‹ La Revolution à Poitiers et dans la VienneChapitre 29 sur 86 · I.XW · texte numérisé non relu

I.XW

SKANCE PUBLIQUE DE 19H

l'ingénieuse critique que M. Ginot a faite d'un des manuscrits confiés à ses soins, le recueil de Sainte-Radegonde. Nul n'est plus qualifié que notre vice-président pour apprécier la valeur artistique de ce manuscrit et pour en faire ressortir toute l'originalité.

M. le colonel Babinet, qui se plaît également aux souvenirs du xvne siècle et de la fin du Moyen-Age, nous a rappelé les liens matériels et les relations d'amitié qui attachèrentau Poitou PabbédeSaint-Cyran,Duvergierde Hauranne, puis il a suivi cet apôtre obstiné du jansénisme jusque dans la prison de Vincennes. Peu après il nous narrait une des sombres tragédies de la Cour de Louis XI, dont la victime fut une fille d'Agnès Sorel. A ce propos et dans une nouvelle lecture, M . Babinet nous a guidés à travers le domaine delà dame de Beauté ; il nous a fait les honneurs du château , aujourd'hui disparu, que Charles V avait construit au bord de la Marne ; il a évoqué les souvenirs solennels ou galants qui s'y rapportent depuis la mort du roi fondateur en son séjour préféré jusqu'au passage d'Agnès Sorel dans ce même manoir, don du passionné Charles VII. Tous les auditeurs, frappés par l'étendue de l'érudition, par la variété des lectures qu'attestaient les récits de M . Babinet, félicitaient volontiers lerespecté doyen de leur Société de son infatigable curiosité d'esprit, de son énergie égale aux plus grands labeurs.

M. Bambaud, l'historien de la philanthropie, nous a entretenus de l'aumônerie de l'échevinage de Poitiers. Il ne convient pas encore d'analyser ce chapitre détaché d'un ouvrage que compose en ce moment même notre érudit et patient confrère.

RAPPORT DU SECRETAIRE lxxxi

Si vaste que soit le champ de l'ancien régime, il n'attire pas dans notre Société le même contingent de travailleurs que l'archéologie préhistorique, les antiquités gallo-franques ou bien — car nous nous plaisons au contraste — l'histoire de la Révolution.

M. le général Papuchon,en préparant l'intéressante monographie du village de la Puye que vous lui avez entendu lire ici môme l'an dernier, a relevé dans la contrée des traces d'industries fort anciennes : des amas de scories provenant de forges et même des armes en pierre peuvent s'y rencontrer. Un chasseur scrutant attentivement certaines pièces de terre a constitué une collection de 250 armes néolithiques, lances, pointes de flèches, racloirs, poinçons, haches et scies en silex brun, rouge, en pierres vertes, à faces bien polies. Dans le nombre, de très petites haches que leurs faibles dimensions rendent impropres à tout service. M. le général Papuchon se demande s'il n'est pas en présence d'armes-jouels, offertes comme étrennes à des enfants quelque 10.000 ans avant le présent mois de janvier.

M. Charbonneau-Lassay croit avoir trouvé des armes votives dans les dolmens explorés avec M. Moreau de la Ronde autour de Loudun. Leur substance friable les rendait propres seulement à un rôle symbolique. Mais ce n'étaient point des armes symboliques que les belles framées mérovingiennes dont le môme confrère nous a exposé le dessin si ferme et si expressif, car en M. Charbonneau- Lassay l'éruditest doublé d'un artiste.

L'abbaye de Nouaillé une des plus vieilles de la terre

l.\\\ll

s, \\i E PUBLIQUE DE 1911

poitevine, a encore eu son regain d'actualité grâce à la publication dans notre Bulletin de notes archéologiques du Il P. de la Croix sur la crypte de l'église abbatiale, sur les chapelles el grottes des environs. Récemment un article de notre ancien président M. Levillain, dont la conclusion est in- aussi dans notre bulletin, rappelle la date proba-

ble de l'établissement des chanoines de Saint-Hilaire de Nouaillé, et la séparation des deux couvents qui dut se produire sous Charlemagne. Nouaillé fut alors réservé à une vie claustrale plus étroite et devint une véritable abbaye.

