‹ La révolte de Toulon en prairial an IIIChapitre 20 sur 25 · AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

A OUioules, le 9 du mois de prairial, l'an 3« delà République, une et indivisible.

Les représentants du peuple réunis sous les nmrs de Toulon,

à la garnison de Toulon^

Les représentants d'un peuple libre s'affligent de voir Terreur occuper vos esprits et vous porter hors de la ligne de vos devoirs. La Convention, dont nous sommes les organes fidèles, veut la République : elle organise la constitution de 1793, celle qui convient au bonheur du peuple français. — Elle poursuit les royalistes, proscrit les terroristes et frappe les émigrés. Les émigrés ! ! ! ! ces monstres qui, traîtres à la patrie, voudraient égorger vos femmes et vos enfantSy dévorer vos fortunes. Elle protège les ouvriers, les artisans précieux et vos frères infortunés victimes de la terreur.

Ralliez-vous autour de la Convention nationale, braves militaires, et lorsque vous chassez l'Autrichien, l'Espa-

I. Imprimé à Toulon, chez Aurel, place Pierre. L'original manuscrit, qui est sous nos yeux, est de la main d'Isnard. Cest bien toujours l'homme qui disait : « Je cherchais un mouvement éloquent. » O race d'avocats 1

gnol et l'Anglais, combattez avec nous l'anarchie et le crime. Respectez Tautorité, chérissez la discipline, et souvenez-vous que celui qui n'obéit pas à la loi assassine la patrie. Répétez nos serments : obéissance à la loi, disciplinCy mort aux tyrans, mort aux royalistes, mort aux traîtres émigrés! Que le malheur s'enfuie loin des murs de

Toulon, c'est le vœu de vos représentants Grâce aux

égarés, c'est le vœu de la justice.

Max. Isnard. — P. Guérin. — Cadroy. — Chambon. RÉGNIER, Maingrou, Secrétaires,

Dans cette même journée du 9, les représentants écrivaient à CoUaud :

Nous te prévenons, général, que les représentants du peuple se proposent d'entrer demain dans les murs de la place de Toulon.

Nous y entrerons en frères et en amis et nous espérons également y trouver des frères et des amis de la République et de la Convention, au nom de laquelle nous paraîtrons, pour protester ensuite à la Convention des bons' principes que nous aurons reconnus dans les habitants de la commune, les marins, la garnison et les ouvriers de l'Arsenal.

Salut et fraternité.

P. Guérin. — Cadroy.

Au reste, dans cette journée du 9, grâce aux nouvelles publications de la proclamation du 7, à des menaces de visites domiciliaires faites par CoUaud et publiées par la Commission municipale, la plus

grande partie des armes enlevées avaient été remises à l'Arsenal. Des patrouilles précédées de gendarmes à cheval avaient ramassé les marins, et à sept heures du soir le général et la municipalité pouvaient garantir aux représentants que Tordre ne serait pas troublé au moment de leur entrée dans la ville.

Les représentants avaient arrêté que leurs troupes entreraient dans Toulon par la porte d'Italie; le général Pactod, qui les commandait, écrivit à CoUaud pour le prévenir que son armée devait se mettre en bataille tout entière sur la place d'Armes, et le pria de transporter ailleurs la garnison. A deux heures donc, le lo prairial, la municipalité et le général G)Ilaud attendaient à la porte d'Italie les représentants, qui n'arrivèrent qu'à quatre heures, accompagnés de toute leur force armée et précédés par une batterie d'artillerie, a Notre entrée, écrivaient-ils à la G)nvention, se fît avec ordre, avec gravité. Elle avait ce caractère sévère qui fait trembler le méchant, rassure l'homme juste et déconcerte l'intrigue. Aussi n'est-il arrivé aucun accident dont nous ayons à gémir, quoique nous eussions pu craindre l'efferves-

cence des gardes nationales qui composaient en grande partie de notre petite armée. » Il y eut néanmoins plusieurs coups de fusil tirés àsixheuresetdemie du soir. Un commissaire d'arrondissement vint annoncer qu'un citoyen venait d'être assassiné. Quelques émigrés de Toulon se montrèrent dans les rues. Ils portaient l'uniforme des chasseurs à cheval; mais tout ce que purent leur reprocher les citoyens Loubat et Guérimond et les citoyennes Tassi et Ruel, qui les reconnurent, fut d'avoir dit que « dans peu on ne reconnaîtrait plus ni citoyen, ni citoyenne, et qu'on crierait monsieur et madame ». Ces mêmes émigrés avaient encore osé faire à la citoyenne Salomes des compliments de la part de ses frères.

A Paris, ce même jour lo prairial, Doulcet proposait, au nom du Comité de salut public, d'adresser une proclamation aux équipages de la flotte. La nouvelle de la pacification de Toulon n'était pas encore connue ; aussi le rapporteur du Comité entassait-il sans mesure les hyperboles. Après avoir déclaré aux marins que la Convention comptait autant sur son armée navale que sur son armée de terre, il se croyait obligé d'agiter de nouveau le vieux spectre de Pitt et Cobourg : « Braves marins, disait-il, guerre, guerre aux Anglais ! Ce sont eux qui cherchent à vous diviser et à vous corrompre; ce sont eux qui ont porté au crime de la désertion ceux de vous qui s'en sont rendus coupables ; ce sont eux qui travaillent sans

relâche à vous inspirer des défiances contre la Convention nationale, contre les délégués et contre vos chefs ;. . . ce sont eux enfin qui, affamés de votre ruine, afiament vos épouses, vos enfants et vous-mêmes. » Les Anglais ! l'étranger ! Pitt et Cobourg ! Trahison, mots commodes. Si une armée est vaincue, on affirme qu'elle a été vendue. Si une émeute éclate, on déclare qu'elle est payée. Les Jacobins ont pourtant prouvé qu'ils n'ont pas besoin d être payés par l'ennemi pour se faire ses complices !

