ASSEMBLÉES
On lit dans un rapport adressé à La Reynie le 20 septembre i685: «La veuve Poisson, qui demeure aux Petits-Carreaux, continue à tenir une assemblée de jeunes filles P. R. et même de catholiques, sous prétexte de leur montrer à coudre» (Fr. 7052 f° 345). Le 5 octobre, la police signalait d'autres assemblées chez Roger marchand de blé, quai de l'Ecole, beau-père de deux pasteurs; chez Divry, ciseleur, rue de Harlay, qui avait donné congé à tous ses locataires pour loger des protestants et avait chez lui trois ou quatre ministres; chez la veuve De Varennes, libraire, dont la boutique, véritable bureau d'adresses, était toujours pleine de ministres. Seignelay écrivait à La Reynie, le iSnovembre: « Sa Majesté a été informée que le sieur de Lalo, conseiller au parlement de Grenoble, est à Paris, et qu'il s'assemble chez lui beaucoup de religionnaires » (O' 29); et le 27 décembre: «Le roi a été informé que, dans plusieurs endroits de Paris où l'on donne à boire du café, il se fait des assemblées de toutes sortes de gens et particulièrement d'étrangers, sur quoi Sa Majesté m'ordonne de vous écrire de m'envoyer un mémoire de tous ceux qui en vendent, et de vous demander si vous ne croiriez pas qu'il fût à propos de les en empêcher à l'avenir» (O' 29). Dans un rapport du 21 janvier 1686, le commissaire Gazon s'exprimait ainsi :
L'on m'a donné avis aujourd'hui que, dans le cabaret du Riche Laboureur, qui est à l'entrée de la rue des Fossés-M.-le-Prince, il s'assemble presque tous les soirs des marchands et des artisans de la religion et des nouveaux catholiques, où ils se trouvent quelquefois jusqu'à dix-huit ou vingt, et qu'ils y
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tiennent des discours scandaleux; que Ferdinand fils etLcjugc, son beau-frère, sont du nombre, et c'est le père Ferdinand qui en a parlé à celui qui m'en a donné avis, appréhendant qu'on ne les arrête (Fr. 7o5i, f" 41).
Toutes ces réunions n'étaient point des assemblées religieuses proprement dites, c'est-à-dire des exercices de culte; on n'y parlait toutefois que de religion et de persécution, ainsi que nous l'apprend Delamare, à la date du 28 mars: Huit ou dix nouveaux convertis, parmi lesquels figuraient Rozemont père, ex-ancien de Charenton, le peintre Ferdinand, l'ex-procureur Blondel, l'horloger Sarrabat, l'avocat Bruneau, récemment converti au protestantisme, et que pour cette raison Delamare appelle «impie», continuaient encore à se réunir tous les soirs au Riche Laboureur, pour « se fortifier dans leurs anciennes erreurs». Rozemont présidait cette réunion, dogmatisant et exhortant les autres, si bien qu'ils avaient arrêté entre eux de ne pas aller même aux sermons, et d'en détourner toutes les personnes de leur connaissance (Fr. 7052 i" 124).
Aussitôt après la Révocation eurent lieu des réunions d'un autre genre. « On s'assembla, dit Gaultier de Saint-Blancard ', en plusieurs provinces, dans les déserts, dans les bois, dans les champs, dans les maisons de | campagne, dans les villes même: et M. Le Fèvre, docteur de Sorbonne, nous apprend qu'on s'assembla jusque dans Paris». En effet, nous lisons dans le Nouveau recueil de tout ce qui s'est fait pour ou contre les protestants, par Jacques Le Fèvre etc., partie IV, p. 5: «Lorsque nous allions pour les instruire, nous en avons trouvé dans Paris et dans les villages du diocèse, assemblés et faisant leurs prières en commun ». En mars 1686, le roi fut informé que plus de quinze familles de nouveaux convertis, demeurant dans une maison du faubourg Saint-Germain, y faisaient «les exercices de la R. P. R. » (O' 3o). Le 24 avril, Delamare donnait avis que le compagnon tapissier Girou, de la rue du Plâtre, dont la femme était blanchisseuse, présidait chez lui, tous les dimanches après vêpres, des assemblées dans lesquelles on lisait l'Écriture et on chantait des psaumes. Le dimanche précédent, racontait une voisine, après la lecture, Girou, qu'elle dépeignait comme un emporté, s'était écrié avec indignation : Est-ce là la loi de Dieu ou celle du Diable? et plusieurs avaient dit: C'est la loi de Dieu. Puisque vous le croyez, avait poursuivi Girou, promettezvous de persévérer dans cette créance ? A quoi tous avaient répondu oui. — On prétend, ajoutait le commissaire, qu'il se tient des
' //is7. nyologétiq., 1688, II, 1 r;.
Assemblées. Sai
assemblées le dimanche chez un nommé De La Serre, nouveau catholique, demeurant au jeu de paume de la rue Mazarine, et qu'on y a fait la cène à Pâques; mais ce n'est qu'un ouï-dire (Fr. 7o52 f" 140). En interrogeant des fugitifs arrêtés à Vervins, M. deVrevins, comme il s'appelait lui-même, avait découvert qu'il se faisait des assemblées à Paris, et il en informait la cour par sa lettre du 26 (Arch. Guerre}. Le i^'' juin, Delamare fît suivre quatre nouveaux convertis de son quartier; ils sortirent pu- la porte Saint- Jacques et, après avoir traversé la Seine, se rendirent au fin fond du faubourg- Saint-Antoine dans la maison d'un porcheron, oîi était le trône lors de l'entrée de la reine. D'après ses conjectures, cette maison devait être un lieu d'assemblée, et il proposait de la faire surveiller le lendemain, jour de l'Ascension (Fr. 7082 f° 127). Le 10, Seignelay appelait l'attention de La Reynie sur le sieur de Saint-Gilles, gentilhomme de Bretagne, qui, non content de ne s'acquitter d'aucun des devoirs de catholique, faisait des assemblées à Paris. La Reynie lui signifia, le 19, l'ordre de retourner en Bretagne.
Le roi avait cru que, pour détruire le protestantisme, il suffisait d'interdire la célébration du culte, de raser les temples et de bannir les pasteurs; il n'avait prévu ni que l'on pourrait se passer de temples, ni que les laïques prendraient la place des pasteurs 1, ni qu'une cinquantaine de ceux-ci, dont quelques-uns avaient essayé de rester en France, ne tarderaient pas à y rentrer. Il fut stupéfait lorsque D'Avaux le prévint de Hollande que plusieurs allaient repasser la frontière, déguisés en marchands et en cavaliers. Aussi s'empressa-t-il d'ordonner aux intendants, par la circulaire du 8 janvier, de ne rien négliger pour faire une punition éclatante de ces insolents qui venaient «séduire les nouveaux convertis et les empêcher de s'instruire de bonne foi ». Le i5 avril Seignelay écrivait à La Reynie: «A l'égard des deux ministres que l'on vous a dit être cachés à Paris, Sa Majesté désire que vous fassiez tout ce qui est possible pour les découvrir»; et le 5 juin: «Je vous envoie un mémoire venu de Hollande, concernant des assemblées qu'on dit se faire à Paris, où il y a entre autres un ministre . . . Vous ne pouvez rien faire de plus utile et de plus agréable à Sa Majesté que de faire prendre ce ministre » (O' 3o). Delamare disait dans son rapport du 3:
' De Beaumont, les avocats Carré et Gondut, sieur du Cluzel et le proposant Constans, arrêtés en 16SG; Geoffroy de Isaac Mercat, arrêtés en lôSq (voir les Vivans, comte de Panjas, le médecin Du Premiers past. du Désert).
