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CHAPITRE X

Les Fêtes publiques

La fête db la Fédération — Fête du 9 janvier 1794 — Arbres de la liberté — Le culte de l'Etre suprême — Anniversaire de la mort de Louis XVI — Les

sept fêtes nationales — CÉRÉMONIE FUNÈBRE EN L'HONNEUR DE HOCHB — FÊTES A l'occasion DE LA PAIX AVEC L'AUTRICHE — LbS FÊTES ET LE CULTE DÉCADAIRES.

DES cortèges, des chants, des discours, la lecture des lois et décrets, des « autels de la patrie », tels sont les éléments ordinaires *des fêtes publiques sous la Révolution. A Paris on y déploya une grande pompe qui, au dire des contemporains, évoquait surtout les spectacles de l'Opéra. Les architectes, peintres, sculpteurs et dessinateurs les plus célèbres de l'époque en imaginèrent les décors et' Tordonnance ; des musiciens illustres composèrent des hymnes pour en rehausser l'éclat. Mais ce fut une manifestation d'art stérile et éphémère, qui tourna à l'imitation littérale et pédante de l'antiquité par l'orgueilleux instinct d'être, comme les Grecs et les Romains, une nation brave et forte entre toutes.

Ce qui enlève beaucoup d'attrait à ces fêtes, c'est-à-dire aux procèsverbaux qui en sont restés dans les communes, c'est surtout leur uniformité. Il n'en pouvait d'ailleurs être autrement, car pour les organiser les directoires de districts, et après eux les administrations centrales, n'avaient pu se dispenser d'envoyer aux municipalités des circulaires et programmes pour les guider, ou suppléer à leur inexpérience. Elles ne se ressemblent pas toutes identiquement, cependant, et on remarque parfois, à Saint-Menoux, par exemple, des détails qui semblent sortir

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du cadre officiel et laisser deviner une influence individuelle, la présence d'un bon metteur en scène i\

La première grande fête de la Révolution fut celle de la Fédéraiioft (14 juillet 1790 , que nos officiers municipaux célébrèrent de leur mfeux. u Rassemblés sous les armes et drapeaux de la municipalité »^ disent-ils, les citoyens, autorités en tête, se rendirent à l'église. A onze heures et demie, la messe fut dite par le curé, qui prononça un discours chaleureux pour exalter la victoire du peuple, commémorée le même jour à Paris et dans :a France entière. Jarsaillon, comme maire, prêta ensuite le serment, que répétèrent tous les assistants ; après quoi le curé entonna un Te Dcum i chanté au son des cloches et des instruments ». Le procès-verbal ajoute que u tous les citoyens, réunis an dehors, se sont permis des amusements honnêtes exprimant la joie et le contentement dont chacun était pénétré, et cela avec toute la décence possible '). Ils se retirèrent u après avoir pris un repas frugal où les santés du Roi, de la Nation et de l'Assemblée nationale ont été souvent portées 2 o.

Ces u amusements honnêtes ■>. cette -< décence », ce « repas frugal »■ feraient plutôt penser à quelque bucolique qu'aux difficultés alors soaIe> vées dans la paroisse par la rareté des subsistances.

Après ce début il n'est plus de longtemps question de fêtes au registre municipal. Celles qui furent données pour la plantation des arbres de la liberté et de l'égalité, pour l'acceptation de la Constitution de 179; ; , pour l'Inauguration du culte de la Raison, etc. (4), n'y

.1 Pailler avait accepté le titre et la foactioa d' ■ ordonnateur » des fêtes publiques ; mais ie fructidor on iv il se '« départit de cette charge » et fut remplacé par Jean Loyard.

2} Pour la FJdératicn de Paris chaque garde nationale avait délégaé im homme sur deux cents, et chaque régiment un officier, un sous-officier et quatre soldats, formant ensemble 14.000 hommes.

^, Les deux dimanches, 14 et 2: juillet, les assemblées primaires se réunirent pour raiirier cette Constitution. La fête qui suivit fut généralement reportée an to août et célébrée avec celle qui commémorait cette date. On en fit à Paris l'occasion d'une grande manifestation, où chaque canton dut envoyer un délégué.

[4) Inauguré dans l'éiriise Noire-Dame de Paris, qui lui avait été dédiée, le 20 brumaire an 11 10 novembre 170:'. La cérémonie en est restée fameuse, et Tîmi-

sont pas relatées et il faut aller jusqu'au 20 nivôse an 11 (9 janvier 1794), pour rencontrer un autre compte rendu de réjouissances publiques, celui de la fête ordonnée par décret du 4 du même mois à l'occasion de la prise de Toulon (i).

