‹ La révocation de l'Édit de Nantes a Paris d'après des documents inéditsChapitre 6 sur 46 · CONRART · texte numérisé non relu

CONRART

En 1642, Jacques Conrart, conseiller du roi, secrétaire des finances et l'un des quatre frères du célèbre Valentin Conrart ', épousait à Charenton Susanne, fille de Charles Regnard, sieur de Limoges, avocat à Boulogne-sur-Mer. Elle lui donna deux fils : Jacques, écuyer, sieur de Rabodingen (1648), et Valentin, sieur de Rupemberg (1648), qui eurent pour oncle paternel le fondateur de l'académie française, et pour oncle maternel Charles Regnard, sieur de Limoges, pasteur du Désert. L'arrêt du conseil du 19 janvier 1684, révoquant «tous les privilèges tant de noblesse qu'autres, et toutes les exemptions, prérogatives et prééminences», dont jouissaient les secrétaires-honoraires du roi encore protestants, Antoine de Massanes, Gaspard Masclari, Abraham Tessereau, Jean Suau, Isaac Dabsac, Jean Carbonnel et Henri Justel, atteignit aussi Jacques Conrart. A la fin de i685, il fut, ainsi que son fils de Rupemberg demeurant avec lui, mandé devant les magistrats qui travaillaient aux conversions. Le fils abjura le dimanche 18 décembre 2; nous ignorons la conduite que tint le père. Dans tous les cas, il passa bientôt à l'étranger; car son nom se trouve en tête

■ Les trois autres frères étaient: Jean, prot., mais l'une de ses trois sœurs. Les

sieur de Saint-Robert (dont la seconde deux autres s'appelaient Péronne et Ca-

édition de La France prot. fait deux per- therine {Reg. de Char.). C'est aussi par

sonnes), Louis et Daniel {Reg. de Char.). erreur que la seconde édition du mC-me

Le tableau généalogique donné par M. ouvrage (III col. 5id) lui donne une qua-

Augu5teBoviri:,o\n {Valent. Conrart et son trième sœur nommée Jeanne. Cette

temps, Paris, i883, in-8», p. 62) est tout à Jeanne, femme d'Abraham Boulleau (II

fait incomplet et l'on s'étonne que ce col. 1007), était Jeanne Cougnart et non

biographe ait rangé Valentin, mort en Jeanne Conrart.

1675, parmi les anciens de Charenton en - Ponsignon écrivait le 19: «On dit que

iG85. — Marie Conrart, qui épousa en M. Valentin Conrart a fait sa soumission

1Û32 Jean de Dompierre, n'était pas la dimanche à Saint-Médéric avec cinq autres

tille du conseiller, comme le dit La France personnes».

d'une liste des fugitifs dressée le 16 février 1687, et dont voici un fragment :

Sa femme et ses enfants sont nouveaux catholiques et demeurent à Paris... Les trois maisons qu'il a laissées valent, la première, rue Saint-Martin (louée 603 livres), ij., 000 à i5,ooo livres; la seconde, ruades Vieilles-Étuves, pareille somme; la troisième, même rue, de 22,030 à 21,030 livres. On n'a pu encore savoir à combien montent les rentes qu'il avait sur la ville de Paris (Fr. 7o5i, f"' 307, 3i3).

Peut-être s'était-il réfugié à Genève '.

L'aîné des fils, Jacques, sieur de Rabodingen, avocat au Parlement et ancien de Charenton, épousa, le 22 avril 1678, Susanne, fille de Jean Berthe, banquier à Paris, et de Susanne Marchand, dont il eut au moins cinq enfants avant la Révocation : Susanne (1679), Charlotte (1680), Jacques- Valen tin (1682), François (i683) et Marie (i685). A ces cinq enfants une généalogie conservée aux Archives (TT i8i) en ajoute quatre autres: Jacques, Charles, Madelaine et Marie-Henriette. Le commissaire de police du quartier Saint-Martin écrivait le 18 novembre i685 :

Le sieur Conrart, ci-devant ancien de Charenton, demeure encore rue Beaubourg. Il est avocat et non secrétaire du roi. Il est vrai que son père est secrétaire du roi et demeure rue des Vieilles-Étuves (Fr. 7o5i, f" 140).

