mai
Les officiers de la Colonelle retirèrent les mesures de rigueur qu'ils avaient prises, et le dossier de l'affaire alla dormir dans les cartons du comité militaire de l'Assemblée jusqu'à la loi sur l'organisation des gardes nationales (1). On transigea toutes les difficultés qui s'élevèrent dans la garde nationale pour n'avoir pas à les faire juger par une juridiction sur la composition de laquelle on ne s'accordait pas (2).
La création du comité militaire avait été une manœuvre de parti, et les meneurs, trouvant de plus sûrs moyens d'action, semblent ne pas l'avoir poursuivie. D'ailleurs, il avait joué un rôle plus politique que militaire et s'était surtout signalé en dénonçant les protestations du 13 avril et la Lettre des Impartiaux.
Ces protestations sont en Haut-Poitou la première démarche contre-révolutionnaire concertée ; de là leur importance et leur retentissement. Les mécontentements n'avaient jusque-là inspiré aucun acte public. Les protestant sont les premiers qui disent : non à la Révolution. « Ils ont rompu l'unité de la foi patriotique », disent avec indignation les curés patriotes de Poitiers. Béra avait bien dénoncé le 15 février comme une diatribe fanatique une prière lue à la chapelle de la Visitation et intitulée : Amende honorable au Sacré Cœur ; mais cette première dénonciation n'avait ému personne (3).
(1) Le 13 juin, Thibaudeau écrit à la municipalité qu'il vient de classer le dossier. Correspondance, 103 ; puis on ne trouve plus trace de l'affaire. — (2) Cf. infra/VII. — (3) Béra : A mes amis, 6; Le Revenant,ib,
A l'Assemblée même, les députés de la droite éprouvaient une vive répugnance à se former en parti. Le 18 janvier, Irland de Bazoges protestait contre le titre d'aristocrate, la constitution de la France, à laquelle il était attaché, n'étant pas, disait-il, une aristocratie, mais une monarchie tempérée parles lois. Il dénonçait vivement le club des Jacobins, mais il ajoutait :
Il y aurait une assemblée composée de membres qui auraient une opinion opposée au même degré à celle des Jacobins que je n'y assisterais pas davantage (1).
Et quelques jours après :
Il en existe une autre formée depuis peu sous la dénomination des Impartiaux... M. de Glermont-Tonnerre, qui a abandonné le parti des Jacobins, est à la tète des Impartiaux. Il leur promet même de détacber 200 des Jacobins. Si cela arrivait, ce parti se trouverait très affaibli, et c'est, je crois, le seul avantage qu'on puisse espérerde cette nouvelle coalition... D'après ce que je vous ai marqué, je n'ai pas besoin de vous dire que j'y suis étranger. Je ne crois même pas qu'aucun des nôtres en soit. Plusieurs évêques en sont. Je ne sais si cela est bien politique (2).
Le 4 février, lors de la visite du Roi à l'Assemblée, l'unanimité se rencontrait encore pour jurer de maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée et acceptée par le Roi. Thibaudeau écrivait joyeusement:
Ceux notés par la voix publique comme les plus opposés à la Constitution ont fait le même serment sans difficulté; toute notre députation du Poitou l'a fait, Mgr l'Evêque de Poitiers à leur
tète (3).
L'Assemblée Nationale discutait l'administration des
(1) Irland à Filleau, 18 janv. 1790 : Corresp. inédite. — (2) M. 28 janv. — (3) Corresp., 72.
biens ecclésiastiques quand un chartreux, qui votait d'habitude avec la gauche, D. Gerle, proposa de couper court aux accusations d'impiété dirigées contre l'Assemblée Nationale en déclarant que « la religion catholique, apostolique et romaine est et demeurera pour toujours la religion de la Nation et que son culte sera le seul culte public autorisé». La droite applaudit et voulut voter d'acclamation ; la gauche sentit le coup. Repousser la motion, c'était justifier le reproche d'hostilité à l'Eglise ; l'admettre, c'était s'enchaîner à ses lois. Les amis de D. Gerle lui firent retirer sa motion ; la droite la reprit, et, après deux jours de débats passionnés, l'Assemblée passa à l'ordre du jour, la majesté de la religion, dit-elle, ne permettant point qu'elle devienne sujet de délibération.
Cette déclaration ne parut qu'hypocrisie à beaucoup de catholiques, et l'ordre du jour leur sembla une apostasie nationale. L'évêque d'Uzès, M. de Béthisy, s'écria sur-lechamp qu'il protestait; 295 députés signèrent et publièrent une adhésion à cette protestation. Saint-Aulaire et Mercy étaient parmi les signataires, et avec eux, sauf Crussol d'Amboise, tous les députés nobles du Poitou. « Ils ont pensé répondre aux vœux de leurs commettants, et leur approbation a été l'objet de leur espoir (1). »
Saint-Aulaire ne se borna pas à signer, il écrivit secrètement à son clergé pour l'inviter à s'associer à la protestation (2). Le chapitre de Saint-Pierre, si longtemps en conflit avec l'Evêque, rivalisa avec lui de zèle pour la défense des droits traditionnels de l'Eglise de France ; il adhéra à la «Déclaration d'une partie de l'Assemblée Nationale » et
(1) friand à Filleau, 3 mai. — (2) A. V. G. 1683, Délibérations capitulaires de Sainte-Radegonde, 7 mai 1790.
invita les autres chapitres de la ville à en faire autant. Les chapitres de Sainte-Radegonde et de Saint-Hilaire votèrent l'adhésion à l'unanimité, et chacun de leurs membres offrit de la souscrire individuellement (1). C'était la première fois depuis bien longtemps que MM. de Saint-Hilaire et de Saint-Pierre se trouvaient d'accord.
Ces délibérations ne reçurent pas de publicité. C'était un usage d'Ancien Régime de consigner ainsi en lieu sûr et secret une réclamation authentique en faveur des droits qu'on ne voulait pas laisser prescrire et qu'on ne pouvait revendiquer tout haut.
En ville des listes d'adhésion circulaient. Pruel («), curé de Sainte-Radegonde, ne se cachait pas de recruter des signatures. Des hommes considérables donnèrent la leur, comme le conseiller Lamarque de Fleury, dont le Vœu d'un Corps particulier avait un an plus tôt paru si hardi.