Depuis plusieurs jours on avait fait des préparatifs pour un vaSte banquet en plein air et des tables avaient été placées en nombre suffisant « pour contenir tous les individus de la commune... » Sur différents points des bûchers étaient allumés avec, au centre, un feu de joie^ — car le froid était vif. Les choses en cet état et « la garde nationale sous les armes, on part au son des tambours et musettes pour aller chercher le plus âgé des habitants, Gilbert Pilliaudin... La marche est précédée de plusieurs chanteurs en bonnet rouge, chantant des chansons patriotiques... » Un garde national porte « un exemplaire des droits de Vhomme » et les municipaux, ceints de leurs écharpes, suivent accompagnés d'une voiture. Arrivés à la maison de « l'ancien de la commune », Pallier lui annonce que « c'est en ce jour la fête de la Vieillesse et des Malheureux, et il l'invite à monter sur la voiture ». Au retour, la foule se groupe autour de l'arbre de la liberté, où lecture est donnée des récents décrets de l'Assemblée nationale, après quoi, dans un discours « très pathétique relatif à la cérémonie et pendant lequel le silence, l'attention et l'ordre se sont soutenus de manière à surprendre », Pallier provoque l'enthousiasme de son auditoire. On acclame, on chante, « on crie à haute voix (sicj : Vive la République ! Vive la Montagne 1 Vivent les sans-culottes I... » Puis a lieu le banquet. « A la table du milieu, lit-on au procès-verbal, nous avons fait asseoir, les cinquante plus indigents, que nous avons défrayés. Les autres se sont placés autour, et Ton a servi. Toutes les santés ont été portées par tous les convives à i'envi. Le repas a été des plus gais et bien ordonné. Nous avons invité tous les voyageurs de passage à se réjouir avec nous. La danse, les chants et les cris de : Vive la République ! ont terminé le festin, duquel les infirmes et ceux qui étaient obligés de garder les maisons

tation gagnant aussitôt la province, une sorte de rite fut préparé. On imprima et réimprima même un rituel. (A. Aulard, le Culte de la Raison et le Culte de l'Etre suprême.)

(i) On la combina avec une fête de la Vieillesse et des Malheureux.

pour les servir ont été faits participants par les envois réitérés que nous leur avons faits de pain, vin et viande. Toute la campagne s'y est rendue avec empressement et la place contenait plus de huit cents individus de tout sexe et de tout âge. A cinq heures nous avons dansé \si farandole, nous avons tous renouvelé le serment de vivre libres ou de mourir, et nous avons reconduit notre ancien dans sa maison. A huit heures du soir la patrouille a été faite par les républicains Pallier et Laconche, — ce dernier sergent de la garde nationale, — dans les huit auberges du bourg ; et ils ont eu la satisfaction de n'y trouver que des républicains honnêtes qui, en s'entretenant de la cérémonie du jour, renouvelaient le serment de vivre libres ou de mourir. Et à neuf heures toutes les auberges étaient fermées, et chacun rangé chez soi ».

Ce fut certainement celle des fêtes publiques de Saint-Menoux à laquelle le peuple participa le plus spontanément et le plus unanimement.

Cet arbre de la liberté, autour duquel nos villageois dansaient avec tant d'entrain la farandole, avait péri, ainsi que l'arbre de Tégalité (i)^ planté en même temps que lui. On dut remplacer obligatoirement le premier en exécution d'un décret du 3 pluviôse, et l'opération eut lieu en mars, le 20 ( 30 ventôse), à i o heures du matin. Elle vaut qu'on s'y arrête.

La municipalité avait, quelques jours auparavant (15 mars), décidé que les citoyens Tridon et Jean Condamine, notables, iraient dans les taillis choisir un bel arbre, « jeune pour que sa reprise soit plus certaine » ; que Louis Bresson et Audin père et fils, « pionniers », en feraient l'extraction pendant que Suchot et Jean-Baptiste Condamine prépareraient le terrain où on le placerait ; que l'arbre serait transporté par le métayer Bonis, sur sa voiture, et que les citoyens de la commune, « moins ceux qui seraient retenus chez eux pour cause d'infirmités », « aideraient à le planter aux cris de : Vive la République! » Enfin Gabriel et Joseph Guelin, Pierre et Michel Rambert, charpentiers, étaient « tenus d'arracher » les deux arbres morts, dont la vente servirait à « parer aux dépenses d'un drapeau et autres relatives à ladite plantation... »

(i) Le cas était le même à peu près partout. On avait planté ces arbres, paraît-il, « dans une saison défavorable, ou avec une tige trop élevée et sans racines suffisantes pour en assurer la reprise ».

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Une grave question s'était posée: quel emplacement fixerait-on? On n'était nullement d'accord à ce sujet et le conseil général, réuni pour en délibérer, se trouva divisé en deux camps. Chacun voulait Tarbre et la fête pour son quartier. Les uns se déclaraient partisans de la « ci-devant Croix-du-Juge » (Saint-Germain), les autres opinaient pour la place située « en face de la ci-devant église paroissiale ». Il fallut recourir à un scrutin qui, par dix voix sur quatorze, favorisa la Croix-du-Juge.

