IV
furent portés au bureau." Il y avait 3324 voix, écrivait triomphalement Jallet. et nous en eûmes en notre faveur plus de 2.000 (1). »
Le lendemain était un dimanche. !Le lundi 30, Lecesve fut élu député le premier dans la matinée, Dillon (#)lesoir et le mardi Ballard (è). « Si le premier de nos députés passe, avait dit Jallet, les évèques sont sans espérance, parce que notre parti s'augmentera encore (2). » Néanmoins le mardi soir Saint-Aulaire fut élu. Le mercredi matin 1er avril scrutin sans résultat, le soir, Surade (c) passa. Le jeudi 2, après trois tours, M. de Mercy (d)îut élu contre D. Mazet. Le parti
(1) Jallet à M"e Guyot, 29 mars. — (2) Id.
(a) Dillon (Dominique), né à la Chapelle-Largeau 22 septembre 1742, mort à Pouzauges 15 octobre 1806. Curé du Vieux Pouzauges 1772, membre de l'assemblée d'élection de Thouars 1787, député au clergé 1789, mari.'' 1795., député de la Vendée au Conseil des Cinq Cents 24 germinal an VII, rallié au 18 brumaire, député de la Vendée au Corps Législatif.
(6) Ballabd (David-Pi erre),né à Fontenay-ie-Comte 20 août 1728, mort à l'ontenay 18 juin 1798. Curé de Poiré-sur-Velluire.
(c) Scrade (Jacques Delion de), né à Lyon le 7 juin 1738,mort à Joussé le 13 fructidor an XI. Chanoine régulier de la Congrégation de France, prévôt et vicaire général de Lescerpt, prieur-curé de Mézeaux 1769, de Plaisance (1770). Collaborateur des Affiches du Poitou il avait écrit à Necker pour lui conseiller de réunir les Etats en province, par exemple à Bourges. Bien qu'il se fût associé à la lettre qui dénonçait les Evêques, il parut hésitant à la Constituante, et ne prit aucune part aux démarches des curés de Poitou. Il publia un contre-projet très curieux de constitution civile (Cl. infra, la Constitution civile), prêta serment dans la séance du 29 décembre se démit de sa cure et, comme génovéfain, déclara renoncer à la vie religieuse. Grégoire le nomma vicaire
■ piscopal le 24 novembre 1791; il prêta serment en cette qualité à Civray 26 décembre, mais ne rejoignit pas son 'poste. « M'étant démis de Plaisance, parce que je me vois hors d'état de confesser et de prêcher, je ne dois accepter aucune autre place, pas même un Evèché », i\ ait-il à Butaud, le 11 lévrier (A. V., L. 243). 11 se fixa à Civray, où :1 avait acheté nationalement !e couvent des Capucins, et y épousa Hélène- Lucie-Françoise Lafite.
(d) Mercï (Marie-Charles-Isidore de), né au château de Maubec (Isère) 3 février 1736, mort à Bourges 10 février 1811, Vicaire général et grand-arcbidiacre de Sens, évêque de Luçon 17 novembre 177!i, émigré, rentie en France en 1800, archevêque de Bourges au Concordat.
presbytérien avaittenté d'opposer les réguliers aux évêques, et les bénédictins avaient soutenu leur confrère avec tant de vivacité que Mercy retira, dit-on. peu après leurs pouvoirs à ceux de Saint-Martin en l'Herm l 1 . Le soir, la (imputation fut complétée par Jallet [a), curé de Chérigné.
Les deux évêqués étaient passés, mais les cinq autres (imputations étaient aux meneurs du parti presbvtérien. L'acharnement avec lequel ils avaient poursuivi leurs supérieurs avait produit une pénible impression. « Cette espèce d'insurrection, disait l'Intendant, est un objet de scandale dans le public (2). » « La cabale des curés, disait Pallu du Pareil, a été si gauche que, pour avoir manqué à élire, comme ils le devaient, leurs supérieurs les premiers, ils ne se sont attiré aucune considération de leur part en ne les nommant qu'après coup, parce que l'on y découvre une plate et faible malignité. »
Dans son discours de clôture. Saint-Aulaire ne prit plus la peine de voiler sa tristesse et ses appréhensions.
Nos biens, notre existence civile et politique, tout y est menacé. Fasse le Ciel que l'orage qui gronde sur la tête des ministres des autels respecte les autels eux-mêmes. Qu'elle est effrayante dans ces circonstances la tâche des députés que vous avez daigné honorer de votre contiance; que l'union la plus intime, qu'une seule volonté les anime ( i '.
Le grand-sénéchal présidait la noblesse d'après le règlement (o). Sans réclamer pour cette fois par égard pour lui.
(a) Jallki (Jacques), né à la Mothe-Saùat-fléraye 13 décembre !
iik.'i t Pari- 14 i.Mit 1TU1 : Vicaire de Gemay, puis curé de Chérigné.
U)Nouv.EccL, 21 août 1789j — (2) A. N. i; 68 : Xanteuil a Barentin. 22 mars 1789. A Proust, 199. —(3) A. V.K i l'allu-du-1' sa femme. 7 avril 178y. — (i) Beauchet-Filleau : Clergé, 42-43. Çf, Sa lettre à Necker, A. .\. B-' 08. — (o) Le procès-verbal ofliciel de la noblesse, A. N. Ba 68, ^st extrêmement sommaire. Un pi s-verbal
150 gentilshommes déposèrent chez un notaire une protestation revendiquant pour leur ordre le droit d'élire son président (1).