En même temps le Journal duPoitou, le seul périodique de la province, changeait de ligne politique. Localement, il n'en avait guère, était ami de tout le monde; mais son compte-rendu de l'Assemblée Nationale était nettement favorable au côté gauche. Il n'avait que sarcasme pour a la loquelle » de l'abbé Maury. On ne pouvait excuser celui-ci qu'en le supposant inconscient; « sans cela il serait
(a) Pruel (René), né à Champdeniers, 16 octobre 1760, mort à Poitiers, 19 mars 1844. Vicaire à Champdeniers 1784, Sous-Principal du collège 1787, nommé curé de Sainte-Radegonde par le chapitre 16 mai 1788. Ayant refusé le serment, il ne quitta pas la France, se réfugia un moment à Angers, puis revint à Poitiers, où son ministère caché est resté légendaire. Au concordat, curé de Sainte-Radegonde.
(1) A. V. G. Reg. 157. Délibérations capitulaires de Saint-Hilaire, 7, 8, 11 mai. G. 1682. Dél. cap. Sainte-Radegonde, 0 mai. La perte des registres capitulaires de Notre-Dame et de Saint-Pierre-le-Puellier ne nous permet pas de dire quelle fut l'attitude de ces chapitres.
trop criminel (1). » Juste avec le compte-rendu de la séance du 13 ce fut un changement de front:
A l'issue de la séance, MM. de Cazalès, le vicomte de Mirabeau et l'abbé Maury ont failli être victimes de leur zèle à défendre la cause de la religion et du clergé. Ils n'ont dû leur salut qu'à leur courage et surtout au concours de la garde nationale.
Et à propos de la séance du 15 :
M. l'abbé Maury n'a jamais déployé un plus grand caractère ; on dirait que son audace et son énergie augmentent au milieu des poignards (2).
L'abbé Vinson, vicaire de Sainte-Opportune, publiait une curieuse brochure. Avec hardiesse il invoquait en faveur d'une religion d'Etat l'esprit unitaire de la Révolution :
S'il est certain que l'esprit de parti est autant et mille fois plus dangereux, plus cruel et plus opiniâtre en matière de religion qu'en matière de politique, pourquoi donc le prévenir d'un côté par l'anéantissement des distinctions d'Ordres, par l'unification des lois civiles, et le favoriser au contraire, le provoquer de l'autre par l'établissement et la confusion des religions et des cultes divers (3).
Vinson faisait en vain observer (4) que le prétendu décret n'en était pas un et qu'aucune force légale ne s'attachait à un ordre du jour qui n'avait pas été proposé à la sanction du Roi. L'opinion avancée n'en dénonçait pas moins les protestations comme la préface d'une insurrection.
Le 18 mai, 14 curés et 2 vicaires de l'archiprêtré de Chaunay (5), réunis le lundi de la Pentecôte pour la dis-
(1) Journal du Poitou, 25 et 26 janv. 1790. — (2)Id., 26 avril. — (3) Réflexions sur l'unité du culte public. L'abbé Vinson fut, après le concordat et sous la Restauration, un des champions de la Petite Eglise. — (4) Réflexions, p. 2. — (5) A. N., C. 115. Adresse et délibération des curés de l'archiprêtré de Chaunay, département de Poitiers, (Impr. Paris, Baudoin, R.P. in-8, XX.II.
tribution des saintes huiles, profitèrent de cette occasion liturgique pour assurer l'Assemblée Nationale de leur admiration et de leur adhésion à tous ses décrets, notamment celui du 13 avril ; le 27 mai, 28 ecclésiastiques de Civray et des environs (1) en faisaient autant ; le 2 juin, 25 gentilshommes du canton de Civray (2) imitent l'exemple des curés et déclarent au greffe municipal qu'ils regardent le décret du 13 avril « comme le chef-d'œuvre de la raison humaine par les fers avec lesquels (il) vient d'enchaîner à jamais le fanatisme». Un de ces gentilshommes éclairés, M. de May de Fontafret, déclare ne savoir signer.
Le même jour, la moitié des curés de Poitiers, 12 sur 24 (3), « déplorant avec les larmes de la Charité l'erreur de quelques-uns de leurs confrères, » écrivent à Nosseigneurs de l'Assemblée Nationale : « Nos yeux satisfaits se reposent avec admiration sur les chefs-d'œuvre sortis de vos mains . »
Protestations et contre-protestations, listes de signatures que l'on oppose, ce sont toujours les premières démarches des partis qui s'organisent. Ils sont déjà bien tranchés dans le clergé, et l'esprit révolutionnaire commence à reculer devant les inquiétudes de l'esprit religieux. A Poitiers, Lavigne, Gauffreau, Sabourin de Montierneuf se séparent à cette occasion de leurs confrères, avec qui ils avaient formé en 1789 le comité électoral des curés. Plus d'un ne sera toutefois désenchanté que par l'application de la constitution civile. Parmi les adhérents au décret du 13 avril, Demarconnay et Chollois, Taupin de Saint-Saviol et Serph
(1) Dél. mun. Civray, 27 mai. — (2) Dél. mun. Civray, 2 juin. A. N., C. 114. — (3) Adresse de MM. les curés de la ville de Poitiers. Impr. R. 1\, in-4, XVIII.
de Saint-Macoux refuseront ou rétracteront sur-le-champ le serment.
L'opposition aux décrets prenait en même temps une autre forme. Les assemblées primaires étaient convoquées. L'idée parut séduisante de faire désavouer l'Assemblée Nationale par la Nation. 11 y avait entre les décrets et les cahiers de 1789 de notables différences. Si le peuple, dont jusqu'à présent la canaille des émeutes et le public des tribunes avait usurpé le nom, si le peuple authentiquement consulté pouvait rappeler à des mandataires infidèles les volontés qu'il avait exprimées un an plus tôt ! Irland de Bazoges se laissait aller à cet espoir : « Il faut compter sur quelque chose de plus naturel, ce sont les assemblées qui vont avoir lieu (1). »
Un manifeste très modéré fut imprimé et répandu avec cette seule signature : Les députés impartiaux de V Assemblée Nationale. Ils ne critiquaient aucun décret en particulier, mais ils invitaient chaque assemblée primaire à manifester son vœu contre les dispositions qui lui paraîtraient spécialement préjudiciables. C'était faire appel à tous les privilèges provinciaux que supprimait, à tous les intérêts locaux que froissait la Révolution (2).