Le lendemain, le moment venu, les préparatifs achevés et Tarbre transporté, on y attache « le bonnet de la liberté et le pavillon aux trois couleurs ». La municipalité en écharpes, escortée de la garde nationale, tambours en tête, précédée et suivie de la foule, quitte la maison commune, se rend au lieu fixé pour la plantation, et aussitôt le citoyen agent national Pallier parle : « Républicains, s'écrie-t-il, la cérémonie qui nous rassemble est le triomphe de notre liberté conquise!... En vain les tyrans coalisés chercheraient à diminuer en nous Tardeur que nous témoignons, pour Tempêcher de s'échapper de nos mains victorieuses... » Il continue ainsi pendant un instant, puis apostrophant les souverains : « Vils esclaves d'un parti justement exécré, approchez, voyez et séchez de crainte, de remords et de frayeur I Cet arbre sera pour nos neveux un monument éternel de votre honte et de notre triomphe ; planté sous les plus heureux auspices, le souffle infect du dernier de nos tyrans, semblable au vent brûlant du midi, n'absorbera pas sa sève sous son écorce desséchée. Il poussera des rameaux à l'ombre desquels nous viendrons respirer l'air salubre de la liberté et prendre de nouvelles forces pour en maintenir la conquête. Vive la République I Vive la Montagne ! Vivent les sans-culottes I... » La foule répète ces cris et les renouvelle quand elle voit l'arbre se dresser ; et chacun s'approche pour jeter de la terre au pied. Non loin de là on allume un grand bûcher sur lequel sont jetées plusieurs statues mutilées, des planches de confessionnaux et autres « pièces » provenant de la ci-devant église. On se rend alors au « Temple de la Raison (i) », on y danse

(i) Cette dénomination indique suffisamment que Téglise avait été, à Tinstar de Notre-Dame de Paris, dédiée au culte de la Raison.

« toute la journée dans le plus grand ordre », et à six heures on en ferme les portes.

A titre de dédommagement les partisans de remplacement de Téglise (Pompone Mérite, Jean et Antoine Loyard et Pallier) avaient été autorisés à y placer, le même jour, de façon à augmenter l'intérêt et le plaisir par une double cérémonie, un autre arbre qui serait aussi un arbre de la liberté. Excellente idée, croyait-on, et qui cependant souleva des protestations, car beaucoup ne voulaient de double cérémonie à aucun prix. Il fallut ajourner au décadi suivant, lo germinal^ la plantation supplémentaire.

Nous ignorons, faute de procès-verbal, s'il y eut un grand concours de peuple à l'inauguration de ce deuxième arbre, frère cadet du précédent. Nous savons seulement, par une note du registre, que les préparatifs donnèrent lieu à un assez curieux incident motivé probablement par des querelles individuelles et antérieures. On y voit que des citoyens « en grand nombre », venant de la forêt, accompagnés d'officiers municipaux et d'un homme battant du tambour, transportaient l'arbre qu'ils avaient choisi et qu'ils voulaient planter le lendemain. Il était dix heures du soir. Comme le cortège entrait dans le bourg, Etienne Aucouturier, greffier de la municipalité et commandant de la garde nationale, se présente subitement le sabre à la main, arrête la colonne et s'empare des tambours et des baguettes, qu'il emporte chez lui.

On dédaigna, rapportèrent à la municipalité des témoins de la scène, « de repousser la sottise par la force », et on fit sagement, sans doute. On voit, par ces détails, toute l'importance qu'attachaient alors à ces questions les habitants des campagnes (i).

(i) A mentionner, à propos de la plantation du deuxième arbre, rhostilité persistante d'Etienne Aucouturier. Quoique convoqué, ainsi que sa compagnie, pour deux heures de Taprès-midi, à la maison commune, o5 devait se former le cortège, il ne se présenta pas au moment indiqué, ni aucun de ses hommes. On ignorait où il se trouvait et les municipaux allaient partir seuls « en protestant contre l'insubordination du commandant », quand arrivèrent les deux officiers Claude Mérite et Tridon. disant qu'ils n'avaient pu venir plus tôt « parce que le commandant se faisait peigner ». Ils priaient « d'attendre un instant ». On y consentit « non à raison de la toilette du commandant, mais p'our ne pas troubler Tordre ».

Les arbres de la liberté, après le 9 thermidor, eurent à compter avec leurs ennemis. L'un de ceux plantés à Saint-Menoux — on ne dit pas lequel — eut à subir une tentative de destruction qui faillit lui être fatale et que la municipalité feignit d'ignorer. Mais l'agent national du district en avait été indirectement informé. « La tranquillité publique a été troublée dans votre commune, écrit-il à cette occasion aux officiers municipaux ; des malveillants ont voulu abattre l'arbre de la liberté et ils auraient réussi dans leur projet s'ils n'avaient été arrêtés au moment où, la hache levée, ils donnaient à leurs concitoyens l'exemple de l'infraction aux lois... Cependant, citoyens, dans ce moment de troubles, vous n'avez donné aucun avis à l'administration du district de ce qui se passait... Réparez donc promptement cette négligence. L'administration attend de vous, sans délai, tous les renseignements que vous pourrez lui fournir, afin qu'elle puisse prendre le parti que les circonstances exigeront... »

Le peuple était alors appelé à se réjouir tous les décaxiis. Les officiers municipaux, escortés de la garde nationale et suivis des fonctionnaires et autres citoyens, se rendaient dans le « temple de la Raison ». On y entendait la lecture des lois, puis on se livrait à des distractions chorégraphiques.