Deux jours plus tard, une lettre de cachet exilait à Lisieux (Calvados) le sieur de Rabodingen, et le 4 janvier 1686, Seignelay lui ordonnait de se rendre où il serait mandé par M. de Bouville, intendant de la généralité d'Alençon. Le même jour, Seignelay écrivait à l'abbé Dailly : « Je vous envoie la permission que vous demandez pour le sieur Conrart; je souhaite qu'elle produise l'effet que vous en espérez» (O* 3o). Il est aisé de pénétrer le sens de cette double correspondance: Suivant l'usage, l'intendant doit parler haut, menacer le récalcitrant et agir en conséquence, tandis que le prêtre s'efforce de le gagner par des adoucissements apportés à sa situation, l'éloignement des dragons par exemple. Dragonne comme tous ses collègues, Conrart ne tarda point à se résoudre à céder. Le 11 janvier, Seignelay donnait l'ordre de lui permettre de revenir de Lisieux à Paris, dès qu'il aurait fait abjuration (O' 3o).

' D'après M. Eug. de Budé [Vie de avait clierché un asile à Genève. Gaberel

liénédict Piclei, Laus., 1874, in-12, p. parle aussi du professeur Pictet comme

18), Valentin Conrart aurait révise les de l'ami et du collaborateur de Conrart

psaumes à Cienèvc. C'est une erreur d'où {Les Suisses romands et les Réfugiés de

il semble résulter qu'un autre Conrart Vl'.dit de Manies, Paris, 18Û0, p. i3).

Pasteurs et Anciens. 49

Pendant l'exil du faible et malheureux Conrart, toute la famille de sa femme avait abjuré, à l'instigation de Nicolas Trinquant, ancien avocat, riche banquier de l'impasse des Bourdonnais*, et mari d'Anne Berthe, sœur de M"'' Conrart. « Ce 14 janvier 1686, lisons-nous dans les papiers de la Reynie, Susanne Marchand^, veuve du sieur Jean Berthe, faisant un grand commerce d'argent, rue des Deux-Boules, a enfin fait sa réunion avec Charles-Auguste Berthe, son fils, et le reste de sa famille », notamment Anne (Fr. 7o5i f"^ 89). Marie Berthe s'étant réfugiée à Londres en i685 avec son mari Claude Grostête, sieur de La Motte, ministre de Lizy, il faut probablement entendre par «le reste de la famille » M'"'^ Conrart et ses enfants. Selon La France protestante, une demoiselle Conrart aurait abjuré à Rozoy, près Soissons, en 1686. Ce pouvait être une des filles de l'ancien, qu'on avait envoyée dans un couvent de province pour la contraindre à « se réunir ».

Après sa feinte abjuration, Jacques Conrart de Rabodingen ne se sentit pas le courage de suivre son père à l'étranger. Qui pourrait s'en étonner en pensant à ses nombreux enfants et à leur âge? Sans doute il espérait qu'on ne les lui enlèverait pas et qu'il lui serait permis de leur inculquer ses véritables sentiments. Il se trompait grandement : c'est le sort habituel de ces capitulations de conscience de ne point réussir. On finit même par l'enfermer ainsi que sa femme, arrêtée à Mons au retour d'un voyage qu'elle avait fait en Hollande sans permission (Arsenal, Ms. Bast., io5oo). Ils restèrent dans le donjon de Vincennes^, lui, du 3i juillet 1694 au 3o octobre 1695; elle du 27 août 1694 au i*='' mai i6g6 (Fr. 14061 et Bullet, 3'' sér., IX, 377). En novembre 1697 il suppliait le roi, par un placet, de lui rendre ses fils et ses filles. Le monarque voulait savoir d'abord quelle conduite tenait ce père mal converti. En ayant été informé, non seulement il rejeta la demande, mais il ordonna, le 20 du même mois, que l'aînée des demoiselles Conrart qui n'était pas «bien instruite», fût mise aux Nouvelles-Catholiques (O' 41). Il accéda cependant au désir des parents, en la confiant, le

