LES ARCHIVES DE UABBAYE
LE procès-verbal de visite de Dom Jean de Kessel ne fait qu'une simple allusion aux anciennes archives de Tabbaye. Il se borne à constater qu'elles étaient conservées (juillet 1725) dans l'hôtel abbatial, au-dessus des appartements de « Madame », dans des pièces « voultées », où l'on avait accès par un petit escalier ; et que « les titres et papiers étaient hors de danger, en bon ordre, avec un inventaire » (i). Dom Kessel n'avait pas, du reste, à s'occuper d'autre chose.
La déclaration du 26 février 1789 montre en quoi consistaient la plupart de ces « titres et papiers », objet de tant de sollicitude. On y trouve énumérés : un pouillé, des liasses de lièves, les pièces de procédure d'une instance jugée au parlement pour le patronage de la cure de Saint-Pierre de Moulins, entre l'abbesse et les religieuses bénédictines d'Yzeure (2), et soixante-quatorze terriers, expéditions ou reconnaissances de terriers, depuis 1399 jusqu'à 1730.
Mais ce n'était là qu'une partie des documents et Pallier, rédacteur de la déclaration, s'était contenté, ainsi qu'il en avait fait l'observation, d'y copier un inventaire partiel dressé en février 1789 « par le commissaire départi, afin d'obéir à un arrêté du Conseil rendu pour l'exécution du brevet de Sa Majesté, portant réunion de l'abbaye de Saint-Menoux au futur évêché de Moulins ».
Le pouillé cité en cette copie d'inventaire mérite une mention particulière. C'était un « livre relié en carton, couvert d'une peau violette et ayant pour titre: Pouillé de Saint-Menoux ». Il contenait <i l'état des cures et autres bénéfices dont le patronage appartient à Madame
(i) Hist. de Saint-Menoux, 181.
(2) « Un arrêt (?) du 11 juillet 1768 confirma le droit de patronage en faveur de Tabbessç de Saint-Menoux. » (Registre municipal ; déclaration du 26 février 1790.)
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Tabbesse, auquel sont attachés les différents titres et pièces justificatives du droit de patronage de chaque bénéfice... »; c'est-à-dire qu'en réalité il s'agissait d'un ensemble de documents relatifs aux bénéfices de Tabbaye.
Ce (. livre » renfermait encore a notamment un acte d'afBrmation de M""'de Beauffremont, ancienne abbesse, du 15 novembre 1590, qui constate qu'en ^72 les titres de Tabbaye ont été pillés par des Provençaux... » : lesquels n'étaient autres que les Réformés de Lyon, commandés par les capitaines Poncenat et Saint-Auban et qui, après avoir assiégé Moulins, se dirigeaient sur Orléans (i).
L'inventaire dressé par Jarsaillon les 28-31 juillet 1790, dont il a été parlé, contient aussi une description de la bibliothèque et des archives de l'abbaye. Fallier, qui avait servi de secrétaire, comme toujours, y avait d'abord porté les titres compris en la déclaration de Tabbesse, puis ajouté les baux en vigueur, les contrats de rentes, les expéditions, copies quelconques, et en général tout « ce qui parut intéressant à constater » au point de vue de la propriété et de l'administration des biens. « Quant au surplus, est-il dit au procès- verbal, dont le volume considérable eût exigé un temps trop long, nous nous sommes [les officiers municipaux] contentés d'en faire le triage, d'enliasser les pièces sous les noms des lieux auxquels elles se rapportent, et de les placer dans une armoire distribuée en cases et tiroirs sur chacun desquels furent écrits les noms... » Observation était faite, pour terminer, que « dans les mêmes archives il existe, à droite en entrant, un grand placard », tout rempli de papiers, vieilles procédures, livres-journaux, etc., déjà mentionnés comme inutiles, en la déclaration du 26 février.
; I. lis avaient également pillé le prieuré d'Yzeure. fV. Le Siège da. Huguenots devant Mclins en lyjz^ par A. Vayssière, p. 2O et 48.) L'Ancien Bourbonnais (i. Il, Vcragc pittoresque, p. 124 rapporte que tous les titres des archives du prieuré furent •« déchirés et jetés au vent m, et que les religieuses ne sauvèrent du désastre que » deux i^tos sacs de papiers concernant les affaires (les procès} qu'elles avaient avec Tabbaye de Saint-.Menoux ; papiers qui, par bonheur pour elles, se trouvèrent entre les mains de leur procureur ». On doit supposer, en bonne logique, que les Bénédictines de Saint-Menoux, pour la même cause, eurent également saufs leurs dossiers de procédure et que, la soldatesque disparue, les instances purent continuer comme si de rien n'était.