‹ La révolte de Toulon en prairial an IIIChapitre 18 sur 25 · DES PORTS DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

DES PORTS DE LA RÉPUBLIQUE

Aux équipages des vaisseaux composant l'armée navale de la Méditerranée,

Citoyens,

Les exhortations fraternelles que je vous ai adressées dans différents temps paraissent avoir fait sur votre esprit l'impression que je devais attendre. Vous aviez enfin juré dans mes mains de vaincre ou de mourir. Prêts à mettre à la voile et presque certains de la victoire, un ramas d'hommes perdus ont arrêté de si brillantes destinées ; plusieurs d'entre vous avez préféré les suggestions perfides des agents de l'Angleterre aux conseils salutaires, aux ordres positifs de vos supérieurs et de votre représentant.

Pouvez-vous en douter à présent, qu'on voulait servir les ennemis de la patrie ? Voyez avec quelle insolence ils osent se présenter devant le port où des traîtres ont su enchaîner votre courage. Sachez que la faute que vous venez de commettre est capitale. La France entière vous contemplait : elle comptait sur les services que vous alliez lui rendre ; elle fondait sur votre valeur, sur votre dévouement toutes ses espérances : vous seuls pouviez enfin entretenir l'abondance dans le Midi, et votre inaction coupable l'expose à la famine!

I. Imprimé à bord du Sans^Culotte, de l'imprimerie de l'escadre.

Auriez-vous renoncé à votre gloire passée et à celle que vous aviez promis d'acquérir sous le drapeau qui vous a été envoyé par la Convention nationale*? Quels doivent être les regrets de ceux qui l'ont abandonné lâchement ! Non, vous ne voudrez pas vous couvrir d'une ignominie éternelle ; vous ne voudrez pas être l'opprobre de la nation et préférer la mort des conspirateurs à celle des héros l Un sincère repentir va vous ramener à votre devoir; j'en suis assuré. Comptez aussi sur la bonté paternelle de la Convention. Elle vous recevra, soyez-en sûrs, comme des enfants égarés par la plus astucieuse perfidie. Venez donc sur vos vaisseaux respectifs sous vingt-quatre heures, et marchons sans retard à l'ennemi. Ceux d'entre vous qui sç sont rendus coupables y expieront leurs fautes par des prodiges de valeur, et ceux qui sont restés fidèles continueront à bien mériter de la patrie.

Ayez confiance à la promesse de votre représentant. — Pardon aux marins égarés qui se rendront à leur poste dans le délai qui vient d'être fixé, et la juste rigueur que prescrit la loi contre ceux qui persisteront dans leur crime.

En rade de Toulon, le 8 prairial l'an 3e de la République française, une et indivisible.

NiOU.

(Plus bas) FouRCROY, secrétaire.

Dès cinq heures du matin, heure de l'ouverture de r Arsenal, les ouvriers commencèrent à remettre les armes avec autant d'empressement qu'ils s'en étaient emparés au moment du pillage. Les meneurs es-

I. Dans les premiers jours de brumaire, la Convention avait envoyé un drapeau à l'Arsenal de Toulon. Ce drapeau, reçu en grande pompe par Jean Bon-Saint-André, avait été déposé à bord du Sans-Culotte,

sayèrent d'arrêter le mouvement, puis, voyant euxmêmes leur entière impuissance, cherchèrent à s'évader par terre et par mer. Lorsque quatre mille fusils eurent été déposés, le général Collaud envoya à la municipalité Tordre d'organiser la garde nationale du premier arrondissement, sur laquelle il savait pouvoir compter. Il fit fermer les barrières et ordonna l'arrestation des meneurs qui tenteraient de s'évader. Six furent appréhendés et conduits en prison. Au fort Lamalgue îl était à craindre que le détachement de garde nationale ne voulût pas déposer ses armes. Les gardes nationaux voulaient faire leurs conditions. « Le détachement de garde citoyenne m'a représenté, écrivait le commandant au général Collaud, que, rentrant en ville sans armes, il se regarderait comme déshonoré. Il m'a également donné sa parole d'honneur qu'il obéirait à la proclamation des représentants du peuple et déposerait ses armes chez le commandant du bataillon. »

Quelques heures après, le commandant informait Collaud que « la garde citoyenne, ayant appris que leurs camarades rendaient leurs armes, avait fait le dépôt des siennes avec une entière soumission ». Tout danger était conjuré. La ville était tranquille^ et de nombreuses patrouilles la parcouraient pour protéger les citoyens qui rendaient leurs armes contre les malveillants qui couraient les rues pour les en empêcher.

Kellermann pouvait donc sans crainte écrire à CoUaud la dépêche suivante :

Armée des Alpes et d'Italie.

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