La Noblesse commença par nommer 28 commissaires pour la rédaction de son cahier. Dès le 22, ceux-ci avaient arrêté un projet qui comportait l'abandon des privilèges pécuniaires. Cet abandon fut voté le 23 après une courte discussion où l'abandon, combattu par M. Desprez, fut soutenu par M. de la Roche du Maine (a).
La Noblesse entendait du reste faire de ses privilèges abandonnés la rançon des libertés publiques, et, très expressément, elle ne consentait à payer l'impôt que s'il était accordé périodiquement (a. 3 et 4) par des Etats Généraux associés au pouvoir législatif (a. 11) et qui rendraient effective la responsabilité des ministres (a. 16). L'établissement d'une constitution sera la condition sine quanon du vote des subsides ; les impôts actuels subsisteront pendant la tenue des Etats Généraux, mais si ces derniers étaient dissous, toutes perceptions devraient cesser immédiatement à peine pour qui les exigerait d'être poursuivi comme concussionnaire (a. 5 et 18).
La Noblesse demandait encore que la liberté individuelle fût assurée par la suppression des lettres de cachet et des ordres d'exil (a. 10), la liberté indéfinie de la Presse (a. 21), la suppression des intendants et la création d'Etats Provinciaux (a. 18), les élections municipales pour les
accompagné de notes a été publié d'après les manuscritsde la Fontenelle par A. Proust. L'édition ne dispense pas de se reporter au manuscrit.
(1) Chassin, 62.
(a) La Roche du Maine (Charles-Gabriel-René d'Appellevoisin Marquis de), né à Poitiers le 2 mars 17W, guillotiné à Paris .[i juillet 17(.)4. Brigadier de cavalerie Ier mars 1780, maréchal de camp icjanvier 1784.
villes (a. 34). Le Tiers Etat n'en demandait pas plus (1) ; mais, ce qui était grave, les deux ordres réclamaient les mêmes choses dans des vues toutes différentes. Le Tiers voyait surtout dans la participation au pouvoir le moyen de conquérir l'égalité, la Noblesse entendait que la conservation de ses privilèges lui assurât la première place dans le gouvernement parlementaire qu'elle voulait fonder.
Elle imposait à ses députés comme mandat impératif le vote par ordre et, bien plus, le consentement des trois ordres pour valider une délibération sans que jamais le consentement de deux pût contraindre le troisième (a. 7). Avant qu'aucun subside ne fût voté, le doublement du Tiers devrait être déclaré insolite et inadmissible pour l'avenir. Elle demandait à être maintenue dans tous ses autres droits, prééminences, prérogatives, distinctions et propriétés..., liées nécessaireement à la constitution du royaume puisque sans noblesse il ne peut y avoir de monarchie, et sans prééminences ni distinctions il ne peut y avoir de noblesse (a. 18).
Pour mesurer à quel point la Noblesse s'attachait aux distinctions honorifiques en renonçant aux exemptions utiles, il faut lire les Observations du comte d'Orfeuille. Il appartient à la fraction avancée de la Noblesse, il soutient qu'il faut accepter le doublement du Tiers. Pur disciple de Rousseau, il ne reconnaît à Louis XVI, du jour où la Nation sera assemblée, a d'autre pouvoir que celui qu'elle lui conservera à cause de ses vertus et de la supériorité du gouvernement monarchique », il proteste contre l'article 43 qui
(1) On sait que Louis XVIII aurait annoté le cahier de la noMesse de Poitou de cette réflexion : Insensés gentillâtres! Martin l><»isy, Manuscrit inédit de Louis XVIII.
stipule le maintien des privilèges de la province, car ces privilèges font obstacle à la volonté générale; mais quant aux privilèges de la Noblesse il faut voir de quel ton il en énufflère jusqu'à vingt-quatre qu'elle doit conserver et comme il revendique âprement celui de parvenir exclusivement aux grades militaires, privilège qu'elle n'avait jamais eu avant les ordonnances de 1781 et de 1784, que ces textes ne lui avaient même pas. à vrai dire, complètement conféré, et qui était de nature à ulcérer profondément le Tiers. La Noblesse ne consacrait pas de texte spéciale défendre ses droits féodaux, mais elle réclamait le maintien de l'inamovibilité des offices, contrairement aux vœux du Tiers, et, tandis que celui-ci voulait la liberté du prêt à intérêt comme moyen d'en abaisser le taux, la Noblesse demandait de faire cesser la guerre « que font à l'Etat les agioteurs » (a. j 9). Elle se posait en parti agrarien hostile aux intérêts capitalistes dont le Tiers était l'avocat. Les Marquis de la Rochejacquelein et de Reignon proposèrent même de prendre au pied de la lettre les théories d'après lesquelles tout emprunt comme tout impôt était nul , s'il n'avait été consenti, et de ne reconnaître aucun de ceux qui avaient été faits depuis d 614. La proposition ne réunit que lô voix contre 350 et 74 abstentions. Les feuilles du scrutin furent brûlées, et le procès-verbal ne mentionna pas cette malencontreuse proposition : « L'idée d'une banqueroute proposée par la Noblesse était quelque chose de révoltant. » Toutefois le cahier laissa subsister une restriction inquiétante pour les rentiers en limitant la reconnaissance des emprunts à ceux qui avaient été librement enregistrés parles parlements. Le clergé de son coté demandait la réduction des intérêts usuraires de la dette et l'impôt sur la rente.
