Lettre de Marillac à Balandon
A Dieppe, ce 20 novembre 1685.
Informez-vous incessami, Monsieur, ce que c'est que les particulliers dénommez dans le certificat et les lettres cy-jointes; s'ils sont originaires de la ville de Rouen, y demeurent, quel négoce ou mestier ils y font; le temps qu'ils en sont partis et s'ils sont tous antiens catholiques, nouvellement convertis ou de la R. P. R., et, s'il est possible, quelles affaires les attiioient du costé d'Arras, et m'envoyer au plus lost ce mémoire instructif, ainsy que je vous remarque avec ledit certificat et les deux lettres. Je demeure fort à vous.
De Marillac.
P. -S. — J'attens votre réponse sur une lettre que mon secrétaire vous a escrit par mon ordre sur le bien de deux marchands de Rouen qui sont prisonniers icy.
Les lettres suivantes font encore allusion aux efforts des échevins pour obtenir des conversions, à la résistance des protestants, et aux difdcultés que soulèvent certaines questions de logements militaires.
9.— Lettre de Marillac aux Edievina de la maison de ville à Rouen.
A Dieppe, ce 21 novembre 1G85.
Je vous envoyé, Messieurs, mon ordonnance pour que vous fassiez payer les d. dénomez et monstrez à. M. de Glizy pour que les trouppes s'arrestassent aux restitutions que j'ordonne. Eclaircissez ce qui est à éclaircir; en un mot, exécutez mon ordre, et je vous prie de m'informer de son exécution. M. de Beuvron m'a dit tout ce qui se passe à Rouen, dont je suis satisfait. Je demeure, Messieurs,
parfaitement à vous.
De Mahillac.
10. — Lettre de Beuvron (marquis d'Harcourt) à Messieurs les Conseillers et Eschevins de la ville de Rouen, en leur bureau, à Rouen.
A. Dieppe, ce 22 novembre 1685.
Messieurs,
Pour respondre à vostre lettre de hier touchant la signature de Monsieur le marquis de Vervins (1) que vous demandés au bas de mon attache pour servir de quittance pour la revoiie que vous avez faitte des quatre compagnies do cuirassiers arrivez à Iloucn le 31 octobre, Monsieur de Vervins passera à Rouen dimanche ou lundy (2) et fera ce quy sera nécessaire; car vous ne m'avez pas renvoyé mon attache ; et, de plus, c'est que ce n'estoit point luy qui commandoit, mais bien Monsieur de Chambonas (3) ; ils ajusteront tont cela avecq vous.
(1) L'un des capitaines du régiment de cuirassiers du Roi.
(2) Le 25 ou le 26 novembre.
(3) Autre capitaine du même régiment.
Et pour ce qui regarde ce que vous a demandé Monsieur de Glisy, touchant le rembourcement de soixante-cinq places de cavalliers, à quatre francs par place, Monsieur de Marillac, à qui vous avez aussy escrit pour le même subjet, m'a dit vous y avoir respondu, et ainsy je ne vous en diray rien de plus. Je suis bien fasché de l'opiniastreté en laquelle percistent ceux qui restent de la R. P. R. à Rouen, parce que j'ay des ordres fort exprès en ce cas d"y renvoyer des trouppes, et mesme pour y mettre un régiment d'infanterie qui estoit destiné pour mettre chez ceux de cette ville de Dieppe, sy ils y eussent continué à demeurer dans leur erreur. Je vous supplie, Messieurs, d'aporter tous vos soins pour exécuter les intentions et les ordres de Sa Majesté sur ce fait.
Je suis avec passion, Messieurs, votre très humble et affectionné serviteur.
Beuvron.
On voit, par la lin de cette lettre, qu'à cette date les Réformés de Dieppe venaient de se convertir. La place inutilement assiégée par le doux archevêque s'était rendue aux soldats. Et, sans retard, Marillac était parti pour le Havre, où il n'eut qu'à paraître pour triompher, sa réputation étant sans doute désormais établie. A Rouen cependant, les non convertis s'entêtent de plus en plus. Voici de longues et minutieuses instructions, accompagnées de bulletins de victoirr-s, et qui arrivent en même temps du Havre, où s'est transporté Marillac, et de Dieppe, où est resté Beuvron. La dernière des trois lettres qu'on va lire pourrait être intitulée : L'art de dragonnerune ville, ou le manuel du parfait convertisseur.
11. — Lettre de Marillac à Messieurs les Conseillers et Eschevins, à Rouen.
Au Havre, le 26 novembre 1685.
