I.XIX
juteur et M. de Beauprey, et que là je ferois mon affaire, je partis dimanche, ou j'arrivai à huit heures quoique esloigné de sept grandes lieues, et trouvai tout mon monde prest à monter en carrosse pour cette ville, et les ayant entretenus du subjet de mon [voyage] et leur montrant le projet qui en estoit faict, ils me dirent qu'ils ne pouvoient terminer pour lors la chose, parce qu'il falloit du temps pour réfléchir aux moyens et à la manière de payement et que ils me prioist de venir à Dieppe avec eux, ce que je fus obligé de faire, après m'avoir honoré d'un diner magnifique en leur compagnie. C'est un petit récit de ce quy m'a obligé de venir icy, ou à la fin j'ai faict mon affaire à cinq heures de soir, que je vous envoyé aussitost, et le donnerez s'il vous plaist à M. de Glizy (1) et en tireres ce me semble un receu.
J'cbtois ce matin chez M. de Beuvron et chès M. de Marillac qui demande tous les jours l'un et l'autre un mémoire des nouveaux convertis et de ce quy se passe; c'est pourquoi; il ny faut pas manquer. Je vous envoyé ausy cy inclus un pouvoir pour le logement des cavaliers a replascer, contre lequel jay insisté aultant que jay peu, par beaucoup de raisons — et entre aultre que nous serions très embarassés pour ce faire et que nous allions faire crier le monde contre nous, le (2) supliant qu'il nous donnast un nombre de billets en blanc, de luy signés, et que je me soubmetterois de luy en rendre compte ; mais tout ne servit de rien, en me disant quil ne le pouvoit aultrement.
Je vous envoyé aussy un arrest du Conseil au bas duquel il a mis et signé son vidimus, dont ferôs faire des imprimés, et en ferez faire la publication et la requeste. Je vous envoyé aussy la liste de tous nos huguenots (3) de peur que vous n'en ayes de besoin.
J'aurois esté porteur moy-mesme dès demain de tout cela, si n'estoit qu'il fault que je retourne pour Boulbec (4) pour prendre mon cheval que y ay Icssé samedy, parce quil me sembloit trop fatigué, et en prendre un aultre que je ramène. Ainsy ne pourray estre plus tost à Rouen que mercredy ou jeudy, prenant par là mon che-
(1) Le capitaine d'une des trois compagnies laissées à Rouen.
(2) Marillac.
(3) L'état des non-convertis du 8 novembre.
(4) « Par Bolbec. »
min de traize lieue plus long; joint encore que Boulbec est a une lieue du Valasse, dont esl prieur le frère de ma femme.
Je vous diray que quastre compagnies de cavalerie sont entrés et logés aujourd'huy chez les huguenots de cette ville, lesquels sont vingt fois plus obstinés que les yiostres, ayant dict, moy présent, quarante de leurs principaux, que M. de Beuvron avait mandé, qu'ils ne changeraient pour rien de religion, et que le roi avoit pouvoir sur leurs corps et sur leurs biens, mais qu'il n'avoit point de pouvoir sur leurs conscience. M. Larchevesque, quy y est depuis 12 jours, a gagné pour toute chose une personne, encore n'avait-elle que 12 ans.
Je salue nos messieurs, et suis, en attendant l'honneur de vous voir,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Lecouteulx.
Le lendemain, Marillac fait écrire par son secrétaire la lettre suivante, adressée au syndic.
2. — Lettre de d'Escombes à Monsieur Balandon, Cons"' du Roy, sindic des Eschevins de la Ville de Rouen.
A Dieppe, ce 13 novembre 1685.
Monsieur de Marillac m'a ordonné de vous remercier. Monsieur, de Testât que vous luy avos envoyé. Il en est fort content, et vous prie, aussy bien que tous Messieurs les Eschevins, de travailler à finir cette affaire. Le nombre (1) diminue beaucoup, et, comme on sait par expérience qu'il n'est pas bon de les espargner, il faut, s'il vous plaist, dès le moment qu'il s'en convertist un, envoyer les cavaliers qu'il avoit chés les jilus opiniastres; car, un de ceux là prenant le bon parly, il entresneroit sans doute bien d'autres avec luy. Donnés nous de temps en temps des nouvelles de ce qui se passera, et me faites le plaisir d'écouter favorablement le sieur Guilbault le Jeune sur quelque chose qu'il me demande pour deux de ses parents.
(1) Des non-convertis.
— I.XXl —
Il m'escrit qu'il travaille pour les convertir et qu'il espère en venir à bout. Je croy que s'est pour une v et pour un eslranger.
Je suis à tous vos Messieurs et à vous, avec beaucoup de respect,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
D'ESCOMDES.
Le jour même où Marillac adressait à Balandon les félicitations qu'on vient de lire, celui-ci écrivait de Rouen que les conversions se ralentissaient; et, de fait, notre Liste, dressée d'après les notes des échevins, n'en mentionne aucune le H et le 12 novembre. Cette mauvaise nouvelle arrive à Dieppe le 14, et voici les deux réponses que, par le retour du courrier, l'intendant et le commandant des troupes envoient à Rouen. Nous les faisons suivre de deux autres lettres de Marillac, datées du lendemain et du surlendemain, et qui renferment de nouvelles et plus rigoureuses instructions. Jamais langage de persécuteur ne fut plus tranchant et plus odieux.
3. — Lettre signée de Marillac à Monsieur Balandon, sindiq de la ville, à Rouen.
A Dieppe, ce 14 novembre 1685.
Il est estrange de voir vos Bourgeois de la religion qui en restent si durs. Ceux-cy leur ressemblent et je crois qu'ils s'entendent, mais c'est à leur préjudice, car ils ne nous lasseront pa^. H y a une veuve Désurmeaux, parente de M. Ilays (1), que je souhaite que Ion épargne en faveur de la conversion de M. Ilays à qui elle doit;
(1) Voir notre Liste, aux articles Ormeaux (Marthe Beuzelin, veuve Jean des) et Havs (Jacques).
mandez-moy ce dont on l'a chargée et soulagez-la, je vous prie, par cette raison. Je salue vos Messieurs et je suis fort à eux et à vous.
De Marillac (1).
4. — Lettre signée de Choiseul-Beaupré à Monsieur de Balandonne, conseiller et esclievin de la ville de Rouen, à Rouen.
De Dieppe, le 14 novembre 1685.
J'aprand, Monsieur, par la lettre que vous aves pris la poinne de ni'escrire ce Iraize que les conversions se ralentisse. Je cognais par la que ceux de la R. pr. R, veule estre sollicités, ce quy sera facile en augmentant le nombre des trouppes qu'ils ont chés eux. Obliges moy de me donner sur cela de temps en temps de vos nouvelles et de me croire, Monsieur, avec passion, votre très humble et très-affectionné serviteur.
De Choiseul-Beacpré.
5. — Lettre de Marillac à Monsieur Balandonne, sindiq de la ville, à Rouen.
A Dieppe, ce 15 de novembre 1685.
Il fauldra retomber sur vos oiiiniastres quand nous aurons fait aillieurs. Je vous donne advis que vous aurez, le 16, 4 compagnies par estapes du régiment Royal-Estranger avec séjour; le 17, 4 autres avec séjour. Vous tirerez quittance d'eux à l'ordinaire s'il vous plaist, et vous me croirez, je vous prie, bien à vous.
De Marillac.
(1) Au bas de cette lettre, on lit la note suivante, écrite sans doute par les échevins :