‹ La révolution à Saint-MenouxChapitre 10 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Levées d'Hommes

et Réquisitions pour les Armées

La Conscription

Lbs volontaires — Lk levés db trois cent mille hommes ; la levée en masse — Opérations de recrutement — Secours aux familles de défenseurs de la

PATRIE — réquisitions DE CHEVAUX, ETC. — LS SALPÊTRE — AUTRES RÉQUISI- TIONS — DÉSERTION.

CRAIGNANT Une Coalition de rétranger et voulant organiser des troupes, l'Assemblée nationale décréta (2 septembre 1791) la formation de bataillons de volontaires composés de gardes nationaux sédentaires passant au service actif. Dans TAllier fut aussitôt constitué un premier bataillon qui, dès le mois . suivant, se trouvait réuni à Moulins.

La guerre fut déclarée le 20 avril 1792, et on sait qu'au début ce ne furent que paniques et déroutes, laissant le pays ouvert à l'invasion. Dans l'imminence du péril on prit des mesures extraordinaires : le 5 juillet tous les hommes valides sont « mis en état de réquisition permanente », puis le décret fameux du 1 1, proclamant que « la Patrie est en danger » est rendu, et il s'en suit en août une grande levée de volontaires: les « volontaires de 92 » (i).

(i) Les volontaires ne s'engageaient que pour un temps ; ils avaient, en vertu de la loi votée antérieurement sur la garde nationale, la faculté de quitter le ser* vice chaque année, le i«'' décembre.

Les enrôlements eurent lieu dans les chefs-lieux de canton, mais le registre municipal de Saint-Menoux n'y fait malheureusement aucune allusion, et il n'y est pas davantage question des levées partielles antérieures et postérieures à celle de juillet.

La retraite des Prussiens, en septembre, vint momentanément tranquilliser la population ; mais avec Tannée 1793, après une série de succès et de conquêtes, reparurent les revers, et il fallut encore créer des armées. Le 24 février une levée de trois cent mille hommes était décrétée (1), et quatre-vingt-deux commissaires de la Convention allaient par toute la France « instruire leurs concitoyens des nouveaux dangers qui menacent la patrie ».

Le recrutement qui suivit, réglementé pour TAllier par un arrêté du directoire du département des 2 et 3 mars, fixant à deux cent trentesix hommes le contingent du district de Moulins, — à peu près deux hommes par centquatre-ving-huit (2), — ne fut pas sans provoquer en nombre de localités voisines de Saint-Menoux des résistances, entre autres à Souvigny, Franchesse (3), Agonges (4), Marigny (5), Gipcy et Autry (6). En cette dernière commune le commissaire fut « insulté et vit sa sûreté compromise ». A Saint-Menoux le calme ne cessa pas un instant, en deux longues séances que nécessita l'opération, d'être complet.

(i) Tous les Français de dix-huit à quarante ans, non mariés ou veufs sans enfants, étaient mis en état de réquisition. Le remplacement était autorisé. Les municipalités ou, à leur défaut, les directoires de district et le département étaient tenus de pourvoir à l'entier habillement des hommes appelés.

(2) En outre des sacrifices d'hommes on demandait des sacrifices d^argent. Dans chaque municipalité un registre était ouvert pour des souscriptions volontaires. (Arrêté du directoire du département du 10 mars.)

(^} Délibération du directoire du district, 11 mars.

(4) Le 10 mars. « Les garçons et hommes veufs sans enfants s^écrièrent : On a décrété la liberté ; en conséquence nous ne voulons ni nous trouver au jour indiqué, ni partir. De quoi sert que nous ayons planté Tarbre de la liberté ?... » (Arch. de l'Allier, série L. 92 bis. Justice de paix.)

('5) Le recrutement dut être ajourné et ne put s'effectuer qu*au moyen de mesures exceptionnelles. (Arch. de l'Allier, série L. ça, oîi il est également question de Gipcy.)

(6) Correspondance du procureur syndic.

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La première de ces séances eut lieu le lo mars, à 3 heures, après « assavoirs » et « un dernier avertissement du citoyen curé en termes pathétiques au prône delà messe paroissiale ». Les officiers municipaux et notables étaient assistés du citoyen Legros, sous-adjudant de la garde nationale de Moulins, commissaire du district. Le contingent de la commune se trouvait être de cinq hommes et le nombre des jeunes gens soumis au recrutement de soixante-seize. La présence de tous vérifiée par un appel, lecture fut donnée d'une adresse de la Convention, du décret du 24 février, d'un arrêté du département, etc. ; et comme ces préliminaires avaient été fort longs, on s'ajourna au mercredi suivant pour terminer. La demande en avait été faite par les jeunes gens eux-mêmes, et on consentait d'autant plus volontiers à leur donner satisfaction que l'on n'était pas sans inquiétudes sur leurs dispositions, ce que laisse clairement deviner le procès- verbal, en mentionnant très justement d'ailleurs « que les assemblées les plus pacifiques peuvent devenir tumultueuses lorsqu'elles se tiennent la nuit ».

Le jour indiqué, 1 3 mars, à huit heures du matin, le conseil général, assisté comme précédemment de Legros, se rendit dans l'église. On fit sonner la cloche et « passer la caisse dans les lieux accoutumés » pour inviter les « candidats » dispersés dans le bourg à se réunir. Quand on eut constaté qu'il n'y avait pas d'absents, on voulut s'entendre sur un mode de procéder; mais alors s'avancèrent les citoyens Gilbert Dubost, Jean Cheffaud, Gilbert Cheviaud, Claude Sylvain et Jean Mangin, lesquels déclarèrent vouloir « s'offrir pour servir la patrie en qualité de volontaires, promettant de défendre la République, la liberté et l'égalité au péril de leur vie ». On inscrivit leurs noms, on les proclama « volontaires nationaux », et la séance fut levée, non toutefois sans que le commissaire eût demandé « si quelqu'un de la commune avait des habits uniformes, ainsi que des armes de calibre, à ofi'rir en pur don ou sous l'ofi're de l'indemnité » ; à quoi personne ne répondit.

Mentionnons, quoique aucun procès-verbal n'en soit resté, une autre réunion en août, où furent appelés les jeunes gens du canton tout entier. Il s'agissait de fournir un homme sur onze à la charge du district, pour la formation d'une compagnie de canonniers (loi du 3 juin 1793).

On avait d'abord cherché à provoquer des engagements de volontaires, mais dans tout le département il ne s'en était pas présenté un seul.

