‹ La Revolution à Poitiers et dans la VienneChapitre 28 sur 86 · RAPPORT DU SECRÉ1 URE · texte numérisé non relu

RAPPORT DU SECRÉ1 URE

Il propose de conclure une transaction à ce sujet... ». M iig comme « il démontre en toute évidence que jusqu'à ce jour certains théologiens, par leurs injures, leurs calomnies, leur dénigrement, leur mensonge et la rage de personnages ambitieux et entêtés, ont troublé cette république chrétienne et mis obstacle au développement de la vraie religion », un de ces dangereux disputeurs, Chytraeus, dévoile la personnalité de l'ambassadeur français et flétrit son livre qu'il prétend « écrit non avec de l'encre, mais avec du sang ». Et la plupart des écrivains religieux d'Allemagne acceptant le jugement de leur prédécesseur, sans vérifier sur le texte de Danzay, se méprennent sur le vrai caractère de son appel à l'union. Il a fallu que M. Richard rendit par d'habiles recherches la paternité de son écrit à Danzay pour que celuici fût justifié. En cette circonstance comme en plusieurs autres, la claire vision d'un savant français a dissipé les obscurités de l'érudition allemande.

Les contemporains témoins de la bonne volonté de Danzay ne s'accordaient pas pour la plupart avec Chytraeus. Réformés de France et protestants de Danemark tenaient Danzay pour un homme pieux. Le roi Frédéric II, qui garda pendant tout son règne Danzay à ses côlés, le définissait ainsi dans une lettre : « le noble ambassadeur qui nous est cher entre tous par sa vertu, compagnon assidu de notre cour. » Combien son autorité se serait imposée davantage si la politique incohérente des Valois n'avait condamné Danzay à des démarches douloureuses ou mortifiantes ! Se représente-t-on le huguenot convaincu, accrédité auprès d'une cour protestante, obligé d'annoncer et de justifier la

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Saint- Barthélémy ? C'est pourtant à cela que s'employa notre ambassadeur. Il répéta les termes de la dépêche officielle et présenta le massacre de ses coreligionnaires comme une mesure sévère que le peuple de Paris avait prise pour protéger Guise, le roi même et sa mère contre certains amis de l'amiral de Coligny. Le roi de Danemark admit l'explication et félicita Charles IX d'avoir « si promptement et saigement appaisé les troubles survenuz en son royaume ». Cette réponse a tout l'air d'un sacrifice fait à la solidarité monarchique.

Que de sacrifices imposèrent encore à Danzay les exigences maternelles de Catherine de Médicis pour son fils préféré Henri III ! Tant que vécut Charles IX, la reinemère chercha pour son cadet Henri un trône étranger en Suède ou en Pologne ; Danzay dut, faisant violence à son noble caractère, ébaucher un complot contre le roi de Suède Jean III, tandis qu'une autre intrigue était poursuivie auprès des Polonais. Dès que Henri de Valois eut été élu par ces derniers, Danzay se rendit en Pologne pour faire prendre patience au peuple qui attendait son roi et qui devait le conserver si peu de temps. De retour à Copenhague, Danzay recevait l'ordre de reprendre des relations amicales avec le roi de Suède, Catherine de Médicis jugeant qu'une nièce de ce roi serait une épouse très sortable pour son fils. Mais Henri, tandisqu'il gagnait sans empressement son royaume éphémère de Pologne, avait traversé la Lorraine et vu en ce pays Louise de Vaudemont.Ilétait décidé àlui donner le diadème. Quand il négociaitpour lecapricieux Henri III, Danzay ne pouvait mener à bien tant d'entreprises contradictoires.