522 Révocation de fEc/ié de Nautes à Paris.
Un nouveau converti du faubourg Saint-Germain a donné avis, il y a liuit jours, que le prêche se fait dans une cave du faubourg, la nuit; sa femme y a été et sait l'endroit, mais elle ne veut pas le lui dire. Il fera son possible pour le découvrir. Cet homme est soldat de la compagnie du guet. Un garde de la gabelle donne aujourd'hui le même avis, il sait à peu près le lieu et connaît deux des hommes qui y vont.
La Reynie a mis en marge :
Il n'est rien déplus important; on a donné avis au roi qu'on fait des assemblées, qu'il y a deux ministres à Paris qui se déguisent et se travestissent en maçons, et que c'est dans des Ueux divers oîi les assemblées se font, et qu'on ne retourne pas deux fois dans un même lieu. Ce sont des gens qui ont passé dans les pays étrangers qui ont assisté eux-mêmes à ces assemblées, qui donnent cet avis {Arc/i. Basl., VIII, 416).
Le 10, disent encore les papiers de La Reynie, on apprit qu'un des ministres faisant des assemblées à Paris, se retirait chez un médecin suisse du Palais-Royal, et que la veuve Dieufit, demeurant au bout du Pont-au-Change, et nullement convertie malgré son abjuration, se mêlait d'enseigner la lecture et le catéchisme aux enfants des nouveaux convertis, et de leur donner dans leurs maisons des instructions fort dangereuses (Fr. 7o52 f° 120).
Dans son rapport du 12, Delamare s'exprimait de la manière suivante :
Le soldat Benato a enfin tiré de sa femme .le secret des assemblées du faubourg Saint-Germain, où elle va quelquefois avec les autres nouveaux convertis. Ces assemblées se tiennent chez la dame Jacob, brasseuse, qui tient une grande maison. Petite rue Taranne, laquelle a deux portes, l'une sur la rue Taranne, et l'autre, rue du Sabot. Il s'y trouve un ministre vêtu en cavalier, portant une longue perruque, un justaucorps rouge comme un mousquetaire. Ils ont fait la cène l'un des dimanches entre Pâques et Pentecôte. Elle lui a dit que ces assemblées continuent dans le même lieu oîi ils croient être en sûreté, à cause de l'étendue de la maison et de la facilité des deux portes. Ce soldat croit qu'il y aura assemblée demain, parce que ceux de ce parti croient que les catholiques seront trop occupés pour les observer. Leroy et Noblet seront demain à la pointe du jour au.x environs de cette maison pour observer les deux entrées. Je leur ai dit que, s'ils reconnaissaient qu'il y ait assemblée, ils courent promptement en donner avis au commissaire Gazon (Fr. 7o52, f" 119).
Le rapport du 14 fournit encore à se sujet quelques renseignements :
Il n'y eut point hier d'assemblée dans la maison du faubourg Saint-Germain. La femme Benato espère savoir mieux dimanche en quel lieu ils doivent s'assembler et la demeure du ministre. Elle dit que ce fut le dimanche avant
Assemblées. 523
l'Ascension que ce ministre leur fit faire la cène, après avoir reçu à repentance ceux de la compagnie qui n'avaient pas encore assisté à cette assemblée depuis leur réunion à l'Église catholique.
Enfin un propos attribué au prisonnier Amonnet, ex-ancien de Charenton, mérite aussi d'être rapporté.
Le lieutenant du prévôt de Flandres ayant dit qu'Amonnet lui a déclaré, en chemin, qu'il savait qu'à Pâques dernier il s'était assemblé au moins huit cents huguenots dans deux maisons de Paris pour y faire la cène. Sa Majesté veut que vous l'interrogiez sur cela (O^ 3o).
Deux assemblées considérables semblent donc avoir été tenues le jour de Pâques; mais il est à peine nécessaire de relever l'exagération du chiffre de quatre cents assistants pour chacune. Les ambassades seules eussent pu abriter un si grand nombre de personnes; il ne pouvait guère y avoir à Paris que de petites assemblées, mais elles furent innombrables.
Le 17 juin, sur l'invitation formelle delà police, le ministre Douglas, sorti d'Ecosse par suite de son refus de prêter serment au roi Jacques, et logé au Soleil d'or, proche la place de la Sorbonne, prenait le carrosse de Bruxelles pour gagner la Hollande (Fr. 7054 f° 179).
Non moins irrité que le clergé par le retour des pasteurs et par l'empressement des foules à courir au culte du Désert, le roi rendit, le i" juillet, une déclaration portant peine de mort contre tout ministre trouvé en France, et contre quiconque assisterait à une assemblée: acte de férocité qui touchait à la démence: comment condamner à mort, près de deux millions de personnes ! Quelques jours après, comme s'il eut pris à tâche de verser de l'huile sur le feu, D'Avaux écri\-ait qu'un ministre qui avait traversé Paris, y avait entendu le prêche près de l'Échelle du Temple; et le 21, Seignelay ordonnait à la Reynie de faire exactement observer les trois familles de nouveaux convertis qui demeuraient ensemble dans ce quartier. Il lui adressait encore, 1029, un billet ainsi conçu:
On a donné avis à Sa Majesté qu'il se fait de petites assemblées à Paris chez les nouveaux convertis, particulièrement de femmes, qui, sous prétexte de visites, s'assemblent pour faire leurs prières à l'usage de la R. P. R., et on nomme entre autres la maison de la dame Combel, rue Neuve-Saint-Eustache. Sur quoi Sa Majesté m'ordonne de vous écrire de faire observer si cet avis est véritable. On accuse encore la famille des Bigot de pareilles assemblées (Corresp. adm., IV, 35i).
Vendu à la police et invité en décembre à dresser un mémoire de ce qu'il savait sur les protestants mal convertis, Louis Monnier,
524 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
gendre de l'ancien de Charcnton, Gervaise, et l'un des fermiers de l'abbaj^e de Saint-Germain-des-Prés, dénonça le tailleur Vesfeldt, comme retirant chez lui les émissaires que les réfugiés de Berlin envoyaient à Paris pour débaucher leurs parents et leurs amis ; Desbancs, potier d'étain, agent de tous les mécréants, et sa femme, qui allait de porte en porte remettre des lettres et des livres; Lebeuf, de la place Maubert, chez qui l'on s'assemblait quelquefois; la femme de l'ancien Bezard, qu'il qualifiait de séditieuse à mettre en lien de sûreté; le banquier Demeuves, qui entretenait de fréquentes relations avec les protestants réfugiés en Angleterre; Ingrand, correspondant avec ceux de Hollande et d'ailleurs, et recevant tous les écrits et libelles composés par les fugitifs ; enfin M"^ Léger, de Saint-Quentin, demeurant rue des Bourdonnais, qui méditait sa retraite et ouvrait sa maison aux assemblées. Il donnait, en outre, le signalement d'un homme qu'il avait vu dans une auberge et qu'il soupçonnait d'être un ministre.