' Trinquant, qui dès le i8 novembre sans doute fils d'un autre orfèvre appelé

i085 avait promis d'abjurer (Fr. 7o5i, Eusèbe Marchand, appartenait très pro-

fo 142), consentit à être de ceux qui, pour bablement à la même famille, et montra

entraîner leurs coreligionnaires rassemblés plus de fidélité à ses convictions. (Voir

chez Seignelay le 14 décembre, donne- Du Vigneau).

raient l'exemple de la soumission aux 3 \\ pgy^ sa nourriture à partir du i"'

volontés du roi. juiUlet 1693. M-« Conrart avait avec elle

' Pierre Marchand, orfèvre de Paris, une servante.

5o Révocation de l'Êdit de Nantes à Parts.

3o avril 1698, à la dame Bertrand*. Enfin, le 29 janvier 1699, Pontchartrain envoya la jeune personne aux Filles de la Croix et continua d'exiger que le père en payât la pension (O' 43). Le même secrétaire d'Etat écrivait à D'Argenson, le 6 janvier 1700:

Il ne faut point rendre au sieur Conrart ses deux filles; il suffît de lui donner le choix de les mettre dans des couvents ou chez la dame des Bergeries, leur tante ^. Pour le fils, on peut le faire placer chez un procureur ou un notaire, en s'assurant qu'il y sera bien par rapport à la R. C.

Soit que M""^ des Bergeries fût, au fond, peu convaincue de l'excellence de sa nouvelle religion, soit qu'on crût qu'un peu plus d'habileté ou de rigueur était nécessaire pour rendre ses nièces bonnes catholiques, les trois qui étaient chez elles furent envoyées à l'Union chrétienne^ par ordre du 22 juillet 1700'' (O' 44).

L'ancien qui avait faibli pour ne pas abandonner ses enfants, eut la douleur et peut-être le remords de les voir pratiquer la reli gion qu'il détestait. Ses deux filles aînées prirent le voile: Susanne aux Carmélites de Paris; Charlotte, aux Annonciades de Saint Denis. Madeleine épousa Alphonse Hercules. Marie-Henriette, en fermée chez les Ursulines de la rue Saint- Jacques en 1709, trans férée le 14 octobre 1711 aux Carmélites delà rue Chapon (O' 55) et rendue la même année à son père, épousa Jacques Dary, seigneur d'Ernemont. Trois de ses fils suivirent la carrière militaire; les deux aînés, Jacques-Valentin et François, pages du roi en 1698, s'élevèrent, le premier, au grade d'aide-major général ; le second, à celui de lieutenant de vaisseau. Ce dernier fut chevalier de Saint- Louis. Jacques servit dans les mousquetaires (TT 181). Charles- Nicolas est probablement celui que Pontchartrain voulait placer chez un notaire.

Grâce à leur conversion, les Conrart furent maintenus dans leur noblesse lors de la revision des titres (après 1708) ; l'avenir leur réservait cependant quelques déboires. Jacques Muisson, conseiller

' Nouvelle catholique, mise en liberté, mettre les filles de Conrart à rUnion chré-

ainsi que son mari, le 28 décembre 168G, l''=""e et .lux N""-C.itholiques; vous devez

à charge de faire revenir leurs filles dans ■•^"'^^' f-"'''-' .'"""•'^, ^"^ "'^ "" '=°"^e''';. <"- **'''

• ^/^ 1 •) N se plaiL'niiit au duc d'Aumont, expliquer a

tro.s mois(0>3o). celui-ci que c'est l'ordre du roi (O 249).