La levée de trois cent mille hommes ne semblant pas suffisante, la Convention, par décret du 16 août, dont un autre du 23 vint régler l'effet, adopta le principe de la levée en masse. Les Français de dixhuit à vingt-cinq ans devaient être seuls appelés au début et former la « première réquisition »>. Chaque district dut constituer un bataillon auquel un drapeau, où étaient écrits les mots : « Le peuple français debout contre les tyrans », fut remis. L'armement reposait en entier sur la réquisition : « On recruta les armées avec des réquisitions d'hommes ; on les nourrit avec des réquisitions de vivres (i). »

Dès les premiers jours de septembre la loi était portée à la connaissance des municipalités et des habitants dans les moindres communes, et les opérations de recrutement commençaient.

Ces opérations ne rencontrèrent sans doute aucun obstacle à Saint- Menoux, mais nous ne pouvons que le conjecturer, car les renseignements noujs manquent à ce sujet.

En nivôse la commune eut encore à fournir un contingent de cinq hommes « pris dans la première réquisition, des plus robustes, de la plus haute taille et des moins utiles à l'agriculture ». Dans une séance tenue le 7 (27 décembre), dont il n'est fait qu'indirectement mention dans une délibération ultérieure, ces hommes, les nommés Claude Bouillet, Gilbert Mandet, Pierre Basseville, Antoine Gazet et Jean Décharnés, tous « servant dans des domaines à prix d'argent », avaient été désignés, puis mesurés, examinés et reçus par l'agent militaire national. Le 24(13 janvier 1794), sur arrêté du district du 21, ordre leur était donné de se trouver le 27, à Moulins, « aux ci-devants Augustins ».

(i) Mignet. — Un grand nombre de réquisitionnés parvinrent à éviter le service. On voit, en etfet, dans un arrêté du département du 2 ventôse an m (20 février lyçOi ^"^ beaucoup « de jeunes Français de dix-huit à vingt-cinq ans, appelés à servir, fils de gros propriétaires, riches fermiers, négociants, etc., ont cherché leur salut dans des emplois pour se cacher... » Chaque municipalité dut alors établir la liste des jeunes gens qui, ayant de dix-huit à vingt-cinq ans à répoque de la promulgation de la loi du 2^ août, « ne sont pas partis pour les armées ».

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On comprend aisément que par ces mots : les moins utiles à V agriculture^ une certaine latitude était laissée aux officiers municipaux pour l'établissement des contingents. L'incident ci-après montre du reste comment se passaient les choses à Saint-Menoux.

Un citoyen Morizot, de la commune d'Autry, qui avait été, en vertu d'une réquisition sur le canton, recruté pour la cavalerie, ne s'était pas présenté au corps et le 7 pluviôse (26 janvier), les municipalités étaient convoquées pour le remplacer. On avait réuni dans l'église tous les célibataires ou veufs sans enfants, de dix-huit à quarante ans, de la taille minimum de cinq pieds deux pouces, forts, vigoureux et sans infirmités. Il ne s'en était trouvé que neuf dans ces conditions, mais il n'était pas très certain que ce fussent les seuls, car on se contentait, comme moyens d'information, par exemple d'une lettre de l'agent national de Montilly disant tout simplement qu'il n'avait « aucun homme de sa commune à présenter». Quoi qu'il en soit, les officiers municipaux prévinrent les neuf jeunes gens « trouvés bons pour concourir » (sic)^ qu'ils étaient libres de choisir un mode de désignation à leur convenance, sur quoi ils se rallièrent à la voie du scrutin (i) par lequel fut désigné Jacques Chérion, citoyen de la commune d'Autry, âgé de vingt-quatre ans, de la taille de cinq pieds deux pouces et demi... » Chérion avait bien aussitôt prétendu avoir mal à la jambe, mais à l'instigation de ses camarades l'officier de santé Rolland le soumettait à un examen attentif et le reconnaissait « propre au service ».

Cependant, malgré l'avis de ce praticien, Chérion était refusé à Moulins ; Tagent national du district se plaignit même que l'on eût envoyé un « sujet taré ». Il fallait recommencer, ce qui eut lieu le 13 pluviôse. On procéda de la même façon et Pierre Quignard, d'Agonges, domestique, lequel avait « réuni la pluralité des suffrages », fut choisi. On enjoignit à «c l'élu » de se rendre de suite à Moulins « pour prendre sa route », et il promit d'y être le lendemain « du matin », ayant besoin, ajouta-t-il, « du reste de la journée pour arranger

(i) On serait tenté de croire que « scrutin » est mis pour « tirage au sort », mais^ ce qui suit indique bien qu'il s'agit d'une opération ayant consisté à recueillir les voix, -celle des officiers municipaux, sans aucun doute.

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des affaires et faire ses comptes avec son ci-devant maître ». On lui accorda jusqu'à neuf heures. En se retirant, il se contenta de « requérir acte de ce queGrelet, aux gages de Giraud, de Saint-Menoux, quoique convoqué, ne s'était pas présenté ».

Néanmoins le résultat ne fut pas définitif encore, car Quignard luimême était renvoyé à son tour. Réunis pour la troisième fois le i6 pluviôse (4 février), les jeunes gens se rallièrent au mode plus équitable du tirage au sort, et alors les officiers municipaux éliminèrent de leur seule autorité pour cause de « court d'haleine, saignement de nez ou mauvaise tournure des jambes », deux « candidats » qui se trouvèrent être des fils de notables ; de sorte qu'il ne resta plus que cinq hommes pour subir l'épreuve, et le sort tomba sur Gilbert Roussel.

« Et de suite, écrivent les officiers municipaux, pour éviter de nouveaux reproches, quoique non mérités, ledit Gilbert Roussel ayant été requis, au nom de la loi, de déclarer s'il avait quelques vices ou lares qui le rendissent incapable, même momentanément, de servir, il a répondu qu'il était très sain et de la meilleure constitution possible. » Puis, pour terminer : « Nous l'avons également invité à se nommer un adjoint (sic) dans les cinq seuls qui ont dans le canton les dispositions requises, et il a nommé le citoyen Jean Chaumas, de la commune de Marigny, auquel nous avons ordonné d'accompagner ledit Roussel, pour qu'en cas de refus de ce dernier il pût le remplacer. »

Ces trois séances sont caractéristiques en ce qu'elles mettent en évidence la docilité de nos jeunes paysans de cette époque. L'abstention pure et simple de la commune de Montilly, l'absence non motivée d'un individu convoqué, peut-être la partialité mal déguisée des officiers municipaux ne provoquent chez eux ni résistance ni récriminations, pas même des observations. Ils ne discutent pas et n'en ont nullement la pensée. Le trait de Chaumas, inopinément investi de la redoutable qualité « d'adjoint » et à qui ne vient aucune idée de protestation, pas plus contre le danger que contre l'arbitraire, n'est-il pas curieux et touchant ?