A Toulon, les représentants publiaient, le 1 1 prairial, une nouvelle proclamation dans laquelle ils recommandaient le calme. « Le glaive de la loi, disaient-ils, ne s'appesantira que sur les ennemis de la République, que des scélérats ont si souvent affligée en se disant ses défenseurs exclusifs. Ceux-là seuls sont républicains qui obéissent aux lois, respectent la représentation nationale et n'attentent ni aux personnes ni aux propriétés.. » CoUaud leur avait remis la liste des principaux meneurs, liste facile à dresser, car il suffisait de relever les signatures des individus qui, le 7, avaient refusé de rendre les armes. Mais les représentants attendirent deux jours ♦avant de donner à la municipalité l'ordre de ne délivrer de passe-ports que sur leur autorisation. Aussi la réaction fut-elle loin d'être aussi passionnée que l'écrivent les historiens révolutionnaires. En fait de mesures de police, les représentants mirent tous

— Scieurs soins à rétablir les relations commerciales entre Toulon et Tintérieur. Ils se contentèrent d'interdire les cris séditieux, celui de «Vive le roi! » et celui de « Vive la Montagne ! »

Le i8, ils renouvelaient la Commission municipale, mais sans parvenir à Tépurer complètement, car le 1 1 messidor Rouyer fut autorisé à former une nouvelle commission « pour exercer tous les pouvoirs qui appartiennent au commandant de place », et pour parvenir à la constituer, il dut en prendre tous les éléments hors de Toulon. La ville continuait, à la vérité, d'être sous le régime de Tétat de siège ; mais en République, c'est là un fait normal.

Voilà donc les mesures générales de répression. Quelles furent les exécutions d'individus?

Le représentant du peuple Chiappe annonce de Toulon, le 23 prairial, que Charbonnier vient enfin d'être arrêté. « Depuis plusieurs jours, la force armée et les bons citoyens étaient à sa poursuite. On le trouva caché au bord de la mer, et on le conduisit au fort Lamalgue. » Au reste, traduit devant la commission militaire, il fut acquitté et mis en liberté à la suite de l'amnistie de brumaire an iv. Escudier, décrété d'accusation et d'arrestation, fut de même* compris dans l'amnistie, ainsi que Ricord et Salicetti.

Rouyer annonce à la Convention, dans la séance du 14 messidor, que « la commission militaire a corn-

mencé ses opérations et que deux des principaux coupables ont subi le châtiment qu'ils méritaient » . M. Lautard, dans ses Esquisses historiques sur Marseille et le Midi^ raconte que parmi les prisonniers faits au Beausset, quarante-sept furent condamnés à mort et exécutés, en trois expéditions, sur la plaine Saint-Michel. Il ajoute qu^ils moururent presque tous avec une rare intrépidité. Nous n'avons pas, malgré toutes nos recherches, trouvé trace des noms des condamnés.

Les papiers que nous avons entre les mains et que nous avons suivis fidèlement s'arrêtent d'ailleurs à la date du i3 prairial. La situation faite aux officiers de l'armée de Toulon leur rendait intolérable le séjour dans cette ville. Tous demandaient à la quitter, à servir la France d'une façon plus utile. Le général G)llaud obtint un grand commandement en Belgique, où le souvenir de l'insurrection de Toulon ne fut peut-être pas sans influer sur son esprit lorsqu'il réprima sans pitié certaines émeutes.

Il y a loin, malgré tout, dç ces exécutions, si nombreuses qu'elles puissent paraître, à ce que raconte ^Fréron, et que, d'après lui, répète M. Louis Blanc, a Aussitôt après l'entrée des représentants, disent-ils, les échafauds se dressèrent, l'épouvante glaça tous les cœurs, la marine fut désorganisée, et quatre mille cinq cents marins désertèrent. » La preuve de ce dernier fait est que le 1 9 prairial, c'est-à-dire huit

jours après l'entrée des représentants, Tarmée navale, composée de vingt-sept vaisseaux et commandée par les amiraux Martin, Delmole et Renaudin, mit à la voile avec tous ses équipages au complet ' .

Ce ne furent pas les terroristes montagnards, les insurgés de prairial, qui furent poursuivis et terrorisés. Une nouvelle réaction vint de nouveau changer l'esprit de la Convention et la retourner contre ces prétendus émigrés de Toulon, que nous avons vu assassiner, déposséder, proscrire, et qui, nous l'avons démontré, n'avaient fait que suivre le mouvement girondin du 3i mai.

Lorsque les Conventionnels, voulant éterniser leur pouvoir pour se soustraire aux châtiments qu'ils avaient encourus, rendirent ces lois tyranniques qui leur assuraient la majorité dans les nouvelles assenablées de la Constitution de Pan m, ils se trouvèrent en lutte avec ceux-mêmes qui les avaient aidés à comprimer Tinsurrection de prairial. En fructidor, on entendit à la tribune nationale de nouvelles dénonciations contre les malheureux Toulonnais. Fréron^ demanda que la Convention se montrât inexo-

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