CHAPITRE VIII
La Garde nationale
La gârdb hationalb l Saint-Mbnouz — ORGAinsATiON GéicÊRALB — Faits locaux RéoRQAinsATiON — Officiers et sous-officibrs — Les colonnes mobiles.
LA garde nationale était née spontanément, dans toutes les villes et principaux bourgs, de la révolution municipale de juillet 1789. Il n'y eut d'abord que des armements locaux répondant aux goûts du moment, peut-être aussi à l'idée instinctive que la force allait devenir nécessaire dans la voie où l'on s'était engagé ( i ) ; mais la plupart des petites paroisses, peu en situation d'y prendre part, s'abstinrent, et ce ne fut qu'en juin 1790, par décret du 18, que la Constituante se préoccupa de généraliser le mouvement en lui donnant la forme d'une institution légalement réglementée.
Dès le début, il y eut à Saint-Menoux une garde nationale organisée (2), mais ce n'est que dans le compte-rendu de la fête de la fédération qu'il y est fait allusion pour la première fois, simplement pour montrer les citoyens « rassemblés sous les armes et drapeaux de la
(x) Au lendemain de la « Grande peur », les officiers municipaux de Moulins conçurent le projet, à Texemple de toutes les villes, d'organiser une « milice bourgeoise... » En un instant, rapporte le procès-verbal, « tous les citoyens se sont transformés en troupe militaire », pour laquelle une messe fut célébrée au cours de Bercy par l'abbé de la Tour, récemment nommé à l'évêché de Moulins. On organisa un régiment, composé d'un état-major et de dix compagnies de grenadiers, chasseurs, fusiliers, canonniers, pompiers et ouvriers. Dans une compagnie de chasseurs volontaires se trouvaient Gilbert- Bon Aubery du Goutet, comme deuxième capitaine, et Pierre-Georges ou « le chevalier Aubery », comme deuxième lieutenant. (Reg. des délibérations de l'assemblée municipale de Moulins, séance du 17 août 1789 ; Arch. de la ville, n*' 1^6.)
(2) D'après Louis Audiat (/a Terreur en Bourbonnais^ I, 139).
municipalité ». A partir de cette époque il n'en sera plus question jusqu'en Tan IV, sauf en juillet 1793 à propos des incidents survenus au marché, et le 10 germinal an 11 (29 mars 1794), au sujet de la plantation d'un arbre de la liberté.
Cette absence de renseignements s'explique, puisque, ainsi qu'on l'a vu, ceux que contenaient les u papiers et liasses » mentionnés en l'inventaire de l'an viii, ont été détruits ou ont disparu. Il y avait là des pièces de comptabilité, la correspondance, des listes, des procès-verbaux d'élection, de prestations de serment, etc. Tout cela, se rapportant à des événements locaux et s'appliquant à une institution qui contribua tant à singulariser la vie du peuple rural, à cette époque si étrangement active et dramatique, nous intéresserait vivement aujourd'hui.
Il est probable qu'en août 1789, et même après le décret de juin 1790, il n'y avait eu qu'une formation rudimentaire de la garde nationale» sans que les hommes en faisant partie fussent astreints à des obligations militaires sérieuses. Un peu partout on y mettait de la négligence, et ce qui est certain, c'est qu'en juillet 1791, dans beaucoup décantons, il n'y avait même pas apparence d'organisation. A cet égard on est édifié par un arrêté du district, rendu à l'occasion d'une répartition de fusils entre les communes « où il se trouvait des gardes nationales en activité et faisant un service habituel ». Les seules communes qui participèrent à la distribution furent Moulins, Souvigny, Villeneuve, Paray» Gannay, Saint-Menoux (pour dix fusils), Thiel, Beaulon,^ Besson et Châtel-de-Neuvre ; et encore quelques-unes, entre autres Besson» n'avaient-elles leur compagnie qu'en formation (i).
Mais le décret du 29 septembre 1791 vint établir une unité de corps et une réglementation d'ensemble qui n'avaient pas existé jusque là^ D'après ce décret, tous les citoyens actifs, sous peine de perdre cette qualité, devaient s'inscrire pour le service delà garde nationale, ainsi que leurs fils âgés de dix-huit ans. L'organisation avait lieu par district et par canton, non par commune, « sous aucun prétexte ». Chaque bataillon était à quatre compagnies et la réunion des bataillons du même district»
(1) Le département avait mis (26 juillet) en distribution dans TAllier 947 fusils» dont le district de Moulins reçut 200 pour sa part.