La République en prenant les hommes laissait sans soutien d'innombrables familles qu'elle ne pouvait se dispenser de secourir. Des lois

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avaient étë votées dans ce but (26 novembre 1792 ; 4 mai, 18 juillet et i 5 septembre 1793), et le registre municipal de Saint-Menoux mentionne plusieurs distributions (1). En outre, les travaux nécessaires à la culture et à la récolte des terres des défenseurs de la patrie étaient exécutés sur réquisitions par les soins des municipalités (2).

Les réquisitions pour l'armement, l'équipement et l'entretien des hommes enrégimentés mirent en mouvement toutes les administrations, toute la population. Tous les produits du sol, tous les produits de l'industrie furent réservés pour les armées. Les étoffes, toiles « et autres marchandises nécessaires qui existent chez tous les marchands et fournisseurs dans le département » étaient en réquisition (3) « pour l'habillement' et l'équipement des soldats de la première réquisition ». Et afin que personne n'en pût disposer autrement qu'au profit de l'Etat, partout on dressa l'inventaire « des marchandises généralement quel-

(1) En voici une, entre autres, du i*' fructidor an 11 (18 août 1794), qui fera connaître les noms des jeunes gens alors aux armées, mais en partie seule-

*ment, car tous les parents ne recevaient pas de secours: Jean Béguet, pour deux fils, reçoit 75 livres; Elisabeth Néry, v« Dalodière, un fils, 1$ l. ; Anne Parodat, deux fils, $0 1. ; Jeanne Chaumas, deux fils, $Ç l. ; Jacques Travailloux, iin fils, 3$ 1. ; Antoine Bernadat et Marguerite Lalue, sa femme, pour un fils, reçoivent séparément, Tun 15 l., l'autre 84 ; Anne Petitjean, femme Blondin, deux fils, 70 1. ; Marie Bonnejournée, un frère, 2$ 1. ; Madeleine Tuchevin, un fils, jo l. II s. ; Marie Courtot, un fils, 18 l. 6 s. 8 d. ; Marie Mangin, un fils, 30 1. •Gilberte Busserolle, un fils, 18 l. 6 s. 8 d. ; Marie Boursat, deux fils, 61 l. 2 s. Mayeule Thomas, pour son mari, 30 I. 11 s. ; Pâques Parent, un fils, 18 1. 6 s. 8 d. Claude Giraudon, un fils, 18 l. 6 s. 8 d. ; Marie Chaumeroux, femme dudit Girau- <ion, 18 1. 6 s. 8 d. ; Gilberte Touzet, pour son mari, 50 l. 11 s. 8 d. ; Claude Steuf, un fils, 18 l. 6 s. 8 d. ; Marguerite Signoret, un fils, 18 l. t> s. 8 d. ; Marie Depierre, un fils, ço l. ; Marie Simonneau, un fils, 30 l. 11 s.; Eliza Léger, un iils, 30 1. II s. ; Elisabeth Néry, un beau-fils, 18 l. 6 s. 8 d. ; Anne Barichard, un fils, 30 l. Il s. ; Marie Breillière, son mari, 30 l. 11 s. ; Jean Gabet, un frère, $0 l. ; Françoise Gaume, femme Travailloux, un beau-fils, 84 l. ; Marie Renaud, «n frère, 30 l. 11 s. ; Madeleine Bourdier, un fils, 30 1. 11 s. ; Louise Guipon, un iils, 30 1. II s. Soit en totalité : [,102 1.8 s. de distribués pour 35 hommes sous les •drapeaux.

(2) Les réquisitionnés opposaient parfois des refus catégoriques. Des récalcitrants de Coulandon et de Marigny se virent condamner pour ce fait par mesure de police municipale à vingt-quatre heures de prison « pour commencer ». (Reg. municipal, ventôse an 11.)

(3) Arrêté du département du $ octobre 1793.

conques ». On réquisitionna non seulement les marchandises, mais les ouvriers et artisans de toutes sortes, les tailleurs, les cordonniers, etc. [\),

Les cultivateurs, déjà harcelés pour les subsistances, eurent à supporter le plus lourdement le fardeau des réquisitions militaires. Chevaux, bœufs et autres animaux domestiques; fourrages, grains..., ils durent tout fournir.

A partir d'octobre 179^ nous trouvons sur le registre municipal de Saint-Menoux quelques procès-verbaux concernant des réquisitions sur la commune ou le canton. Nous y avons puisé une grande partie des renseignements ci-après.

C'est d'abord une réquisition de chevaux. Pompone Mérite, nommé commissaire, fît conduire à Saint-Menoux devant le vétérinaire Kaindler, délégué par le représentant en mission Goupilleau (2), ceux qu'il avait pu trouver dans les communes de Marigny, Bagneux et Autry, et Kaindler ayant parmi ceux-là choisi les meilleurs, les fit envoyer ensuite à Moulins pour être soumis, cours Doujat (3), aune, inspection définitive (4).

Deux autres commissaires envoyés par le département vinrent encore en frimaire à la recherche de chevaux. Le 23(13 décembre) ils faisaient présenter devant eux toute la cavalerie des six communes, parmi

(1} Chaque cordonnier devait livrer au magasin d'habillement de Moulins deux. paires de souliers par décade.

(2) Il a existé deux conventionnels de ce nom : l'un, Jean- François, dit de Fontenay ; l'autre, Philippe-Charles-Aimé, dit de Montaigu. Nous ignorons quel est celui qui eut à remplir une mission dans PAllier.

(?) Actuellement de la Préfecture.

(4) Ces levées de chevaux ne donnaient dans TAllier qu'un médiocre résultat. Goupilleau, qui avait espéré mieux, crut à du mauvais vouloir et, résolu, suivant son expression, « à tromper les calculs de Tégoïsme », il s'avisa d'un moyen singulier. Un jour de foire à Moulins, le 22 brumaire (12 novembre;, il transforma la ville en ce que nous appellerions aujourd'hui une « souricière » pour chevaux. A dix heures du matin, — moment propice, les gens de campagne étant occupés à leurs affaires, — il fit, aidé des délégués du comité de surveillance, opérer par la garde révolutionnaire, une saisie complète, dans toutes les écuries des auberges et « bouchons » de la vMle, de tous les chevaux qui y furent trouvés renfermés. Huit seulement parurent mériter d'être conservés. Toute la journée avait été employée à cette besogne.