" Voir Girard des Bergeries. ., .. r c . * < «

„ ^, . • 1 1 1.1 . j r . Marguerite, que La France vrot., 2°

' G est vraisemblablement des enfants , ,. ", ^ ,' ' .... '^ ,

,,,,... , „ , ,.1 étiit., IV, 5-8) donne pour tille du sieur

de Valcnlin, sieur de Rupemberg, qu il ,,,,,. , ■ - •■ i-n

. ... lin. • . 1 - de Rabodingen , doit être sa niece. fc-Ue

s agit dans le billet suivant adresse par ^ . " ' ,, ,. . ,

Pontchartrain à D'Argenson le 4 janvier 1702:

Sa Majesté approuve que vous ayez fait

fut mise en 1709 aux Ursulines de la rue Saint-Jacques, en même temps que sa cousine-germaine.

Pasteurs et Anciens. 5i

au Parlement et mari d'Anne de Rambouillet, étant passé à l'étranger, le roi confisqua ses biens et en fit don, par un brevet du i^"" mai 1704, aux deux sœurs de M""= Muisson, Marguerite de Rambouillet, femme du sieur de Nocey, et Renée-Madeleine de Rambouillet, femme de Trudaine. Comme héritiers de Valentin Conrart, oncle de Muisson, et en vertu de l'édit de 1689 qui accordait les biens des fugitifs à leurs plus proches parents demeurés en France, Jean-Baptiste Conrart et Anne Du Coudray, veuve de Joseph Conrart, réclamèrent en 1782 l'annulation de ce don. En 1788, les Conrart réclamaient aussi les 5oooo livres que Catherine Muisson, cousine-germaine de leur père avait apportées en dot à Jacques de Dompierre, sieur de Jonquières, et qui avaient été confisquées en même temps que les biens de ce fugitif, malgré les protestations de leur parente. Après avoir d'abord refusé communication des pièces constatant leurs droits, le régisseur prétendit que la dot devait être payée sur la terre de Jonquières ; toutefois il fut décidé que celle-ci resterait en régie jusqu'à nouvel ordre (TT 181).

FALAISEAU ^

On lit dans un rapport de police du 8 novembre i685:

n y a d'autres anciens qui ne se trouvent pas au nombre de ceux à l'égard desquels Sa Majesté a ordonné de donner des éclaircissements, et entre autres le nommé Falaiseau, originaire de Touraine, qui a été ci-devant marchand et à présent se mêle de banque. Il est propriétaire d'une maison sise rue des Cinq-Diamants ^ qui a été nouvellement bâtie. . . Il demeure présentement dans la rue-des Deux-Boules^. . . Le ministre Daillé [mari d'une de ses nièces] logeait chez lui. C'est un homme extraordinairement zélé pour sa religion et très influent, en réputation d'être assez riche, et on sait même qu'il a un grand fonds dans le commerce (Fr. 7050, f°' 184, 187).

Ce riche banquier, fils de Jean Falaiseau, sieur de la Morandière, et de Marie Moreau, était né à Blois et s'appelait Samuel. Il avait épousé à Charenton (1647) Madelaine [alias Marie), fille de

• La Fr. pr. a confondu tous les per- ^ 11 avait habité la rue de la Jussienne

sonnages de ce nom. en 1671 [Bullet., VIII, 2bj.

' Aujourd'hui partie Sud de la rue Quincampoix.

52 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.

feu Jean Dufour, conseiller du roi et lieutenant en l'élection de Blois, qui lui donna sept enfants: Samuel (1648), Madelaine (i65i), mariée en 1672 à Ruben Régnier, sieur des Minières; Anne (i652), Susanne (1654), mariée en 1674 à son parent Jacques Falaiseau; Catherine, mariée en 1676 à Daniel-Charles de Brusse, sieur de La Boninicre; Jean (1661), mort en 1668; enfin Marie-Anne, que nous ne trouvons pas dans les Extraits des Registres de Charenton, et qui épousa, selon La France protestante, VI 35, Charles Janvre de La Bouchetière.