Le cahier de la Noblesse était muet sur les questions religieuses. Plusieurs des mémoires particuliers apportés par les gentilshommes étaient à cet égard singulièrement audacieux. Il y en avait qui demandaient la suppression des dîmes, la vente des biens d'Eglise et le mariage des prùtres.Il semble que, pour ne pas faire apparaître la division des traditionnels et des novateurs sur ce point, la Noblesse ait pris le parti du silence.
Toute la discussion avait été extrêmement confuse et plus d'une fois avait failli mal tourner. Ces gentilshommes délibéraient l'épée au côté, — on en acheta par souscription à sept laboureurs nobles qui s'étaient présentés en blouse — et plus d'un fit' le geste de la tirer, prenant les marques d'improbationpour injures personnelles. Le comte de Saint- Mathieu avait en vain demandé le silence et fait de l'inexpérience politique de la noblesse cet aveu sincère :
Jusqu'à présent, Messieurs, la Noblesse, occupée dans les armées ou cultivant dans ses châteaux l'héritage de ses pères, s'est peu livrée aux discussions politiques. Nos enfants, plus habitués aux affaires et à la manière de les traiter, discuteront leurs intérêts avec plus de facilité.
Les élections commencèrent le 29, les scrutateurs étant le vicomte de Chasteigner, le vicomte de la Châtre, le comte de Lambertie.
Le Coigneux de Belàbre, Jouslard du Vergnay, le comte de Marconnay firent la motion de nommer le comte d'Artois. Elle fut écartée par la raison que, protestant contre l'apanage, on ne pouvait pas nommer l'apanagiste. Saint- Mathieu obtint seulement qu'on écrivit au Prince une lettre témoignant le regret de ne pouvoir le choisir.
Au premier tour le duc de Luxembourg (a) fut élu par 441 voixsur871. Le 301e premier tour ne donna pas de résultat. Le marquis de la Rochejacquelein demanda qu'on fît connaître les noms de ceux qui avaient obtenu le plus de voix afin d'empêcher les suffrages de s'éparpiller indéfiniment. Mans ce printemps du régime électoral, tout ce qui ressemblait à un acte de candidature, à une brigue, était si contraire au sentiment public que la motion fut d'abord repoussée : « Le vote d'un gentilhomme, dit une voix, doit être déterminé par sa conscience et non par le vote des autres. » Mais le second tour n'ayant encore donné aucun résultat, les scrutateurs tirent connaître que M. de Grussol d'Amboise avait obtenu le plus de voix et que le scrutin de ballottage serait ouvert entre lui et le vicomte de la Châtre, qui venait ensuite. Crussol d'Amboise (b) fut élu par 460 voix sur 806. La Châtre (c) passa le 31 par 338 voix sur 659. Le
(a) Luxembourg (Anne-Charles-Sigismond de Montmorency, duc de), né à Paris 15 octobre 1737, mort à Lisbonne 13 octobre 1803. Démissionnaire le 20 août 1789, commandant en second à l'armée des Princes la brigade de Navarre.
(b) Crussol d'AMBoisE (Anne-Emmanuel-François-Georges, marquis de), marquis de Fors, né à Aurillac 30 mai 1726. Lieutenant général des armées du Roi, condamné et exécuté à Paris 26 juillet 1794.
(c) La Châtre (Claude de), dit le vicomte de la Châtre de Monts, né le 3 mais 1734 au château de la Roche-Belusson. Sous-lieutenant au régimenl de Normandie le 12 mai 1746, lieutenant à Cambrésis-inl'anterie le 15 janvier 1757, capitaine le 2 mai 1759, gouverneur de Châtillon-sur-Indre le 6 juin 1768, chevalier de Saint-Louis 13 septembre 1772, élu membre de l'assemblée d'élection de Poitiers, n'accepta pas; capitaine de la ir compagnie de Poitou-infanterie à l'armée des Princes, rentré en Fiance en 1802 (amnistié du 14 germinal an XI), mort à Poitiers dans sa maison de la rue des Trois-Piliers le 29 mars 1821.— Il avait épousé, en 1765, dans des circonstances romanesques, Marie- Charlotte de la Live de Bellegarde, sœur de Mme de Houdetot, bellesœur de M"" d'Epinay. Elle était veuve de l'intendant d'Alsace, Pineau deLucé; les siens la Taisaient passer pour folle pour disposer de sa fortune et l'avaient fait enfermer à Contiens par lettre de cachets. Cf. les études de M. Tornézy. En 1773, il avait acquis du marquis de
chevalier de Loynes de la Coudraie (a) par 439 sur 767, le comte de Jouslard d'Iversay (à) par 439 sur 775.
Ces deux dernières élections avaient été concertées ; les gentilshommes du Bas Poitou, voyant qu'aucun des leurs ne réunissait assez de suffrages, passèrent des billets portant le nom de la Coudraie à ceux qui avaient inscrit
Maleyssiè le château de Monts, paroisse de Ceaux-en-Couhé (Aff. Voit., 1775, p. 42) et s'y était adonné à l'agriculture. Lors de la nomination des députés du Poitou la Châtre demanda que leur mandat fût absolument gratuit. Le 20 février 1790 il proposa à ses collègues de renoncer àleur indemnité de 181. par jour'pour soulager la misère du peuple. Les municipalités de Payré et de Montmorillon lui écrivirent pour le féliciter, mais cette motion le lit accuser d'aristocratie comme tendant à faire déserter l'Assemblée nationale par les députés qui n'étaient pas riches (Thibaudeau, Souvenirs, 54),'et75 notables de Montmorillon protestèrent contre les félicitations que lui avait votées la municipalité. [Journal du Poitou, 1790, I, 251-252, 374; II, 93).