(1) Irland à Filleau, 26 mars. — (2) « Nous ne pouvons nous dissimuler que, soit à raison de la difficulté des circonstances, soit parce qu'on n'a pas assez consulté les cahiers dans lesquels vous aviez consigné vos volontés, il ne se soit glissé des imperfections dans les lois qui jusqu'ici vous ont été offertes par l'Assemblée Nationale. Vous devez donc, Messieurs, lui faire vos observations, rappeler à vos dépu. tés le vœu dont vous les avez rendus dépositaires.
« Les lois générales sont susceptibles de modifications ou d'exceptions, suivant que l'exigent la position, le sol, les productions, la population, le commerce des provinces qu'elles doivent régir et les usages ou les mœurs de ceux qui les habitent. Elles ne sont vraiment sages que lorsqu'à l'aide de ces exceptions elles peuvent faire le bonheur de tous les habitants d'un vaste empire.
Les Impartiaux se souciaient peu que les protestations portassent sur telle ou telle partie de l'œuvre de la Constituante; l'essentiel était qu'on réclamât contre elle. La masse des plaintes, quelque fût leur objet, la discréditerait en la convainquant de désaccord avec le Peuple même.
La pièce était datée de Paris, 18 avril. On soupçonna qu'elle avait été composée à Poitiers. Plusieurs exemplaires furent en tout cas mis à la poste de Poitiers pour différentes adresses dans les premiers jours de mai (1).
Le conseil générai de la commune se hâta de la désavouer.
Mais le comité militaire s'empara de l'affaire, et le 18 mai, demanda l'ouverture d'une instruction criminelle (2). La municipalité, s'expliquant auprès de l'Assemblée Nationale, releva, avec une vigueur où se trahit la plume de Laurendeau, l'étrangeté du rôle que s'attribuait le comité militaire : « Celte organisation nous paraissait dangereuse ; l'événement ne le justifie que trop. Le nouveau comité, constitué par lui-même, a jugé à propos de s'ériger en tribunal. » La municipalité n'avait nulle envie d'imiter cette usurpation. Si le manifeste des Impartiaux devait être poursuivi, c'était comme crime de lèse-nation, et alors la connaissance en était attribuée au Châtelet de Paris. D'ailleurs « l'adresse aux citoyens actifs de la communauté de. . . n'a fait aucune impression sur l'esprit de nos citoyens, et cet ouvrage, aussi méprisé que méprisable, en naissant a été oublié (3) ».
« Si donc dans les décrets sanctionnés parle Roi, si, dans ceux qui vont être présentés à la sanction, il en ét;iit dont l'exécution, ou ne fût pas possible dans votre canton, ou ne pût avoir lieu qu'en faisant le malheur d'une partie de vos concitoyens, vous devez le faire connaître... »
(1) Thibaudeau : Correspondance, 9,2. — (2) Dél. niun. Poitiers, 18 mai 1790.— (3) Dél. mun., 10 mai.
Le marquis de la Messelière Drouault, maire de Poitiers, et Bulaud (a), avocat du roi à Montmorillon, avaient été, par commission du 6 mars, nommés commissaires du Roi pour la formation du département de la Vienne et des districts en dépendant.
Ils se montrèrent très émus à la pensée que la lettre des Impartiaux pourrait entraîner quelques assemblées primaires (1) et ils les mirent en garde contre « un écrit supposé et dangereux », les adjurant de s'interdire toute manifestation politique. En fait, aucune ne fut saisie de la lettre des Impartiaux, les municipalités qui en avaient reçu des exemplaires s'étant bien gardées de les leur communiquer.
Des 42.683 citoyens actifs que comptait la Vienne d'après les nouvelles évaluations des journées de travail, les paysans montrèrent beaucoup plus d'empressement que les citadins. A Châtellerault, il y a 148 votants sur 1.385 citoyens actifs ; 175 sur 247 pour les trois petites paroisses rurales d'Antoigné, Pouthumé et Targé. Charroux n'a que 62 votants sur 256 inscrits ; les citoyens des autres communes sont obligés à un voyage assez long par le vote au chef-lieu de-canton ; de 786 il en vient 479. Dans l'ensemble le nombre des votants dépasse la moitié (2), mais ce
(a) Butald (Joseph-Pierre), né à Montmorillon, 20 février 1746, mort à Montmorillon, 10 novembre [Kl!\. Avocat du Roi delà Sénéchaussée; membre de l'assemblée d'élection de Poitiers 1787 ; électeur du Tiers 1789 ; membre du Directoire 1790-1793, révoqué par Choudieu ; souspréfet de Montmorillon.
(1) Tout cequisuit est tiré des procès-verbaux des assemblées primaires. A. V., L. 9, et d<' la correspondance des commissaires du Roi avec Saint-Priest. A. X. Fi'III, Vienne, 1.— (2) Il est de 8.796 votants sur 16.514 inscrits d'après les 29 procès-verbaux qui donnent les chiffres.
nombre ne se maintient pas à tous les scrutins. Les assemblées primaires durent pour cela trop longtemps, au moins deux jours. A Saint-Savin, où elles se prolongent six jours, de 509 votants il n'en reste que 2i à la dernière élection.
La proportion des ecclésiastiques et des gentilshommes appelés à la présidence des assemblées ou nommés électeurs confirme les observations faites au sujet des municipalités. Sur 84 assemblées primaires, 13 nommèrent un curé président, 8 un gentilhomme ; sur 422 électeurs, on compte 32 curés et une douzaine de nobles.
La haine des anciens privilégiés provoqua cependant deux graves émeutes. A Saint-Julien, le 12 mai, les habitants de Liniers, Bonnes et Jardres chassèrent les gentilshommes et les prêtres de l'assemblée, forcèrent le chevalier Duris d'abandonner sa croix de Saint-Louis et procédèrent aux élections en l'absence des expulsés. Un détachement de Royal- Roussillon alla assurer l'ordre et le droit de vote de tous. A Lésigny, le comte de Lussac, élu président, fut assailli par des furieux, le marbre de l'autel futbrisé et l'assemblée remise au mardi suivant. M. de Lussac crut prudent de n'y pas reparaître; tous les ecclésiastiques et gentilshommes du canton en firent autant et laissèrent le champ libre aux meneurs.