Les affaires, Messieurs, que j'ai eu à Dieppe, le dernier jour
avant mon départ, et le temps que j'ay mis avenir icy m'a empesché de vous faire réponse à votre lettre du 21 et 22 de ce mois. J'écris à M. de Glizy pour scavoir de lui plus particulièrement la raison qu'il a de fournir sa quittance pour vostre remboursement d'étapes. L'état-major n'est arrivé à Rouen que le dernier, ce me semble. Je ne sais ce que c'est, et comment lesdites places dont vous m'écrivez sont dues à M. de Glizy pour avoir mis, depuis mon départ, des cavaliers au cabaret, ce qui n'a pas dû estre, car vous avez dit et mandé que vous logeriez encore à Rouen fort bien deux compagnies de plus cliez les religiojinaires qui restent. Il n'y a donc pas deu avoir de cavaliers au cabaret. Je désire en scavoir les raisons avant que de rien ordonner : carciue lesdits sieurs Du Mesnil et Leblanc (1) ayent abandonné, ce n'est pas une raison pour rejetter ces places-là sur les autres. Il fault chercher les biens de ceux-cy et les faire payer partout où on les trouvera; et je veux bien qu'on leur fasse payer 81 places au lieu de 65, mais non à d'autres.
Je vous renvoyé le mémoire apostille que vous m'avez envoyé avec le vostre, Messieurs, du 22 de ce mois, et j'ai répondu aux apostilles que vous avez mises. Vous ne vous souvenez pas du travail que je fis avec vous en présence de M. de Glizy où je mis mes jugements en marge des mémoires que vous m'aviez fourny. J'ai fait mon ordonnance sur cela; et ressouvenez-vous, s'il vous plaist, que je trouvay des hostes non solvables, d'aultres solvables ; en d'aultres endroits, des meubles portez au cabaret. Je trouvay encore que ilcs cavalliers avoient pris des meubles qu'ils avoient vendus pour certaines sommes excédantes ce qui leur appartenoit, et que d'aultres avoient receu trop d'argent. Les différents jugements que je rendis sur ces faits-là furent : qu'on ferait payer aux gens de la religion pour les insolvables absents ; qu'on donneroit une ordonnance pour faire payer les solvai)les absents; que les meubles portez au cabaret seroient rendus, ou au propriétaire des meubles, ou à celui de la maison; qu'à l'esgard des meubles vendus par les cavalliers, Ion déduiroit leurs places ; qu'ils rendroient le surplus, de mesme, de l'argent qu'ils avoient receu et que s'ils en avoient pas assez receu on ferait payer le surplus aux religionnaires. De ces jugements est
(1) Voir notre Liste, articles Gosselin (Gédéon de), seigneur du Mesnii-Martigny, et Ledlanc (François).
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ariivé qu'il y a eu plusieurs places compensées avec l'argent que les cavaliers avoient entre les mains, en sorte que, encore que les places qui restoient à payer au-delà du contenu en ma première ordonnance, qui est exécutée pour une somme liquide que les religionnaires ont payé , montassent à cinq cent et tant de livres, qui est la somme qui est demeurée dans le mémoire de M. de Glizy, et qu'il prétend à présent, — néantmoins ma dernière ordonnance n'a deu porter de condamnation que pour la somme de 312 L., le surplus estant compensé, comme je le viens de marquer. J'ay bien voulu entrer dans ce détail, pour que vous le fassiez comprendre à M. de Glizy, après que vous l'aurez compris vous-mesme. Je n'ay rien changé à ce que j'avois arresté et je ne me suis pas mespris ; ce que je vous viens d'expliquer vous le doit assez faire entendre. C'est aux capitaines des compagnies à se faire raison les uns aux aultres, et, pour cela, je leur donneray un état de compensations que j'ay faittes sur chaque compagnie. J'aurois peu le mettre sur une dernière ordonnance, mais j'estais accablé d'affaires à Dieppe. Je l'ay faille pour le nécessaire et la plus courte que j'ay peu.
Quand je seray à Rouen, vous m'expliquerez, ou mesme vous le pouvez faire par lettre dès à présent, pourquoy vous cessez de donner des places sur les absents solvables.
J'ai pensé une chose que je veux exécuter quand vous m'aurez éclaircy sur ce point, qui est de donner des billets sur les absenta solvables et d'ordonner néantmoins que le cavallier logera chez un tel, présent, qui aura à reprendre l'escu du cavallier sur l'absent et le billet vaudra exécutoire.
Cetle ville (1) en a mieux usé que les aultres : tout s'y est converty sans souffrir de logement.
Je demeure, Messieurs, fort à vous.
De Marillac.
Je vous envoyerai certificat de M. Asselin ; ayez égard à la justice qu'il fault faire là-dessus.
fl) Le Havre.