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Faibles déboires que loul cela au prix des humiliations et probablement des souffrances que fit endurer à Danzay la privation de ses appointements. L'honneur de servir la France était pour ce bon Français tout gratuit et quand, à bout de ressources, l'ambassadeur présentait à sa cour de trop justes réclamations, Henri III promettait de s'exécuter, « l'occasion s'offrant » . Les créanciers danois moins indifférents au dénùment de l'ambassadeur, décident leur roi à députer auprès de Henri III et pour donner plus de poids à leurs réclamations, à arrêter dans le Sund les bateaux pleins de blé destinés à notre pays. Cette fois Henri III ne trouve d'autre remède à la situation que d'adresser des reproches à son ambassadeur. « Je ne puis vous celler que vous eussiez mieux fait de ne mesler vos affaires particulières avec ceulx dudit sieur roy de Danemark, de telle façon que mon service n'en feust incommodé et retardé. » Impossible de se montrer plus grand seigneur et plus inconscient! Et pourtant la reine-mère, longtemps au paravant, avait eu recours au crédit et à l'intermédiaire de Danzay pour se procurer des haquenées « des bêtes fauves, tannées ou de poil alezan avec les crins blancs » et l'on en avait cherché en Norvège, en Lithuanie, en Pologne... elle s'était fait expédier un couple de nains découvert à grand' peine au fond de la Prusse. Dix ans après, Danzay payait encore les intérêts à 12 0/0 des sommes qu'il avait empruntées en Danemark pour ces fastueux achats.

En dépit des remontrances royales, les affaires particulières de Danzay se mêlèrent si bien à celles du royaume que, vers la fin de sa vie, l'ambassadeur fut interné par ses

créanciers dans la ville de sa résidence et qu'après sa mort,

B papiers politiques aussi bien que privés payèrent pour la Fiance insolvable. Les secrets d'Etat restèrent dans le Nord et M.Richard a dû les dégager des recueils imprimés à Copenhague.

Si l'indigence de Danzay n'avait pas abouti plus tôt à la faillite, c'est à la bonne terre du Poitou qu'il en faut rendre

âce, aux métairies dont M. Richard cite tous les noms, comme on évoque affectueusement le souvenir de voisins familiers, la borderie de Janvre-Goussaye, le Moulin de Chalusson, la seigneurie de Roisne et quatre fiefs en la paroisse de Saint-Georges de Noisné, la seigneurie du Peyré proche Sainte-Néomaye. . . . nous choisissons dans la liste des biens de la famille; d'ailleurs Ch. Danzay en qualité de cadet n'avait qu'une part réduite à cette fortune terrienne. Son frère aîné l'aidait de. ses subsides, ou plutôt de ses avances. Quand il put prévoir que sa mission en Danemark ne finirait qu'avec sa vie, Danzay se libéra des dettes qu'il avait contractées envers sa famille en cédant à ses neveux tous les immeubles et domaines qui lui avaient appartenu en propre. L'illustre enfant du Poitou rompait les derniers liens qui l'attachaient à la terre natale.

Avec M. L'abbé Gauffreteau nous revenorïs à la terre du Poitou et nous y faisons une longue station dans la commune de Magné, ancienne paroisse de la chàtellenie de Gençay .

Les documents n'étaient pas assez abondants pour retracer siècle par siècle l'existence probablement un peu terne «l'un modeste village. M. Gauffreteau a renoncé à présenter

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ces fragments d'histoire dans l'ordre chronologique. Il a réparti dans un cadre simple et commode les renseignements qu'il a acquis, les pièces qu'il a transcrites. Après avoir donné un aperçu du territoire de Magné, de ses productions, des rares vestiges qui subsistent des plus anciens habitants, l'auteur expose d'abord tout ce qu'il sait sur l'église et sur les prêtres qui l'ont desservie.il reconnaît l'existence successive de deux églises à Magné, la première construite vers le xne ou xme siècle, la seconde rebâtie au xvn°siècle, après les dévastations des guerres religieuses. Les sépultures que Péglise renferme sont signalées, quelques pièces du mobi" lier servant au culte sont étudiées à part, comme ces deux reliquaires en forme de bras qui semblent avoir été sculptés par Joseph Girouard pour le couvent de la Visitation de Poitiers. Passantensuite au domaine paroissial, puis à la maison du presbytère de Magné, M. Gauffreteau évoque le souvenir de ses prédécesseurs. Le plus lointain qu'il ait pu découvrir est Guillaume, curé de Magné, vers d 100. Suivent à de longs intervalles Iluguet Amour, seul pasteur de la paroisse connu au xve siècle, puis au xvi8 Jehan Bellaudeau à partir duquel la liste est à peu près complète. Plusieurs parmi ces prêtres ont été des bienfaiteurs insignes de leur paroisse , comme Jean Bousseau , qui construisit à ses propres frais la cure actuelle de Magné.