Les assemblées primaires de Poitiers se réunirent les dernières de tout le département, le 31 mai. Au district des Carmes, Gennet jeune (a) demanda que les électeurs fus-
(a) Gennet (Jean-Baptiste) (24 octobre 1753-29 juillet 1822). Avocat 2\- novembre, 1778; membre «lu Directoire, 1790; secrétaire général du département; épuré,22 Primaire an II ; avocal à la Cour, 1811, bâtonnier (1816-1817-1822)- On l'appelait Gennet le jeune ou Gennel Delamazière, du nom de sa lemme, pour le distinguer de son cousin Gennet (Joseph-René) (il septembre 1750-24 mai 1834). Avocat, 16 oovembre 1771; suppléant au conseil de District, juillet 1790; juge au tribunal,
sent tenus d'ajouter au serment civique celui de n'avoir pas protesté contre les décrets. On en référa aux commissaires du Roi qui approuvèrent cette exorbitante exclusion, par le motif que le serment civique était incompatible avec les protestations : « Quiconque aurait pu faire l'un et l'autre peut être justement soupçonné de parjure. »
Lamarque, la Pastellière se rétractèrent pour voter ; le curé Pruel,les chanoines Audios, Jollivard, Penin,de Béchillon, Bouin de Beaupré se retirèrent. On réclama même à Pruel la liste qu'il avait fait circuler ; il refusa naturellement de la donner.
Le lendemain, les citoyens de Montierneuf voulurent imposer le serment de n'avoir protesté ni directement ni indirectement. Les commissaires du Roi regrettaient déjà la décision qui leur avait été surprise la veille et qui ne constituait rien moins que la déchéance civique sans texte et sans jugement de ceux à qui l'on imputait un délit d'opinion. Ils interdirent l'insertion dans le serment du mot indirectement, et plus tard, dans leurs instructions à l'assemblée des électeurs, ils disaient:
Evitez avec soin, Messieurs, de vous permettre aucunes exclusions : elles ne servent qu'à irriter les esprits, à prouver l'insuffisance de ceux qui les proposent.
Mais leur concession avait enhardi les révolutionnaires. Le 1er juin, Béra, président du district des Capucins, y fait voter un arrêté qui déclare :
Ennemis de la Nation, traîtres à la Patrie et parjures à leur serment tous ceux des députés de l'Assemblée Nationalequiont signé
octobre 1790; professeur à l'Ecole de Droit, 1800 ; doyen, 1816. Gennet l'aîné, beau-frère de Laurendeau, marqua dans le parti contre-révolutionnaire.
des déclarations ou protestations contre ses décrets, et notamment contre celui rendu le 10 (sic) avril 1790 concernant la religion.
La municipalité était requise de saisir et de supprimer tous les exemplaires de la Déclaration, et les électeurs du district étaient chargés de faire la même motion à l'assemblée électorale. L'arrêté des Capucins fut envoyé à tous les autres districts avec invitation d'y adhérer.
Au Collège, Laurendeau réussit à le faire rejeter ; ce district se contenta de manifester son adhésionà tous les décrets sanctionnés et approuvés par le Roi et son improbation des protestations qu'on a pu faire contre les mêmes décrets. Mais les Jacobins, les Augustins et Montierneuf adoptèrent l'arrêté dès Capucins. Les Carmes se rallièrent à peu de chose près à la formule du Collège. Nous serions disposés à regarder l'exclusion dont ce district avait pris l'initiative comme plus grave que les déclamations de Béra. Les hommes de 1790 en jugeaient autrement, et, en effet, si l'on prend les mots à la lettre, dans cette rhétorique meurtrière, « ennemis de la Nation, traîtres à la Patrie », il y a en germe toute la Terreur. La peine de la trahison, c'est la mort.
Ce qui parut surtout exorbitant dans ces sanglantes flétrissures, c'est qu'elles s'appliquaient à des députés encore revêtus de ce caractère sacro-saint. Saint-Aulaire et ses compagnons d'infamie comptaient toujours parmi Nosseigneurs de l'Assemblée Nationale. Sous couleur de venger celle-ci, ne lui manquait-on pas en insultant ses membres ? Laurendeau, manœuvrier de premier ordre, fit adopter ce thème aux commissaires du Roi (1), et, par ordonnance du 14 juin, ils cassèrent, en approuvant le patriotisme qui l'a
(1) Béra, A ines amis, à mes ennemis, 14.
iv 19
suggéré, l'arrêté des Capucins comme nul, incompétent, attentatoire à la dignité de l'Assemblée, «en tant que le dit arrêté contient jugement contre la minorité des membres de la dite Assemblée sur le fait des dites protestations » .
Le biais avait été si heureusement trouvé que l'ordonnance d'annulation fut approuvée par le comité de constitution (1).
A la veille des assemblées primaires de Poitiers, le parti patriote s'était donné une organisation plus solide. Il s'appelait lui-même ainsi, et c'est le nom que nous lui conserverons d'après les documents. Mais le patriotisme révolutionnaire est quelque chose de différent du patriotisme tout court. Béra en a donné une bonne définition :
Nous n'entendons pas ici par l'amour de la patrie cet attachement pour les lieux qui nous ont vus naître, sentiment inné chez tous les hommes et qu'ils partagent avec les animaux qui peuplent l'univers. Mais nous voulons parler de ce sentiment qui nous attache par tous les liens du goût et de la raison à un gouvernement fondé sur les Lois et la Liberté (2).
Ce patriotisme est une passion politique. Le 29 mai ceux qu'il anime fondent à Poitiers une société des Amis de la Constitution, affiliée presque aussitôt à celle de Paris par l'entremise de Creuzé-Latouche. Comme à Paris, ce fut dans une salle du couvent des Jacobins que les fondateurs se réunirent la première fois. Ils étaient quinze et nommèrent comme président le plus âgé d'entre eux, qui était
(l)Dél.mun., lîj juin ; A. N. Flc III, Vienne, I : Ordonnance du 14 juin et avis du Comité de Constitution — (2) Choix de plaidoyers, 29.