La comtesse Dash, qui tout enfant avait vu la Châtre, alors âgé de plus de 80 ans, en a laissé l'amusant crayon que voici (Mémoires des autres, 79-80) : « Il avait une apparence formidable, grand, gros, des yeux à fleur de tète, de gros sourcils en brosse .hérissés par-dessus. Le vicomte habitait une petite maison, rue de la Tranchée, avec un vieux valet de chambre.. Mirecourl, qui ne le quittait jamais... Tous les deux étaient vêtus de drap gris, seulement de nuances différentes, l'habit français, la veste et les bas de même couleur. M. de la Châtre portait une perruque à marteaux avec une bourse : on ne la poudrait pas souvent. «
(a) La Coudraie (François-Célestin de Loynes; chevalier de), né à Fontenay le 25 mai 1743. Lieutenant de vaisseau, émigré, fit la campagne de l'armée des Princes comme volontaire de la 4e compagnie d'infanterie noble de Poitou. Il ne rentra en France qu'à la Restauration et, peu satisfait de l'accueil qu'il reçut, retourna à Saint-Pétersbourg, où il mourut le 15 novembre 1815. La Coudraie était initié aux hauts grades de la Franc-Maçonnerie ; sur l'incrédulité religieuse de cet ardent contre-révolutionnaire et sur sa conversion, cf. les Mémoires de Mgr de Beauregard.
(6) Jouslard Comte d'Iyersay (Philippe), né au château d'Iversay (1729), mort à Poitiers (1804). Elu maire de Poitiers suivant l'éditde 1705, ne prit pas possession, membre de L'assemblée provinciale et de !a com mission intermédiaire, député de la noblesse en 1789, émigré, servit dans la 4P compagnie, rentre en France en 1801. Sa fille, M"14 de la Rochebrochard d'Anzay, fut colloquée pour 108.657.67 sur le milliard des émigrés dans la Vienne. Cf. .1. Richard, Notice.
M. d'Iversay, leur promettant leurs voix pour leur candidat au tour suivant. Ce fut le seul Bas-Poitevin qui passa, à moins de compter comme tel Luxembourg, seigneur d'Olonne. Le ier avril le marquis de Villemort (a) passa par 320 sur 619 contre le comte de Lambertie(//).Le 2avrilLambertie fut élu à la dernière députation contre la Roche du Maine par 288 voix sur 528. Celui-ci, pour qui « le parti démocrate » avait fait ouvertement campagne, avait blessé la petite noblesse par ses manières de grand seigneur, en même temps qu'il l'effrayait par son programme. Il fut seulement nommé suppléant de Crussol d'Amboise, qui était absent, retenu à Paris comme exécuteur testamentaire du Maréchal du Muy. Enfin, comme suppléants des députés qui pourraient mourir ou s'absenter, l'assemblée nomma,
(a) Villemort (Marie-Mesmin du Rouex, marquis de), né à Villemort, le 15 décembre 1745, mort à Poitiers le 7 août 1815. Page de la Petite Ecurie, émigré, lit la campagne de 1792, dans la Compagnie formée à l'armée des Princes par les officiers d'Artois-dragons. Rayé de la liste des émigrés en Vendémiaire an IX: un certificat du maire de Villemort du 28 prairial an VIII, produit à cette occasion, atteste qu'il n'a émigré en 1792 qu'après avoir risqué d'être assassiné et brûlé dans son domaine. Mais comme le même certificat atteste qu'il n'a jamais protesté contre les décrets alors qu'il a signé toutes les protestations, nous devons le considérer comme un certificat de complaisance.
(b) Lambertie (Joseph-Emmanuel-Augustin-François, comte, puis marquis de), né au château de L'Epine (Usson-du-Poitou), le 25 septembre 1748, mort à Paris le 21 avril 1819. Entré au service en 1763, capitainelieutenant de la Compagnie des gendarmes-Dauphin, maréchal de camp le 9 mars 1788, lieutenant-général en 1814, commandeur de Saint-Louis en 1816. Il émigra en 1791 et passa en Angleterre où il fit valoir sa parenté avec la maison royale. Sa trisaïeule maternelle, Hélène-Jeanne Desmier, marquise de Lescours, était sœur d'EIéonore Desmier, trisaïeule de Georges III. A ee titre, il eut en 1794 permission de lever un régiment; les circonstances l'empêchèrent d'exécuter ce projet, et en 1807 il n'était pas remboursé de ses avances. Mais il avait obtenu, en sa qualité de cousin du Roi, une pension suffisante. Il ne rentra en France qu'après Louis X.YI1I, en mai 1814. Cf. Notice nécrologique dans la Quotidienne du 25 avril 1819, reproduite Affiches et avis divers de Poitiers, 1819, p. 247, el surtout de Guilhermy, Papiers d'un émigré. M. de Guilhermy était son gendre.
les prenant cette fois dans la noblesse de robe, Irland de Bazoges (a) (2 avril) et Henri Filleau (3 avril) (à) (1).