Le 18 floréal (7 mai 1794), la Convention décréta le « culte de l'Etre suprême » (i), succédant au « culte de la Raison ». En même temps elle instituait une double série de fêtes, les unes politiques devant solenniser certains événements marquants de la Révolution (14 juillet, 10 août, 21 janvier et 31 mai) ; les autres — les fêtes décadaires — au nombre de trente-six et « empruntant leurs noms des vertus les plus chères et les plus utiles à l'homme, des plus grands bienfaits de la nature » étaient les suivantes : A l'Etre suprême et à la Nature ; au Genre humain ; au Peuple français ; aux Bienfaiteurs de l'humanité ; aux Martyrs de la Liberté ; à la Liberté et à l'Egalité ; à la République ; à la Liberté du monde ; à l'Amour de la Patrie ; à la Haine des tyrans et des traîtres ; à la Vérité ; à la Justice ; à la Pudeur ; à la Gloire et à

(1) C'était la religion du Vicaire savoyard. Ce décret consacrait la défaite de Tathéisme ; la masse y puisa une espérance de retour au catholicisme.

l'Immortalité ; à TAmitié ; à la Frugalité ; au Courage ; à la bonne Foi ; à r Héroïsme; au Désintéressement; au Stoïcisme; à TAmour ; à l'Amour conjugal ; à l'Amour paternel ; à la Tendresse maternelle ; à la Piété filiale ; à l'Enfance ; à la Jeunesse ; à TAge viril ; à la Vieillesse ; au Malheur ; à l'Agriculture ; à l'Industrie ; à nos Aïeux ; à la Postérité ; au Bonheur.

La première de ces fêtes : A l'Etre suprême, fut seule organisée. Sa célébration eut lieu le 20 prairial (8 juin 1794), dans le jardin des Tuileries et au Champ de Mars, avec une pompe extraordinaire. Robespierre, à qui était due l'innovation, y prononça deux discours ; on chanta des hymnes, on fit entendre des symphonies ; il y eut des allégories, on embrasa une statue de l'athéisme, etc. En province, presque partout les inaugurations se firent le même jour, mais avec beaucoup de variantes. Malgré tous les efforts du gouvernement, et quoique, après ce début, des instructions eussent été envoyées et des catéchismes et rituels composés, on ne parvint pas, en effet, à rendre uniformes les cérémonies.

On ignore comment il fut procédé à Saint-Menoux, mais Fallier ne manqua sans doute pas d'y pérorer. En tous cas il eut, comme agent national, en exécution d'un arrêté du Comité du salut public, à lire dans l'église, chaque décade, pendant un mois, publiquement le rapport et le décret du 18 floréal.

L'inscription : Temple de la Raison fut enlevée des édifices religieux et remplacée par cette autre : Le peuple français reconnaît V Etre suprême et Vimmortalité de l'âme.

L'année 1795 ne nous fournit aucun renseignement sur les fêtes. En janvier 1796 seulement, le 30 (11 pluviôse an iv), on trouve au registre un compte rendu de la « célébration de l'anniversaire de la mort du dernier roi des Français », — tragique événement dont, par une véritable aberration, on avait fait une fête annuelle. L'administration centrale avait tracé le programme de la cérémonie, observé tant bien que mal. On y débuta par une promenade civique où se firent entendre des airs patriotiques : Le Ça ira, la Marseillaise^ le Chant du départ. Devant l'autel de la patrie on fit la lecture des lois et décrets, puis le président

« monta à la tribune » (sans doute Testrade) et prononça un discours. Il prêta ensuite serment de « haine éternelle à la royauté et d'attachement sincère à la République ». Condamine, commissaire provisoire, parla après lui, montrant « un dévouement entier pour la chose publique », et prêta également serment, ainsi que tous les adjoints, fonctionnaires -et assistants. Ces prestations de serment furent précédées et suivies de l'air : Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ! On regagna ensuite la maison commune en chantant le Chant du départ.

Les fêtes décadaires, décrétées le 7 mai 1794, devaient être, dans l'esprit du promoteur (Robespierre), les solennités d'une religion nouvelle. On voulut les organiser, et à la fin de la même année, le 21 décembre (i" nivôse an m), un rapport était présenté dans ce but à la Convention. Ce rapport, discuté et voté en partie, échoua cependant par suite d'incidents de séance ; puis furent instituées par le grand décret sur l'instruction publique du 3 brumaire an iv (25 octobre 1795), sept fêtes nationales : de la Fondation de la République, de la Jeunesse, des Epoux, de la Reconnaissance et des Victoires, de l'Agriculture, de la Liberté et des Vieillards, à célébrer tous les ans, dans chaque canton, le i'^ vendémiaire, le 10 floréal, le 10 prairial, le 10 messidor, les 9 et 10 thermidor et le 10 fructidor. Ces fêtes devaient consister en des chants patriotiques, des discours sur la morale du citoyen, des banquets fraternels, des jeux publics, des distributions de récompenses. L'ordonnance devait en être arrêtée et annoncée à l'avance par l'administration centrale et les administrations municipales.