12. — Lettre de Beuvron, marquis d'Harcourt, aux Conseillers et Eschevins, à Rouen.
A Dieppe, le 26 novembre 1685.
Messieurs,
Comme j'ay apris ce matin que les gens de la R. P. R. du Havre se sont tous convertis et que l'on n'y a plus besoin des Irouppes qui estoient à Ilarfleur et Montivilliers, j'ay envoyé une routte à Monsieur le marquis de Beaupré, pour les faire marcher à Rouen ; pour quoy je vous envoyé l'ordre cy-joint pour les y faire recevoir et loger; j'ay mis dans led. ordre : à mesure qu'elles y arriveront, parce quelles marcheront peut-estre en deux trouppes, crainte d'estre incommodées sur la routte; mais, de quelle manière qu'elles y arrivent, vous les recevrez toujours. Je croy que vous serez bien aise, Messieurs, d'apprendre que presque tous les gens de lad. R. P. R. de cette ville (1) qui y estaient en grand nombre ont fait leur abjuration; et j'espère que dans deux ou trois jours, je n'auray plus rien à faire que de m'en retourner à Rouen où je vois avec regret qu'il y a encore des opiniastres qui y attireront encore touttes les douze compafjnies du rétjiment des cuirassiers, parce qu'il faudra bien décharger cette ville icy des compagnies qui y sont et de les envoyer aussy à Rouen. Il sera bon que vous fassiez toujours vos logements affin de donner des billets aux compagnies qui vous arriveront. Je vous prie aussy, Messieurs, de faire une recherche exacte de ce qu'il y a encore de gens de la R. P. R. dans Rouen, ce qui vous sera plus facille qu'au commencement, non seullement parce qu'il y en a moins, mais parce que vous avez beaucoup de mémoires des paroisses et de vos carteniers, en sorte que ce ne sera qu'une révision à faire. Vous voyez bien qu'il est absolument nécessaire d'aportcr tous vos soins el votre application à finir cette affaire, affin d'éviter d'avoir des garnisons tout l'hiver qui seraient très nuisibles el onéreuses pour la ville. J'ay ordonné à mon secrétaire de vous envoyer l'ordre dont je me suis servy icy pour la même populace qui m'a fort bien réussi.
Je suis, Messieurs, votre très humble et affectionné serviteur.
Beuvhon (1) Dieppe.
13. — Lettre deCarnery, secrétaire de M. de Beuvron, à M. Bulteau.
A Dieppe, ce 27 novembre 1685.
Monsieur,
Monseigneur le marquis de Beuvron m'ordonne de vous mander l'ordre qu'il a tenu icy à l'égard de la menue populace de la R. P. R. de cette ville, afin de les intimider et les porter à faire plulost leurs abjurations. lia divisé la ville en plusieurs cartiers et laict autant de trouppes de six à huict personnes, tant de cavalliers que d'autres personnes, comme officiers de la ville ; et chacune trouppe estoit conduitte par M. le lieutenant-général, Monsieur Esne, Messieurs les Esclievins et les capitaines des cartiers divisez et séparez à chaque trouppe, qui ont faict une visitte très-exacte dans touttes les chambres de chaque maison pour scavoir le nombre de ceux qui restoient à convertir, escrire leurs noms sur un registre qu'ils ont porté chacun, marquer leurs chambres et logis pour y envoyer de la garnison à ceux qui pouvoient suporter logement, et escrire ceux qui ne le pouvoient pas, pour contribuer et en mesme temps recevoir les déclarations de ceux qui -volontairement voudroient abjurer et enfin leur faire toutes les remontrances pour les y porter, menacer les opiniâstres. Tout cela s'est faict de la sorte et à sy bien réussy que la plus grande partye et presque toutte cette popullace s'est rendue en deux jours, de manière qu'il en reste très peu à convertir, et qui, assurément, se convertira, y venant continuellement faire abjuration.
C'est pourquoy, Monsieur, comme il y a encore de semblable popullace à Rouen à se convertir, Monseigneur le marquis désireroit que vous en fissiez faire la mesme chose par quelques-uns de vos officiers de la ville accompagnez de quelques cavalliers de la garnison, croyant que tout cela joint à ce que vous leur ferez dire, et par toutte la ville, que les trouppes qui y doivent estreau premier jour, suivant l'ordre qui vous a esté envoyé hier, sont pour mettre dans les lieux qu'on ti'ouvera propres pour cela, chez ceux qui resteront à se convertir, et ceux qui ne pourront pas les loger, les marquer pour contribuer au logement (1).
(1) La phrase est mal construite et reste en suspens ; mais le sens
Voilà, Monsieur, tout ce que j'ay ordre de vous dire de la part de Mond. Sgr le marquis ; et moy, en mon particulier, je vous suplie de trouver bon que je profitte de cette occasion pour vous asseurer que je suis, Monsieur, vostre très-humble et très obéissant serviteur.
