GIRARD
Durant les six premiers mois de l'année i685, Girard, voisin de Gervaise, du ministre Claude et du traître Brisson, dit Braconnier, donna l'hospitalité au ministre La Placette, qu'on a surnommé le Nicole protestant. Les papiers de La Re3mie ne fournissent que bien peu de renseignements sur cet ancien de Charenton :
Jean Girard, demeurant rue de Seine au faubourg Saint-Germain, âgé d'environ soixante-dix ans, se mêle de joaillerie et de commerce de tableaux. Il est bien venu aux hôtels de Condé et de Conty. Il paraît avoir l'esprit sage et tempéré, et le génie paraît médiocre'^ (Fr. 7o5o, f" i86).
Après avoir subi victorieusement, le 25 octobre, la comparution devant La Reynie, Girard fut exilé à Auray en Bretagne, par une lettre de cachet du 10 novembre. Son exil accompagné de dragonnade dura plus longtemps que celui de la plupart de ses collègues ; car il n'en sortit qu'après le 21 juillet 1686. Ce «médiocre génie» était donc un de ces cœurs fermes et loyaux, que l'omnipotence la plus despotique eut bien de la peine à plier à ses desseins. Le courageux vieillard ne revint sans doute à Paris que pour être mis au For-l'Évêque, d'où il fut transféré à Meaux, dans l'abbaye de Saint- Faron, par ordre du 28 janvier 1687. Avait-il faibli dans les horribles cachots du For-l'Évèque et accepté d'être catéchisé par Bossuet? Mourut-il à Meaux? Y abjura-t-il pour passer ensuite à l'étranger ? Fut-il du nombre de ceux qu'on expulsa, faute de pouvoir les vaincre? Nous l'ignorons; toutefois le dernier cas semble le moins probable.
Agnew mentionne trois réfugiés du nom de Jean Girard naturalisés en Angleterre: l'un avec sa femme Susanne, en 1682; un autre avec sa femme et leur fille Anne, en 1690; le troisième en
' La Reynie a biffé de sa main la phrase soulignée.
62 Révocation de VEdit de Nantes à Paris.
1700 (III, 32, 52, 63). Le premier n'était pas l'ancien de Charenton; mais on ne peut rien affirmer quant au second et au troisième, car le nom de Jean Girard était si commun parmi les protestants de Paris, que nous en connaissons cinq autres : l'un, marchand de vins, place de Grève ; un autre, chirurgien des écuries de la duchesse douairière d'Orléans; un troisième, imprimeur rue Saint-Julien-le- Pauvre, dont la femme (Susanne Boissonnet) abjura le 12 janvier
1686 (Fr. 7o5o f° 408); un quatrième, menuisier au faubourg Saint- Antoine, sommé le 28 décembre i685 de se rendre chez La Reynie parce qu'il refusait de «souscrire la profession de foi», et un cinquième, marchand, réfugié à Cassel. On trouve aussi le nom de Girard sur les tablettes de Paul Cardel, pasteur du Désert, arrêté à Paris en 1689. Catherine Girard, fille, de la rue de Montreuil abjurait le 10 janvier 1686 (Fr. yoSi ï° 74).
L'orfèvre François Girard, fils de l'ancien, quitta la France à la Révocation, avec Marie, fille de Toussaint Berchet, qu'il avait épousée en 1667 [Rcg. de Char.). D'après La France protestante (III, 5i2), il s'établit à Berlin et devint joaillier de la cour; d'après Agnew (III, 57), au contraire, François Girard et Marie, sa femme, furent naturalisés anglais le 10 juillet 1696. La contradiction n'est peut-être qu'apparente, les deux époux ayant pu passer d'Angleterre en Allemagne; en effet, ce n'est qu'en l'année 1700 que les papiers Dieterici mentionnent la présence de François à Berlin. — Nous devons mentionner encore plusieurs autres Girard naturalisés anglais: Pierre, Madelaine, sa femme, et leur fille Judique, en 1682; Pierre,en 1691 ; Paul, en 1696; François et Marie, sa femme, la même année. Nous ne sommes pas en mesure d'affirmer que ces derniers appartinssent à l'Église de Charenton.
Jacques Girard, de Paris, était assisté à Genève en lôgS (Ms. B. du prot.).
Nous ignorons qui était Anne Girard, transférée le i5 décembre
1687 du couvent des Bénédictines de Cosne aux Ursulincs de Paris (O* 3i), dont elle sortit pour être conduite dans un autre couvent par ordre du 12 mars 1688 (O* 82).
Pasteurs et Anciens. 63