ET DANS i.A VIENNE
aussi le personnage le plus considérable de leur petit groupe, le conseiller Hampillon {a). Les deux secrétaires furent Barbaud 3m,i (sic), procureur au présidial,et Hindré, secrétaire de l'intendance ; le trésorier, Leblond, procureur à la juridiction consulaire. Les autres fondateurs étaient Béra et A.-C. Thibaudeau ; les curés Guillemmet et Thibaut; Cuirblanc, vicaire de Sainte-Triaise; Barbot, procureur au Présidial ; Guyot, contrôleur ambulant ; Estachon, contrôleur des Aides , Demairé, bourgeois, et les orfèvres Chinon et Tuffet.
Après s'être constitués, ils admirent au scrutin dix autres personnes qui, sur la nouvelle de leur projet, avaient demandé à se joindre à eux. En quinze jours ils furent plus de soixante : hommes de loi, prêtres, commerçants, un anobli, Pascal Creuzé du Fresne (/>), greffier du bureau des finances. Point d'hommes du peuple. L'heure des séances ordinaires, le mercredi, puis le jeudi et le vendredi à 2 heures de relevée, eût suffi à écarter les artisans vivant d'une profession mécanique qui n'étaient point libres à ce moment-là.
Creuzé-Latouche était à Paris le correspondant attitré de la société qui obtint successivement l'adhésion des députés
(a) Rampillon (Gabriel-Opportune). Conseiller au Présidial, 2:5 juillet 1776; juge au tribunal de district de Poitiers, 7 octobre 1790; accusateur public, 11 novembre 171)2; destitué par Piorry, ('.avril I793;juge au tribunal de département, 11 brumaire an [V; député aux Cinq-Cents, an V, et au Corps Législatif, an VIII ; juge au tribunal d'appel; conseiller à la Cour d'appel, 1811.
(6) Creuzé-Pascal (Michel-Pascal Creuzé,S* du Fresne dit), né à Poitiers^ avril 1736, mort à Cbâtellerault, 18 mai 1804. Greffier du bure ru de finances, 29 octobre 1766 ; comparaîl à l'assemblée de la Nobb 1789; membre du bureau de souscriptions, maire de Poitiers, 1791; député à la Convention, vota dans le procès du Roi le bannissement, le sursis et l'appel au peuple; membre du Conseil des Anciens en l'an l\ et en l'an VI.
Thibaudeau, Lecesve, Laurence, Faulcon, Surade.
Les Amis de la Constitution, à peine créés, n'intervinrent pas dans les assemblées primaires — les initiatives personnelles de Béra et de Gennet jeune, dont nous avons noté la légère divergence, furent décisives — mais ils offrirent un centre de ralliement aux électeurs patriotes de tout le département appelés à Poitiers par l'assemblée électorale et qui ne se connaissaient pas entre eux.
L'abbé Montault, Diot de la Valette, Baillou de la Brosse, Bruneau, Béguin des Vaux, Texier, Canuel, de Loudun ; Vallée, d'Usson ; le curé Coulon, de Chauvigny ; Ingrand et Jacques-César Ingrand, Lecoq , Martineau, Liège d'Iray, de Chàtellerault, se firent affilier pendant l'assemblée électorale ; Pressac des Planches et Barbier sitôt après.
Jamais la société des Amis de la Constitution de Poitiers ne perdit son caractère d'oligarchie dirigeante et bourgeoise, liée par l'unité des opinions et la communauté inavouée des intérêts de classe. Plus tard, elle lança un appel aux artisans ; elle effaça même l'article de ses statuts qui imposait d'être citoyen actif ou fils de citoyen actif pour être reçu membre ; mais elle refusa d'abaisser sa cotisation ou d'en dispenser. Cette cotisation était élevée pour l'époque, 12 1. par an, et la société fit peu de recrues parmi les gens de métier ; la gratuité ne fut accordée qu'aux militaires. Mais la société atteignit le peuple en déclarant ses séances publiques et en instituant le dimanche une séance d'instruction, où ses orateurs les plus goûtés, Béra, Thibaudeau, Chauveau, expliquaient dans une forme presque professorale les points essentiels des doctrines révolutionnaires.
Nul n'était reçu dans la société sans un scrutin préliminaire, et l'orthodoxie du récipiendaire était soigneusement débattue. A l'origine, c'était un vote public qui décidait des admissions; mais la réception de Tribert, enlevée malgré sa réputation d'accapareur par A.-C.Thibaudeau, qui allait épouser sa fille, provoqua des démissions et fit adopter le scrutin secret (1). Puis la société fortifia son organisation pour se protéger contre tout entraînement. Le bureau, un président et deux secrétaires, était mensuel. Le 12 novembre, trois comités sont créés : correspondance, rapports, agriculture et commerce ; plus tard, comité de bien public, sorte de secrétariat du peuple à la disposition de tous les citoyens, comité de mendicité, etc. Le comité de surveillance ne sera institué que le 13 août 1791. Jusque-lcà le plus important est celui des rapports, composé de douze membres, renouvelé par moitié tous les deux mois : c'est le rouage essentiel de la machine à fabriquer l'opinion. Il prépare toutes les délibérations de la société, rédige à l'avance les ordres du jour et les adresses. Là le mot d'ordre est choisi ou reçu de Paris ; le comité le fait adopter par la société, applaudir par les citoyennes des tribunes, expliquer au public populaire des séances d'instruction ; Je comité de correspondance le transmet à toutes les sociétés affiliées (122 en novembre), qui communiquent de leur côté les motions dont elles ont eu l'initiative ; d'autres adresses, portées par des délégations spéciales, imposent aux autorités légales de la ville les vues de la société. Dans la forme, ce sont encore des pétitions ; encore un peu, ce seront des ordres.
L'esprit de la société apparaît très différent selon qu'il
(1) A. de la Const., 23 juin 1S, 2'j août, 13 sept.
s'agit de questions de principes ou de questions de personnes. Pour les idées nulle liberté d'esprit, nulle audace. Sans doute, s'il s'agit de développer une conséquence évidente des dogmes révolutionnaires, la société n'hésite point : elle adopte immédiatement le vœu de la société de Carcassonne sur l'égalité des partages ; mais, dès que surgit une question délicate, elle ajourne, tergiverse, s'arrange pour ne donner son avis que lorsque l'opinion des autres sera connue et l'orthodoxie révolutionnaire suffisamment fixée. N'oublions pas d'ailleurs que le parti patriote n'est pas encore divisé et qu'il comprend aussi bien les modérés, qui s'arrêteront au Feuillantisme, que les Jacobins proprement dits.