Carxery, secrétaire dud. Sgr.
Le minisire Jacques Basnage, retiré à Rotterdam, avait appris avec douleur la prompte abjuration de la majeure partie de son troupeau. Il prit la plume, et successivement il écrivit, à ceux qu'il ne pouvait plus évangéliser par sa parole, huit lettres de répréhensions pastorales et d'avertisseuienls. Ces lettres devaient paraître l'année suivante en un recueil anonyme (1), mais, à mesure qu'elles étaient rédigées, on les imprimait sous forme de brochures, également anonymes, qu'on dissnnulait sans doute parmi ces nombreuses marchandises expédiées de Hollande aux grands commerçants de Rouen. Ainsi elles arrivaient jusqu'à destination, et venaient, dans Rouen même, encourager les opiniâtres et accroître les remords des nouveaux convertis. Deux de ces brochures, accompagnées d'une lettre manuscrite et signée, tombent entre les mains de Marillac, qui, aussitôt, écrit aux échevins.
14. — Lettre de Marillac aux Eschevins de la maison de ville, à Rouen.
Au Ilâvre, ce 4 décembre 1685.
Je n'ay rien à dire sur vos dernières. Messieurs, des 2 et 3 de ce mois, sinon que je plains l'endurcissement de vos bourgeois.
en est suffisamment olair. Le secrétaire de Beuvron espère que ces mesures de perquisition, jointes à ces menaces, viendront à bout des dernières résistances.
(1) Considérations sur l'état de ceux qui sont tombez, Rotterd. 1686, in-12.
Cette lettre, que je vous envoyé, m'a esté adressée dans un paquet avec deux lettres imprimées du mesme caractère pour le stile. Comme celle-cy est signée Banage, falotes moy scavoir si c'est de son écriture, c'est-à-dire du ministre retiré en Hollande. Montrez-la à M. de Beuvron et renvoyez-la moy ; cela estoit dans un paquet inconnu. Il est important que vous tascliiez de découvrir si de pareilles lettres courent, et vous devez au service du Roy d'employer tous vos soins pour cela. Comme vous m'y avez paru fort attachez, je ne doute pas que vous ne redoubliez votre aplication en cecy.
Je demeure plein d'estime pour vous, prest à vous rendre mes très humbles services.
De Marillac.
Monstrez aussy, je vous prie, Messieurs, cette lettre cy-jointe à M. le Coadjuteur.
Cependant, à Rouen, les échevins avaient beau faire du zèle, pour le service de Sa Majesté, l'ouvrage n'avançait pas. Les faibles, les timides s'étaient tous convertis à l'arrivée des cuirassiers, dès le commencement de novembre. Ceux qui avaient résisté à ce moment semblaient déterminés à ne jamais se rendre. En quinze jours, du 25 novembre au 9 décembre, notre Liste ne signale que cinq conversions. Les lettres de Marillac se succèdent, tracassières et impatientes,
i5. — Lettre de M. de Marillac à Messieurs les Conseillers et Eschevins de la Maisoyi de Ville, à Rouen.
Au Havre, ce 5 de décembre 1685.
On m'a envoyé un mémoire, Messieurs, qui porte qu'il y a un huguenot à Rouen, qui occupe une maison de M. le Procureur général (1) et un autre qui est porté par M. le P. d'Orgeville,
(I) Il s'agit évidemment de Jean Leplastrier, secrétaire du Con-
qui ne sont pas chargez de logement. Peut-estre que ces mémoires sont fauls ; mais je vous en dois donner advis.
De Marillac.
16. — Lettre de M. de Marillac, à Messieurs les Conseillers et Eschevins de la Maison de Ville, à Rouen.
Havre, ce 6 décembre 1685.
Mandez moi qui est ce M. Du Mesnil de Martigny (1) qui s'en est allé, et sur qui vous me demandez une ordonnance pour faire payer des places à M. de Glizy. Est-ce celuy qui loge dans la maison où loge M"" de Drumare près M. Le Gendre ? Les billets ont-ils esté donnés devant ou après mon départ? Pourquoy ne vous estes» vous pas adressé à M. de Beuvron, quand il a esté à Rouen? Il me semble que je pourray aussy bien faire cela quand je seray à Rouen et que je seray entré en connaissance de cause. Vous auriez peu y pourvoir, ce me semble. J'attends vostre réponse sur la lettre que je vous ai envoyée, sur laquelle j'approuve fort les mesures que vous prenez, et je demeure, Messieurs, très fort à vous.
De Mabillac.