‹ La révolte de Toulon en prairial an IIIChapitre 8 sur 25 · AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Toulon, le 39 floréal Tan troisième de la République une et indivisible.

Les représentants du peuple dans les ports et l'armée navale

de la Méditerranée^

D'après la pétition des citoyens de Toulon et les observations étant ensuite signées par la commission municipale^de cette commune,

Considérant que Tordre et la tranquillité publique exigent que nous statuions sur les différentes demandes qui nous sant faites ;

Considérant que la commission municipale vient de nous garantir verbalement et par écrit les principes et le civisme des citoyens désignés dans ladite pétition, détenus dans les différentes maisons d*arrêt, de la détention desquels les causes ne nous sont pas connues; comme aussi d'après leur assurance qu'il ne sera confié aucune arme aux mauvais citoyens ,

Arrêtent que les citoyens Lautier aîné, Lautier cadet

Portai, Suffren, Peillon aîné, Mouriez, Carry, Poulet, les deux Adeton, Vidal, Laugier, Touscas, Prespanet et Viriville, seront mis sur le champ en liberté sous la surveillance de la municipalité;

2® Que les accusés d'émigration détenus au fort Lamalgue seront traduits sans délai au tribunal qui a droit d'en connoître conformément à la loi;

3® A rinstar des autres communes, les bons citoyens seront organisés en garde nationale d'après un état arrêté par la commission municipale et le directoire du district et sous leur responsabilité ;

4» Chargent le général en chef dans cette place de pourvoir avec sûreté à la translation des accusés d'émigration et de mettre en liberté les susnommés dont l'élargissement est ordonné cy-dessus.

Signé: Niou.

Brunel.

Plus bas : Thourel, secrétaire.

Cachet (Représentants du peuple françois.)

Enregistré sur le registre de l'administration du district de Toulon, f'* 17, n« 36,

Palis, secrétaire général.

CoUaud monta à cheval à six heures du soir pour faire exécuter cet arrêté. A la porte d'Italie, des forcenés, sabre nu à la main, Tarrêtèrent, frappèrent son cheval. Pendant une heure il dut discuter avec ces énergumènes qui voulaient qu'on leur livrât les portes de la ville et qu'on fusillât les émigrés. Il put enfin sortir, fit refermer derrière lui les portes, mit en liberté les prisonniers dont les représentants

avaient ordonné Télargissement, et intima au commandant du fort Lamalgue Tordre de faire lever le pont-levis et de ne laisser entrer qui que ce fût dans le fort sans iin ordre signé de lui ou du général Bizannet.

A huit heures il était de retour à Toulon. 'Là , il apprit que le représentant Brunel venait de se brûler la cervelle. Suivant le général CoUaud, c'était bien un suicide. Le témoignage du général Bizannet, de sa parente et de plusieurs personnes qui ne Pavaient point quitté ne lui laissaient point de doutes à ce sujet. Ces doutes subsistèrent pourtant dans Tesprit d'un grand nombre de contemporains. Brunel, suivant eux, avait été assassiné. Nous verrons tout à rheure que ce fut pour tous l'impression ressenties

Ce Brunel, qui en tout cas avait excédé ses pouvoirs et qui s'était montré si faible en face de Témeute, était un girondin, un des soixante- treize. Député de THérault, ancien maire de Béziers, il s'était honorablement conduit au moment du procès du roi , avait voté Tappel au peuple , la réclusion et le sursis. Envoyé à Lyon après le 3i mai, détenu d'abord par ordre des sections , il avait été remis en liberté après qu'on eut reconnu son incapacité. A Paris on l'arrêta, comme fédéraliste, sur la dénonciation de Chabot, et il fut détenu jusqu'au 9 thermidor. C'était sa seconde mission, et il était pur de tout excès. Brunel était une de ces âmes faibles ,

modérées, honnêtes, qui par leur modération même, par la crainte de verser le sang, de se compromettre , en arrivent peu à peu à laisser commettre les plus grands crimes. Peut-être ce qu'il avait souffert troubla-t-il sa raison. A coup sûr, s'il est vrai qu'il se tua, on doit l'excuser de ses fautes. Parmi les hommes de son espèce, il en est beaucoup qui, même sans comme lui céder à la violence, autorisent les crimes de leur signature. Il s'en est trouvé plus d'un de cette sorte dans la Plaine •, plus d'un siégeait sur la Montagne. Et combien se tuèrent ?

