LES MÊMES
Vu MsMBRE. de: ul Commission, au peuple.
Tous ces conspirateurs sont jugés Menez- les à la
place voisinCy chargez vos fusils et vengez le peuple outragé.
On les emmène,
Galibert et le Sans-Culotte restent en scène quelques minutes. Après on entend un feu de file roulant et un cri universels
Gaubert et le Sans-Culotte.
Vive la République 1 et périsse le crime !
Et la pièce finit par un discours de Fréron :
Nous terminons notre lettre (à la Convention) par annoncer que nous avons mis en réquisition tous les maçons des environs..^., et que^ sous quinze jours, Toulon sera rayé du sol français..... Le génie de la Liberté plane sur
I . La Prise de Toulon^ fait historique en un acte et en prose, par Muttié fils^ ex-commissaire national du Comité de salut public de la Conrention et rédacteur du journal de Marseille : Marseille^ Van second.
nous» Malheur aux royalistes, .guerre aux tyrans, paix aux chaumières, et VIVE LA RÉPUBLIQUE!
«Toulon sera rayée du sol françois», ce n'est point là une façon de parler. Sérieusement^ la Convention a prétendu anéan tir Toulon ^ On a commencé par le débaptiser; ce n'est plus Toulon^ c'est Port-la- Montagne. On a requis 12,000 maçons pour le démolir^ et si Ton s'est arrêté, c'est qu'on a reconnu que « le port militaire le plus important de la République devait être entouré de maisons pour loger les ouvriers ».
Quant aux habitants, Fréron s'est chargé d^en faire justice.
« La vengeance nationale se déployé (écrit-il à la G)nvention le 3o brumaire an 11), l'on fusille à force; déjà tous les officiers de la marine sont exterminés. »
Le 3 nivôse. Barras et Ricord écrivent : « La justice nationale s'exercera journellement et exemplairement sur le Champ de bataille. Tout ce qui se trouvait dans Toulon qui avait été employé dans la marine,^ dans l'armée des rebelles et dans l'administration maritime et militaire, a été fusillé. »
' I. Décret de la Convention nationale, en date du 4 nivôse an 11 de la République, a Art. 5. Le nom infâme de Toulon est supprimé. Cette commune portera désormais le nom de Port-la-Montagne. — Art. 6. Les maisons de l'intérieur de cette commune seront rasées. Il n'y senr conservé que les établissements nécessaires au service de la guerre, de la marine, des subsistances et des approvisionnements de la République, m
<( Nous envoyons ce soir deux cent treize rebelles sous le feu de la foudre. » (Fouché à Collot-d'Herbois, le 5 nivôse.)
« Tous les jours, depuis notre entrée, nous faisons tomber deux cents têtes. » (Fréron, 6 nivôse.)
<( Il y a déjà huit cents Toulonnais de fusillés. » (Fréron, 1 6 nivôse.)
Ensuite on guillotine . En un seul jour, en vingt minutes, dix-neuf têtes ; et la guillotine étant trop lente, ou se brisant à force de tuer, le bourreau achève, avec son couteau, de séparer les têtes ; des hommes dont le cou est entamé par le couperet sont détachés de la bascule et fusillés contre un mur.
Les hommes, cela ne suffit pas! En un seul jour, on guillotine quinze femmes, et c'est la mort seule qui interrompt leurs cantiques !
Ils paraissent bien faibles, après ces aveux et ces témoignages, les chiffres que donne Prudhomme de 8oo exécutés et de i ,265 noyés. L'histoire a jeté un voile sur ces crimes -, les contemporains terrorisés se sont tus ; et nous, consterné de tant d'horreurs, nous n'osons même pas fouiller plus profondément dans ce charnier sanglant.
Ce que nous venons de raconter suffit pour montrer qu'à Port-la-Montagne le jacobinisme pouvait trôner sans crainte, et qu'il n'y avait point de danger que la réaction relevât la tête. Barrère l'avait dit :
« Les morts ne reviennent point ! » Fortune et têtes, on avait tout pris; ceux qui, par hasard, avaient échappé à la mort étaient en fuite ou, tremblants, se cachaient. De 28,000 habitants, la population de Toulon était descendue à i3,ooo. La République avait triomphé !
Le 9 thermidor arriva. Mais c'est une erreur trop accréditée à présent de se figurer que la journée du 9 thermidor sauva la France. Le régime de la Terreur n'était point incarné dans Robespierre, bien que Robespierre fût un terroriste. Ceux qui, le 9 thermidor, s'insurgèrent contre lui, étaient aussi des terroristes et, nous n'hésitons pas à le dire, des terroristes moins purs, moins habiles, plus corrompus et plus compromis que le chef de la Montagne. Robespierre et Saint-Just avaient des convictions, convictions qui les amenaient à d'horribles crimes, mais c'étaient des convictions; leurs ennemis n'avaient que des passions, non pas, commeCamille, les passions de clémence, mais des passions de filles, de jeu, de crapulerie ; plus que tout, la passion de là
lâcheté. Ce fut la lâcheté des Tallien qui tua Robespierre, et ce fut la lâcheté de Robespierre qui sauva Tallien. Aux uns, l'excès du péril inspira cette audace momentanée qu'ont les malfaiteurs pour faire leurs coups; à l'autre, l'excès du danger retira l'audace. Heureusement pour la France, Robespierre n'était pas un Danton; l'Incorruptible n'était qu'un avocat; il eut peur et la France fut sauvée.