Une assemblée fut surprise, le 8 décembre, à l'académie de Du Breuil rue de Seine, au faubourg Saint-Germain ; on arrêta Du Breuil, sans doute descendant de Daniel Du Breuil, argentier de la grande écurie, inhumé au cimetière Saint-Père le 29 novembre i63i (Son frère, Matthieu Gaignaut, écuyer, sieur du Breuil, avait séjourné à la Bastille du 12 janvier au 16 mai; voir prisonniers). Pierre Guillard, Jean Attainville, Jacques Caillot, Charles Regnaudet, Jacques Luya et Pierre Larriou, arrêtés en même temps, furent mis au Grand- Châtelet, en janvier 1687; les dames, Catherine Maupin, Françoise Mahiou, femme d'Attainville et les trois sœurs De La Planche, furent enfermées à la prison de l'Abbaye. On n'osa leur appliquer la furieuse déclaration du i" juillet.
Le 14 février, Ph. Goureau, prieur détesté de Vilhers-le-Bel, avertissait La Reynie qu'il se faisait tous les dimanches une assemblée chez Raguin, serrurier, rue Sainte-Marguerite, au faubourg Saint-Antoine (Fr. yoSS f° 21). Nos documents ne nous fournissent pour le reste de l'année 1687, que l'ordre donné le 16 juin, et non exécuté, d'arrêter le ministre qui avait visité la demoiselle Le Coq des Forges, sortie des Nouvelles- Catholiques on sait dans quel pitoyable état (O^ 3i).
Pour l'année suivante, les renseignements sont plus abondants. Seignelay écrivait, le 16 avril, à La Reynie:
Il vient tous les jours des nouvelles au roi qu'il se fait des assemblées à Paris entre les nouveaux convertis, et en dernier lieu on a assure Sa Majesté qu'il y avait plusieurs ministres qui devaient leur donner la cène pendant le
Assemblées. SzS
cours de ces fêtes de Pâques; sur quoi Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire qu'elle veut que vous choisissiez sept ou huit d'entre les principaux des nouveaux convertis qu'on a lieu de soupçonner davantage de mauvaise foi, et que vous les fassiez suivre par des gens en qui vous avez toute confiance, pour être exactement informé entre ci et le dimanche de l'octave de Pâques de tous les lieux où ils iront, et pouvoir par là découvrir si les avis qu'on a donnés sont véritables (O^ 82).
Le 21, Delamare signalait les assemblées qui se tenaient chez Dargent, rue Montorgueil, dans une maison ayant plusieurs issues (Fr. 7062 f" i63). Le 26, Seignelay invitait La Reynie à se rendre chez la dame de Rebondy, pour savoir d'elle comment et oi^i se faisait le prêche auquel elle avait assisté, d'après sa conversation avec le contrôleur-général [Corresp. adm., IV, 355). Le 3i août, il écrivait à M. Bossuet, intendant de Soissons :
A l'égard du ministre qui a passé, je ne doute pas que vous ne fassiez toutes les diligences nécessaires pour le faire arrêter, s'il est dans le pays; prenez la peine de m'en envoyer le portrait, afin que je puisse écrire en Guyenne où on dit qu'il allait, pour le faire arrêter.
Et le 10 septembre, à M. de Bezons:
Il a passé dans la généralité de Soissons un homme qui a excité près de Vervins [Landouzy, Lemé] des assemblées de nouveaux catholiques, où l'on dit qu'il faisait le prédicant, et qu'il devait aller en Guyenne; je vous en envoie le portrait tel qu'on l'a pu avoir, afin que vous puissiez le faire arrêter s'il vient dans votre département.
Ayant découvert une assemblée autre que celle qui se tenait chez Dargent, De Villefontaine, exempt de la prévôté de l'hôtel, recevait, le 20 octobre, plein pouvoir pour arrêter tous ceux qui s'y trouveraient et surtout le prédicant.
A côté de la police officielle et plus acharnée encore que celleci contre les assemblées, il y avait celle du clergé, qui adressait directement au roi ses renseignements plus au moins exacts. Ceux qui motivèrent la lettre suivante étaient mêlés d'erreurs; car ni Allix ni Rozemont ne figurent parmi les pasteurs du Désert:
Seignelay à La Reynie.
25 octobre i638.
On a donne avis au roi qu'il se tenait souvent des assemblées de la R. P. R. dans une maison sise faubourg Saint-Germain, rue Glacière, proche Saint-Sulpice, où était autrefois la communauté d'une M""" Chausson. Cette maison appartient à une nommée M™" Dubois, dont le mari a été autrefois lecteur à Charenton et est présentement en Angleterre. On prétend que les
520 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
ministres AUix et Rozemont s'y sont trouvés, et que cette assemblée doit recommencer demain mardi 26 du présent, entre neuf ou dix heures du matin; c'est ce qui a oblige le roi de m'ordonner de vous envoyer ce courrier et de vous faire réveiller à quelque heure qu'il arrive à Paris, afin de faire observer cette maison avec tout le secret possible; attendre que tous ceux qui doivent entrer soient arrivés, pour n'y point faire d'éclat que les ministres n'y soient, ce qui doit être le principal objet de cette poursuite.
Le même avis porte qu'il se fait tous les quinze jours une autre assemblée chez un cabaretier proche le pont Saint-Michel, dans la chambre d'un nommé Pezart, homme incommodé, où les nouveaux convertis se rendent sous prétexte de l'aller voir. Sa Majesté veut que vous fassiez aussi observer cette maison.
Je vous prie de garder mon courrier demain jusqu'à midi, afin de m'apprendre par son retour ce qui aura été fait au sujet de l'avis que je vous donne (O 1 82).
L'ordre de réveiller La Reynie et de garder le courrier, montre combien la cour était impatiente d'apprendre enfin l'arrestation d'un de ces ministres, que le roi considérait comme des ennemis personnels. Cependant il devait s'écouler encore plusieurs mois avant que ce désir fût satisfait.
Le 28, Seignelay revenait à la charge :
Quoique Sa Majesté ne doute point de l'application que vous donnerez à découvrir le ministre de la R. P. R. qu'on vous à dit venir voir le nommé Desrosiers, cependant elle me charge de vous recommander encore particulièrement d'avoir sur cela toute l'attention possible (O ^ 82).
Le 22 décembre, Seignelay envoyait à La Reynie une lettre d'après laquelle des assemblées se tenaient chez le secrétaire du président de La Barroire (O* 82), Jean Barbot, sieur du Jard, de la rue du Sépulcre (aujourd. du Dragon), dont le frère Gabriel avait en 1697 le titre de peintre du roi.