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laquelle il ne se rencontra que deux juments, « présumées pleines »^ répondant aux conditions exigées.

En même temps que des chevaux, on réquisitionnait des fourrages et avoines pour les nourrir. Un seul procès-verbal de cette époque, relatif à une réquisition de i.ioo boisseaux d'avoine, est transcrit au registre (13 brumaire).

On réquisitionnait aussi des effets d'équipement, et Goupilleau avait établi par canton la quantité à livrer. Celui de Saint-Menoux était compris dans la liste pour cinq selles, cinq brides, cinq filets, six bridons d'abreuvoir, six têtières de licol en cuir, six brosses, six étrilles, six paires d'éperons, deux grands sacs, quatre petits, six sabres de trente pouces de lame et quatre paires de pistolets. Tout cela devait être de •qualité irréprochable, et c'était le côté le plus embarrassant de la •question. Les officiers municipaux ne parvenant pas à satisfaire l'autorité militaire à cet égard, prirent de guerre lasse la résolution (3 mars), « puisque, disent-ils, nous n'avons aucun des objets requis dans tout le canton, que tout ce que nous avions de mieux a été refusé et que nous n'avons pas assez de connaissances dans ce genre pour fournir notre contingent, de prier unanimement le citoyen Lefort (commissaire nommé par Goupilleau) de faire à notre lieu et place lesdites emplettes dans le temps prescrit, promettant de remplir tous les engagements qu'il prendra pour nous..., à quoi nous nous obligeons solidairement avec nos communes... »

Les particuliers apportaient également leur concours au moyen de dons en nature. A citer à ce propos une délibération du 28 ventôse an 11 (18 mars): « Nous avons, écrivent les officiers municipaux au citoyen Sallebrune, commissaire pour l'équipement des volontaires, fait une collecte de chemises qui se monte à quarante-deux. Nous nous empressons de te les faire passer. Tu en trouveras deux qui ont des pièces ; cela doit te prouver que les pauvres comme les riches de notre commune sont jaloux de présenter leur offrande à la patrie. Si ces deux ne sont pas bonnes pour chemises, elles pourront servir à faire des doublures. Nous n'avons pas voulu mortifier nos frères en les refusant. »

Mais le gouvernement ne refusait rien. D'ailleurs si on ne lui offre

pas les vieux linges, même les chiffons, il les réclame, il les prend. Le peuple, rassemblé dans le « temple de la Raison », le 9 floréal {28avril)^ est informé que le comité de Salut public en a ainsi décidé, et les vieux linges et chiffons sont apportés et déposés dans la ci-devant sacristie.

On mit aussi en réquisition (9 floréal) « tous les cochons tant mâles que femelles, âgés de trois mois et au-delà, tant gras que maigres, qui sont dans la commune », avec injonction aux propriétaires d'en faire la déclaration sous peine de confiscation.

Antérieurement avaient été réquisitionnés également les peaux et cuirs, ce qui avait occasionné une vérification chez le boucher Hospitalier par un commissaire du district (i).

Il fallait aux armées des munitions, dont la consommation allait devenir extraordinaire. C'est surtout aux populations des campagnes qu'on s'adresse encore pour les improviser. Toutes les herbes des champs et des bois ne servant pas à la nourriture des animaux ni aux usages domestiques ou ruraux sont converties en cendres, et ces cendres transportées à l'atelier de salpêtre le plus voisin. On ramassait aussi partout le bois de bourdaine (2), le sanguin (?) rouge et blanc, le coudrier, des tiges d'osier, de verne (3), de saule; et comme l'agent

(1) En prairial, Hospitalier et ses collègues de Neuilly, Mont-Libre (Saint- Gerand-de-Vaux), Beaulon, Basson, Villeneuve, Souvigny, Chevagnes et Moulins, opposèrent une vive résistance, à la suite de laquelle une réglementatioD rigoureuse leur était imposée. L'agent national du district écrivait à ce sujet le 16 prairial à celui de Saint-Menoux : « Je t'adresse ci-jointe une lettre de la commission du commerce et des approvisionnements, du 4 de ce mois, relative aux bouchers qui refusent de vendre leurs cuirs. Je t'invite de la manière la plus expresse à te conformer aux dispositions qu'elle renferme : i<* en poursuivant sévèrement ; 2° en prenant les mesures les plus promptes pour obliger les bouchers à fournir chaque décade un état exact et vérifié des cuirs provenant de leurs boucheries... »

(2) Ou aune noir. Nom vulgaire d'une espèce de nerprun^ le nerprun bourgène (rhamnus frungala). Commun dans toute l'Europe, au bord des eaux et dans- les bois humides, cet arbrisseau atteint de cinq à six mètres de hauteur. L'écorce du tronc et des branches est d'un brun noirâtre. Le bois de la bourgène est celut qui fournit le charbon le plus estimé pour la fabrication de la poudre à canon. Son écorce sert à teindre les laines en vert, en jaune et en brun ; la même propriété se retrouve dans les fruits, avec quoi l'on prépare aussi du vert de Ptssie.

(3} Ou vergne, espèce d'aune,

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national du canton prescrivait de vaquer méthodiquement à cette besogne, la municipalité avait désigné, le 24 germinal (14 avril 1794), sept citoyens pour parcourir la commune, indiquer les lieux où se trouvaient les espèces nécessaires, requérir les propriétaires d'avoir à couper les tiges dans certaines dimensions (18 lignes au plus de diamètre) et les faire transporter (en bottes de cinq pieds' de long sur trente pouces de diamètre, les branches écorcées et fendues) au liçu de réunion, qui était l'église.

Les bottes préparées par différentes communes devaient être réunies au lieu ûxé par l'agent national du chef-lieu de canton, jusqu'à concurrence de huit à dix milliers de livres ; dans chaque lieu de réunion le bois était carbonisé sous la surveillance des agents nationaux du district et de la municipalité, et le charbon envoyé à la fabrique de salpêtre (i).

A Saint-Menoux la quantité exigée fut largement dépassée. On avait employé pour la fabrication deux charbonniers de Moulins travaillant sous la surveillance de Mayeul Faivre et d'Antoine Loyard, et réquisitionné des ouvriers pour les aider. On mit à leur disposition, toujours par le moyen des réquisitions, des balais, de la paille, des « poinçons (2) de transport », des voitures, etc., et le charbon avait été expédié à Moulins (3).