La première que l'on célébra fut celle de la Jeunesse ( i o germinal) ( i ). Elle était, d'après un arrêté du département du 7, destinée à « développer chez les jeunes gens les vertus civiques et militaires, et l'émulation dans les écoles ». Comme pour toutes celles qui suivront, un

(i) Au début de germinal, il dut y avoir à Saint-Menoux une fête pour la plantation d'un arbre de la liberté, en exécution d'un arrêté de Tadministration centrale du 3 ventôse, qui ordonnait le remplacement de ceux qui avaient péri, ce qui était le cas « dans la presque totalité des communes ». Les cérémonies devaient être aussi solennelles que possible, et accompagnées de chants patriotiques « capables de réveiller et entretenir dans Pâme de tous les citoyens le véritable amour de la patrie ».

cortège composé des agents et adjoints, des fonctionnaires et de la garde nationale, se forma à la maison commune et exécuta dans le bourg une « promenade civique », où Ton chanta des airs patriotiques. Devant Tautel de la patrie, Tun des secrétaires fît la lecture des lois et arrêtés, puis le commissaire prononça un discours « plein d'énergie, respirant le plus pur patriotisme, contenant les principes analogues à la saine éducation de la jeunesse et annonçant en même temps le respect dû aux vieillards ». Le cortège revint ensuite à son point de départ, toujours en chantant. Des places d'honneur avaient été ménagées, devant Tautel de la patrie, aux vieillards et aux soldats revenant des armées avec des blessures.

Les fêtes qui suivront ressembleront plus ou moins à celle-ci. La formation et la composition des cortèges, les promenades civiques, les chants, les discours, sont communs à toutes et seuls quelques détails spéciaux, dont il n'est pas toujours question dans les procès-verbaux, trop sommaires, les différencient.

La fête des Epoux (lo floréal), entre autres, semble identique à la précédente, sauf le discours de Pallier, adapté à un autre sujet. Au lieu de parler du premier âge, il vante cette fois les austères devoirs de la vie en commun ; il explique « combien il importe à la pureté des mœurs, à l'harmonie de Tordre social et à la félicité publique, de ne rien négliger de tout ce qui est capable de faire aimer, chérir et vénérer cette union sainte, ce lien sacré et indissoluble, cette foi conjugale qui portent dans les cœurs bien nés tout ce qu'il y a de jouissances délicieuses dans la vie ».

Le 10 prairial, on célèbre la fête de la Reconnaissance et des Victoires, et celle-ci se distingue par un plus grand luxe de détails. Sur Tautel est exposé « à la vénération des assistants le tableau des enfants du pays qui ont péri en combattant pour le triomphe de la liberté et la gloire de la République ». Dans son discours, le commissaire parle avec une abondante complaisance de cette fête, « instituée pour faire partager aux pères et mères des généreux défenseurs de la Patrie le témoignage de la reconnaissance publique ; pour honorer et récompenser ces braves militaires, que des blessures ont forcés de revenir des années ; pour

montrer qu'une nation libre sait conserver la mémoire de ceux qui ont glorieusement perdu la vie dans les combats ; pour inspirer aux jeunes citoyens le désir d'imiter l'exemple du noble dévouement dont étaient animés leurs aînés ; enfin pour rappeler à tous les citoyens que si la liberté triomphe, si les despotes et leurs esclaves fuient..., c'est à l'héroïsme des guerriers français que sont dus tant de glorieux succès ». Le président exprime ensuite au citoyen Philibert Blondin « la reconnaissance de tous pour le courage qu'il a déployé au service de la Patrie, où en combattant il a reçu une honorable blessure », et il lui donne « une branche de chêne et l'accolade fraternelle ». Philibert Blondin, à son tour, monte sur l'estrade et il y « développe les plus beaux sentiments ». On fait ensuite « l'appel nominal des citoyens du canton morts au service de la République », et on clôture par des chants patriotiques, les acclamations habituelles, un « banquet fraternel » «t des danses publiques et « multipliées ».

La fête de l'Agriculture (lo messidor) fut plus modeste. « Si on ne lui a pas donné tout l'éclat qu'elle mérite, explique Pallier dans son allocution, la cause en doit être attribuée à la foire de Souvigny, qui coïncide avec elle ». Il ajoute que néanmoins elle a été célébrée « avec la dignité et la magnificence convenables ».

Quant à la fête de la Liberté (9 et lo thermidor), la grande fête de la République, le procès-verbal la raconte ainsi :

Première journée : « Le cortège arrivé sur la place publique s'est rangé autour de l'autel de la Patrie, orné d'une manière analogue ; à l'extrémité opposée était dressé un trône avec les emblèmes de la royauté et un cahier sur lequel étaient écrits ces mots en titre : Constitution de lyçi. Lecture a été faite de l'arrêté du directoire, puis le citoyen commissaire a prononcé un discours plein d'énergie, après lequel le peuple s'est porté rapidement, avec les armes qui avaient été mises entre ses mains, à l'autre extrémité de la place, pour renverser le trône, qui s'est écroulé sous ses coups redoublés, aux cris répétés de : haine à la tyrannie 1 vive la liberté 1 Le citoyen président a pris, ensuite un drapeau et, accompagné des corps constitués, il est allé le planter sur les débris du trône. »

