DISCOURS DU PRÉSIDENT
parsemé de traits indécents et calomnieux. Il n'y a ni honni' l ni justesse dans son raisonnement. . .
« Mais c'est trop s'arrêter aux vaines déclamations de notre adversaire. On ne peut espérer qu'il se rende aux vérités les pluclaires et les plus démontrées. 11 est tellement prévenu en faveur de ses écrits que la vérité même ne saurait pénétrer jusqu'à lui.
De Giraudeau le disert est cet agréable crayon de chanoine plaideur :
« Vingt procès qu'il publie avoir gagnés n'étaient-ils donc pas suffisants pour lui faire un nom dans la postérité ? Le sacré caractère dont il est revêtu et sur lequel ils avaient trop légèrement compté n'a point été capable de lui inspirer les sentiments de douceur et de paix qui en sont le plus bel ornement.
«Il plaidera sans dou-te bientôt contre la nature entière et peutêtre verra-t-ilencor finira regret des jours dont tous les moments auront été consumés dans la procédure (1). »
L'éloquence de Thibaudeau n'a pas la marque d'une personnalité très forte. Le développement des idées générales qu'il est amené à invoquer s'élève rarement au-dessus de la banalité. La discussion du droit n'est chez lui ni ample ni profonde.
En 1769, par un arrêt avant faire-droit entre M. Bodet, Sr de la Touche, et Mme de Sorbiers, le Parlement avait ordonné la consultation de tous les tribunaux de la Province pour savoir si, dans la coutume de Poitou et s'agissant de succession auxmeubles et acquêts, les descendants des frères et sœurs utérins ou consanguins avaient comme ceux-ci le droit d'exclure les collatéraux de l'autre ligne. Le mémoire de Thibaudeau qui soutenait la négative est sensiblement inférieur au travail de son adversaire, M8 Mignot, spécialiste de ces questions, puisqu'il avait publié l'ouvrage
(1) Mémoire Fradin c. Itocquet.
„xii SÉANCE PUBLIQUE DE 1911
de son père : la Représentation et le privilège de double
lien .
Mais Thibnudeau triomphe dans l'exposé des faits. Ses
récits solides, précis, forts de choses, nourris de détails, gardent encore aujourd'hui, pour peu que la cause s'y prête, la chaleur et l'intérêt de la vie. Il sait camper ses personnages, évoquer leur milieu, il fait vivant et il a cet esprit de narration qu'on appelle je ne sais pourquoi à l'anglaise de Yhumour, car rien n'est plus français.
C'est en lisant les œuvres judiciaires de Thibaudeau — elles sont nombreuses, car il fut mêlé à toutes les grandes affaires — qu'on perçoit bien quel intérêt nous pouvons trouver aux vieux dossiers de ces vieux procès.
Recherchons dans le style des Mémoires l'accent des voix qui illustrèrent notre barre. Soit. Mais nous serions dupes, si nous poussions cette étude comme un chapitre d'histoire littéraire. Sans mépriser la réputation de beaux esprits et l'applaudissement des délicats, nos avocats composaient leurs Mémoires pour gagner leurs causes. Si nous nous intéressons à celles-ci, si nous nous pénétrons des sentiments et des intérêts qu'elles mettaient en jeu, nous verrons revivre la société où vécurent ces plaideurs et qui n'a pas laissé d'elle-même d'image plus vive et plus vraie que ces procédures qui furent sa passion.
L'Histoire sociale au palais de Justice. Ce titre, sous lequel un avocat contemporain (1) a réuni ses plaidoiries, n'intitulerait pas mal le tableau du Poitou au xvme siècle que
(1J Me de Saint-Auban.