Samuel Falaiseau, ancien dès 1671 et peut-être déjà auparavant, s'était attiré l'estime de ses coreligionnaires; mais son caractère ne se trouva pas à la hauteur des circonstances néfastes qu'il eut à traverser. Actif et dévoué dans les temps paisibles, mais manquant d'énergie et probablement esclave de sa fortune, il faiblit et recula dès qu'il fallut souffrir pour la foi. Si sa femme eût vécu, peut-être l'aurait-elle maintenu dans le devoir et préservé d'une impardonnable chute; mais Dieu l'avait rappelée à lui le 5 mai 1672. Au mois de novembre i685, il était assez ébranlé pour qu'on ne crût pas nécessaire de l'exiler en même temps que ses collègues. Des vingt-quatre de Charenton, Rozemont et lui sont les seuls auxquels on n'envoya point de lettre de cachet. Mandé le 14 décembre chez Seignelay avec les principaux négociants de Paris, il signa comme les autres. On l'avait, semble-t-il oublié; ce ne fut que le 14 au matin que La Reynie le fit avertir ainsi que Testart. «Ils ne seront pas, disait-il, des moindres de l'assemblée » (Fr. 17420 f° 187). Samuel eut l'humiliation de voir ses propres domestiques lui donner l'exemple d'une courageuse résistance : son cocher, nommé Lévêque, et ses servantes, Elisabeth Ruffin et Susanne Henri, n'avaient pas encore abjuré le 16 janvier 1686 (Fr. 7o5i f° qS). Inconsolables de leur chute, plusieurs de ses filles passèrent à l'étranger. Madelaine et son mari trouvèrent moyen de gagner le lieutenant de la maréchaussée de Saint-Maixent, et de s'échapper en 1686, avec neuf de leurs enfants* {Fr.pr. VIII, 408). Marie-Anne s'enfuit en Angleterre en compagnie de son mari et de son beau-père; tous trois firent reconnaissance de leur faute le 17 octobre 1686 devant l'Eglise française de Londres, et Charles Janvre obtint une compagnie de dragons dans le régiment de Ruvigny, son parent (Lièvre, Hist. des Êgl. du Poitou, III, 129).

Falaiseau étant mort en 1699 (sans doute muni des sacrements

» Voir Bastille.

Pasteurs et Anciens. 53

catholiques; car ses biens ne furent pas confisqués), Catherine, veuve de IVI. de Brusse, vint à Paris pour recueillir sa part de succession, consistant presque tout entière en billets. Comme elle avait emmené ses trois filles, l'évêque de Poitiers craignit qu'elle ne s'empressât de rejoindre ses sœurs dès que ses aff'aires seraient terminées, et fit part de ses craintes à la cour. En conséquence Pontchartrain ordonnait, le 9 décembre, d'arrêter M""^ de Brusse et ses filles; d'envoyer celles-ci dans des couvents de leur province et de conduire la mère aux Nouvelles-Catholiques. En moins d'un mois ces impitoyables créatures lui firent perdre l'esprit, et la vie bientôt après. Elle mourut folle entre leurs mains le 12 janvier 1700 (O* 43, 44; TT. 464 et Merc. hist, fév. 1700, p. 196).

Jacques Falaiseau, avocat au Parlement de Paris, avait épousé en 1648 Anne, fille de Pierre Jouard, procureur au Parlement, et d'Anne Perreaux, dont il eut au moins trois enfants : Pierre (1649), Galliot (i65o) et Anne, mariée à Duvignaud, sieur des Vories, en 1680. Il aurait porté plus dignement que son frère le titre d'ancien ; car il n'abjura point et « s'absenta » aussitôt après la Révocation ', témoin le billet que le commissaire Dyeure adressait à La Reynie vers le 20 novembre i685:

Monsieur, après vos ordres reçus et pour y satisfaire, je reviens présentement de la maison de M. Falaiseau , en laquelle demeure pareillement M. Tassin *, auquel j'ai parlé et qui m'a dit qu'il était vrai que M. et M"= Falaiseau sont absentés ; qu'ils s'en sont allés il y a bien dix jours, sans lui avoir parlé ni dit aucune chose; qu'il ne l'a appris que par la suite du temps en ne les voyant plus, et que M. Falaiseau, son frère le banquier, ci-devant ancien de la R. P. P. qui a signé, n'en savait rien. Il n'y a personne qui soit resté dans l'appartement qu'occupaient M. et M"' Falaiseau (Fr. 7o5i, f» iod).