Le i''"' mars 1889, La Reynie recevait encore l'ordre d'apporter toute l'application nécessaire pour faire arrêter le ministre qu'on croyait être à Paris. Il y en avait alors plusieurs: Paul Cardel et Cottin arrivés ensemble à la fin d'octobre 1688, et quelques autres venus depuis. Trahi par une femme qui l'était allée prendre pour le conduire chez une malade, Cardel fut arrêté et mis à la Bastille le 2 mars, ainsi que les six personnes valides trouvées dans la maison. Une lettre écrite de Paris le i5 dépeint le prompt relèvement de l'Église sous l'heureuse influence des pasteurs du Désert:
Il est vrai que Dieu a envoyé ici des pasteurs qui ont généreusement exposé leur vie pour annoncer l'Évangile. Ils ont prêché dans tous les quartiers de Paris, et presque tous ceux qu'on appelait nouveaux convertis le sont en
Assemblées. 527
effet, aj'ant signé de tout leur cœur la rétractation de la malheureuse signature que la violence et les mauvais exemples avaient extorquée d'eux. Les exercices ont é:é fort fréquents; on a même reçu à faire profession de la religion plusieurs anciens catholiques, parmi lesquels sans doute il s'est trouvé des infidèles et des traîtres qui ont tout découvert. Nos ennemis sachant tout, ont arrêté un pasteur .. Il y a encore d'autres pasteurs qui sont arrivés depuis peu; mais on a cru devoir suspendre pour un peu les assemblées, parce qu'on était trop découvert.... Le courage revient à ceux à qui il avait manqué et commence de faillir aux ennemis de la vérité, ils ne savent où ils en sont: les dragons, les massacres, les prisons, les galères, les couvents, tout a été encore inutilement pratiqué^.
Quelques années avant de revenir lui-même en France, Malzac dépeignait en ces termes l'accueil fait à ses collègues par les prétendus nouveaux catholiques ^ :
Ces pauvres peuples dont les consciences étaient depuis leur révolte dans des détresses mortelles, n'ont pas plus tôt vu ces anges de Dieu qui venaient les consoler et les aider à sortir de cet abîme effroyable, que ne consultant que leur devoir et le désir qu'ils avaient de réparer leurs fautes passées, ils ont demandé avec empressement d'être reçus à la paix de l'Église... Ces progrès presque miraculeux, que leur présence et leur prédication ont faits dans si peu de temps, sont une preuve toute puissante que Dieu veut se servir de leur mo3'en pour rallumer la vérité où elle avait été éteinte.
Les noms inscrits sur les tablettes de Cardel donnent une idée de l'activité qu'il déploj^ait : il avait pris des rendez- vous avec Mercier, Férouillat, Mallet, Garsan, Boucher, Bigot, M"'^ Vaudrescal, Bel, Saint-Hilaire, Petit-Caffe, Girard, Chanet, Keller, Chalme, M""^ Stepe-Makchave, Poncet, Delabare, M™'^^ de Hormarin et de Blève, et noté les adresses d'une vingtaine d'autres personnes plus coinpromises encore : M™" Amyaud, rue des Marais, chez M. Lesseuille, conseiller; M. de La Motte, rue Bourg-l'Abbé ou Greneta; M. de La Motte, rue Guénégaud, hôtel d'Ecosse; M. de Monglas, rue de Seine, proche la Galère, joignant M. Darsigny ; M"° de Rieux, à la ville de Montpellier, rue Saint-Honoré, devant l'église Saint-Honoré ; Meusnier, rue des Cinq-Diamants, au bout de la rue Troussevache; Magdelaine, horlogeur, presque vis à vis la rue Charonne; le marquis de Théobon, au grand arsenal; Du Passage, à l'hôtel de Thou, rue Saint-André; M™° Daugure et Carré, rue Tirechappe ; Person, rue de la Calandre, proche le Palais; Brandanière, rue de Seine, au Faisan ; Dupré, chirurgien, rue Platrière; M™" Caron, Médan, Brécourt, rue Michel le Comte ; M"^ Gaillard, rue des Lavandières.
' Vu'ir Les premiers Pasteurs du Désert, " Ibid., p. 298.
528 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Cardel pratiquait tous les actes du ministère: célébration de la cène, baptêmes, mariages et jusqu'aux secours aux malades, comme l'atteste la note suivante : «J'ai donné pour Hervé, qui demeure rue Neuve du Chant de l'Alouette, chez M. Dufaye^ dont la femme est en couche, 7 liv. 7. s. 6 d. ».
Nous ignorons quel était le pasteur au sujet duquel Seignelay écrivait à Louvois, le 6 avril :
Je vous envoie, Monsieur, l'extrait d'une lettre que je viens de recevoir et dont j'ai rendu compte au roi. Sa Majesté désire que vous envoyiez après l'homme qui y est désigné, pour tâcher d'arrêter le ministre qui doit être parti avec lui (Qi 33).
Le 3i juillet, le traître Braconnier, guide des ministres dans Paris, avertissait la police que Cottin, dit La Haye, allait passer huit jours à La Ferté-sous-Jouarre, appartenant au comte de Roucy, et donnait la liste des personnes chez lesquelles ce pasteur avait fait depuis peu des assemblées : Martin, horlogeur, rue des Fossés^ vis-à-vis la Comédie, à Saint-Martin; Orry, aussi horlogeur, sur le quai Pelletier; Dargent et Dubois, autres horlogeurs, aux Castors du Canada; Guy, maître ouvrier en étoffes d'or et d'argent, rue de Béthisy, au roi de France; Massène, charron, rue des Fossés-Monsieur-le-Prince ; Mallet, rue Saint-Jean-de-Beauvais. En automne, Cottin tomba aux mains des agents chargés de l'arrêter, mais n'y resta qu'un instant et réussit à s'enfuir. Il regagna la Hollande, après avoir exercé son ministère en Picardie, en Normandie et à Paris, pendant une année.
II semble résulter du billet que Seignelay adressait à La Reynie le 25 septembre 1689, qu'un autre ministre faillit aussi être arrêté à Paris: «Prenez la peine de vous informer qui sont les deux hommes qui ont manqué le ministre de Hautecourt, et par quel ordre ils agissaient, parce qu'on ne les connaît pas » (O ' 33). II y eut bien, en effet, un personnage de ce nom, le normand Philipponneau, sieur de Hautecour, pasteur et professeur de théologie à Saumur, recteur de l'académie en 1673, 1679, 1682, et plus tard professeur de théologie à Franeker, où il mourut en I7i5'; mais M. Gagnebin ne le range point, peut-être à tort, parmi les pasteurs rentrés en France au mépris des déclarations.
A la suite d'une nouvelle dénonciation cléricale, La Reynie fut invité à surveiller la rue Mazarinc, où il se faisait une assemblée du côté de la porte de Bucy. Il s'agissait évidemment de la réunion
> Bullet., I, 3il, VU, 42g et Fr. pr., VIII, 225 a.
Assemblées. 529
présidée par le comte de Vivans chez Dai;gent et Dubois. Le 7 novembre, Seignelay écrivait encore au lieutenant de police :
On a donné avis au roi qu'il se fait à Montrcuil, près Vincennes, des assemblées de nouveaux catholiques dans une maison que le curé du lieu indiquera. Sa Majesté veut que vous envoyiez quelqu'un de confiance pour savoir ce que c'est et arrêter les coupables, supposé que l'avis soit véritable (01 33).