Tout dernière ment enfin notre éminent archiviste M. Alfr. Richard reprenait la plume sur la question de la bataille de YouilJé el écartait par sa critique un système d'identification des lieux fondé uniquement sur des étymologies. En rappelant ce que savent tous les initiés à la science de l'étvmologie, plus certaine mais plus délicate aussi qu'on ne le croit communément, à savoir qu'il ne faut admettre sur les transformations des mots français d'autres renseignements que. ceux que donnent les textes chronologiquement étages du Moyen-Age, M. Richard refuse sans hésitation d'attribuer le célèbre champ de bataille mérovingien au déparlement des Deux-Sèvres. En vain Niort réclamerait pour ses enviions l'illustration attachée au nom de Vouillé. C'est bien sur le territoire du Vouillé de la Vienne, à 12 milles antiques de Poitiers, que s'est réglée la querelle des Francs et des \Yisi0roths entraînant les importantes conséquences que vous snvez pour l'avenir de la France.

mmes bien loin de Clovis et de la bataille de

RAPPORT Kl SECRÉTAIRE , axm

Veuille avec l'ouvrage que noire président M. de Roux prépare à publier. La Société a entendu avec grand plai la lecture d'un fragment de ce travail relatif aux premières élections de prêtres constitutionnels, aux premières vent

de biens nationaux.

M. le Lieutenant Gravier a fait dans les dossiers militaires du département de la Vienne une ample moisson de renseignements concernant les enrôlements révolutionnaires et les levées en masse. Autant l'historien militaire peut féliciter la terre poitevine du vaillant élan qui transport.! habitants en face des premiers périls de la France révolutiontionnaire en 1792, autant les exigences de la défense nationale en mars 1793 surprirent et effrayèrent les populations des campagnes. Dans beaucoup de communes les autorités municipales et les assemblées d'habitants eurent la préoccupation bien naturelle de satisfaire au recrutement sans se démunir des hommes indispensables à la culture, à la pratique des métiers essentiels. Le même souci se manifesta par toute la France, à en croire le livre de M. Camille Housset sur les Volontaires. De sorte qu'on ne trouva disponibles pour les livrer à l'autorité militaire que des recrues trop jeunes ou trop âgées, trop débiles surtout. M. Gravier nous présente par exemple le contingent de la commune de Saint-Sauvant. Il fait pauvre figure nvec « un conscrit de 15 ans, onze conscrits de moins de 18 ans, un volontaire de 50 ans. Six volontaires ont à peine 4 pieds 9 pouces soit 1 m. 53 et au-dessous, un enfant de seize ans n'a que i pieds G pouces ». Ailleurs des recrues s'offrent qui sont plus acceptables, mais l'espoir d'une prime semble bien stimuler

IN WIV

leur dévouement. « A Sénéché, deux tisserands étrangers au pays se font inscrire comme volontaires, les jeunes gens de la localité ayant réuni pour eux 284 livres. »

Lorsque de tels marchandages ne sont pas possibles, Tordre d'enrôlement suscite bien souvent dans la Vienne une résistance qui menace de dégénérer en guerre civile. On le voit à Poitiers même, où les conscrits assemblés le 8 mars 1793 livrent deux combats aux gendarmes et ne se dispersent que devant la menace d'un canon roulant sur le pavé de la rue des Cordeliers. Dans les villages, des bandes déjeunes gens exaspérés se rendent visite d'une commune à l'autre. Ils s'encouragent à la résistance, embrassent l'arbre de la liberté en disant que « puisque cet arbre était planté ils entendaient être libres et qu'ils couperaient le col au premier qui tirerait au sort ». Nous n'essaierons pas de donner une idée des informations que notre savant confrère a prises sur les incidents du recrutement dans les districts de Cluitellerault, Givray, Monlmorillon; qu'il suffise de dire que l'arrivée des redoutables représentants en mission Piorry et Lejeune intimida les mutins.