Un bon exemple des hésitations de la société est fourni par le décret du marc d'argent. L'Assemblée Nationale avait fixé à cette valeur le cens d'éligibilité. Le 12 septembre, la société est saisie d'un vœu de celle de Béthune réclamant le rapport de ce décret. La Déclaration des Droits proclame l'égalité de tous les hommes ; la Constitution impose un cens. Il v a contradiction dans les textes sacrés. La discussion est ajournée ; elle n'est reprise que le 3 décembre, sans aboutir. L'archiviste est prié de fournir des renseignements au comité des rapports. Le 24, celui-ci propose de réclamer contre le décret ; c'est que la société-mère a parlé : elle a adopté un vœu d'Aix semblable à celui de Béthune. Le dogme est défini ; les Amis de la Constitution de Poitiers y adhèrent avec un empressement pieux et mettent autant d'ardeur à le propager qu'ils ont montré de prudence à y souscrire. Ils ne parlent de rien moins que d'organiser un référendum, sans faire attention que le criminel projet des Impartiaux n'était pas différent. Ils députent au Dépar-
ET DANS l-A VIENNE
tement pour le prier « de prendre le vœu des citoyens su nécessité de réformer ce décret ».
C'est ainsi qu'ils abordent toutes les questions nouvelles. Le 30 novembre J 790, ils ajournent encore tout débat sur la constitution civile. Jusqu'à Varennes, leur loyalisme envers le Roi est absolu . Le 22 décembre 1 790 ils font célébrer un service pour les citoyens morts « en combattant pour conquérir ou défendre la Liberté » ; un des leurs, le lazariste Le Marois, prononce l'oraison funèbre ; « il a placé Louis XVI à ce degré d'élévation qu'il n'appartient qu'à l'Histoire de rendre immortel. » Le sceau de la société, qui timbre toutes les pages de son registre, s'orne d'une fleur de lys et d'un bonnet phrygien.
Coiffer du bonnet phrygien les lys de France, leur conception politique ne va pas au delà. Grâce à cette prudence, ils sont toujours de l'opinion du moment et de la faction dominante. Après Varennes, les premières manifestations républicaines et le schisme feuillant causeront à nos gens de grandes angoisses de conscience. Les modérés n'altèrentils pas la doctrine ? les exagérés ne font-ils pas le jeu des aristocrates ? Mais si, par mégarde, ils tombent dans quelque hérésie, il ne leur faudra que le temps de la reconnaître pour la rétracter.
Ces théologiens timides sont par contre de hardis inquisiteurs. Plutôt que de prononcer sur un décret, ils dénoncent un aristocrate. Ils savent que Bernis, ambassadeur à Rome, défend mal nos nationaux dans les Etats du Pape (24 septembre 1790), que les bureaux des ministères doivent être épurés et les premiers commis changés.
Mais « les sociétés patriotiques, vouées spécialement à la dénonciation des infracteurs à la loi et des conspirateurs
contre la Liberté », réservent, comme il est juste, leur vigilance la plus active contre leurs adversaires les plus proches. Le groupe d'études devient dans la pratique un office de délation et une agence d'élections. Ils sont à peine formés lors de la première assemblée électorale, leur influence y paraît à peine sensible, et, au résultat, ils disposent du directoire de département.
Les électeurs se réunirent à Poitiers le 14 juin (I).Sur 422, 405 étaient présents, et, malgré la durée des opérations, le 21 , au dernier scrutin, on comptait encore 383 votants. Brault (a) fut élu président de l'assemblée et l'abbé Montault, secrétaire.
Le 16, Béra présenta la motion qu'il avait fait adopter à quatre districts (2) ; mais Laurendeau put produire l'approbation que le comité de constitution avait accordée à l'ordonnance des commissaires qui cassait cette délibération. L'effet en fut décisif. La motion fut rejetée sans autre débat ; Béra fut réduit à la faire approuver aux Amis de la Consti-
(a) Brault (Louis), né à Poitiers le 14 août 1748, mort à Migné le 19 juin 1830. Avocat, 2 juillet 1771; procureur syndic de l'assemblée d'élection de Poitiers, octobre 1788 ; électeur du Tiers pour la ville, il signa la protestation contre le cahier; officier municipal de Poitiers, 29 janvier 1790; procureur général syndic, 21 juin 1790; président du tribunal criminel, novembre 1792 ; destitué le 22 brumaire an II ; renommé par Chauvin après Thermidor; membre du Conseil des Anciens, an IV et an VII, du Corps Législatif, an VIII; proviseur du Lycée de Poitiers, 17 mai 1804 ; conseiller à la Cour d'appel, 1er septembre 1811 ; conseiller honoraire, 1S23. 11 était frère de Charles Brault, vicaire général de Saint-Aulaire ; au Concordat, évèque de Bayeux, puis archevêque d'Alby.
(1) A. V., L10, Proc.-verb. de l'Assemblée de MM. les électeurs pour la composition du département de la Vienne. — (2) Béra, A mes amis, il).
ET DANS LA VIENNE Sj97
tution et à la publieren brochure. Il nefutmême pas nommé de la commission chargée de rédiger l'adresse à l'Assemblée Nationale ; Laurendeau en fut le rédacteur. Il y fut seulement dit :
Nous improuvons formellement toute protestation qui pourrait tendre à détruire ou à affaiblir dans le cœur du citoyen le respect qui vous est dû. Lorsqu'un monarque chéri et digne de l'être, méprisant le faux et dangereux éclat du pouvoir arbitraire, s'honorant d'être sous l'empire des lois le chef auguste d'un peuple libre, s'empresse de souscrire et de confirmer les décrets des sages représentants de la Nation, un si grand exemple ne sera pas sans force et sans pouvoir.