Non pas sauvée par Tallien, par Lecointre, par les brandisseurs de poignards; mais ces révolutionnaires, en tuant Robespierre, avaient tué la Révolution. Il fallait cet homme, il fallait Saint-Just et Gouthon, il fallait surtout la Commune régénérée de Paris, jusque-là servante fidèle de Robespierre, qui peut-être à son tour l'eût renversée pour lui substituer des hommes plus radicaux, plus conformes à Tancien esprit hébertiste de la première Commune; il fallait l'armée révolutionnaire, les assemblées des sections, le club des Jacobins, pour soutenir et maintenir le Gouvernement révolutionnaire. Robespierre tombé, la chute fut prompte* Les comités révolutionnaires essayent de résister à la pression de l'opinion; ils n'ont plus la force d'en bas — Tarmée révolutionnaire, — ni la force d'en haut — Robespierre. LfCS Muscadins se lèvent ; sur le diéâtre, devenu assemblée délibérante, un homme de cœur, qui ce jour-là eut presque du génie, traîne les Jacobins. En vain, la populace, privée de ses chefs, essaye des mouve-
ments; elle trouve debout, armés, le rire aux lèvrea, le bâton à la maûi, le Réveil du peuple à la bouche^ ces Muscadins dont Paris se moque aujourd'hui, sans savoir que ce sont ces gens-là qui ont sauvé Paris.
Dans le Midi, même mouvement; mais chez les Méridionaux il y a non plus de vengeances à exercer, mais plus de passion que chez nos ancêtres. Les Muscadins se lèvent à Lyon^ à Marseille, à Avignon, dans le Vaucluse, partout. Eux aussi, le Réveil du peuple est leur chanson et, empoignant des sabres tandis que les Parisiens ne prennent que des bâtons, ils se ruent sur l'ennemi.
Les républicains ont prêché la légitimité de l'assassinat. Les républicains ont effacé ce pacte social qui a pour but la protection réciproque et mutuelle des associés. Ils ont tué sans mesure et sans raison. Ils ont condamné à mort des villes entières, Lyon, Toulon, Bédouin, et contre eux toutes les armes, tous les pièges, toutes les résistances sont, non pas permises, mais ordonnées. Le premier devoir de rhomme, c'e$t de défendre sa vie. Le 9 thermidor commença en France la grande chasse aux bêtes fauves.
La chasse fut ardente dans le Midi. Le Midi, plus que le reste de la France, avait eu à soufirir de la Terreur ; depuis 1 789, il ne s'était guère passé de jour sans massacre. Dans les villes qui, après le
3 1 mai, avaient essayé de résister à la tyrannie jacobine, la Terreur avait été épouvantable. Bédouin, Lyon, Marseille, Nîmes, Arles, Avignon, sont là pour le prouver. Ce que nous avons raconté de Toulon en dit assez.
Or, à Toulon, les Jacobins étaient toujours les maîtres; ils avaient si complètement anéanti toute résistance qu'ils n'avaient rien à y craindre. Toulon, Port-la-Montagne devint un lieu d'asile ouvert à tous les Jacobins du Midi < . Ils s'établirent dans les maisons des émigrés, se mirent en relations suivies avec les marins de la flotte, se trouvèrent en communauté absolue d'opinions avec les membres des clubs et les Toulonnais rentrés à la suite de Tarmée républicaine. Les marins de la flotte étaient « à la hauteur », comme disaient les Jacobins. Le sang ne faisait pas peur à ces matelots de la Boudeuse qui^ excités par le rapport de Barrère sur les crimes de l'Angleterre (7 prairial), et par le décret de la Convention qui Pavait suivi, venaient de massacrer sans aucune forme de jugement l'équipage d'un malheureux brick anglais qu'ils avaient rencontré en mer.
Donc, à Toulon, malgré le 9 thermidor, les persécutions contre les fédéralistes continuaient. On ne
I. Outre Içs Jacobins du Midi proprement dit, cinq ou six mille Jacobins corses s'étaient réfugiés à Toulon aprè* la révolte de Paoli. Ce n'étaient ni les moins exaltés ni les moins redoutables.
guillotinait plus, mais on emprisonnait. Le Comité de surveillance, composé en majeure partie d'étrangers, se refusait à mettre en liberté les suspects qu'il avait fait emprisonner; sur l'ordre de Jean-Bon Saint- André ', il se décidait à lâcher une part de la proie, mais il gardait obstinément en prison vingttrois individus, dont dix-neuf femmes, la plupart appartenant à la classe ouvrière, et dont les crimes étaient indiqués ainsi dans l'état remis.au représentant du peuple : «Très-liée avecles aristocrates, — très-aristocrate, — fanatique et langue très-incivique ». Criminelles à bon marché, et qui pourtant avaient échappé de bien peu à l'échafaud.
Les représentants Cadroy et Expert, Auguis et, J.-J.Serres^,réagissaient par tous les moyens contre ce qu'ils appelaient le fanatisme démagogique; mais que faire contre une ville où tous les fanatiques s'étaient rassemblés et où la continuation du système jacobin était, pour la presque universalité de la population, une condition.de vie ou de mort? Ce n'était pas que cette affluence d'étrangers n'inquiétât les autorités de Toulon. A la date du 22 pluviôse, le général Pierre exigeait des cabaretiers ou loueurs de chambres garnies un état de leurs pensionnaires. Les représentants en mission voulaient essayer de