Le Noblesse termina son assemblée en se donnant un rudiment d'organisation et en désignant dans chaque région des correspondants (2) à qui les autres gentilshommes de-
(a) Irland de Bazoges (Pierre-Marie), né à Poitiers le 12 avril 1750, mort à Poitiers le 7 janvier 1718. Lieutenant général de la sénéchaussée ls' mars 1771, député suppléant de la noblesse admis à siéger le 42H août 1789, en remplacement du duc de Luxembourg. Siégea à droite et signa les protestations; émigré, servit dans la 4e compagnie de l'infanterie noble à l'armée des Princes, maire de Poitiers 10 septembre 1807, président de cliambre à la Cour Impériale 1811. Avec lui s'éteignit la vieille famille des Trland. « Le président de Poitiers, Irland de Bazoges, était un fort bon enfant de quelque 3b ans, bon mari, grand et bien fait, je ne dis pas bien tourné, car il était fort gauche, un peu important et sentait son dignitaire de province. Frenilly, 112. 'Cf. Ctesse Dash, Mémoires des mitres.
(b) Fillf.at (Henri), seigneur des Groges, né à Poitiers le 6 juin 1758, mort 31 mai ls.'!2. Procureur du roi au Présidial 19 février 1785, suppléant de la noblesse, émigré en 1791, servit dans la compagnie de son oncle au siège de Maestrirbt, rentré 1800, juge au tribunal d'appel par intérim en remplacement de Thibaudeau 20 avril 1805, juge titulaire 3 janvier 1809, conseiller à la Cour, à la retraite 31 août 1831, conseiller général de la Vienne 1816-1830.
(1 Le lendemain on chantait dans les rues de Poitiers sur l'air : O Filii et Filia?.
Luxembourg les présentera . Le bon Crussol les nourrira Et La Châtre les défendra. Alléluia
La Coudraie se justifiera
Le d'Iversay dissertera
Le Villemort s'enhardira. Alléluia
De Lambertie se ruinera La Roche du Maine attendra
Bazoges de tout jugera. Alléluia.
Puis Filleau d'éloges jouira Personne ne travaillera Tout pour le mieux se passera.
Alléluia.
(2) Pour Poitiers ce furent le chevalier de la Liroue et Sayatte de t.enouillé; pour Civray, le marquis de Fayolle ; pour Couhé, M.de BechigneVoisin de (juron.
vraient fournir à première demande des députés les renseignements dont ils auraient besoin.
L'assemblée de Ghâtellerault fut très paisible (1). « Les députés des trois ordres, écrivait Nanteuii, s'entendent parfaitement entre eux. Un curé, à l'ouverture, ayant fait lecture d'un discours qui contenait des imputations injurieuses à la Noblesse, a été obligé par les autres ecclésiastiques présents et par les députés du Tiers-Etat à le déchirer à l'instant même (2). »
Les trois ordres, réunis le 16 mars sous la présidence du baron du Chilleau, adoptèrent la même marche. Ils nommèrent des commissaires pour la rédaction de leurs cahiers et s'ajournèrent au 30. Ce jour-là les cahiers furent approuvés et le lendemain l'opération finit par les élections. Le Clergé nomma pour député Joyeux (a) et pour suppléant Poirier [b) ; la Noblesse élut d'abord le marquis de Pérusse d'Escars et, sur son refus, son fils le comte François (c).
(1) Les procès-verbaux de Châtellerault existent aux A. N. en minute Ba 32, en copies Bm, '46. Cf. C. 17. Cf. les cahiers du Clergé et du Tiers. Arch. Pari., II : le cahier de la Noblesse est inédit. Papiers des Cars. Arch. Soc. Archives — (2) A. N. Ba, 68 : Nanteuii à Necker, 22 mars 1789.
(a) Joyeux (Pierre-Louis-Franeois), curé de Saint-Jean-Baptiste de Châtellerault et prieur de Saint-Didier de Saleignes (district de Saint- Jean d'Angély), s'associe à la démarche des curés de Poitou, mais refuse le serment. Après la session se retire dans le district de Boiscommun (Loiret). Arrêté le 16 vendémiaire an VI, désigné pour être déporté, mais protégé par son âge. libéré le 18 messidor an VI, fit la promesse de soumission aux lois de la République, mort avant le Concordat.
(6) Poirier (Vincent), curé de Leigné-sur-Usseau depuis 47 ans, membre de la commission intermédiaire de l'élection de Châtellerault, refusa le serment, condamné à la réclusion par le tribunal criminel de la Vienne, le 28 ventôse an II, libéré pour raison de santé, exerça secrètement le culte à Châtellerault, ne reçut aucun poste au Concordat vu son grand âge.
(c) Escars (François-Nicolas-René de Pérusse, Comte d'), né à Mon-
Le marquis des Courtis de la Groie, qui avait le plus de voix après lui, fut déclaré suppléant.
La Noblesse, avant de se séparer, désigna M, Cothereau de Grandchamp comme correspondant et pria le Roi d'accorder des lettres de noblesse à un vieil officier qui n'avait pu faire ses preuves, M. Bouin de Noire.
Le Tiers-Etat choisit pour députés le Lieutenant Général et le procureur du Roi de la Sénéchaussée, Creuzé-Latouche (a) et Dubois(^) ; comme suppléant, Ingrand (c). Dubois
thoiron le 12 mars 1759, mort à Paris le 30 décembre 1822. Gentilhomme d'honneur du comte d'Artois 1778, mestre de camp, lieutenant du Régiment d'Artois dragons 19 octobre 1779, député de la noblesse de la sénéchaussée de Chàtelleraull, attaché à la personne du comte d'Artois et chargé par lui des missions les plus importantes, il entra avec lui à Paris le 12 avril 1814, lieutenant général 22 juin, capitaine des gardes de Monsieur 1er janvier 1815, pair de France 17 août 1815.