Deuxième journée : « Sur Taulel de la Patrie, orné de guirlandes de feuillage, est placé un flambeau allumé. » A l'extrémité opposée de la place on a élevé un nouveau trône « formé des débris du premier, surmonté des emblèmes de la tyrannie triumvirale », lesquels ne sont pas désignés. Il est recouvert d'un drapeau tricolore ; « un cahier sur lequel sont inscrits les mots en titre : Constitution de lypj » y est ajouté. Le citoyen président, après le discours du commissaire, prend le flambeau et va, suivi du cortège, enlever le drapeau tricolore, laissant à nu le trône. II y met le feu « aux cris répétés de: haine à la tyrannie î vive la République ! » Revenu près de l'autel, il y 'dépose le livre de la Constitution républicaine et en lit le dernier article, auquel le peuple répond par d'énergiques : vive la Constitution !

La fête des Vieillards (10 fructidor) paraît avoir été dénuée de toute pompe, et celle de la Fondation de la République (i" vendémiaire) n'a pas même fait l'objet d'un compte rendu.

En l'an v, nous voyons encore ces mêmes fêtes célébrées aux mêmes dates, mais dans des conditions qui n'indiquent plus que l'accomplissement tout machinal d'une tâche imposée. De courtes notes tiennent lieu de procès-verbaux et parfois même on oublie de les rédiger. Tout indique la lassitude de la municipalité, que l'indifl'érence du public semble avoir gagnée. L'administration centrale de l'époque, dont les sentiments étaient très franchement portés à la tiédeur, ne faisait d'ailleurs aucun effort pour réveiller l'enthousiasme de jadis. Mais en l'an vi les choses vont changer et dès le i*' vendémiaire (fête de la Fondation de la République) reparaissent, avec le zèle officiel des administrateurs et l'éloquence du commissaire, des comptes rendus plus copieux.

Le 30 a lieu une cérémonie funèbre en l'honneur de Hoche (i)^ ordonnée par une loi du 6. Devant l'autel de la Patrie, l'administration, « empressée, dit le procès-verbal, de payer à ce général la dette de la reconnaissance nationale, a fait à ses administrés le récit des principaux traits de sa vie, leur rappelant qu'il fut l'un des plus fermes soutiens de la République ; qu'il débloqua Landau, fut vainqueur à Neuvied, à

(i) Lazare Hoche était mort le 1$ septembre 1797, âgé de vingt-neuf ans, après avoir été général en chef à vingt-quatre.

Wissembourg, à Quiberon, sur le Rhin; qu'il pacifia la Vendée ; enfin qu'il mourut en exprimant son grand amour pour la République (i)...»

Quelques jours après, le 9 brumaire (30 octobre 1797), on acclame Bonaparte à propos de la paix avec T Autriche. Les administrateurs municipaux ont « désiré, disent-ils, exprimer la joie qu'a produite et causée dans leurs cœurs la nouvelle de cette paix, et lui donner la plus grande publicité ». Ils ont donc convié toute la population à s'unir à eux. L'autel de la Patrie avait été orné avec un soin tout particulier, et chacun des administrateurs avait figuré au cortège tenant à la main une branche de chêne. Le commissaire prononça un discours « pathétique, capable de faire naître dans les cœurs les transports de la plus vive allégresse, dont il était lui-même pénétré, ne respirant que des sentiments vraiment républicains et qui a été suivi des cris mille fois répétés de : vive la République ! vive l'invincible Buonaparte ! »

Une autre fête spéciale, le « pendant » de la précédente, fut célébrée le 2 pluviôse, après la ratification du même traité de paix. Elle coïncidait et fut combinée avec celle de l'anniversaire de la mort de Louis XVI, instituée ainsi qu'on Ta vu plus haut. Le procès-verbal en fait connaître les détails en ces termes : « Le cortège, précédé de trois cornemuses, de quatre enfants vêtus en esclaves, qui portaient les attributs de la royauté, et accompagné d'un piquet considérable de la garde nationale commandé par tous les officiers et sous-officiers, s'est mis en marche. Arrivé à l'autel de la Patrie, près lequel s'élevait un très gros bûcher, le commissaire du Directoire exécutif, après lecture des lois et arrêtés, a prononcé un discours républicain, et au moment où il a démontré que la justice nationale, en frappant le dernier tyran des Français, nous avait amenés à la conclusion de la paix glorieuse qui fait l'objet de la double fête célébrée en ce jour, le feu a été mis au bûcher. Les esclaves y ont jeté avec horreur les attributs de la royauté, se sont revêtus des habits des hommes libres et ont été chargés des instruments honorables de la culture. Le travestissement s'est fait aux cris mille fois

(i) Les mêmes honneurs furent rendus au général Joubert, général en chef de l'armée d'Italie, mort à la bataille de Novi, le 1$ août 1799, âgé de trente ans. (Reg. municipal, 10 vendémiaire an viii.)

répétés de : vive la République ! vive Buonaparte î et au chant des airs patriotiques. »