Pallier, on l'a vu, voulut fabriquer du salpêtre. Sur sa demande la commission des armes et poudres lui conféra le 12 prairial (30 mai 1794) le titre et les pouvoirs de « salpêtrier ». Il était autorisé à établir des ateliers dans le district (4) et à pratiquer dans les caves, celliers, granges, écuries, bergeries, hangars, remises, boulangeries, colombiers, etc.,

(i) La recherche du bois de bourdaine fut, de la part des citoyens des villes, un prétexte pour commettre des déprédations. L'agent national du district, répondant à l'agent de Coulandon, écrit : « Je t'observe que les citoyens de Moulins n*ont pas droit d'aller dans vos bois sans votre permission..., en sorte que tu peux faire punir ceux qui, sous prétexte de ramasser du bois de bourdaine, dévastent les taillis des particuliers ; mais en même temps je te préviens que tu dois mettre tout en usage pour couper la plus grande quantité possible de ces bois, v

(2) Des tonneaux.

(3) Reg. municipal, 26 floréal an 11 (15 mai 1794).

(4) Son atelier de « salin >» (mélange brut de divers sels qu'on obtient en faisant évaporer la lessive des cendres végétales) avait été installé dans la forêt de Bagnolet, commune de Marigny.

toutes les fouilles, recherches et enlèvements de matériaux nécessaires. C'est alors qu'il donna sa démission d'agent national, se mettant à la besogne aussitôt. « Fais-moi connaître, lui écrit l'agent du district,... la quantité de salpêtre que tu as fabriquée, le nombre de futailles que tu as reçues par TefTet de la réquisition, la quantité de bois de bourdaine qui est à ta disposition, le nombre de tonneaux de charbon qui en est provenu et la quantité de cendres déposées en ta commune. » Toutes les décades il doit fournir les mômes renseignements et « faire tous ses efforts pour augmenter la récolte de salpêtre ».

Son zèle, d'ailleurs non gratuit T;, pouvait se passer de stimulant, mais il n'en était pas de même de ses anciens paroissiens, probablement fort étonnés de voir cet homme qui leur avait dit la messe, se livrer dans la forêt à des occupations si différentes de celles auxquelles il avait été destiné. Loin de mettre de l'empressement à seconder son entreprise, ils refusaient de travailler sous ses ordres, ainsi qu'il arriva, d'après un procès-verbal du 5 vendémiaire an m (25 septembre 1794), à trois d'entre eux : Vaquelin dit Pailleret, Gilbert Thévenin et Gilbert Portejoie. Les deux premiers ne craignirent même pas de déchirer devant lui les réquisitions qu'il leur présentait, et il en était réduit à réclamer à la municipalité, au nom de la loi, « de lui faire avoir des ouvriers pour empêcher la cessation des travaux de son atelier ».

On ne lui apportait pas de cendres non plus, et pour vaincre Tapathie des habitants à cet égard, il faisait prendre, quelques jours plus tard (8 vendémiaire), par les officiers municipaux un arrêté prescrivant que jusqu'au 1" brumaire suivant « tous les habitants de cette commune seront tenus de livrer au salignié (2) de ce canton le plus de cendres qu'ils pourront ». La quantité à fournir devait être d'un boisseau pour les propriétaires, fermiers et laboureurs, et d'un demi pour les locataires [}).

A mentionner que le 7 brumaire le citoyen Chometon, préposé des

(i) Le salpêtre était payé par la régie vingt-quatre sous la livre. (3) Les oflîciers municipaux appelaient ainsi le fabricant de « salin », ou salpêtrier.

(5) Nom que l'on donnait communément aux journaliers.

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poudres et salpêtres, décida, conformément à un arrêté du comité de Salut public, où il était dit que les communes seraient tenues de lessiver les terres des bâtiments nationaux, spécialement celles des églises, d'autoriser le citoyen Pallier à procéder à ces travaux à Saint-Menoux, sans être obligé aux frais de recarrelage. Cependant Pallier restait responsable des matériaux; aussi, avant de commencer l'extraction des terres, prenait-il soin de faire compter et mettre à part les carreaux en grand nombre qu'il avait déplacés (12 frimaire).

En floréal an 11 on avait fait, sur décret du 18 germinal, une levée extraordinaire de chevaux dans le canton pour le service des transports militaires. Pas un seul de tirage ni de luxe, ni de selle ne s'y était trouvé, mais une grande quantité de juments poulinières et quelques bêtes qui avaient déjà subi plusieurs réformes, les précédentes réquisitions ayant tout absorbé.

Le décret portait aussi que chaque canton fournirait une voiture solide, propre au transport des fourrages, avec un attelage complet de quatre chevaux. La municipalité déclare à ce sujet que « la culture des - terres se faisant dans le canton par le moyen de bœufs et les chevaux n'y étant nullement employés..., il n'existait dans toute son étendue que quelques harnais et quelques voitures défectueuses ». Et elle ajoutait : « Si pour remplir cette partie de la réquisition il n'y a point obligation de le faire en nature, nous sommes trop amis du succès de la République pour ne pas off'rir de bon cœur notre contingent en argent, tel qu'il sera déterminé. » Le même décret prescrivait que pour chaque voiture il serait levé un charretier en état de la conduire ; d'où cette observation : « Comme nous n'avons dans notre canton que des conducteurs de bœufs, il nous est impossible de fournir un seul charretier, à moins de prendre des gens mariés qui, dans leur jeunesse, ont fait ce métier, dont il y en a deux à Maille-sur-Rose. » Les maires du canton, réunis au chef-lieu, prirent les mesures nécessaires pour acquitter la réquisition, sauf probablement la dernière partie.

Le mois suivant avait lieu un recensement général de chevaux et juments ; puis survenait (21 brumaire) un vétérinaire de Gannat, Jervien, fondé de pouvoirs du commissaire-inspecteur des travaux militaires à

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la 20* division, pour vérifier si dans le canton on avait satisfait à toutes les réquisitions antérieures. Il constata que trois chevaux seulement sur douze avaient été fournis, — mais faute d'en avoir pu trouver davantage dans les formes exigées, alléguaient les municipalités. Jervien, pour contrôler cette déclaration, fit rassembler à Saint-Menoux tous ceux que contenaient les six communes, et il ne s'y trouva, en effet, aucune bête convenable.