Dans la nuit du 29 au 3o floréal, le représentant Chiappe ' arriva à Toulon . Aussitôt le général Collaud et le représentant Niou se rendirent chez lui pour y tenir conseil. Après le conseil, Niou, dont le rôle dans toute cette affaire ^st singulier 2, se retira à bord de l'escadre.

1 . Chiappe, représentant de la Corse, député modéré, vota la détention et le bannissement à la paix dans TafiFaire de Louis XVI; s'attaqua directement à la commune, s'opposa à la réaction qui suivit le i8 vendémiaire; se montra constamment honnête et probe. Il mourut en 1826.

2. Niou avait, dans l'affaire du roi, voté la mort. On a vu qu'à Tou-

Dès le matin du 3o floréal, les meneurs arrivèrent chez le représentant Chiappe et lui demandèrent un ordre pour marcher contre les émigrés de Marseille. Dans la pétition qu'ils lui présentèrent, ils affirmaient leur dévouement à la République et à la Convention-, ils parlaient de l'indignation profonde que faisaient naître en eux les assassinats qui se propageaient dans le Midi et la rentrée impunie des émigrés non compris dans la loi. Ils réclamaient enfin la délivrance des prisonniers détenus au fort Saint- Jean(à Marseille).

Chiappe s'excusa sur la nature de sa mission, absolument étrangère à la police du département du Var. Il était exclusivement en mission près de Parmée d'Italie, et n'avait en conséquence, disait-il, aucun droit à Tintérieur.

Dans la journée, les émeutiers revinrent avec quatre bataillons. A la porte du représentant, une trentaine des chefs demandèrent aux généraux CoUaud et Bizannet qu'on laissât cinq cents hommes de la garde nationale entrer au fort Lamalgue, se fondant sur les craintes que faisait naître un grand rassemblement d'émigrés formé à Solliès. Collaud répondit qu'on lui passerait plutôt sur le corps que de le faire consentir à un acte semblable. Les meneurs se mi-

lon son rôle s'était borné à signer, d*accord avec Brunel, qui autorisait en quelque sorte Tinsurrection. Il s'arrangea, malgré cela^ pour se poser en grand homme [Afoniteur).

rent alors en marche pour attaquer le fort avec du canon.

Le fort n'était pas approvisionné ; il ne contenait que cent quintaux de biscuit. Bizannet et CoUaud, après s'être consultés, rappelèrent les conducteurs de la troupe, conférèrent avec eux et obtinrent enfin que le nombre de cinq cents serait réduit à cent. Les meneurs remirent au général la pièce suivante :

Les députés du Peuple souverain de Toulon armé contre les ennemis de la Convention nationale demandent au général commandant la place et les forts de Toulon de faire entrer au fort Lamalgue un détachement de cent hommes pour partager le service avec la garnison du fort.

A Toulon, le 3o floréal l'an m de la République française, une, indivisible et démocratique.

Si^né : Félix Peillon, Chapus,Portal, Fournier, officier.

C'était là, d'après le général Collaud, le seul moyen qu'il eût à sa disposition pour faire passer des vivres aux défenseurs des forts. D'ailleurs , ces cent hommes, dont le commandant du fort Lamalgue devait disperser une partie au fort Pharaon et au fort Sainte- Marguerite, n'étaient guère à craindre pour la garnison composée de la 1 1 7® demi-brigade.

Mais les autorités de Toulon avaient à redouter en ce moment même un bien autre danger. Les meneurs prétendaient empêcher l'escadre de sortir du port. Ils comptaient sur le renfort que leur amè-

neraient les matelots provençaux embarqués en grand nombre à bord des vaisseaux et dont Tesprit leur était connu. Pour empêcher leur départ, ils ne reculaient pas devant les moyens, ainsi que l'établit la pièce ci-dessous :

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