Quand on passa aux élections (1), Laurendeau fut nommé
(1) L'assemblée électorale devait nommer d'abord 2 membres du conseilgénéral par district,puis24 pris indistinctement dans tout le département. Furent élus, pour le districtde Poitiers: Biaull (I. nuis), avocat, procureur syndic de l'assemblée d'élection de Poitiers, officier municipal de Poitiers, 326 voix ; Laurendeau, avocat, procureur de la Commune, 313 voix ; pour le district de Châtellerault : Lecoq (Michel),juge au tribunal consulaire de Châtellerault, 314 voix ; Ingrand (François- Pierre), avocat, maire d'Usseau, député suppléant du Tins pour la sénéchaussée de Châtellerault, 310 voix ; pour le district de Civray : Barbier (Jean-Isaac), avocat, 350 voix : Pressàc des Planches (Jacques- Louis), avocat, 349 voix ; pour le district de Loudun : Durand Jacques- Michel), procureur du Roi de l'Election, 328 voix ; Canuel (Simon- Gabriel), arpenteur, 32:; voix; pour le district de Lusignan : Belleroche (Pierre-Thomas), notaire, maire de Saint-Sauvant, 350 voix; Bel loi (Antoine), notaire à Yivonne, 296 voix ; pour le district de Montmorillon : Bastide d'Aubière (Jean), lieutenant général de police et maire de Montmorillon,339 voix; Butaud(Joseph), avocat du Roi à Montmorillon, commissaire du Roi, 326 voix ; sans distinction de district : Lagaudeiir François de), procureur de la Commune de Chénevelles, 360 voix ; Souville (Pierre Chapelet de), ancien officier de dragons, officier municipal de Saint-Savin, 3IJ6 voix ; Ayrault (Louis), docteur en médecine, maire de Mirebeau, 353 voix ; Dumoustier de Vi il I y (Jean), maire de Loudun, 352 voix : Delavaud de Lamassonne, conseiller au siège royal de Châtellerault, 352 voix ; Richard de Labaudière (Augustin-Marc), bourgeois, officier municipal de Monts ; La Messelière (Louis-Marie- Bonaventure marquis de;, commissaire du Loi, maire de Queaux, 344 voix : Martineau (Louis), conseiller à Châtellerault, 344 voix ; Diol de la Valette (Louis), prêtre, principal du collège de Loudun, 34J voix ;
le second, aussitôt après Brault. Le marquis delà Messe- Hère et Butaud, commissaires du Roi, furent aussi parmi les élus, Brault, qui à l'assemblée du Tiers s'était associé, aux protestations de Laurendeau. fut nommé procureur général syndic par 222 voix contre 154 à Drouault au 3e tour. D'après les apparences, l'élection du conseil général du département marquait donc le triomphe de la politique qu'incarnait Laurendeau ; un examen plus attentif eût permis de démêler l'avantage qu'assurait au parti jacobin sa récente organisation. Sur 422 électeurs, une vingtaine seulement étaient inscrits aux Amis de la Constitution; ces vingt jacobins obtinrent 8 sièges sur 36 : Ingrand, l'abbé Montault,Lecoq, Martineau,Ganuel, Diot delà Valette, Gennet jeune, à qui il faut joindre Pressac et Barbier, qui adhérèrent
Hérault (Jacques-François), avocat, 338 voix ; Boutet de la Bessonnerie (Philippe-Barnabe), avocat à Lusignan, 329 voix ; Thorin (François- Annibal), avocat, sénéchal de Charroux, 325 voix ; Venault de Lardinière (Achille-Pierre-Albert), capitaine au régiment de Lyonnais, 324 voix; de Marconnay (Charles-François), maire et sénéchal de Champagné-Saint-Hilaire, 320 voix ; Lucas de la Brousse (Paul), secrétaire du Roi, 312 voix; Montault (Charles), vicaire à Loudun, 311 voix ; Bonneau du Chesne (Gabriel-Benoît-Marie), lieutenant-général de Lusignan, 306 voix ; Chevallon (Louis), avocat, à A vailles, 305 voix ; La Martinière (Jacques-Olivier-Louis Mâchet de), conseiller à l'Election de Poitiers, 304 voix ; Gennet Je Jeune (Jean-Baptiste), avocatrà Poitiers, 290 voix ; Bonnefont (Claude-Marie), avocat, à la Paire, paroisse de Chasseneuil, 294 voix ; Doré (Pierre), avocat, sénéchal d'Angles, 292 voix; Vincent (Pierre-Nicolas), avocat, maire de Quinçay, 286 voix; Viguier (René-Jean), maire de Saint-Martin-la-Rivière, 279 voix. — Suppléants: Béguin des Vaux (Marc), avocat à Loudun ; Piorry (Pierre- François), avocat à Poitiers ; Joyeux de la Morinière (Pierre), de Jazeneuil ; Menant (François), lieutenant de l'Election de Chàtellerault ; Patarin Delagasne (Jean-Joseph), sénéchal de l'Isle-Jourdain; de Venassier, avocat à Poitiers ; Mauflâtre (Baptiste), licencié ès-lois, à Chaunay : Martinet (Pierre), avocat, à Saint-Romain ; Calmeil (Pierre), avocat, à Neuville ; Boisdin (Joseph), à Jaulnay ; Tabart, assesseur criminel à Loudun : des Essarts (Louis-Geneviève), avocat, à Persac, Brault ayant élé élu procureur général syndic, et Chevallon ayant opté pour la place rétribuée de secrétaire du District de Civray, les deux places vacantes furent remplies par Piorry et Béguin des Vaux.
sitôt élus, et Piorry suppléant, appelé tout de suite a remplir la première place vacante, en tout dix jacobins.
Le 6 juillet le conseil général se réunit pour nommer le directoire de département.
Le Président fut la Messelière; les huit administrateurs : Belleroche, Butaud, Barbier, Ingrand, l'abbé Monlault, Piorry, Bastide, Gennet.
L'opposition était la même entre l'apparence et le fond des choses. La présidence accordée au marquis de la Messelière était à la fois un hommage à la vieille noblesse poitevine et une approbation de la conduite qu'il avait tenue comme commissaire du Roi. Giraudeau, le secrétaire de l'assemblée provinciale, était maintenu secrétaire du Département. Mais six directeurs sont inscrits aux Amis de la Constitution : Ingrand, Piorry, Gennet, Montault, Barbier, Pressac. Vingt sur 400 électeurs, 18 sur 36 membres du conseil général, 6 sur 9 administrateurs, cette progression mesure l'avantage qu'avait su prendre cette minorité unie et organisée. La forte personnalité de Piorry (a) et d'Ingrand fit le reste; dans les circonstances décisives, le Département fut jacobin.