Les contingents réunis à grand'peine étaient concentrés, équipés, armés à Poitiers. Des armes il n'y en avait pas pour tous. Piorry arrêta un convoi de fusils destinés à la Rochelle, on distribua encore des fusils de chasse et deux bataillons de la Vienne s'acheminèrent vers Thouars pour lutter contre les Vendéens. Ce n'était, pour certains de nos conscrits, que le point de départ d'une longue carrière militaire. M. Gravier a pu retrouver les états de service de quelques héros des batailles révolutionnaires et impériales. Us appartien-

RAPPORT DU SECRÉTAIRE lxxxv

nent à ce contingent qui s'était mis en route avec tant de mauvaise grâce.

Aux soldats qui parlaient, le déparlement de la Vienne n'avait pas pu fournir un nombre suffisant de fusils. C'est qu'il avait fait fabriquer des piques, arme révolutionnaire par excellence, qui avait servi à renverser la monarchie dansles journées parisiennes du 20 juin et du 10 août 1792. M . Gravier a eu la curiosité de savoir en quelles mains ces piques étaient tombées. Notre confrère connaissait déjà la compagnie des Amazones nationales d'Aunay en Poitou. Il a découvert la compagnie des piquières d'Availles-Limousine. Il a même la bonne fortune de révéler au département de la Vienne les noms de ses principales héroïnes : Adélaïde Chevallon, capitaine, Catherine Boyreau, lieutenant, Marie Mélay, caporale.Ces vaillantes piquières envisageaient comme une lourde responsabilité d'avoir à garder dans le château d' A vailles six suspects dont quatre de leur sexe; sur leur demande elles furent relevées de faction.

Notre Société ne saurait se passer d'informations sur les œuvres d'auteurs qui s'intéressent aux mêmes études qu'elle. A cet égard nous devons beaucoup aux membres de l'Enseignement supérieur, nos confrères, qui nous apportent l'écho du grand labeur universitaire. Les thèses de doctorat en Droit et es Lettres ont fourni la matière des communications faites par M. M. Parenteau-Dubeugnon, Boissonnade. M. de la Ménardière, à propos des thèses soutenues l'hiver dernier par M. Boissière devant la Faculté des Lettres de Poitiers, a voulu donner sa propre impression sur la vie et l'œuvre d'Urbain Chevreau dont avait traité le

lxxxvi SEANCE PUBLIQUE DE 1911

nouveau docleur. M. de la Ménardière a parlé d'Urbain Chevreau, son compatriote du xvnc siècle, avec l'affectueuse éloquence qu'il met si volontiers au service de sa petite patrie j le Loudunais.

Il est enfin une nouvelle dont le principal intéressé s'est gardé de nous parler. Aussi l'empruntons-nous aux comptes rendus de l'Institut et aux fastes de l'Université de Poitiers. L'Académie des Sciences morales et politiques a honoré du prix Rossi une « Histoire économique du lin, du chanvre, du jute et de leurs succédanés au xixe et xxe siècles » . L'auteur est M. Boissonnade. M. Boissonnade est lauréat de l'Institut pour la neuvième fois.

M. Arnould, dont vous allez goûter l'habileté à diriger de longs voyages, excelle également à organiser d'aimables excursions. Pendant les congés de Pentecôte, il a fait visiter à une petite troupe d'étudiants des Facultés, les églises de Saint-Savin, de Fontgombaud et les ruines d'Angles-sur- Anglin. Ces jeunes gens ont rapporté un souvenir aussi agréable que précis de leur belle promenade et la Société a partagé leur plaisir au compte rendu qui lui a été fait de celte journée de vacances.

