saint-Magloire, je ne avec lui et tâcher de le persuader»

doute pas qu'il n'exécute ponctuellement (O' 3o).

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vous écrire qu'elle veut que vous lui déclariez que son intention n'est pas qu'elle soit vue de personne, et que vous teniez la main à ce que cela soit exécuté.

La même lettre porte que M""" Fabrice sera transférée aux Ursulines du Cherche-Midi, pour mettre fin à ses conversations avec M™'' Le Coq. Le 6 mars, au contraire, la mère Garnier recevait l'ordre de permettre à IVI. de Saint-Georges, marquis de Vérac, de voir M™'^ Le Coq. Ce Vérac, nouveau converti devenu convertisseur ', était beau-frère du sieur de Germain, dont il avait épousé la sœur Marguerite, qui fut expulsée du royaume en lyoS. Mais les efforts de Vérac et ceux de Fénelon lui-même demeurèrent impuissants. En effet, Seignelay adressait à La Reynie, le 6 avril 1686, le billet que voici :

La mère Garnier m'ayant écrit que M™" Le Coq et M"° du Vidal ne donnent aucune espérance de leur conversion, qu'au contraire, elles retardent par leur mauvais exemple la conversion des autres femmes qui sont dans la maison. Sa Majesté a résolu de les en tirer et de les mettre dans des couvents, et je vous envoie les ordres à cet effet.

En conséquence. M'"'' Le Coq fut transférée, le i3, de la maison de la rue Sainte-Anne au couvent des Filles de la Visitation-.Sainte- Marie à Saint-Denis, où, par ordre du i5, elle reçut la visite de l'abbé Varet, vicaire de Saint-Eustache. Le 11 septembre, il fut permis pour la dernière fois à son beau-frère le duc de La Force, nouveau catholique, de pénétrer près d'elle pour l'engager à suivre son exemple. En raison de sa mauvaise santé, on eut pour elle quelques égards, qui n'allèrent point cependant jusqu'à lui rendre la liberté. Le 28 décembre 1686, La Reynie reçut de Seignelay les lignes suivantes:

La supérieure du couvent de la Visitation-Sainte-Marie m'ayant écrit que M""" Le Coq est depuis longtemps indisposée, et que son mal augmente de manière qu'elle a besoin d'être mieux secourue qu'elle ne le peut être à Saint- Denis, Sa Majesté veut qu'elle soit mise dans un couvent à Paris.

Reconnue inconvertissable, M""^ Le Coq fut transférée le 4 août 1687 dans un château fort. Le 17, Seignelay écrivait à l'évêque d'Amiens :

Le roi a envoyé M"" Le Coq et quatre autres femmes de la R. P. R. dans la citadelle d'Amiens, et deux autres au château de Montreuil, et comme Sa Majesté désire passionnément qu'elles reconnaissent leurs erreurs et qu'elles

' Licvrc, lihi. des prot. du Poitou, III, 244.

Prisons et Couvents. Z-ji

s'instruisent des vérités de la religion catholique, elle m'ordonne de vous écrire de leur donner quelques ecclésiastiques éclairés pour conférer avec elles, Sa Majesté voulant bien payer à ces ecclésiastiques ce que vous jugerez à propos pour le soin qu'ils en prendront (O ' 3i).

M"'' Le Coq fut autorisée, en vertu d'un ordre du 4 septembre, à se promener sur les bastions de la citadelle, tandis que les autres prisonnières ne devaient ni sortir de leur chambre, ni écrire, ni voir que les ecclésiastiques chargés de leur instruction.

Même avant que les deux glorieux confesseurs eussent été expulsés de leur patrie, qu'ils honoraient grandement, leurs biens furent confisqués. Le 3i octobre 1687, des ordres de saisie étaient adressés à Foucault relativement aux biens que le « ci-devant conseiller au Parlement» avait en Poitou ; à M. de La Falluère, premier président de Bretagne, relativement à une somme de 28,000 livres due au sieur de Germain par M. de La Moussaye; à M. de Nointel relativement à la somme de 8000 livres également due à Le Coq par M""^ Chambret de Touraine. Le même jour, le loyer d'une maison de Le Coq fut confisqué en faveur du duc de La Force, qui le devait; et, le 8 novembre, eut lieu une saisie de 35,000 livres, en faveur de M. de La Serre, conseiller à la cour (O' 3r), total 71,000 livres, plus le loyer et les immeubles. On le voit, les ennemis de la propriété auraient fort à faire pour égaler les exploits du grand roi.

