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RAPPORT DU SECRÉTAIRE LXV

souvenirs d'art et d'histoire, il se lit admettre de la Société des Antiquaires de l'Ouest et il manifesta le goût d'un véritable archéologue en embellissant son église d'ornements de détail, en aménageant la crypte où il plaça une chasse nouvelle. S'il l'avait pu. il aurait rendu à Saint-Hilaire le clocher élancé qui signale entre toutes cette église sur les anciennes vues de la ville.

D'accord avec les nombreux délégués des Sociétés qui escortaient au cimetière la dépouille mortelle de M. l'abbé de Lafaire, notre vice-président M. Ginot a fait ressortir le caractère chevaleresque du prêtre qui remplit avec tant de vaillante charité les Ponctions d'aumônier militaire en 1870.

M. le Dr Raymond que sa brillante carrière de médecin des hôpitaux de Paris n'avait jamais détaché de sa petite patrie, qui s'intéressait au passé historique comme à l'avenir économique du Poitou, est revenu mourir sur sa terre natale, terminant trop lot une existence qui ne pouvait pas être entourée de plus d'honneurs, mais qui promettait d'être encore féconde en bienfaits.

Un deuil enfin que notre société a partagé avec beaucoup d'autres groupes de travailleurs et de savants, la mort de M. Léopold Delisle est venue nous priver d'un grand exemple et d'un appui généreux. Le parfait érudit qui avait beaucoup ajouté à la valeur et au renom delà Bibliothèque Nationale par un labeur de 56 années et par une administration de 31 ans, l'historien bibliophile que les plus savants bibliothécaires d'Europe saluaient comme leur modèle et que l'fnstitut de France fêlait comme son doyen, consentait à figurer sur nos listes à titre de membre correspondant.

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Cetle condescendance était pour la Société des Antiquaires de l'Ouest un honneur et un encouragement. Pour mieux se imer île cet illustre patronage^ la Société n'a pas manqué de se procurer la médaille que l'Institut a fait frapper à l'occasion du jubilé de 1 907. Léopold Delisle appartenait alors depuis 50 ans à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. « 11 était de ceux dont la vieillesse ne semble courber le dos que pour les rapprocher chaque jour davantage de la table de travail et rendre plus aisée la lecture du livre ouvert devant eux », a dit un de ses collègues de l'Institut. Vous pourrez. Mesdames et Messieurs, contempler à la modeste vitrine du médailler de notre Musée des Grandes Ecoles les traits de L. Delisle gravés sur le bronze par le Maître Chaplain. Vous verrez sa tête puissante qu'incline l'habitude de la lecture attentive, son front penché par la recherche incessante des problèmes de l'érudition et ses yeux, si clairs, si lumineux encore à 83 ans que d'aucuns en étaient éblouis, croyant, disaient-ils, voir « la jeunesse de M. Delisle conservée et concentrée dans ces yeux-là ». Dans sa sphère provinciale, la Société des Antiquaires de l'Ouest a trouvé à réparer ses pertes ; elle se fait honneur d'adhésions nouvelles, car elle a vu venir à elle M. le lieutenant Gravier, dont l'active érudition a défrayé plusieurs de nos séances et qu'un changement de résidence n'a pas détourné de nous prêter un concours de plus en plus apprécié. M. le commandant marquis de Fayolles, le marquis de Vernoux-Bonneuil, M. Aymard, notaire à Loudun, et M. Morisset, curé d'Arçay, figurent encore parmi les nouveaux membres.

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Si jamais on pouvait contester le titre d'Antiquaires d( l'Ouest que portent les membres de notre Société, ce n serait certainement pas cette année en raison de la variété de notre volume de Mémoires. Les trois départements Poitevins ont bénéficié chacun d'une monographie . M. Richard a favorisé les Deux-Sèvres d'une belle biographie du diplomate Charles Danzay ; M. l'abbé GaufTreteau, a patiemment relevé les fastes d'une modeste paroisse de la Vienne, Magné près Gençay, et M. Rambaud a fait bonne mesure à la Vendée en étudiant aux Sables d'Olonne un des grands établissements monastiques du Bas-Poitou. Ainsi , trois ouvrages remplissent notre volume de 190V). Celui de M. Alfred Richard est un livre achevé.

Pendant de longues années notre savant confrère s'est

intéressé à son compatriote, le plus illustre enfant de Saint-

Maixent au temps de la Renaissance, « Charles Quissarme.

écuyer, seigneur de Danzay, conseiller et ambassadeur du

roi de France pardevers le roi de Danemark » . A force de

compulser à Saint-Maixent les archives des notaires, de

recueillir dans le Nord toutes les publications polyglottes

traitant de t'ambassade de Danzay, M.Alfred Richard a pu

reconstituer une existence pleine d'honneur et de probité,

une carrière vraiment exceptionnelle pour l'époque. Même

sous Louis XIV, les diplomates n'étaient guère envoyés

qu'en ambassade extraordinaire et le séjour de 41 ans que

Danzay fit à la Cour auprès de laquelle il était accrédité peut

sembler un phénomène unique au xvie siècle.