(a) Creuzk de Latouche (Jacques-Antoine), né à Ghâtellerault le 18 septembre 1749, mort à Vaux le 22 octobre 1800. Conseiller à l'élection de Ghâtellerault 31 août 1770, avocat au barreau de Paris 1774-1784, lieutenant général de la sénéchaussée 23 juin 1784, membre de l'assemblée provinciale 1787, député du Tiers, membre du Trihunal de cassation 12 avril 1791, député à la Convention vota la réclusion et le sursis dans le procès du Roi élu au Conseil des Anciens 21 vendémiaire an IV, membre de l'Institut, 29 brumaire an IV, classe d'Economie politique, élu au Conseil des Cinq Cents 25 germinal an VI, sénateur 3 nivôse an VIII. Cf. les notices de Garron, J. Richard, A. Labbé.
(6) Dciîois (Jean-Claude), né à Mirebeaule 19 août 1742, mort à Cliàtellerault le S avril 1836, procureur du Roi à la sénéchaussée de Châtellerault 2 mars 1768; maire de Chàtellerault par provision du comte d'Artois du 19 juin 1785; membre de l'assemblée provinciale 1788; député du Tiers en 1789 ; juge au district de Chàtellerault 1790 ; prit séance après la session; juge au tribunal de la Vienne an IV; président du tribunal de Chàtellerault en 1816.
(c) Im.kaxd (François-Pierre), né àUsseau le 9 novembre 1756, mort à Paris le 21 juillet 1831. Avocat, capitaine des levrettes du Roi (A. V. I> 238). Mémoires du curé Ingrand, député suppléant du Tiers de Ghâtellerault à l'Assemblée Nationale, ne fut pas appelé à siéger; membre du directoire de département 1790, député à la Législative et à la Convention, vota la mort sans appel ni sursis. L'histoire de ses missions dans la Vienne serait celle même de la Terreur dans ce pays, député
était en même temps maire de ChâteUerault. C'est le seul officier municipal que l'impopularité des corps de ville n'écarta pas de la députation.
Les trois ordres de Loudun se réunirent le 10 mars dans l'église des capucins, sous la présidence du bailli de robe longue, Daniel Montault(l). Le 12, après les comparutions, le Tiers resta en séance dans l'église sous la présidence du lieutenant civil Poirier. Le Clergé se retira dans la chambre haute du couvent sous la présidence de l'abbé de Bussy ; la Noblesse dans la chambre basse, et Montault se présenta pour la présider en verlu de la prérogative de sa charge. Mais il n'était pas noble, et, dès le 17 février, douze gentilshommes avaient écrit au garde des sceaux pour le prévenir « qu'ils n'accepteraient pas le désagrément d'être présidés par un individu qui n'est pas de notre ordre ». Quand Montault entra dans la chambre de la Noblesse, il en fut littéralement mis à la porte, et le second ordre se constitua sous la présidence de son doyen, le marquis de Razilly. Un autre Montault, d'une branche anoblie, fut nommé secrétaire.
Ils n'osèrent toutefois pas procéder immédiatement aux élections. Le 15 le garde des sceaux leur donna raison, et. au reçu de sa lettre, le 20, la Noblesse se réunit à nouveau. À l'unanimité elle décerna la présidence au comte d'Artois dans la personne du comte de Marconnay, son fondé de pouvoirs. Celui-ci se voyait déjà député. Au premier tour il eut 24 voix sur 53, au second 25 contre M au marquis
au conseil des Cinq (lents par lt Puy-de-Dôme 23 vendémiaire an IV, inspecteur des forêts dans J'Oise et l'Aisne sous le Consulat et l'Empire. Exilé comme régicide par la loi du 1- janvier 1810, vécut à Bruxelles d'uni- rente viagè re de L.200 francs, arrentement de sa maison d'Usseau, rentre en France en 1830. Cf. Notice de J. Richard.
(1) Les procès-verbaux et les cahiers de Loudun sont conservés aux A N. ria, 47 et Bm, 74. Les cahiers sont publiés Arch. Pari., III.
de Ternav;mais le comte d'Artois portait malheur à qui se réclamait de lui ; au troisième tour 28 suffrages firent passer Ternay (a) contre Marconnay, à qui ses 25 électeurs étaient restés fidèles.
Le Clergé nomma de son côté Georges Demarsay Ai. curé de Nueil-sous-Faye; le Tiers élut Dumoustieret Bion, les adversaires du corps de ville.
Le 21, les députés élus prêtèrent serment.
En rapprochant les cahiers des différents ordres de ces bailliages de ceux qui avaient été adoptés à Poitiers il apparaît que les classes cultivées étaient unanimes à réclamer une constitution, vœu dont la masse paysanne n'avait pas encore l'idée : le consentement de l'impôt par des Etats généraux périodiques; leur répartition par des Etats provinciaux; la responsabilité des ministres et la liberté individuelle formaient les traits essentiels de cette constitution : l'absolutisme ne gardait pas de partisans. Le Clergé de Loudun comme le Tiers et la Noblesse de Poitiers luisait de l'établissement de la Constitution l'objet d'un mandat impératif.