Partis de Hollande vers le i5 décembre, les ministres De Salve et De Malzac s'étaient mis préalablement en rapport avec Cottin, qui leur avait donné des adresses et des empreintes de son cachet, destinées à les faire reconnaître. Le premier fut arrêté à Paris, le 10 janvier 1690, chez Paradez, grâce à la trahison du cabaretier Marchant, de la rue Greneta, ancien catholique qui avait feint d'embrasser le protestantisme '. Arrivé en France, vers le milieu de l'année 1689, avec quatre de ses collègues (Masson, De La Gacherie, Boule, Pierre Plan?), et saisi, le 16 avril, chez Mallet, Maturin, dit Lestang, rejoignit bientôt Cardel et De Salve dans les cachots de l'île Sainte-Marguerite. Vers le milieu de l'année, la police eut avis qu'une assemblée d'une dizaine de personnes avait eu lieu, de dix heures du soir à une heure du matin, sur le quai Pelletier, chez Girard, cabaretier, lequel n'avait permis aux assistants de sortir qu'une demi-heure après le ministre, afin que nul ne pût le suivre. C'est probablement de Maturin ou de Masson qu'il est question dans le billet suivant :
Seignelaj' à La Reynie.
4 juillet 1690.
Je vous envoie un mémoire qui a été donné à Sa Majesté concernant un ministre qui est à Paris, qu'il sera aisé de faire arrêter. Sa Majesté vous recommande de suivre cet avis s'il se trouve véritable (O' 3^).
Quoi qu'il en soit, Masson alla mourir, dans le courant de l'année, à Landouzy près Vervins.
Un ministre d'un tout autre caractère fut un instant confondu avec les héroïques prédicateurs qui risquaient leur vie pour la restauration de l'Église; nous voulons parler d'Aubert de Versé qui, sollicité par Bossuet et Fénelon, venait mettre au service du catholicisme sa plume vénale et d'une «promptitude à étonner Jurieu ». Sur le point d'être mis à la Bastille en qualité de huguenot,
' Les premiers past. du Dés., I, 260.
53o Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
le transfuge protesta énergiquement ; La Reynie étant allé aux informations, Seignelay lui répondit le 29 novembre :
Le roi ne se souvient point d'avoir donné à un ministre permission de venir en France; ainsi Sa Majesté veut que vous fassiez incessamment arrêter celui dont vous m'écriviez par votre lettre d'hier (O^ 84).
On finit par découvrir qu'il était venu sur l'invitation de Châteauneuf et dans l'intention d'abjurer; aussi se borna-t-on à saisir une cassette qu'il s'était fait envo3œr de Hollande^ et à confier à l'évêque de Meaux l'examen des papiers qu'elle contenait.
Le II novembre, Seignelay adressait à La Reynie le billet suivant :
On a donné avis au roi qu'il se fait des assemblées de nouveaux catlioliques jusqu'au nombre de quarante chez le nommé La Fontaine, rue des Marais, le long du jardin de l'hôtel de Liancourt; qu'il y a un nommé Prcssigny qui en est le principal et qu'une femme y étant morte, on a fait croire qu'elle était morte subitement. Sa Majesté m^ordonne de vous écrire de faire surveiller cette maison et d'arrêter ceux qui se trouveront coupables (O^ 84).
En outre, le 9 décembre, il lui donnait l'ordre d'arrêter le ministre qui venait de quitter Paris.
On verra par les pièces suivantes que le clergé continuait d'être mieux renseigné que le lieutenant de police sur les assemblées :
Pontcharlrain à La Reynie.
i5 janvier 1691.
Je vous envoie un mémoire donné au roi contre les sieur et dame de Braguclonnc qu'on accuse de faire chez eux des assemblées.
18 février 1691.
Je vous envoie par ordre du roi cet autre mémoire au sujet des assemblées des nouveaux catholiques qui se font à Paris, et Sa Majesté m'a ordonné de vous répéter qu'elle sait, à n'en pas douter, qu'il se fait des assemblées dans ces maisons, qu'il faut que vous les fassiez observer de plus près et que vous découvriez assurément ce mauvais commerce'.
10 décembre 1691.
Je vous envoie un mémoire par lequel vous verrez que le nommé Farie accuse la demoiselle Duploué d'avoir fait à Paris une assemblée de gens de la R. P. R. avec un ministre. Prenez la peine d'observer la maison de cette femme (O > 35).
' A la date du lO mars, on trouve une autie dénonciation, un peu vague, concernant les assemblée».
Assemblées. 53 1
La police ne prit sa revanche que l'année suivante ; toutefois dès le commencement de décembre, elle était sur les traces d'un pasteur qui tenait des assemblées chez Marie d'Arambure, veuve du sieur de La Contaudière.
Pontchartrain à La Rej'nie.
12 décembre 1691.
Sa Majesté vous recommande de faire faire toutes les diligences nécessaires pour arrêter les ministres accusés de faire des assemblées dans la maison de la dame du Poitou dont vous m'avez écrit; et plutôt que de les manquer, il faudra faire arrêter ce qui se trouvera dans la maison, sauf à les mettre ensuite en liberté (O' 35).
Dans la nuit du 11 février 1692, la police s'empara de Malzac et des sept personnes auxquelles il distribuait la cène. Le 3 mai, deux autres pasteurs, dont l'un ne faisait que d'arriver de Hollande, Giraud et Givrj^, furent également arrêtés; on les envoya tous trois aux îles Sainte-Marguerite, partager le sort de Cardel, de De Salve et de Maturin. A l'exception de ce dernier, relâché en 1715, et de Giraud ou de Givry, les quatre autres y moururent privés de raison.
Durant un séjour de trois mois et demi, Givry avait fait à Paris de quarante à cinquante assemblées de six à vingt personnes, et par conséquent édifié près de six cents nouveaux convertis. Boule y était resté plus longtemps, quatre à cinq mois; Pierre Plan, seulement un mois; De La Gacherie n'avait fait que passer. A la fin d'août 1692, les assemblées continuaient encore et l'on surveillait la maison des Girardot ; toutefois la triple arrestation de cette année eut pour effet l'éloignement des pasteurs ; en 1695, Brousson luimême n'osa s'aventurer dans la cité surnommée la meurtrière des prophètes. Des laïques, notamment le médecin Jean Bonneau et son collègue Corsil, de Rouen, remplacèrent les pasteurs. De 1695 à 1700, plusieurs ministres apostats et pensionnés comme tels, s'enhardirent au point de reprendre les fonctions de leur ministère, et furent mis à la Bastille en dépit de tous les prétextes qu'ils alléguaient pour justifier leur présence à Paris : Leclerc (1697), Mestrezat (1699) et Larpent (1700). Leclerc présida un grand nombre d'assemblées, chez M""= Du Coudray, rue de la Harpe; chezBagnaux, rue Ouincampoix; chez Freguevet, au Bourg-l'Abbé ; chez Dauvré, rue Saint- Jacques ; chez Duglad, rue des Deux- Boules ; chez le banquier Haran, rue Bertin-Poirée.
532 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Les documents relatifs à ces assemblées sont en très petit nombre.
Pontchartrain à M.' de La Bourdonnaye.
21 août lôgS.
L'homme que vous proposez d'envoyer à Paris pour observer les assemblées des nouveaux catholiques peut y être utile, pourvu qu'il soit sensé et capable par son bon esprit d'établir la confiance nécessaire en telles occasions, qu'il soit d'ailleurs connu de quelque nouveau catholique considérable, et qu'il ait déjà par devers lui quelque preuve ou certitude de quelques faits; car s'il n'a que des vues générales sur des récits qu'on peut lui avoir faits, son voyage sera de peu d'utilité; il y a une infinité de gens qui pensent et disent les mêmes choses sans aucune certitude, et qui donnent tous les jours des avis qui paraissent être assurés par les circonstances, mais qui, étant suivis e t éclaircis, se réduisent ordinairement à rien. Voyez donc sur ce pied-là si vot rc homme peut être bon à quelque chose (O > Sy).