Ces réquisitions de chevaux avaient été accompagnées, on doit le penser, de réquisitions de fourrages et avoines, mais les registres municipaux n'en relatent que deux ou trois, levées dans les conditions ordinaires.

A la fin de l'an m, en juillet 1795, les représentants du peuple présents aux armées se plaignaient que la désertion y faisait des progrès « effrayants », et on Timputait à « l'insouciance » des municipalités, qui toléraient des soldats dans les communes. On leur intima Tordre, sous la responsabilité collective des officiers municipaux, de renvoyer ceux qui se trouveraient dans leurs foyers sans congés réguliers ; puis on prit le parti, espérant sans doute arriver à un meilleur résultat par ce moyen, de comprendre tous ces militaires « absents » dans une amnistie générale. Ils devaient seulement se rendre à Moulins le 20 frimaire an iv, dernier délai, pour, de là, être dirigés sur leurs corps.

Ces mesures, ainsi qu'on pouvait le prévoir, restèrent absolument inefficaces. Aucun des fuyards ne se présenta aux casernes de Moulins, et il fallut lancer la gendarmerie à leur poursuite ( i ). Défense fut faite aux propriétaires, fermiers et cultivateurs de les employer à leurs travaux (2).

C'est à cette époque, à la nouvelle « qu'une armée royale et catholique s'est emparée de Sancerre », y a imposé la cocarde blanche^ hissé le drapeau à fleurs de lys, brûlé registres et écharpes, etc., que toutes les municipalités sont mises (16 germinal) en permanence et

(i) En certains cantons, notamment à Cusset, il y eut non seulement des refus, mais des rébellions, des troubles. (Procès-verbaux de Tadministration centrale, 2 et 8 nivôse an iv.)

(2) Administration centrale, 7 germinal.

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•que Tadmimstration centrale constitue (21 germinal) une force armée en dehors des jeunes gens de la première réquisition, pour faire obstacle à l'insurrection. Sur le tableau indiquant le nombre d'hommes à fournir par chaque canton, celui de Saint-Menoux est inscrit pour douze (i).

La dispersion de cette « armée » ne mit pas fin aux difficultés. Ainsi qu'on le voit par une délibération de l'administration centrale du 8 pluviôse (28 janvier 1796), les municipalités étaient astreintes à former le tableau de tous les jeunes gens de la première réquisition ayant abandonné leurs drapeaux et présents dans leurs communes, ou absents sans congés ; puis dans une autre du 1 3 il est question de véritables Insurrections, notamment dans la région de Meaulne, pour s'opposer aux arrestations des réfractaires (2). Les habitants étaient partout, en ^ffet, u plutôt disposés à favoriser la révolte qu'à seconder le zèle de l'administration (3) », et dans les cantons où Ton ne va pas jusqu'à opposer la force à la force, on se sert de la ruse. Un nommé Georget, par exemple, volontaire de la première réquisition, en état de désertion, -ayant été arrêté à Saint-Menoux, les gardes nationaux Pierre Laconche, Gilbert Gabet et Claude Durand, chargés de le conduire à Moulins {4pluviôse), avaient eu, en cours de route, la maladresse évidemment intentionnelle de le laisser échapper, après quoi ils rentraient tranquille- •ment chez eux, se contentant de faire leur déclaration devant le commissaire. Ils en étaient quittes pour quelques jours d'*emprisonnement.

(i) Aucun laboureur ou fils et domestique de laboureur ne devait y être porté. Des cantonnements étalent établis à Lurcy-Lévy, Ainay-le-Château et Meaulne.

(2) On dut y envoyer, pour rétablir l'ordre, un détachement important de cavalerie.

(1) Arrêté de l'administration centrale du 2} germinal an iv.

La conscription — Recrutement a Saint-Menoux— Réfractairbs et garnisairbs Appel de toutes les classes — Encore les rêfractaires

Il nous faut maintenant aller jusqu'à Tan vu pour trouver des renseignements locaux sur le recrutement des armées, et alors il ne s'agit plus du moyen énergique mais anormal employé en 1793. Jusqu'à la fin de Tan vi la grande réquisition avait satisfait aux besoins de la République ; pour l'avenir, voulant régulariser le principe du service obligatoire permanent, en même temps que réunir des forces suffisantes à opposer à la deuxième coalition (1798-1799), qui venait de se former,, les deux Conseils avaient établi (19 fructidor an vi) une conscription qui mettait tous les- Français de vingt à vingt-cinq ans, divisés en cinq classes d'âge, à la disposition du gouvernement. On devait appeler ces classes suivant les besoins, en commençant par la première et en fixant chaque année le nombre des conscrits.

Une loi du 3 vendémiaire an vu (24 septembre 1798), faisant application pour la première fois du nouveau mode de recrutement, mettait 200.000 « défenseurs conscrits » en état de service. Tous les Français de la première classe, c'est-à-dire ceux ayant terminé leur vingtième année au 1*' vendémiaire, étaient appelés à l'armée active; et dans le cas où cette première classe ne fournirait pas les 200.000 hommes, le nombre en serait complété par les plus jeunes conscrits de la seconde.

A Saint-Menoux, la municipalité du canton se réunit le 19 pour former les tableaux des cinq classes. II y avait à vérifier sur les registres paroissiaux l'âge des jeunes gens et à procéder aux inscriptions, tirage au sort, etc., opérations difficiles pour des agents et adjoints en général peu lettrés. Afin d'éviter de se trouver dans la nécessité d'en charger des commissaires spéciaux, on pensa qu'il « serait plus simple que les agents amenassent à certains jours les jeunes gens de leurs communes à l'administration, pour y être conscrits dans les cinq classes, suivant

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leur âge ». Les jours fixés furent : pour Marigny, le 22 vendémiaire ; pour Saint-Menoux, le 23 ; pour Agonges, le 25 ; pour Bagneux, le 26 ; pour Montilly, le 27, et pour Autry, le 28. Nous n'avons pas de procèsverbaux de ces réunions.

Le 29, la municipalité forma le jury chargé de procéder à la révision et devant, suivant la loi, être composé de cinq membres pris parmi les pères de défenseurs de la patrie en activité de service, ou leurs proches parents (i). Marien Nivelon, officier de santé à Souvigny, leur fut adjoint « pour éclairer leur religion sur Tétat d'invalidité des conscrits», -et le mois suivant (9 brumaire), le tableau spécial de ceux de première classe, avec celui dés exemptés pour cause d'infirmités ou maladies (2), fut envoyé à l'administration centrale. Puis on désigna « le citoyen qui serait chargé de conduire le contingent [treize hommes] au chef-lieu du département, quand l'ordre en serait donné (3) ».

