‹ La révolution à Saint-MenouxChapitre 25 sur 38 · LES ARCHIVES DE L ABBAYE · texte numérisé non relu

LES ARCHIVES DE L ABBAYE

Enfin, par arrêté du 30 décembre 1790, le directoire du district avait chargé l'administrateur Gabriel Bouyot d'aller à éaint-Menoux pour « retirer des mains des dames religieuses et du sieur curé », après inventaire sommaire, « tous terriers, lièves, baux à ferme, obligations, contre-lettres et titres généralement quelconques... » L'opération eut lieu le 3 janvier suivant, en présence d'Aucouturier, Pallier, Blondin, Montillié, Faivre et Jean Loyard. Bizot, mandataire de Tabbesse, présenta tous les documents énoncés en l'inventaire de juillet, sauf les baux, contrats de rentes, expéditions et copies d'actes, déposés depuis longtemps au district par lui-même. On mit le tout dans un coffre fermant à clé, et ce coffre fut placé en la maison curiale, pour y rester « jusqu'à ce que messieurs les administrateurs aient fourni une occasion de le faire conduire en leur secrétariat ». « Les autres papiers » furent replacés dans les armoires, aux portes desquelles étaient trois serrures dont Bouyot, Aucouturier et Loyard se partagèrent les clés (i).

Ces « autres papiers », y compris ceux du grand placard, n'étaient sans doute pas tous étrangers à l'histoire de l'abbaye et de la paroisse. Ce sont eux, probablement, que l'on aurait aujourd'hui le plus de plaisir et de profit à consulter.

Un autre arrêté du district, du 10 janvier 1792, ordonna le transport des archives de Saint-Menoux à Moulins, pour être « déposées en la maison du séminaire, en attendant le triage et l'arrangement, ou toute autre disposition ultérieure, avec le moins de mélange et confusion qu'il sera possible ». Le tout fut, ainsi qu'on l'a vu ailleurs, a mis dans des sacs », et expédié le 16 mai suivant (2), « sous bonne et sûre garde ».

Et cependant il ne reste de ces archives, au dépôt départemental, que de rares vestiges (3), tout à fait insuflSsants à retracer d'une manière complète le passé du vieux monastère.

(i) « Et nous avons remarqué et reconnu, ajoutent en terminant Bouyot et les officiers municipaux, que le lieu servant d'archives n'est rien moins que solide, par la poussée des voûtes, qui sont lézardées, ainsi que les murs, et même que le carrelage du côté du pignon est enfoncé près de la croisée. De plus qu'il y a des cheminées dans les appartements voisins, qui communiquent aux lézardes. »

(2) Arch. de l'Allier, série Q, ventes avant Tan iv ; procès-verbaux d'inventaires et ventes de meubles.

(3) Classés série H, 7^2 et 755. — Pour l'histoire de l'abbaye, v. l'Ancien

Mais à défaut de sources pour Thistoire nous avons la fiction, grâce au génie d'invention d'Alexandre Dumas qui, passant à Saint-Menoux avec Achille Allier (octobre 1834), ne manqua pas d'y créer du fantastique. L'abbaye, les Bénédictines et l'église eurent en effet cette bonne fortune de lui fournir le canevas d'une aimable broderie où sa fantaisie tient lieu de textes (i). Aux lueurs d'un orage de nuit il voit un toit « tout hérissé de clochetons », et la lumière intermittente des éclairs se jouer dans les « dentelles » du monument, auquel il se hâte de prêter une féerique origine, ainsi qu'il aimait à le faire pour les vieilles cathédrales ; puis il circule dans des galeries imaginaires tapissées de tableaux innombrables représentant les religieuses des siècles écoulés... Il fait aussi, très inopinément, intervenir M"* de Montespan, à qui vient, d'après lui, l'idée de léguer au « prieuré » de Saint-Menoux ses entrailles... Tout cela est certainement agréable, beaucoup plus que ne le paraîtront ces lignes, mais il y fallait le privilège et la magie du talent.

Bourbonnais ; Voyage pittoresque^ 1 19 et 189 ; mais surtout VHistoire de Saint» MenouXy par M. l'abbé Moret.

(ij Impressions de voyage, — La Revue Bourbonnaise a reproduit la partie relative à l'Allier, i, 64 et 96.

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