Pontchartrain à La Reynie.
2 j mai 1694.
Je vous envoie un avis concernant des assemblées de rcligionnaircs à Paris (O 1 38).
En 1695, 1696 et 1697, nous ne trouvons pas trace des assemblées dans les papiers de la police. Le 20 février 1698, Pontchartrain ordonnait à D'Argenson de surveiller Pressigny, et de tâcher par tous les moyens d'arrêter le ministre auquel il était soupçonné de donner retraite. Ce ministre devait être Jacques Gillet, originaire de Bergerac (Ravaisson, XI, 87), qui prêchait sous la croix en même temps que Joseph de La Gacherie et Guillaume Lumière, et qui après avoir distribué la cène et fait des baptêmes à Paris, à Orléans, Mer, Blois, Saumur et dans le Poitou, gagna la Hollande au mois d'août 1698 ', avec l'intention non réalisée, semble-t-il, de revenir une seconde fois en France. Les Etats- Généraux lui ayant accordé, en 1701, la permission d'aller passer six mois en Angleterre, il y a lieu de supposer que, contrairement à ce que nous avons dit ailleurs-, il est le même personnage que Jacob Gillet, qui desservait en 1704 l'Église de la Nouvelle Patente à Londres. Il avait été ramené par Esaïe Ledet, seigneur de Segray, parisien réfugié qui tenait à Londres une boutique d'épicerie et des pensionnaires, entre autres Gillet et son collègue Balguerie. En
' Gagncbin, Pasteurs de France réfu- ^ Les premiers past. du Dés., I, 452.
gics en iîulL, p. 28.
Assemblées. 533
1703 informé que Segray était de nouveau à Paris, Pontchartrain ordonna, le 3i octobre, de l'enfermer à la Bastille en le prévenant qu'il y resterait jusqu'à ce qu'il eût fait revenir sa famille ; il en sortit pourtant le 16 janvier 1704.
Le 28 octobre 1698, Pontchartrain écrivait à D'Argenson :
Voici une lettre qui m'a été écrite par le nommé Blattier au sujet des assemblées des religionnaires qui se font à Paris; je vous prie d'examiner s'il }' a quelque fondement à l'avis qu'il donne, et de suivre cette affaire (O ' 42).
Et le 3 mars 1700:
Le roi a fait conduire aux Nouvelles-Catholiques (par ordre du 25 février) une pauvre fille nommée Claude Le Roux, qui a déclaré au curé de Versailles que, l'année passée, un homme appelé Thomel fit une exhortation et ensuite la cène chez un cabaretier dont elle ne sait pas le nom, auprès du couvent des Prémontrés, à la Croix rouge ^, et qu'il s'y trouva cinquante personnes, auxquelles on dit en les renvoyant qu'on ferait la même chose dans six mois. Cette fille ajoute qu'elle y fut menée par une femme qui l'était venue trouver exprès à Versailles, laquelle se nomme Fringan et demeurait alors au faubourg Saint- Antoine, chez un plombier appelé Forgue.
Larpent, dont la vie est encore assez mal connue, toucha comme Mestrezat et Leclerc, le honteux salaire des ministres apostats, et, comme eux, resté protestant au fond du cœur, il venait exercer clandestinement son ministère à Paris, au risque des galères ou d'une claustration perpétuelle. Il était fils d'un pasteur de Normandie, et avait obtenu, en i658, pour subvenir aux frais de ses études, une bourse que lui disputait Allix, futur pasteur de Charenton. Il servit d'abord l'Eglise du Mans, a3^ant pour annexes Ardenoy, Loudon, Le Tronchay, La Goupillière et Dolon. Le syndic du clergé manceau l'accusait, en 1669, de violer la déclaration qui défendait aux ministres de prêcher hors du lieu de leur résidence. Ce fut peut-être à dater de ce moment qu'il reçut vocation de l'Eglise de Séez (arrond. d'Alençon, Orne), o\x il resta jusqu'à son apostasie. Le 20 avril i685, sept mois avant la Révocation, il abjurait à Notre-Dame de Paris, entre les mains de l'archevêque ; le roi, auquel il fut présenté quelques jours après, daigna lui témoigner sa satisfaction, et lui ordonna de travailler à la conversion de ses anciens frères. Larpent n'eut garde d'y manquer.
Nous lisons, en effet, dans la seconde édition de La France
' Au carrefour de ce nom.
534 Révocation de l'Edit de Nantes h Paris.
protestante, II, 563, que, au mois de janvier 1686, tous les fonctionnaires d'Alençon convertissaient à l'envi les protestants, et que nul, excepté l'échevin Deschènes, ne déploya plus d'activité que ' Larpent. Les moyens qu'ils employèrent étaient si persuasifs que, selon le Mercure galant, prêtres et moines « furent accablés par la quantité d'abjurations ». Toutefois Larpent ne réussit sans doute pas à gagner tous les membres de sa famille; car on cite parmi les réfugiés une demoiselle Larpent, qui établit à Amsterdam une fabrique de points de France ou de dentelles. — Le zèle du néophyte se calma peu à peu et fit place au remords. En 1700, nous retrouvons Larpent à Paris, où il se rendait habituellement pour distribuer la cène à des nouveaux convertis aussi peu convertis que lui-même.
Il y était mandé parle médecin Jean Bonneau, que l'on a cru pasteur jusqu'à ce que M. le baron F. de Schickler eût démontré {Bnllet., Q." sér., XVI, 3oo) que les auteurs de La France protestante, l'avaient confondu avec Jean-Antoine- Jacob Bonneau, pasteur à Aubusson de 1674^11685'. Fils d'un autre Jean Bonneau, pasteur au même lieu de 1684 à 1671 (?), il était né dans cette ville en 1684. Son père, «homme d'une piété et d'une probité exemplaires», n'avait rien épargné pour le remplir de science et de vertu. Après avoir achevé ses études de théologie à Genève, dans la maison du célèbre professeur Turettin, le jeune homme alla suivre les cours de la faculté de médecine à Montpellier, où il se livra à la débauche, au dire de Constantin de Renneville, écrivain caustique, médisant et dépourvu d'autorité, qui parait avoir pris Bonneau en grippe à la Bastille, peut-être parce que celui-ci ne lui témoignait qu'une médiocre estime. Sans doute chassé d' Aubusson par les dragons, le médecin Bonneau vint s'établir à Paris «justement dans le temps de la cassation de l'édit de Nantes», et ne tarda pas à présider de petites assemblées. N'ayant pas reçu la consécration, il ne pouvait distribuer la cène et faisait venir un pasteur pour la célébrer. Ces observations rectifient ce qu'il y a d'inexact dans le rapport rédigé, le 20 avril 1700, par l'un des agents du lieutenant de police D'Argenson :
Deux ministres font dans Paris des assemblées pour faire la cène suivant l'usage de la R. P. R. L'un s'appelle Larpent, de la ville de Séez en Normandie, et l'autre, Bonneau, qui demeure habituellement à Paris, rue de la Huchctte^.