M""^ Le Coq fut aussi envoyée à Saint-Malo, mais sans voir son mari. Le marquis de Guemadeuc, gouverneur du château, reçut l'ordre, daté du 3i janvier 1688, de la mettre, durant sa maladie, dans une maison particulière hors de la ville, en la faisant garder par des soldats aux dépens de M. Le Coq (O' 32). Enfin la préface déjà citée conclut ainsi :

La cour n'ayant pas vaincu leur patience et leur fermeté, on prit le parti de les envoyer hors du royaume. On ne voulut pas leur donner la consolation de faire le voyage ensemble... Ils se rejoignirent à Londres, bénissant Dieu de leur délivrance. [L'ordre d'expulsion était du i3 mai i638 pour M. Le Coq, et paraîtrait- il, du mois de mars pour sa femme (Arch. nat, TT 235)]. M. et M"" Le Coq, nés et élevés dans l'abondance, se trouvèrent d'abord à Londres assez à l'étroit. Bien loin de s'en inquiéter, jamais on ne s'aperçut qu'ils s'en aperçussent eux-mêmes. Le roi de France avait permis qu'on donnât à M. Le Coq une pension de 4000 livres tournois sur le revenu de ses biens. La somme était bien modique, par rapport à son état et à ce qu'il avait laissé : cependant elle lui fut très mal payée les premières années de son refuge. La Providence y pourvut d'ailleurs, en donnant à M. Le Coq la moitié du gros lot de la première loterie publique d'Angleterre. Les pauvres y profitèrent autant que lui; car, en quelque état qu'il se soit vu, les aumônes ont toujours été un des prin-

378 Révocation de l'Édtt de Nantes à Pans.

cipaux articles de sa dépense. — M""^ Le Coq mourut sur la fin de l'année 1702. M. Le Coq sentit vivement ce coup, mais il le sentit en chrétien soumis à la volonté de Dieu. Il rend à cette illustre épouse ce témoignage avantageux, dans son testament, que Dieu l'ayant retirée du monde avant lui, elle lui a laissé l'exemple de bien vivre et de bien mourir.

Il disparut de ce monde le 9 avril 171 9, achevant presque sa soixante-dix-neuvième année. Les Anglais ne l'appelaient que cet aimable savant homme, ce sage magistrat. — Le marquis de Vérac, son neveu, et la comtesse de La Coste, sa nièce, tous deux nouveaux catholiques, réclamèrent, comme étant ses héritiers, la main-levée de ses biens, en 1720.

Le frère cadet de François, Pascal Le Coq des Forges, sieur de Germain, né en i652, épousa, le 14 février i683, Elisabeth de Béringhen, sœur de la femme de son frère ; il en eut deux fils avant de quitter la France : François en 1684, et Aymar en i685. Ce dernier, que ses parents ne purent emmener quand ils s'enfuirent à l'étranger", eut pour tuteur son parent Théodore Le Coq des Forges, nouveau converti pensionné, de la rue Jacob. Dès le 6 novembre 1686, le roi fit don à Aymar, âgé de dix-neuf mois, des biens meubles et immeubles abandonnés par son père, Pascal Le Coq, de la rue de Seine, donation confirmée par un brevet du

26 avril 1688. On voit par une lettre du 9 janvier 1688, adressée à M. de Ménars, que le roi a trouvé bon que le sieur des Forges ait l'administration des biens de M. et de M'"^ Le Coq. Une lettre du

27 mars 1698 autorise La Reynie à ne pas mettre encore l'enfant au collège, et à le laisser entre les mains de ceux qui sont chargés de son éducation, c'est-à-dire sans doute entre les mains de son tuteur, qui cherchait à le garder le plus longtemps possible. Que de gens qui n'eussent point hésité à abandonner leur fortune, hésitaient au moment d'abandonner leurs jeunes enfants, et ne pouvaient s'y résoudre !

M. Muret {Geschichte der franzôsischen Colonie in Brandenburg, Berlin i885, in-4<', p. 718) nomme un Le Coq parmi les membres fondateurs de l'orphelinat des réfugiés à Berlin (1718), ainsi que De Meuves, banquier à Paris, Philbert, banquier à Livourne, et les pasteurs Saurin et Superville, parmi ceux qui.prôtèrent leur concours à cette fondation.

Guillaume Le Coq de Germain, hollandais, inhumé à Paris le

• C'est lui sans doute qui était caché que M. de La Pcnissicrc avait tenté chez M"'" Cape, rue du Cherche-Midi, et d'emmener avec lui.

Prisons et Couvents. Zng

14 novembre 1722, âgé de vingt-sept ans environ, dans le cimetière du Port-au-Plàtre, en présence de Jean Masson, seigneur de Bessez, capitaine de cavalerie, d'Abraham du Masclary, de François Moisant de Brieux et de Frédéric de Béringhen, sieur de Langarzeau, appartenait évidemment à la même famille {Reg. de l'ambassade de Holl.)

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