On n'était plus aux jours d'enthousiasme de 1 791, et malgré une proclamation au peuple français pour raviver les sentiments belliqueux, affichée partout et lue dans les bourgs en grande solennité, le recrutement fut difficile. Nous manquons de détails sur les opérations à Saint- Menoux, et on ignore si les jeunes gens des cinq classes s'y présentèrent tous exactement, avec leurs agents, aux jours indiqués ; mais ce qui est certain, c'est que la majorité de ceux qui furent désignés par le sort et non exemptés, se mirent en état d'insoumission au moment du -départ. Un discours prononcé par Pallier lors de la célébration de la fête décadaire du 30 brumaire le dit très explicitement. Il y fit, en effet, en termes énergiques, « un reproche général au canton qui, sur treize conscrits, n'en a fourni que cinq », ajoutant que « la responsabilité des pères, mères et maîtres des défenseurs de la patrie pèserait bientôt sur les administrations elles-mêmes », et engageant « par tous les moyens les dits pères, mères et maîtres des réquisitionnaires, déser-

(i) Furent désignés : Pompone Mérite, Gilbert Chalmin, Claude Mangin, Jean >Prunet et Julien Devillers, tous de communes différentes.

(2) Figuraient sur ce tableau cinq jeunes gens, dont un de Saint-Menoux, Gabriel -Aucouturier.

(j) La mission échut à Adam, de la commune d'Autry, un ancien soldat, ainsi '■<\ue cela était obligatoire.

teurs et conscrits, à n'en souffrir aucun chez eux, et les agents et adjoints à lui dénoncer sans miséricorde ceux qui, au mépris de la loi,, leur donneraient asile (1) ». Le 20 frimaire Pallier renouvelle ces plaintes et remontrances, et le 30 il fait Téloge « des conscrits qui ont rejoint leurs drapeaux et qui déjà ont commencé à se signaler », exprimant au contraire la plus vive indignation contre « les lâches qui, bien loin d'écouter la voix du devoir, restent dans leurs foyers, ne prévoyant pas jusqu'où peut aller et ira immanquablement la sévérité des lois à leur égard ». Une autre fois, (20 pluviôse), employant le langage de la persuasion, il « invite de nouveau les réquisitionnaires et conscrits qui, au mépris de la loi, se trouvent encore dans leurs foyers, à venir prendre leurs feuilles de route, leur représentant les peines qu'ils auraient à encourir, s'ils se refusaient davantage à se rendre à ses pressantes sollicitations ».

Mais déjà, pour briser les résistances, on avait recours à d'autres moyens qu'était chargé d'appliquer le citoyen Bourgeois, lieutenant de la 180® compagnie de vétérans stationnée à Moulins, officier d'une très grande activité (2). Placé à la tête d'un détachement de vingtquatre hommes, rompus comme lui à toutes les fatigues, il avait commencé à parcourir les divers centres d'insoumission (3), opérant nombre d'arrestations. Toutefois, la chasse à l'homme à laquelle il se livrait aventureusement ne pouvait nulle part donner des résultats complets, surtout dans les régions du Sud et du Sud-Est du département, monta-* gneuses, couvertes de forêts et sillonnées de gorges profondes, quand un arrêté de l'administration centrale, du 19 pluviôse, vint, tout en

(1) Il en fut de même dans nombre de canton?, notamment dans ceux du Montet et de Villefranche, où il semble, d'après le procès-verbal mentionnant le discours de Pallier, qu'aucun conscrit ne voulut obéir. — Les auteurs admettent générale» ment que la conscription fut acceptée en France sans difficultés, sauf dans les provinces nouvellement réunies et dans les départements de TOuest. Il y aurait lieu, pensons-nous, de faire quelques réserves pour notre canton, et même pour le département.

(2) Ainsi qu'en témoigne un arrêté du département du 1$ germinal.

(3) Les principaux étaient les cantons d'Arfeuilles, le M ayet- de- Montagne» Busset, Saint-Germain-des-Fossés, Vichy, Brugheas, Escurolles, Biozat, Bellenaves^ Charroux, Chantelle, Gannat. (Arrêté du département, du 25.)

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simplifiant considérablement sa tâche, mettre presqu'à sa discrétion les réfractaires. Il lui était enjoint de transformer ses hommes en « garnisaires » chez les parents de ces derniers. Au lieu de courir le pays à la manière des batteurs d'estrade, le repos était obligatoire, un repos agréable sans doute à ces militaires, mais lourdement onéreux pour de pauvres paysans dont souvent les jeunes gens pourchassés étaient Tunique soutien. Ce système n'était pas nouveau et de tout temps, dans tous les pays, les agents du fisc l'avaient mis en usage contre les contribuables en retard, pour les obliger à payer. Il était analogue à celui des batteurs en grange, qui avait fait ses preuves et avait été pratiqué, ainsi qu'on l'a vu, pour les réquisitions de grains. Voici comment procédait Bourgeois :

A son arrivée dans un canton, il se présentait devant la municipalité, requérait l'inscription sur le registre des délibérations de l'arrêté dont il était porteur, se faisait remettre l'état nominatif des réquisitionnaires présents dans leurs foyers, et tous les renseignements concernant les conscrits de la première classe, puis distribuait ses hommes, deux par deux, chez les père, mère ou maîtres -^ car on avait rendu ceux-ci responsables de leurs domestiques — de ces réquisitionnaires et conscrits. Et chaque soldat devait recevoir, « du chef de la maison où il se trouvait placé, un franc par jour avec la nourriture et le logement, feu, lumière et lit ». Il était dû en outre « par les parents et autres chez lesquels garnison était mise, vingt-cinq centimes par tête de garnisaire (^sfcj pour servir d'indemnité à l'officier commandant le détachement ». L'administration municipale, sous la responsabilité du commandant et du commissaire, était tenue, pour sa part, de fournir un logement chauffé et éclairé au même officier. Celui-ci, au fur et à mesure des captures, formait de petits groupes qu'il expédiait, sous bonne garde, à la brigade de gendarmerie la plus voisine.