' Corriger les Premiers past. du Dés., ' Ambroise Parc avait habite' la mcme
I, 418. rue.
Assciriblccs. 535
Larpant vient tous les ans depuis plusieurs années à Paris, aux fêtes de Pâques et de Noël, afin d'y exercer son ministère. Il arrive quelquefois un peu avant Pâques, d'autres fois à la mi-carême; et d'autres les jours gras; mais il ne manque jamais d'y passer toutes les fêtes, et cola sous prétexte de venir toucher une pension que lui fait Sa Majesté et que paie le sieur Renautier. 11 a envoyé sa femme et ses enfants en Danemark, où il les entretient de cette pension. II a logé plusieurs années, ou plutôt plusieurs voyages, chez la nommée Bâillon, née Zacharie, rue de la Huchette, à l'enseigne de la Bastille; mais pour cette année, il n'3' a pas logé, et il s'est mis du côté du Pont-Neuf: l'on saura incessamment où et le jour qu'il est arrivé. Il partit hier lundi, 19 avril, pour retourner chez lui ou ailleurs, la quinzaine des fêtes étant passée. Il a fait la cène, le jeudi saint dernier, à cette maison de la Bastille, rue de la Huchetie, chez le nommé ParperoUe, bon catholique, mais qui a pour garçon depuis très longtemps le nommé Roussel, faux converti de la ville d'Aubusson, où il a sa femme et sa famille, qui, pour n'avoir pas fait leurs Pâques l'année passée audit Aubusson, furent condamnées à l'amende de cinquante livres. C'est ledit Roussel qui favorise cette cène, et prête auxdits sieurs Larpent et Bonneau la commodité de l'assemblée dans ce logis. Ils font aussi leurs assemblées fréquentes chez les nommés Le Roy, au Tambour, rue de la Huchette, cabaretier religionnaire, et chez le nommé Le Noir', au Soleil, rue des Noyers, aussi cabaretier rehgionnaire. Ledit Bonneau, ministre et faux catholique, feignant de remplir ses devoirs au service de l'Église, est l'âme de ces assemblées. C'est lui qui fait venir ledit sieur Larpent pour le seconder, et l'on a remarqué qu'il ne manque point, sitôt qu'il y a un religionnaire ou faux converti malade, de se rendre auprès de lui pour l'affermir dans la R. P. R.
Ledit Bonneau est un homme de cinquante-cinq à soixante ans [stjixantesix ans], qui fait le médecin et demeure rue Saint- Victor et non pas rue de la Huchette. Il est ami du nommé Roussel, homme quasi de pareil âge, et qui tient un magasin de tapisserie pour le sieur PapiroUe (sic) au premier étage du corps de logis de devant la maison rue de la Huchette, appelée la Bastille... Ledit Papirolle n'est point à Paris, mais il y a un de ses iières qui ne se mêle point du commerce, mais seulement des aliaires du Palais, qui loge chez le nommé Dégreville, cabaretier, proche ladite maison de la Bastille. On dit qu'effectivement on a fait la cène cette année chez ledit Roussel, et que, pour j' parvenir, ledit Roussel fait le malade pendant deux ou trois jours, et pendant lequel temps il est visité par ledit Bonneau... On n'a pu me dire combien ils étaient à la dite cène. On m'a dit aussi que ledit Bonneau va de temps en temps en campagne, et qu'on avait voulu l'arrêter à Rouen, mais qu'on l'avait manqué... A l'égard du nommé Larpent, on prétend qu'il est retourné au Mans, mais on ne sait pas où il peut être {Fr. pr., 2' édit., II, 801).
La perquisition faite le 7 mai chez le médecin, amena la découverte d'une lettre de Bonneau père à Bonneau fils, proposant à Genève, et d'une « quantité de livres hérétiques qui marquaient son obstination » ; en conséquence il fut arrêté. Interrogé le même
' Gendre du médecin Corsil, de Rouen, qui présidait aussi des assemblées à Paris
en 1702.
536 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.
jour par D'Argenson, il nia les faits allégués contre lui et n'en fut pas moins envoyé à la Bastille. Il avait sans doute été dénoncé par l'entremise de Bégon, intendant de La Rochelle •, auquel Pontchartrain écrivait le 19: «J'ai rendu compte au roi de ce que vous m'avez écrit concernant Bonneau, qu'on accuse d'être ministre. Sa Majesté veut qu'il soit mis à la Bastille et que vous suiviez cette affaire avec une attention très particulière» {Arch. Bast., X, 54). On lit dans le Journal de Du Junca:
Du samedi 22 mai à trois heures après midi, Aulmont le jeune a mené et remis à M. le gouverneur un prisonnier,... M. Bonneau, religionnaire et mauvais converti, dont le père a été ministre à Aubusson, lequel prisonnier a été détenu une quinzaine de jours dans la maison de M. Aulmont, avant que d'être amené ici et a été deux fois interrogé par M. d'Argenson,... lequel prisonnier a été mis seul renfermé à la calotte, cinquième chambre de la tour de Bretaudière- {Arch. Bast., 0,254).
Roussel fut sans aucun doute aussi arrêté; car Pontchartrain écrivait, le 19, à Turmenges de Nointel, pour savoir si Pierre Roussel (ou Rousset), âgé de soixante-six à soixante-sept ans, natif d'Aubusson, facteur delanommée Lombard, tapissière d'Aubusson, demeurant à Paris, rue de la Huchette et soupçonné d'avoir chez lui des assemblées de nouveaux convertis, passait dans son lieu natal pour bon ou mauvais catholique (O' 44).
Quant à Bonneau, ce fut vainement qu'il demanda et obtint le certificat suivant, rédigé probablement par un ecclésiastique plus humain que rigide : «Je soussigné, archiprêtre et curé de Saint- Séverin^, certifie à tous qu'il appartiendra, que M. Jean Bonneau, docteur en médecine, autrefois proposant dans la société des calvinistes, est maintenant catholique, apostolique et romain ; qu'il a demeuré plusieurs années dans ma paroisse, pendant lequel temps il a fait son devoir de catholique, l'ayant confessé plusieurs fois et n'ayant remarqué rien dans sa vie de contraire aux bonnes mœurs. Fait à Paris le 6 janvier 1704, Lizot». Selon Renneville, «après avoir croupi pendant plusieurs lustres» à la Bastille ^ Bonneau, devenu «un des fous les plus incurables» de l'endroit, si maigre et si faible qu'il ne fallait que le pousser légèrement pour le faire tomber, fut mis à Bicêtre, «l'enfer de toutes les prisons». On le faisait communier, et, le moment venu, on lui coupait sa barbe
' Il y avait une famille Bonneau à La sans doute provisoirement, dans l'église
Rochelle, et une à Tours. de ce nom.
' Voir ci-dessus II, 264.. ' llenneville y resta de 1702 à 1713. ' Ambroise Paré avait été inliunié.
Assemblées. 53 7
blanche pour lui donner une tenue décente. Les pièces qu'on va voir attestent une double erreur commise par l'auteur de L Inquisition française : ce n'est pas plusieurs lustres que Bonneau passa à la Bastille, et ce n'est pas à Bicêtre qu'il fut envoyé.
Pontchartrain au supérieur de la Charité de Charenton.