A cette date du 2 pluviôse an vi, on célébrait des fêtes décadaires, qu'un arrêté du département du 7 frimaire avait prescrites. Elles étaient obligatoires au moins une fois par mois et il était défendu^ les décadis, d'étaler en public aucune espèce de marchandise. On faisait appel au zèle des municipalités pour favoriser le plus possible par ce moyen « la réunion franche et cordiale de tous les citoyens ». Pour rendre ces réunions agréables, il était recommandé d'y organiser des courses, des danses, des exercices variés, d'y faire entendre des discours sur les droits et les devoirs de l'homme, et d'y rappeler les actes importants du Corps législatif et du Directoire. Tous les dix jours (arrêté de l'administration centrale du 1 3 vendémiaire), une « instruction décadaire » serait adressée aux commissaires, juges de paix et officiers civils et militaires ; elle contiendrait notamment des « discours de morale républicaine », sous le nom d' « Esprit public et Variétés », et en général « toutes les connaissances décadaires dont auraient besoin administrateurs et administrés ».

Pallier, en séance du 19 frimaire, présenta des réquisitions pour faire appliquer dans toute sa rigueur l'arrêté du 7, et l'administration , séance tenante, prenait les mesures nécessaires, car, disait-elle, « parmi les institutions républicaines, celle des fêtes décadaires est une des plus propres à éteindre le fanatisme et à rallumer dans tous les cœuïs le feu sacré du patriotisme... » Non seulement les fonctionnaires, mais tous les citoyens seraient invités à les célébrer exactement, au moins une fois par mois ; les instituteurs y conduiraient leurs élèves et on engagerait les ministres du culte, « au nom de la paix et de la tranquillité », à reporter aux décadis les solennités « des jours connus sous le nom de dimanches ». Pour débuter, on célébrerait, le lendemain même, une fête dédiée à la Jeunesse, et afin d'en augmenter le « relief », on y joindrait la plantation d'un arbre de la liberté.

Pour cette fête de la Jeunesse, les administrateurs municipaux, le commissaire, le juge de paix, son greffier, les instituteurs et leurs élèves, escortés de la garde nationale, se formèrent en cortège à la maison

commune. On se mit en marche pour se rendre à la ci-devant église, où Ton commença par donner lecture des lois et arrêtés, après quoi Fallier prononça un discours dont la solennité du jour et l'institution nouvelle formèrent naturellement le sujet. On revint ensuite au point de départ, non sans avoir, ainsi que le comportait le programme, planté sur la' place publique Tarbre de la liberté.

A partir de cette époque il y eut régulièrement, à Saint-Menoux, chaque décade, une réunion de ce genre. Les procès-verbaux en ont été, avec une parfaite exactitude, transcrits au registre, mais ils sont très sommaires. Ils sont aussi très monotones, ne sortant guère du cadre tracé dans les quelques lignes qui précèdent. Toutefois, ils changent d'allures sous l'influence des préoccupations électorales du gouvernement, ainsi qu'on voit le fait se produire à la fête du lo ventôse.

Ce jour-là Fallier, représentant fidèle du Directoire, faisait, dans son discours décadaire, allusion aux assemblées primaires et électorales, où allaient bientôt avoir à manifester leurs sentiments politiques les citoyens. Il était de leur intérêt à tous, expliquait-il, de n'accorder leur confiance qu'à des candidats qui en fussent dignes, c'est-à-dire dont les vues fussent conformes à celles du gouvernement, et « conséquemment de ne pas se laisser influencer comme il ne leur était que trop souvent arrivé ». Le décadi suivant, 20 ventôse, il revient sur le même sujet, qu'il traite longuement, et il termine en « invitant tous les bons citoyens à concourir pour donner à la fête de la Souveraineté du peuple toute la dignité qui lui convient, leur faisant connaître que c'est à proprement parler la fête du Peuple ; que ce peuple est à la veille de faire usage de ses droits..., et que c'est des choix qui seront faits que dépendra le bonheur ou le malheur de chacun... »

Sur cette fête de la Souveraineté du peuple, annoncée ainsi à l'avance par Fallier, reposaient beaucoup d'espérances officielles. Elle avait été ordonnée par une loi du 1 3 pluviôse et on la célébra à Saint- Menoux le 30 ventôse, de la manière suivante : Le cortège fut précédé de cinq enfants portant chacun une bannière. Sur la premièie de ces bannières on lisait: La souveraineté réside essentiellement dans r universalité des citoyens; sur la seconde : L'universalité des citoyens est le