L'accord était complet sur l'abandon des privilèges pécu-
(a) Arsac, marquis de Ternay (René-Henri-Louis-Jérôme •!'), né au château de Ternay le 4 mai 1730, mort à Londres le 21 juillet 1796. Ancien capitaine au régiment d'Apchon^dragons, marié en avril 1759 à Marie-Adélaïde-Victoire Gantineau de Gomacre (Gervais, notaire, avril i T :'»'.»> , servit dans la ' 4e compagnie de Poitou-infanterie à l'armée dus Princes. Ses héritières, sa veuve et la comtesse de Vaucelle, touchèrenl dans la liquidation du milliard des émigrés in.!.3US fr.(A.V. Q ' 4 1 2 . |
(b) Dkmaksav (Georges , m'' à Poitiers le 26 avril L743, mort à Loudun le 20 aoûl 1796. Curé de Nueil-sur-Dive, député au Clergé de la sénéchaussée de Loudun aux Etats Généraux; prêta le serment 29 ilécembre 1790, élu curé de Marcray à Loudun 10 avril 1791, mort
m. me de l'Hôpital. Sa mère était lasœur de M Beaureg ird.
niaires. Quant aux sujets de discorde, ils étaient le moins possibles mis en lumière.
Le Tiers de Loudun ne faisait pas comme celui de Poitiers une condition impérative du vote par tête et celui de Chàtellerault ne le réclamait même pas. La Noblesse des deux bailliages tenait pour le vote par ordre, comme celle de la sénéchaussée principale. La Noblesse se taisait sur les droits féodaux, dont partout le Tiers demandait l'abolition ou le rachat.
Les privilèges honorifiques de la Noblesse lui étaient reconnus; l'admissibilité à tous les emplois n'était pas demandée en principe : le Tiers de Chàtellerault comme celui de Poitiers réclamait seulement l'accès aux grades militaires, celui de Loudun un traitement égal dansla magistrature. Pour les biens d'Eglise, le Clergé demandait une meilleure distribution par des réunions de bénéfices ; le Tiers de Loudun n'allait pas plus loin ; celui de Poitiers et de Chàtellerault proposaient de doter les établissements de charité et d'instruction avec le surplus de ces richesses ; la Noblesse de Loudun demandait ouvertement d'en faire profiter l'Etat.
Aucun des 36 députés du Poitou, en comprenant le Loudunais et le Châtelleraudais, ne jeta « quelque éclat sur la province. Je n'excepte pas mon père (1) ». Cette appréciation d'A.-C. Thibaudeau est juste, mais l'importance du rôle joué par la députation poitevine jusqu'à la réunion des ordres n'annonçait pas cette nullité.
(i) A. C. Thibaudeau, p. Go.
ET DANS LA VIENNE i:7
Le duc de Luxembourg, commissaire conciliateur pour la noblesse le 20 mai, fut élu président le 12 juin, quand l'ordre constitua son bureau. Il se plaisait à se considérer comme le chef de la députation de la province et traitait magnifiquement tous ses collègues; il les reçut ainsi à dîner le 5 mai, après la séance d'ouverture, avant de les mener chez les princes et les ministres, et le 13 mai avant de les présenter à la reine (1). Mais ce n'était qu'à su table qu'il admettait la réunion des ordres ; il était fort opposé au vote par tète et à la vérification des pouvoirs en commun qui lui en paraissait le prélude.
Toute la députation noble du Poitou partageait ces sentiments. Lamberfie provoqua en duel un grand seigneur libéral, le prince de Poix, qu'il accusait d'aller porter à la chambre du Tiers ce qui passait dans celle de la Noblesse : « L'un reeut un coup d'épée dans le côté sans être dangereux, l'autre une égratignure au bras (2). »
C'est par M. de Luxembourg que, le 27 juin, après l'échec de la séance royale, Louis XVI commanda à la Noblesse de se réunir aux deux autres ordres. Le duc obtint l'obéissance en assurant que la personne du Roi était en danger. Après le 14 juillet il prit un passeport pour aller aux eaux de Bath et ne reparut plus à l'Assemblée, où il fut remplacé par Irland de Bazoges.
La députation de la Noblesse siégea toute à l'extrême droite de la Constituante dans un parfait accord deprincipes, et nous la retrouverons signant les différentes protestations. Seule, la signature de Crussol d'Amboise manque; seul, il se rapprocha de la gauche. Une liste de vengeances attri-
U)Jallet, 50, -il.- (2 Le Comte de Quéïen au président de Saint- Luc, 24 juin 1789 ; Pierre de Vaissières, Lettres d'aristocrates, 15
buée aux émigrés le range parmi les « insouciants, pusillanimes et imbéciles » qui méritaient les galères (1). La Révolution lui fut plus sévère ; il n'avait pas émigré et fut
guillotiné.
Dans le Clergé, les deux partis trouvèrent parmi les Poitevins des tenants et presque des chefs, s'il fallait en croire Jallet. Les autres récits de ce qui se passa dans la chambre du Clergé, notamment Vallet et Thibault, réduisent ces vanleries. Il reste que Lecesve et Dillon furent deux des dix-neuf commissaires nommés le 11 mai pour correspondre avec les autres ordres (2). Le 19, Lecesve, Dillon et Jallet appuyèrent la motion de déclarer d'ores et déjà l'abandon des privilèges pécuniaires. Saint-Aulaire soutint que cette déclaration était prématurée et qu'il fallait la réserver pour les négociations. Elle fut votée cependant par 150 voix contre 75 (3). Le 25, Jallet publia sa brochure : /' 'Evoque d'A. à VEvêque de B.