Vous parlerai-je des dons nombreux en livres, objets de musée que notre Société ne cesse de recevoir? 11 faudrait, citer tant de généreux donateurs parmi nos confrères et sans doute aussi parmi les personnes qui nous font l'honneur d'assister à cette réunion! Nous manquerions à un devoir de reconnaissance si nous ne nommions, du moins parmi nos insignes bienfaiteurs, le confrère que nous avons vu avec tant de regrets s'éloigner du centre de la Société,

RAPPORT Dl SECRETAIRE , «cxvu

M. Tornezy,qui a présidé plusieurs fois des séances comme celle-ci et avec lui M. le Comte Raymond de Beaucliamp, M. Courteaud, curé d'Adillv.

M. Robuchon,par le don de nombreux dessins originaux. de photographies artistiques, dote peu à peu notre société d'un remarquable album monumental. Dans cet album il vient d'introduire une feuille qui sera très regardée. C'est la reproduction du monument élevé à Naintré en souvenir d'une des premières victimes de la navigation aérienne. Il n'est pas besoin de rappeler que les sculptures, ornement de ce cénotaphe, sont dues au talent de notre confrère.

Le R. P. de la Croix, questeur, préside comme par le passé à la distribution de ces divers dons dans nos musées. Aidé de M. Charbonneau-Lassay, il classe, il conserve- Que de soins sont nécessaires pour sauvegarder l'existence précaire d'objets trop longtemps ensevelis et déshabitués du contact de l'air! Le fer des armes celtiques menace- 1il de s'effriter et de disparaître en menues écailles, M. Charbonneau-Lassay dirige ces armes sur la Belgique : en ce pays se trouve un praticien qui opère des cures merveilleuses. Nosépées, nos lances gauloises reprennent consistance et fermeté. Mais le transport a ses dangers : les douaniers, dont un pareil colis excite la défiance, dénouent trop prestement et ne savent pas renouer les cordons qui devraient empocher nos antiquités voyageuses de s'entrechoquer. Comment avertir la douane que les armes des ancêtres doivent être traitées avec égards et précautions tout comme des articles de Paris confectionnés à la dernière mode?

cxxvm SÉANCE PU13LIOUIS DE 1911

Si flatteuse que soit pour la Société la possession d'armes, de parures, de médailles et d'ustensiles soigneusement exposées dans ses musées, les Antiquaires de l'Ouest attachent plus de prix encore aux vieux monuments, voire aux ruines qui ornent les villes, les simples villages, les ines et parfois les carrefours des routes du Poitou. Cette richesse provinciale, la Société désire la conserver intacte pour la juste satisfaction des Poitevins et pour la curiosité admirative des étrangers.

Soutenue par la confiance et la libéralité de l'Administration des Beaux-Arts, la Société des Antiquaires de l'Ouest a achevé cette année quelques travaux. Le portail des Augustins, entièrement restauré, attire l'attention sur l'hôtel de Chièvres. Autour de l'hypogée martyrium mérovingien reconstitué d'une façon magistrale par le R. P. de la Croix, les dernières précautions défensives sont prises contre la pluie et l'humidité des terres. Sur les châteaux de Chauvigny, propriété de l'Etat confiée aux soins de la Société, celle-ci exerce une surveillance que la science et le dévouement de M. Tranchant rendent véritablement efficace. Avec tous les Poitevins les Antiquaires de l'Ouest se sont intéressés aux vicissitudes du Logis de la Grande Barre ; ils ont constaté avec plaisir les garanties de bonne conservation que le nouveau propriétaire donne à ce précieux immeuble.

Tout le département de la Vienne apprécie la beauté de l'enceinte fortifiée de Château-Larcher ; pr, la porte de ce vieux bourg féodal menaçait de s'écrouler. Un propriétaire de Chàteau-Larcher, M. Tribert, forgeron, s'est rendu acquéreur du terrain voisin de la porte et de la porte elle-

Page 1