Le jour même où l'assemblée électorale de Département se terminapar l'adoption de son procès-verbal, les électeurs du district de Poitiers se réunirent (22 juin) ; le 27, ceux
(a) Piorry (Pierre-François), né à Poitiers, 1« avril 1761. morl à Poitiers, 23 janvier 1840. Encore collégien (1774),publia les Entretiens 'l'un Jiréger, suprfi, 68. Avocat, 3 février 1783 ; docteur en droit, 29 décembre 1788; notable, 't février L 790 ; administrateur, député à la Législative et à la Convention, vota la mort ; décrété d'accusation comme terroriste le 24 thermidor an III; amnistié i brumaire an [V; commissaire du Directoire près du tribunal d'Anvers, an V;juge au Tribunal d'appel de Trêves, an VIII : conseiller à la cour de Liège, 1811.
de Civray et de Lusignan ; le 28 ceux de Montmorillon ; le 1er juillet, ceux de Loudun.
Les électeurs de Châtellerault adoptèrent une adresse à l'Assemblée Nationale extrêmement violente contre les auteurs de protestations (30 juin) (1).
Les conseils de districts élurent les directoires à Châtellerault et à Civray le 12 juillet, à Lusignan le 13, à Poitiersle 15, à Loudun le 17, à Montmorillon le 19.
Le personnel des Districts, comme celui du Département n'avait rien de révolutionnaire. C'étaient des notables de l'Ancien Régime, et plusieurs médiocrement enthousiastes des idées nouvelles. Le District de Montmorillon était spécialement aristocrate sous la présidence de Joachim du Trochet,M. de Moussac étant procureur syndic. A Poitiers, le constituant Thibaudeau était nommé procureur syndic. Il prit un long congé pour venir en faire les fonctions. Le conseil désigna pour le suppléer, quand il serait à l'Assemblée, Jahan de Laronde (a), un ami politique de Laurendeau (2).
(a) Jahan de Laronde (Jacques), né en 1742, m ort à Poitiers, 29 juin 1827. Avocat 1766; lieutenant de louveterie 1778 ; électeur du Tiers pour le Grand-Yversay, signe la protestation contre le cahier du Tiers.
(l)A.V., L. 332; Dél. dist. Châtel., 32.
(2) Composition des Districts (A. V. L. 10).
Président : Milan (le chevalier Jean-Pierre), maire de Béruges ; Procureur syndic: Thibaudeau père, député ; Administrateurs: Jahan de Laronde (Jacques), avocat, suppléant du procureur syndic ; Leblond (Joseph), procureur aux Consuls; La Challerie (Jean-François Fontaine de), à Nieuil ; Sauzeau (René-Charles-Marie), officier mun. de Chiré-en- Montreuil; Membres du Conseil: Galmeil Pierre, de Vouillé ; Brunet, maire de Tercé ; Habrioux (Henri-Jacques-Antoine), d'Aslonnes ; Chenagon (René-Mathurin), maire de Dissais ; Mittault (François), de Cherves ; Guignard, américain ; Morry (André -Félix), curé de N.-D. de Mirebeau; Suppléants: Conneau-Desfontaines (Etienne-Célestin), procureur; Gennet (Joseph-René) l'ainé, avocat; Moreau (Jacques-Gilbert), pro-
Pendant que les électeurs choisis par les assemblées primaires de mai procédaient aux élections de département et
cureur ; Béra (Joseph-Charles), avocat ; Secrétaire: Sartre Delisle, avocat.
Ghatellerault
Président : Menant (François), lieutenant de l'Election ; Procureur syndic : Gallet (Jean-Baptiste), avocat; Administrateurs: Paillé (Pierre), notaire, maire de Prinçay ; Chasseloup (Jacques-François), avocat ; Chesneau de la Touche (Jean-Olivier), suppléant du procureur syndic, Delaporte (Jean), notaire, greffier de la municipalité de Ghatellerault; Membres du Conseil : Hérault de la Bizardière (Jean-Hilaire), main' de Senillé ; Bourgine (Vincent), maire d'Orches; Marquet Badard (Jean), notaire à Dangé ; Martinet, avocat, maire de Saint-Romain ; Saulpic (Gabriel-René), huissier à la Roche-Posay ; Brault (Vincent», négociant à Chàtellerault ; Trépreau le jeune (François), notaire, greffier de la municipalité de Pleumartin ; Suppléants : Deschamps (Jacques- Auimstin), procureur à Chàtellerault ; Savatier (René-Jean), procureur à Chàtellerault; Delatremblaye(Nazaire-Louis), procureur de la commune des Ormes ; Gauvain (Louis-Emery), notaire à Vouneuil-sur- Vienne.
Lusignan Président : Desmarets (Antoine), sénéc-hal de Couhé ; Procureur syndic : Naudeau (François-Alexis), proc. et oftîc. mun. ; Administrateurs : Chérier (Pierre), notaire et contrôleur des actes à San x a y ; Marsault (Pierre), procureur ; Parent de Curzon (Jean-Jacques-Amable), secrétaire du Roi, proc. de la Com. dePayré; Granier (Pierre-Louis), procureur; Membres du Conseil : Dousset (Louis-François Alexandre) le jeune, proc. de la Com. de Marçay; Demellier (Pierre), proc. de la Com. de Saint-Sauvant; Guillory (Paul-François), curé de Celles-l'Eves cault ; Desbois (Jean-Baptiste), notaire à Cercigny (Vivonne) ; Gilbert (Antoine-René), maire de Benassais ; Tribert (Louis), maire de Rouillé (démissionnaire) ; Amiet (Urbain-Charles), curé et maire de Coulombiers; Mauduit (Pierre), avocat, à Reigné, com. de Marnay; Suppléants : Basset (Jean-Emery), commandant de la garde nat. de Benassais: Daguin (Alexis), bourgeois de Chàteau-Larcher. — Le premier suppléant Granier a pris la place de Tribert et a été nommé administrateur ; Berloquin Jacques-Marie), procureur, 3' suppléant, a été nommé staire.