De noblesse récente, fortement attachés à la royauté dont ils tenaient tout leur lustre, les Suyreau, surnommés Quis-

, xviii SEANCE PUBLIQUE DE 19H

sarme, conservaient les qualités laborieuses du Tiers-Etat dont ils étaient issus. Thomas Quissarme, médecin de Louis XI pendant plusieurs années, se retira du service royal avec des lettres de noblesse et vint habiter Saint- Maixent. Il fut l'arrière-grand-père du diplomate Ch. Quissarme de Danzay, qui servit avec zèle et intelligence les derniers Valois, manifestant pour les vues de Catherine de Médicis une docilité qui touche à l'admiration. Les Quissarme toutefois valaient mieux que les souverains dont ils acceptaient le patronage. La loyauté, la rectitude du jugement s'unissaient en Charles Danzay à une instruction très étendue. 11 était né cadet de famille noble, il savait que sa fortune dépendait de ses efforts personnels. De bonne heurs il s'était muni de solides connaissances pour parcourir brillamment la carrière des emplois de Cour ou d'Etat. De fortes études commencées à Poitiers, poursuivies à Paris, des relations pleines d'une réelle vertu éducative avec Calvin, avec les théologiens protestants d'Allemagne avaient préparé le jeune Poitevin au rôle très complexe qu'il devait jouer comme ambassadeur. Il débuta par un emploi à l'hôtel du roi François Ier. Une première mission, dont il s'acquitta habilement à Strasbourg et l'appui du Connétable de Montmorency, tout puissant au début du règne de Henri II, lui valurent dès l'âge de 33 ans l'honneur de représenter la Cour de France auprès du roi de Danemark. Dès 1548, il parut à Copenhague où il devait mourir en 1589, après avoir séjourné pendant la plus grande partie de sa vie en Danemark ou dans les Royaumes du Nord. A vrai dire tous les Etats, depuis la Russie jusqu'à Hambourg, étaient

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de sa compétence diplomatique et de son ressort, Sa mission consistait, dit son biographe, « à maintenir la paix entre les Etats du Nord, à les bien disposer en faveur du roi de France, afin qu'ils servissent de contrepoids à la prépondérance de l'Empereur d'Allemagne » . Danzay se guide à l'aide de ce fil conducteur au milieu des intrigues et des cabales dont M. Alfred Richard expose et éclaircit les complications avec une savante clairvoyance. Pour nous, il suffit de noter combien fut active et souvent efficace l'intervention de Danzay, à quelles aventures variées il assista, suivant en témoin avisé de multiples péripéties dont il tirait presque toujours avantage pour la France. Du Danemark, où il était surtout accrédité, il sut se faire un ferme point d'appui, il assista dans ce pays à l'avènement du roi Frédéric II, qui le traita pendant son règne en confident et en ami. Innombrables étaient les services rendus par Danzay au Danemark en même temps qu'à la France, spécialement dans la rivalité belliqueuse qui opposait la Suède au Danemark. La paix du Nord, dont Danzay fut l'arbitre, réconcilia les Suédois et les Danois, au grand désappointement de l'Empereur d'Allemagne.

Il ne fallait pas moins d'habileté à notre ambassadeur pour négocier avec les Villes hanséatiques, dont la politique était suspecte au Danemark, mais dont la bonne volonté importait au commerce français pour pénétrer dans la Baltique. Danzay, tout en déplorant le défaut de suite de nos entreprises, le défaut d'entente entre nos commerçants, leur ouvrait par ses négociations les routes du Nord. A Narva, les marins français entraient en contact avec l'Empire

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Russe; il ne tint pas à Danzay qu'un accord tout au moins commercial ne s'établit dès le xvic siècle entre la France et la Russie. Si Charles IX avait cru son ambassadeur à Copenhague, il aurait accrédité un représentant de la France auprès du tsar. Cependant le tsar fut négligé et Danzay dut réserver toutes ses séductions diplomatiques pour le royaume voisin et ennemi des Russes, pour la Pologne. Il dut même faire un séjour à Varsovie afin de préparer les voies à Henri de Valois, élu roi par les Polonais. Cràce à l'habile dévouement de ce vaillant plénipotentiaire, la France était toujours présente sur les deux rives de la Baltique.

Au mérite politique Danzay joignait le dévouement religieux et quelque talent d'écrivain. M. Alfr. Richard, armé de sa sûre critique, a réussi à attribuer à Danzay la composition d'un opuscule signé seulement d'initiales et qui était comme égaré aux bibliothèques de Berlin et de Strasbourg. Il en existe un texte latin et une version allemande. Dans cette brochure l'ambassadeur français, huguenot sincère mais modéré et quelque peu politique, invite les protestants à s'unir en se faisant de mutuelles concessions sur le dogme. Or, en Allemagne et dans les royaumes du Nord, la réforme luthérienne était prédominante ; elle rejetait les doctrines calvinistes et voulait faire l'union seulement à son profit.

Danzay au contraire exhorte « avec révérence les rois, princes et potentats évangéliques de s'appliquer à bien connaître le point de départ de ces sujets de controverse qui existent dans leur religion afin de pouvoir discerner exactement ce qui est nécessaire au salut de ce qui ne Test pas.

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