souverain ; sur la troisième : Nul ne peul, sans une délégation légale, exercer aucune autorité ni remplir aucune fonction publique ; sur la quatrième : Les citoyens se rappelleront sans cesse que c'est de la sagesse des choix dans les assemblées primaires et électorales que dépendent principalement la durée, la conservation et la prospérité de la République ; enfin sur la cinquième: Vive la République I... Douze vieillards venaient ensuite portant chacun une baguette blanche, — dont on ne devine pas bien la signification symbolique, — puis les autorités, la garde nationale et le peuple, dans l'ordre accoutumé. On se mit en marche. Arrivés à l'autel de la Patrie, enguirlandé de verdure et surmonté du bonnet phrygien, les enfants placèrent leurs bannières des deux côtés, les vieillards se rangèrent en demi-cercle, et au second rang prirent place les fonctionnaires avec, derrière eux, les instituteurs et leurs élèves, le tout encadré de garde nationale. La cérémonie commença par des chants, des hymnes patriotiques. Les vieillards s'avancèrent alors au milieu de l'enceinte et, réunissant leurs baguettes, ils en formèrent un faisceau lié avec des bandelettes. Un des vieillards monta sur les marches de l'autel, et, s'adressant aux administrateurs : « La souveraineté du peuple est inaliénable, dit-il, mais comme il ne peut exercer directement tous les droits qu'elle lui confère, il délègue une partie de sa jouissance à des représentants et à des magistrats choisis par lui-même ou par les électeurs qu'il a nommés. C'est pour se pénétrer de l'importance de ces choix que le peuple se rassemble aujourd'hui... » Le président Aucouturier répondit en ces termes : « Le peuple a su, par son courage, reconquérir ses droits trop longtemps méconnus ; il saura les conserver par l'usage qu'il en fera ; il se souviendra de ce précepte qu'il a lui-même consacré par sa charte constitutionnelle : que c'est de la sagesse des choix dans les assemblées primaires et électorales que dépendent principalement la durée, la conservation et la prospérité de la République ». On donna aussi lecture de la loi du i } pluviôse, d'une proclamation du Directoire du 28, relative aux élections, et de décrets et arrêtés divers, puis le commissaire Pallier, à son tour, prononça un discours « énergique sur la fôte du jour et sur les droits que le peuple allait exercer dans les assemblées

primaires ». La cérémonie étant terminée, il n'y avait plus qu'à retourner au lieu des séances. Le cortège se remit donc en marche « au bruit des tambours, des musettes, des chants patriotiques et des cris mille fois répétés de : vive la République !... Les jeunes gens, portant le livre de ta Constitution et le faisceau, marchaient devailt les magistrats, qui marchaient eux-mêmes devant les vieillards... »

Survinrent les lois du 17 thermidor an vi et du 13 fructidor suivant, dont nous avons déjà parlé (p. 116 et 117). La première contenait des mesures pour coordonner les jours de repos avec le calendrier républicain et portait que les décadis et les jours de fêtes nationales seraient des jours de repos dans la République.

D'après la deuxième, l'administration municipale, avec le commissaire du Directoire exécutif et le secrétaire, devaient se rendre chaque décadi, en costume, au lieu destiné aux réunions des citoyens, y donner lecture des lois et actes de l'autorité publique, adressés à l'administration pendant la décade précédente, et du Bulletin décadaire (créé en vertu de cette loi). La célébration des mariages ne pouvait avoir lieu que le décadi, dans le local destiné à la réunion des citoyens, au chef-lieu du canton. Il était prescrit de faire les changements nécessaires dans les églises que l'on voulait affecter à ce service : une enceinte particulière devait y être ménagée pour les magistrats, et des places d'honneur réservées aux vieillards ; une tribune pour les lectures et les discours, et pour les musiciens un orchestre ou des orgues, suivant la nécessité, compléteraient l'installation. 4

C'était le culte décadaire ou religion civile , instituée en fait et déjà annoncée par les fêtes nationales et les fêtes décadaires. Jusqu'à présent, le chômage du décadi n'avait été obligatoire que pour les administrations de l'Etat qui seules, ou à peu près, l'avaient observé. Désormais, l'obligation ne comportera pas d'exceptions. Les fêtes décadaires avaient été établies, d'ailleurs, pour combattre l'influence de la religion catholique et c'est parce que le résultat obtenu n'avait pas été jugé satisfaisant qu'on allait abandonner les moyens restés ineflScaces de la persuasion et de la liberté, pour le système de la contrainte, car le Directoire voulait réussir coûte que coûte. C'est ce qu'à l'époque

i4- LA RÉVOLUTION A SAINT-MENOUX

on appela plaisamment la querelle de monsieur Dimanche et du citoyen Décadi. Mais la lutte était trop inégale, puisque le peuple restait Hd<Me au dimanche.

Et cependant. la loi du i } fructidor introduisait, par robligation de la célébration des mariages le décadi seulement, au canton, une pratique ingénieuse sur le succès de laquelle le gouremement avait sérieuse* ment compté. Il est certain que grâce à cette nouveauté le public se trouvait forcément attiré aux fêtes décadaires ; mais ce fut sans profit pour U religion civile et ^ le décadi où il n*y avait point de mariages, le tempie était Jésert f >*. Il faut dire que la lecture des lois et décrets etJu Sull^tia était d'une sécheresse fatigante, et bien faite pour éloigner les ciiovcn>, au lieu de les attirer. En frimaire an vu on constatait une i:>d:iférence générale pour les cérémonies du culte décadaire et les a^etus aiunicipaux. désabusés et conscients de rinutîlité de leurs efforts» u se plaignaieir. dans les cantons ruraux que le jour du repos devînt pv>ur eux un iour de travai', et cela sans rémunération aucune (2) ».

:. Ajiarù, Hisicîrc politique^ ^71.

2; !ihd.

Notes supplémentaires

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