C'est en germinal, après une décade passée à Moulins pour se reposer de ses fatigues, et surtout pour réparer l'équipement de son détachement, que Bourgeois vint à Saint-Menoux, où son passage est signalé par la transcription, à la date du i8, sur le registre des délibérations, de l'arrêté du 19 pluviôse. Il n'est pas question ensuite de ses

opérations, ni des résultats obtenus, mais il est certain qu'après son départ il ne restait plus, dans le canton, que des conscrits et réquisitionnaires malades ou infirmes, que Nivelon fut d'ailleurs appelé à examiner (6 floréal) (i).

Par une loi du 28 germinal (17 avril 1799), le complément de la levée de 200.000 hommes avait été appelé, et un arrêté de l'administration centrale du 4 floréal avait fixé à seize hommes le contingent à fournir par le canton. La municipalité eut à établir les tableaux des deuxième et troisième classes devant concourir aie former et iine réunion générale fut fixée à Saint-Menoux au 13 floréal (2 mai 1799), pour le tirage au sort, etc. (2).

Philibert Blondin et Léonard Gabet avaient été désignés pour conduire les conscrits à Moulins, mais le moment venu (8 prairial), tous ne se présentèrent pas, puisqu'à cette date on délivrait à Blondin, au dépôt, un certificat constatant l'arrivée de dou:[e conscrits seulement « conduits pour le compte fsic) du canton de Saint-Menoux ». Il y avait donc quatre réfractaires.

C'était d'ailleurs, plus ou moins, le cas général dans le département, ainsi qu'il résulte d'une proclamation (5 messidor) (?) de l'adjudant général Tristan Brision, commandant de la force armée dans l'Allier, où on lit « qu'on n'a pas obéi..., qu'on est en état de rébellion..., » et qui énumère, pour les en féliciter, les rares cantons ayant donné le bon exemple.

Il fallait au plus tôt combler ce déficit de quatre hommes, car un

(i) Furent présentés à cet examen médical : les cinq conscrits provisoirement exemptés le q brumaire ; un autre venu depuis peu habiter à Autry ; un volontaire à la demi-brigade de TAllier, et quatre réquisitionnaires, un de Montilly — dont le cas parut suspect — et trois de Saint-Menoux, Jean Auroux, Pierre Condamine et Gilbert Gabet. — Le volontaire, Charles Gouyon, de la commune d'Autry, était dans un état de claudication prononcé à la suite d'une chute faite en Vendée. Il avait servi pendant cinq années et on lui accorda une dispense définitive.

(2) A mentionner la délivrance au percepteur d'un mandement sur le montant des contributions de Tannée de $60 francs, somme nécessaire pour subvenir aux frais d'équipement des seize conscrits, à raison de ^$ francs pour chacun.

(3] Arrêté de l'administration centrale du $ messidor.

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arrêté du 19 prairial n'accordait qu'un délai de cinq jours, sous peine d'être mis dans l'obligation de procéder à un nouveau tirage. Il est probable qu'on n'eut pas de peine à se saisir des récalcitrants et à les livrer à l'autorité militaire. La gendarmerie venait du reste en aide aux municipalités et c'était même devenu, à cette époque, sa besogne principale (i).

La guerre n'était plus heureuse et le danger d'invasion reparaissant, les deux Conseils, par une loi du 10 messidor {28 juin 1799) (2)» complétée par une autre du 14, en même temps qu'ils amnistiaient les déserteurs à l'intérieur, mettaient en activité de service toutes les classes de conscrits, que l'on devait organiser en bataillons armés et équipés dans les départements.

Une délibération de la municipalité, du 22 frimaire an viii (13 décembre 1799), donne à croire que ce recrutement ne se fit pas à Saint- Menoux dans des conditions satisfaisantes, car on y voit que ce jour-là se présentait devant elle le citoyen Jean-Baptiste Decamp, lieutenant de la 8* compagnie du i**" bataillon auxiliaire de l'Allier, commandant •un détachement de douze hommes, pour mettre à exécution un arrêté du département du 1 2 frimaire relatif au « rassemblement » de tous les conscrits « en retard de rejoindre les drapeaux de la République » ; rassemblement fait en vue de passer une revue de rigueur le 27. Les noms des conscrits « en retard », ainsi que l'arrêté du département, furent « annoncés avec pompe dans tous les lieux de la commune où se font les publications, par l'agent et le commissaire, précédés d'un piquet -de garde nationale et du citoyen Decamp à la tête de son détachement » ; ensuite on distribua des conscrits chez les parents « des retardataires ou fuyards ». Les femmes de deux d'entre eux ayant « fermé leur porte », les quatre hommes qui leur étaient destinés furent placés à l'auberge à leurs frais.

Deux jours après, Decamp est encore là. Les agents viennent faire

(i) En quelques cantons, entre autres à Saint-Désiré et à Saint-Sauvier, la gendarmerie se livra à de déplorables exactions sur les habitants.

(2} La loi du 10 messidor prescrivait un emprunt forcé de 100 millions pour faire face aux dépenses.

devant lui la déclaration des conscrits « qu'ils présument, sur le bruit public », être dans leurs communes respectives, <* sans cependant en avoir de connaissances acquises ». On en dresse la liste et on peut constater que les réfractaires et déserteurs sont nombreux. Il y en avait : à Saint-Menoux six, à Autry quatre, à Montilly trois, et autant à Bagneux, soit en totalité seize dans le canton (1). Puis, pour obéir à Tarrêté du 12 frimaire, on forme un cortège composé du détachement de Decamp, d'un piquet « considérable » de garde nationale, du président de l'administration municipale, du commissaire, des agents des communes, et Ton se met en marche. Sur quatre points différents Pallier donne lecture de l'arrêté et fait « la proclamation des noms des conscrits déserteurs et fuyards en retard de rejoindre ». Il engage en outre les parents des conscrits à ne pas donner asile « aux lâches qui en se déshonorant par leur désobéissance les déshonorent eux-mêmes ». De retour, des garnisaires sont placés comme le 22. Le résultat fut probablement le môme qu'en germinal de l'année précédente.

(i) Des déserteurs, arrivés chez eux tout équipés et montés, ne craignaient pas de faire argent de leur monture. Tel fut le cas d'un nommé Jean-Baptiste Fudet, ci-devant garde forestier, déserteur de la 12^ demi-brigade de chasseurs à cheval en garnison à Compiègne, dénoncé par Pallier. Il avait sans plus de scrupules vendu son cheval à Jean Tridon, lequel, interrogé à ce sujet et le prenant de haut, répondait « qu'un garde pouvait bien acheter un cheval d'un autre garde » ; à quoi Pallier répliquait que Pudet n'était plus garde, mais déserteur. (Registre municipal, 20 frimaire.)

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