Le rôle de Lecesve comme commissaire conciliateur fut très actif; c'est lui qui, dans la commission, tint tête à l'archevêque d'Arles (4). A la conférence du 4 juin le comte d'Antraigues dit assez haut pour être entendu de lui : « Ce
sont 160 b de curés qui nous perdront ». Il répondit :
<(Ce sont ces curés qui sauveront l'Etat. » Les négociations n'avançaient pas. Le 10 juin, sur la motion de Sieyès, les communes invitèrent les autres ordres à se réunir à elles. Le
(i) Liste des principaux agents et moteurs de La Révolution Française trouvée par le représentant du peuple Alquicr dans le secrétaire du ci-devant Stathouder a la Haye, en ventôse an III. — (2) Jallet, 54. — Ci) -2:; pour la négative, 50 pour s'en rapporter à la prudence des commissaires. Première lettre de l'Ev. d'A., Jallet, 60, 65. Le procèsvrerbal porte que la motion fut adoptée par acclamation. Jallet accuse Dillon, qui était secrétaire, de s'être déshonoré en se prêtant à ce que l'opposition des évêques ne laissât pas de traces. — (i) Jallet, 06, 75, 77, et Première lettre.
ET DANS LA VIENNE l7g
\%, le Clergé délibéra sur cette invitation que Jallet proposa
d'accepter. Vingt-deux curés signèrent la motion, mais il ne s'en trouva que dix disposés à passer au Tiers immédiatement et sans attendre la délibération de leur ordre (1). « C'eût été trop peu pour une démarche de cette impor-
tance Le duc d'Orléans était dans notre antichambre
avec quelques nobles ; ils attendaient l'événement. Si 60 curés eussent passé, le prince et son parti les eussent suivis. Lecesve et moi étions désespérés de tromper ainsi l'espérance du duc d'Orléans et d'une foule de spectateurs... Il y avait ce jour-là dans la salle au moins 3.000 personnes venues de Paris pour jouir du spectacle des curés s'unissant à l'ordre des communes (2) . »
Le lendemain ils se décidèrent à passer malgré leur petit nombre. Lecesve, Jallet et Ballard se rendirent dans la salle et répondirent à l'appel de leurs noms. Lecesve, premier député, remit les pouvoirs et Jallet porta la parole. Le jour suivant, Dillon, Joyeux, Grégoire et cinq autres les imitèrent (3).
Ils craignaient que dans la chambre du Clergé, où la discussion continuait, on ne voulût les exclure. La motion, n'en fut pas faite, mais Saint-Aulaire et Mercy les attaquèrent vivement.
En répondant Lecesve fit bon marché du caractère ecclésiastique des députés du Clergé : « Pour réformer les abus, régénérer la nationale Clergé ne suffirait passait-il le 15 juin. Que faut-il, Messieurs, pour remplir ces grands objets? des évèques ? non, des grands vicaires? non,
J!l « ™ 84' f' !T PU'CeS relativeS à la déma>'chc des trois curés don-
tenera!lf &Î!Î* l^'HP* ****** m°n et *>*« d* C^"
telleiault.- (2) Jallet, 80. — (3) pièces relatives, 16.
des chanoines? non, des religieux? point, des curés? pas davantage. Que faut-il donc? des citoyens, et uniquement
des citoyens (1). »
Le 19 il releva avec hauteur l'expression de mandataire infidèle que révoque de Lucon avait employée. Saint- Aulaire lut alors le cahier qui prescrivait le vote par ordre. Jallet eut l'audace d'en' nier l'authenticité (2). La lutte qui divisait l'ordre se concentra un instant dans la députation
de Poitou.
La réunion fut votée par 149 voix contre 136. Les deux évêques avaient voté contre, tous les curés de la province pour.Surade et Demarsay avaient, paraît-il, hésité (3).
La démarche des trois curés du Poitou leur valut dans le parti patriote une grande popularité. On sait la place que David leur a donnée dans son tableau du Sermentdujeu de paume. Jallet jouit sans modestie de ces ovations. Racontant sonvoyage à Paris pour assister àla visite du Roi à l'Hôtel de Ville après le 14 juillet : « Nous avions dessein, ditil, de faire mettre sur notre voiture en gros caractères : Les trois curés du Poitou, mais à la réflexion nous changeâmes
d'avis (4). »
Le rôle des Poitevins à l'Assemblée ne répondit pas à ces brillants débuts. Il fut modeste et obscur, pour les évêques à l'extrême droite, pour les curés à gauche ; Joyeux seul rompit avec la Révolution quand la constitution civile lui en fit un devoir de conscience.
Quant aux députés du Tiers,leur obscurité fut égale. Tous, sauf un, appartinrent, avec des nuances plus ou moins accen-
(1) Jallet, 89. — (2) Jallet. 02. -- (3) Pour Demarsay, Jallet, 53; pour Surade, cette note manuscrite de Faulcon sur une liste des députes : , Il a joué au lin. ».— (4) Jallet, 143.
ET DANS LA VIENNE Isl
tuées, au parti patriote. Le silence qu'ils gardèrent ne permet pas de les rattacher à un groupe plutôt qu'à un autre. Dans la liste que nous avons déjà citée, outre Cochon régicide, Lofficial et Goupilleau-sont notés comme factieux de première classe.; Creuzé-Latouche, Bouron, Faulcon, Thibaudeau, Gallot, Laurence, Pervinquière, Dumoustier et Bion, factieux de seconde classe; Bornier, Birotheau, Agier,Biaille-GermondetBriault, «insouciants, pusillanimes et imbéciles ». Un seul nom manque, Dubois, député de Châtellerault. Seul en effet des 18 députés du Tiers de la province, ;;il vota ordinairement avec la droite ; il ne s'associa cependant à aucune des manifestations de celle-ci. Louis XVIII le comprit au nombre des députés fidèles auxquels en 1815 il accorda des lettres de noblesse.