Les différentes agglomérations de la commune défilent ensuite avec leurs occupants d'autrefois et d'aujourd'hui, à commencer par le château de la Roche. Les plus anciens propriétaires de cette demeure féodale portent des noms bien connus à Poitiers, par exemple les Gillier, alliés aux

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Puygarreau, les Appelvoisin, les Villequier, dont M. Gauffreteau rappelle le rôle ambitieux et le lamentable échec au temps de la Ligue. Chacune de ces familles célèbres fournit à .M . Gauffreleau le sujet d'une notice généalogique très étudiée. Il étend sa minutieuse enquête jusqu'aux fiefs et hameaux, ce qui lui permet d'accumuler les renseignements sur un nombre considérable de notabilités poitevines, M. Gauffreteau a tiré parti des archives de notaires avec la méthode et l'habileté qu'il a mises récemment au service de notre Société quand il s'agissait des travaux et de l'histoire érudite des Antiquaires. Sa monographie de Magné constitue un répertoire utile pour les recherches de détail concernant le Poitou. Pourquoi M. Gauffreteau n'a-til pas donné à la partie économique de son étude la même «ittention qu'à la partie généalogique? Quelques lignes au début définissant les mesures de terre en usage autrefois à Magné, quelques chiffres à la fin montrant comment variait la taille sous l'ancien régime ne satisfont pas le lecteur, mais prouvent que sur la vie matérielle des villageois l'auteur aurait pu faire une aussi bonne étude que sur les vicissitudes de l'église et des domaines à Magné.

M. Rambaud justifie en ces termes l'attrait qui l'a porté à étudier l'ancien couvent des bénédictines de Sainte-Croix aux Sables d'Olonne.

« En 1631 la ville des Sables-d'Olonne était complètement remise du pillage que les troupes protestantes de Soubise lui avaient fait subir dix ans auparavant. De plus, la prise de la Rochelle en 1628, tout en réduisant à l'impuissance les partisans de la Réforme, n'avait point été sans

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favoriser son commerce aux dépens de sa rivale. Celle époque fut donc pour elle le début d'une prospérité qui allait se prolonger près d'un siècle. File incita sans aucun doute ses riches bourgeois ainsi que les nobles du voisinage à rechercher les moyens de faire instruire leurs filles dans un milieu digne de la fortune des uns et de la situation sociale des autres. »

Ainsi c'est un monument témoin de la prospérité de la ville des Sables que M. Rambaud nous présente. Il nous le fait connaître par de soigneuses descriptions, des vues intercalées dans le texte, des comptes et des inventaires ; plusieurs de ces documents sont publiés en appendice. A quel mobile obéissaient les Sablais sollicitant la création d'un monastère de religieuses sur leur territoire? M. Rambaud nous l'indique dans les lignes citées plus haut. Mais quelle considération déterminait l'abbesse de Sainte-Croix de Poitiers à céder aux Sablais une partie de sa communauté, à installer celle-ci dans une demeure somptueuse? M. Rambaud ne nous le laisse pas ignorer non plus. La princesse Flandrine de. Nassau, alors abbesse, se rangeait avec joie sous l'autorité des Jésuites, mais plusieurs religieuses se montraient réfractaires à l'influence des pères. 11 fallait éloigner ces nonnes rebelles, leur ôter le désir de revenir au couvent de Sainte-Croix. Pour y réussir, l'abbesse était résignée h tous les sacrifices; elle disait en soupirant : « Je sçai que je me ruine, mais au moins nous aurons un peu plus la paix. » C'est pourquoi Flandrine de Nassau dépensa aux Sables plus de 50.000 écus afin de retenir dans ce couvent, par l'agrément de la résidence, toutes les religieuses

