‹ La révolteChapitre 14 sur 25 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

mêle!... Enfin je vous parlai d'une vie intelligente et paisible. Et je sentais que j'étais digne d'être une femme aimée! une compagne vertueuse! une mère charmante !

FELIX; se caressant le menton.

Mais... je n'ai souvenance que... de...

ELISABETH

Que de votre attitude en m'écoutant, n'est-ce pas?... Elle est inoubliable, en effet. C'était à cette heure-ci, à cette place même, il y a quatre ans et demi... Vous vîntes à moi, non sans un sourire doux et compassé... presque paternel... et ce fut pour me donner, avec vos deux doigts, une petite tape amicale sur la joue, en ajoutant de cet air entendu et expérimenté... — vous savez?... — « Petite folle! allons, allons, il faut calmer cette imagination dévergondée. » C'est ainsi que vous m'avez accueillie. Et je compris, sur-le-champ, que l'on avait eu beau nous marier, on ne nous avait pas unis ensemble. Je vis qu'il y avait une différence d'espèce tout à fait essentielle entre nos deux caractères, enfin que j'étais perdue. Je résolus de m'arracher de vous, et même de vous prouver, en le faisant, que mes idées n'étaient pas en deçà, mais au delà des vôtres. Je m'efforçai, par de rapides et avantageuses opérations, de vous dédommager, autant que possible, du préjudice que mon départ futur pourrait vous causer. De là mon

assiduité, mes services clairvoyants et une fortune augmentée : — c'est ma rançon !...

FELIX, avec un commencement de colère.

Ta ! ta ! ta ! ta ! Tu dis des folies ! Je me fâcherai à la fin! Je connais les femmes... je puis pardonner leurs vivacités. Mais, enfin, qu'est-ce que tu veux? Spécifie, une fois pour toutes, ce que tu veux!

ELISABETH

Je veux vivre ! entendez-vous, insensé que vous êtes ! Vous ne comprenez pas cela, vous, qu'on puisse raisonnablement vouloir vivre? Enfin, j'étouffe ici, moi! Je meurs de mon vivant! J'ai soif de choses sérieuses! Je veux respirer le -grand air du ciel! Emporterai-je vos billets de banque dans la tombe? Combien croyez-vous

donc qu'on ait de temps à vivre? (Un silence; puis, pensivement.)

Vivre?... Est-ce même là ce que je désire? ce que je puis désirer aujourd'hui?... — Un amant, disiez-vous?... — Hélas, non ! je n'en ai pas, je n'en aurai jamais ! — J'étais faite pour aimer mon mari, entendez-vous? je ne lui demandais qu'une lueur d'humanité !... — Aujourd'hui, ne comprenez-vous pas que c'est fini, et que l'orgueil de l'amour s'est éteint dans mes veines?... que je ne puis revenir sur mes pas? que vous m'avez pris, comme rien, à moi stupide et dans l'angoisse, tout ce que j'aurais voulu donner, oh! follement! et pour toujours! et sans regrets? Je ne vous souhaite pas de vous douter jamais

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