Les fugitifs avaient préparé leur départ de longue main et envoyé toute la partie disponible de leur fortune à leur fils Pierre, qu'ils rejoignirent à l'étranger. Après avoir dès 1681 reçu en An-

' Les lettres de Claude à son fils four- fois et la mettre dans un vaisseau de

nissent quelques détails sur cette famille. Rotterdam pour la renvoyer en France.

Ayant épousé une demoiselle Briot dont II vous en coûtera quelque chose, mais

la mère, Madelaine Jouard, était sœur de au moins serez-vous en repos des inso-

M'"' Jacques Falaiseau, Isaac Claude était lences de cette coquine» (17 mars 1684).

neveu par alliance de l'avocat. «M. Fa- Dans plusieurs autres lettres, le ministre

laiseau, votre oncle, lui écrivait son père, de Charenton malmène «les Jouard elles

vient de perdre son second fils» au siège Jouarde», qui se décliaînent contre son

de Bude (22 décembre 1684). "M- Falai- fils en récompense des services qu'il leur

seau a la goutte, dont je l'ai félicité; car a rendus en Hollande, c'est un garant de longue vie » (3o juin - Tassin liabitait la rue du Battoir (Fr.

1684). «Pour la fille de M. Jouard, il s'en /oâi, f» 325). faut à mon avis délivrer pour une bonne

54 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

gleterre des lettres de naturalisation ', celui-ci était passé en Allemagne, où il parcourut brillamment la carrière diplomatique. Lors de la Révocation, il résidait à la cour de Suède comme envoyé extraordinaire du Brandebourg. Anne Chauvin de Varangeville, sa femme, ne voulait l'aller retrouver que lorsqu'il serait de retour à Berlin, et demanda la permission de séjourner à Paris en attendant (Fr. 7o52 f° 285). Cette permission lui fut accordée le jour même de l'enregistrement de l'édit révocatoire. Quand elle vit emprisonner ou dragonner les uns après les autres tous les protestants qui refusaient d'abjurer, Anne chercha un refuge chez le résident de Brandebourg, et s'y cacha, croyant être en sûreté ; mais on l'y découvrit au mois de novembre 1686^ et on la mit au couvent des Filles du Saint-Sacrement, rue Cassette (O' 3o), où elle abjura le i5 décembre suivant (Fr. yoSi f" 286). Elle fut envoyée aux N''"'^^- Catholiques le 12 janvier 1687 (O* Si). M. de Varangeville, gentilhomme des environs de Dieppe, apprit avec indignation que sa fille avait abjuré ; de son côté, le mari, non moins irrité de la chute presque inévitable à laquelle sa femme s'était exposée par sa conduite inconsidérée, ne s'empressa ni de lui fournir des ressources pécuniaires, ni de payer sa pension aux N'="^''- Catholiques. Cet abandon toucha les convertisseurs à l'endroit sensible. Sur leurs conseils. M"'" Falaiseau présenta, le 7 février, une requête au roi pour obliger M. de Varangeville à lui fournir la dot de 20 000 livres qu'il lui avait promise, et pour obtenir le don des biens laissés en France par le père et la mère de son mari (Fr. 7o53 f° 116). Cinq jours après, Seignelay invitait M. de Brou, intendant de Normandie, à faire sévèrement entendre à M. de Varangeville qu'il devait venir en aide à sa fille. A la longue, Anne Chauvin se lassa de cette vie si pénible à tous égards; elle gagna aussi la terre étrangère en 1694 {Arch. de l'Egl. wall. de Lcide).