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qu'il lui plaisait d'y exiler. Toutefois elle entendait maintenir ce troupeau lointain sous sa houlette. Le couvent « aussitôt terminé, dit M. Rambaud, vers la fin de 1639 ou au début de 1640, les religieuses en prennent possession. Seulement, cette prise de possession n'a lieu que moyennant un acte de soumission adressé à l'abbesse de Sainte-Croix de Poitiers. Elles la reconnaissent comme fondatrice et bienfaitrice de leur couvent. Le choix des supérieures sera soumis à son approbation et son nom paraîtra en tête de tous les actes de profession religieuse. » Engagements bientôt pris et bientôt violés. Catherine de la Trémouille,qui succéda à sa tante Flandrine de Nassau comme abbesse de Sainte- Croix, s'alarma des actes de désobéissance dont la supérieure des Sables avait à souffrir. Elle envoya des enquêteurs qui conclurent au rapatriement ou à l'exil dans le couvent de Sainte-Croix de certaines religieuses originaires, les unes de Poitiers, les autres des Sables. La population sablaise manifesta, cherchant à intimider les enquêteurs. « Sur les dix heures, quantité de personnes, tant hommes que femmes, munies de fusils et autres armes à feu vindrent investir ladite maison et s'y sont occupés la plus grande partie de la nuit avec quantité de crys et clameurs. Ne craignez, dormez en repos; on ne vous enlèvera pas, nous l'empêcherons bien! » Cependant force resta à l'autorité ecclésiastique, les religieuses punies partirent pour l'abbaye mère, des mesures furent prises pour isoler de la Société de la ville les nonnes qui restaient.

Le fidèle attachement des Sablais nour leur communauté bénédictine ne fléchit pas; ils ne la laissèrent ni supprimer

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ni remplacer par quelque autre ordre enseignant. En 1732. la Commission royale des réguliers inclinait à retirer les bénédictines qui ne semblaient pas pouvoir subsister faute d'un revenu suffisant. Les habitants objectèrent dans une supplique que « si cette communauté était détruite tous les honnêtes gens de la ville et des environs seroient privés d'un secours très nécessaire pour l'éducation de leurs filles». Un autre danger menaça encore le couvent en 1760, la faveur que les doctrines jansénistes trouvaient auprès de certaines religieuses rendait la communauté suspecte . L'autorité de l'abbesse de Sainte-Croix, Marie-Anne d'Escars, obtint cette fois assez facilement un prompt retour à l'orthodoxie ; la paix et l'ordre régnèrent parmi les bénédictines jusqu'à la Révolution. Les beaux bâtiments édifiés par Flandrine de Nassau, évacués en 1792 par les religieuses, changèrent dès lors fréquemment de destination : Hôpital militaire pendant les guerres de Vendée, Collège sous l'Empire, Petit Séminaire depuis la Restauration jusqu'en 1907, ils conservent, malgré l'incendie partiel de 1835, la fière allure des monuments du grand siècle.

Ne croyez pas, Mesdames et Messieurs, que le résultat des recherches et des études de nos confrères soit uniquement concentré dans notre volume de Mémoires. Nous avons encore les communications, les lectures, les échanges de renseignements qui font l'intérêt de nos réunions et dont nos bulletins peuvent donner l'idée. Les lectures entendues par la Société au cours de ses séances mensuelles de 1910 ont été nombreuses et nourries.

L'érudition bibliographique a eu sa bonne part avec

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