Marly 29 avril 1705.
Le roi envoie en votre couvent de Cliarenton, Bonneau, dont la pension vous sera payée par Sa Majesté sur le pied de 400 livres par an; ayez-en grand soin, et tâchez de rétablir sa santé, s'il est possible {Arch. Bas/., X, 267).
Quelques jours plus tard, Du Junca écrivait dans son Journal : «Du mardi 5 mai lycS à dix heures du matin, M. Aulmont le jeune a porté l'ordre pour lui remettre Bonneau, homme fort vieux, fils d'un ministre d'Aubusson, étant devenu presque en enfance, pour le transférer à Charenton dans la Charité des bons Pères qui y sont établis» {Ibid.). Moins au courant de ce qui concernait le prisonnier, Pontchartrain continue dans ses dépêches à lui donner le titre de ministre, qui a induit en erreur notre ami Bordier.
A Phelypeaux, intendant de la généralité de Paris.
24 juin 1705.
Ordre de payer à Goupil de La Pontinière, en vertu de la déclaration du i" juillet i686, la somme de 55oo livres, pour avoir fait arrêter, en mai 1700, le ministre Bonneau '.
A Turgot, intendant de Tours.
3o décembre 1705.
Un ministre de la R. P. R., nommé Bonneau, qui était devenu faible d'esprit, et qui avait été mis pour cela au couvent de la Charité à Charenton, y est mort depuis peu, aj'ant fait paraître dans les derniers jours de sa vie, assez de raison pour mériter de recevoir les sacrements de l'Eglise; comme il avait quelque bien à Tours, j'ai cru devoir vous en donner cet avis afin d'en avertir les parents {Ibid.).
Quel triomphe que ces communions inconscientes d'un ancien proposant! Ces conversions in articulo dcmcntiœ, sont d'un nouveau
• Il semble difficile d'admettre que ne payait qu'aux dénonciateurs des pas- Phelypeaux ait versé cette somme, qu'on leurs rentrés en France.
538 Révocation de l' E'iit de Nantes a Paris.
genre, et non le moins odieux. C'est pourtant à peu près celles que conseillait Fénelon, quand il recommandait de pousser les malades peu à peu et sans violence à faire des actes de catholicisme.
Ainsi, sans l'ombre d'un doute, c'est bien le médecin Bonneau qui est mort à Charenton, et non un certain ministre de Tours, dont l'existence paraît purement imaginaire. « Noé Bonneau, dit la France protestante, i" édit.. Il, 8o3, ministre à Tours, emprisonné à l'époque de la Révocation, perdit la raison, fut enfermé dans un couvent de La Charité {sic), et y mourut en lyoS». La qualité de ministre, on sait où Bordier l'a prise ; celle de ministre de Tours a la même origine ; quant au lieu du décès, c'est par suite d'un lapsus calami qu'il a été transformé en une ville de la Nièvre. Au reste, M. Dupin de Saint-André, auteur de V Histoire du protestantisme en Tourainc, n'a inscrit le nom de Bonneau que «sous toutes réserves» (p. 264"!, sur l'autorité de La France protestante, et tout en déclarant qu'il ne l'a rencontré nulle part ailleurs. Il n^y a simplement qu'à l'effacer.
Le tailleur Lafuitte, accusé de tenir des assemblées chez lui place Dauphine, de faire le prophète et l'illuminé et d'avoir empêche plusieurs familles nouvelles catholiques d'aller à la messe, fut écroué à la Bastille le 22 octobre 1700 (Ravaisson X, 262). On lit dans les Registres du Secrétariat, à la date du 4 janvier 1702, qu'un collègue de Bonneau, le médecin Corsil, de Rouen, venait de temps en temps à Paris «faire le prédicant, et affectait de visiter la plupart des nouveaux convertis pour les confirmer dans l'erreur » (O 249). Le 1" mai 1708, on lui fit défense d'y revenir, sous peine d'être mis à la Bastille. Hamart y fut enfermé du 6 juin 1708 au 16 avril 1704, sous l'accusation d'assemblées tenues dans une maison qu'il avait louée à Chaillot pour cet visage. Ainsi, de même qu'on avait tenté d'établir une sorte de cimetière clandestin, on essayait de régulariser le culte en le célébrant dans un lieu spécial, choisi à dessein hors des fortifications. Des dénonciations haineuses publiées par Ravaisson (XI, 85), il résulte que le culte était aussi célébré en 1708 au petit Charonne chez des cabaretiers, tantôt chez Payen, tantôt chez Léger et tantôt chez Michon. L'ébéniste Migeon, du faubourg Saint-Antoine', disait le rapport du commissaire Aulmont, «tient [aussi] assemblée de religionnaires chez lui, particu-
' Sans doute Pierre, fils d'une veuve l'acte d'abjuration le ii janvier iCSG (Fr. et âgé de vingt ans lorsqu'il avait signé 7o5i, f" /&).
Assemblées. SSg
lièrement les bonnes fêtes, où Saint-Amand ', son beau-père, fait l'office de ministre ; dans les assemblées se trouve ordinairement Martin, ciseleur, qui mériterait d'être tiré à quatre chevaux, ainsi que Migeon, à cause de toutes les sottises qu'il dit pareillement, journellement tant contre la religion, l'Etat, que contre la personne sacrée du roi». C'est Martin, ajoutait le commissaire, qui exhorte ordinairement les autres religionnaires à la mort. Il parle également contre le roi et contre le pape dans les assemblées qu'il préside chez les susdits cabaretiers. Monnoie, marchand de dentelles, qui faisait annuellement plusieurs voyages à Genève «sous prétexte de son commerce» et avait converti plusieurs catholiques, faisait partie du même groupe qui cherchait à recouvrer la liberté du culte. Martin, Migeon et Monnoie, sont, dit toujours le commissaire, les chefs de plus de 5oo religionnaires qui demeurent au faubourg Saint- Antoine ou dans les environs. Un autre protestant également compromis dans ces tentatives de restauration, Fenou, fut écroué à la Bastille le 2 septembre (Ravaisson, XI, 90). En vertu d'un ordre du 3i août, Monnoie, Migeon et Saint-Amand furent mis à la Bastille le 7 septembre, et la fille de Saint-Amand aux Nouvelles- Catholiques. Le 2 novembre. Blette, marchand rubanier de la rue Saint-Denis et «protestant scandaleux», rejoignit les autres dans le donjon, pour y être instruit par le jésuite Riglet. Saint-Amand en sortit le 19 avril 1704, à condition de se retirer en Touraine. Migeon ne tarda sans doute pas à être relâché; mais on les reprit tous deux, car le i3 décembre 1704, le P. Riglet, satisfait de leurs dispositions, demandait pour eux la liberté, qu'on lui accorda le 22. Mentionnons encore l'ordre donné le 5 juillet 1720, d'arrêter Hoquet, qui faisait à Paris le prédicant (O 255).
• Jean Saint-Amand, fils de Michel et épousait à Londres, en 1687, Pierre Dc-
dc Susanr.e, ne à Paris, fut naturalisé an- bonnaire , de Saint-Quentin. Jean, de
glais en i685. Esther, de Paris, fille de Paris, naturalisé anglais en i6oo(Agnew\ Matthieu, et de Marie Bourguignon,