Joseph Falaiseau, frère de Samuel et de Jacques, était comme celui-ci avocat au Parlement de Paris. Susanne Arribat, sa femme, lui donna deux enfants : Anne et Joseph, sieur de Bois-Joli, lieutenant au régiment de Picardie, inhumé (1675) en présence de ses deux oncles. Susanne Arribat était veuve lorsqu'Anne, sa fille, épousa en lôSg Daillé fils, ministre de Charenton. M""' Daillé parait n'avoir pas vécu jusqu'à la Révocation; car dans sa retraite à Zurich, Daillé ne fut accompagné que d'Anne, sa fille, et de sa belle-mère, Susanne Arribat. En 1686, Joseph Falaiseau fut un

1 Apnew, II, i56. ' Voir aux ambassades, Bcck.

Pasteurs et Anciens. 55

instant compromis comme détenteur de cinq ballots d'ouvrages de controverse qu'il avait vainement essayé de faire passer à l'étranger; mais il n'eut pas de peine à prouver que ces livres composaient la bibliothèque de son gendre, à qui l'on n'avait pas permis de l'emporter (Fr. 7o53, f" 476). Les biens de Daillé, qui possédait deux maisons, rue Montmartre, et des propriétés dans les paroisses d'Azay, Saint-Martin-le-Beau et Dierre, province de Touraine, furent partagés entre Falaiseau de Villevelle, De Brusse et la veuve Deschamps ; mais sur les réclamations du préposé à la régie des biens des fugitifs, le roi cassa en 1726 la donation qu'il en avait faite. De 1728 à 1788 le compte de régie présente les chiffres suivants : Recette 4004 livres, dépense 2728 livres, bénéfice net 1276 livres (TT 120).

Une autre famille Falaiseau, aussi originaire de Touraine, et parente de celle dont nous venons de parler, l'avait précédée à Paris. En 1602, Adam Falaiseau, médecin, présentait au baptême à Charenton Esther, fille de Charles Georges, procureur au Parlement, et de Marie Falaiseau. Un second Adam Falaiseau et Pierre Falaiseau, sieur de Villevelle, avocat au Parlement^ étaient vraisemblablement fils du médecin. Du mariage de Pierre avec Elisabeth Chartier naquirent Joseph, et Jacques (1644), avocat au Parlement, qui épousa en 1674 Susanne Falaiseau, fille de Samuel, et quitta la France à la Révocation en y laissant un fils nommé Pierre^. Un brevet du ig octobre 17 19 (O' 63) autorisa celui-ci à recevoir un remboursement de 222 livres de rente. C'était évidemment le même qui avait été autorisé, l'année précédente (O' 62), à recevoir 5198 livres, dues à son père fugitif par le prince de Talmont. — En i685, Adam et sa femme, Françoise Pineau, de Blois, comptaient parmi les protestants notables de Paris. Malgré leur grand âge, ils lassèrent, dit La France protestante, l'acharnement de leurs persécuteurs, qui finirent par les expulser du royaume avec leur fille Elisabeth. Ils se retirèrent à Berlin, où Elisabeth, qui avait épousé Etienne Le Forestier, mourut en 1706. — Un Falaiseau, nous ne savons lequel, fut arrêté par ordre du 28 juillet 1687 (O' Si) et relâché par ordre du 3o juin 1689, en donnant un nommé Tellier pour caution de sa conduite (O* 33). On serait heureux de penser que c'était Samuel. — Nous ignorons à quelle famille appartenait

• France prot., 2« édit., III, iSy. tembre i685. Sa veuve et celle d'un Adam

'^ Nous ignorons à quelle famille appar- Falaiseau se réfugièrent à Berlin {Erman

tenait Jacques Falaiseau, écuyer, avocat et Réclam, IX, 112), avec sa petite-fille et

en la cour, qui fut inhumé le ig sep- une servante (Ms. Dieterici).

56 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Falaiseau de La Ronda, qui fut mis à la Bastille par ordre du i8 novembre 1699 (O' 48) et relâché par ordre du février 1700 (O' 44), (voir chap. XXVIII). — Le 12 septembre 1747, Etienne Falaiseau, écuyer, sieur de La Revaudière, obtint la permission de vendre une maison sise à Gien de Valence, laquelle avait appartenu à des gens de la R.

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