LE DÉPART DES RELIGIEUSES 25I
se disposait à partir, il en restait neuf, et en dernier lieu elles ne seront plus que sept (les sœurs Delaire, Deschamps de Pravier, Dubroc, Maquet de Barbodière, Duverne, Allard et Vedet) ; car, outre Thérèse de Courtais, la sœur de Frescheville quittera également Tabbaye de son plein gré, mais seulement en septembre (i), un mois avant la dispersion complète (31 octobre).
En quittant l'abbaye, M™" Maquet de Barbodière et Duverne se retirèrent à Logères, commune d'Agonges, « maison de Montbel », ainsi que le constate un certificat de résidence inscrit au registre. Marie-Anne Dubroc revint dans sa famille (2) ainsi que Marie Allard, à Moulins (3), et c'est probablement ce que firent les autres, au sujet desquelles nous n'avons pas de renseignements.
Les administrations eurent fort à faire pour répondre aux réclamations des religieux et religieuses qui, ne recevant pas le traitement auquel ils avaient droit et n'ayant plus d'autres ressources, se voyaient réduits à la famine. Ce traitement devait être payé en argent depuis le 1*' janvier 1790, mais en septembre personne n'avait rien reçu encore; aussi M""" de Sainte-Hermine et ses compagnes demandèrent-elles une provision. On leur accorda 1.800 livres d'acompte et faculté leur fut laissée, ainsi qu'elles l'avaient en même temps sollicité, de faire usage du linge commun à toutes, « y compris un couvert d'argent pour chacune d'elles ». Mais le i" février 179 1 elles étaient obligées de revenir à la charge pour le même motif, et alors, « comme elles ne sont plus qu'au nombre de six, plus deux sœurs converses » (4), il ne leur
(i) Le 2$ septembre 1792, le maire, Jean Loyard, prévenu qu'un nommé Pistolet emplissait une voiture du mobilier de M™« de Frescheville, accourut accompagné d'un officier municipal et trouva en effet « à l'entrée de la première cour » l'homme prêt à partir avec son chargement. Il voulut s'y opposer, mais le voiturier ne tint nul compte de ses injonctions. Loyard ne put que dresser procèsverbal du fait.
(2) Elle mourut à Moulins le 21 mai 1809. {Extraits des archives du château de Segangey par M. le commandant du Broc de Segange.)
(j) Le 8 thermidor an vi (26 juillet 1798), est déclaré à la mairie de Moulins le décès de Marie Allard, ex-religieuse, âgée de 79 ans, fille des défunts Gilbert Allard et Jeanne Setier.
(4) On voit qu'à la date du i*»" février 1791, la sœur de Courtais était partie, puisqu'il ne restait, au total, que huit religieuses. — C'est à tort que l'arrêté
est attribué pour premier quartier que 1.225 livres ; puis nouvelle pétition en avril, et ainsi de suite.
Celles qui avaient quitté n'étaient pas plus régulièrement payées, ainsi qu'en témoignent des pétitions de Marie Maréchal et de Marie- Anne Lebrun (i**^ et 9 février).
Nombre de gens, prêteurs d'argent, fermiers, entrepreneurs de travaux, ouvriers, domestiques, fournisseurs, durent employer également la voie du pétitk)nnement pour être soldés de sommes non portées aux inventaires et qui, néanmoins, leur étaient dues par l'abbaye. Ce sont Pierre Condamine, Jacques Saulnier, Pierre et Jean Bernard, Jean Bonnejournée, Gilbert Mathé, la veuve Condamine, la femme Trémont, le cloutier Baron (i), le médecin Faye (2), l'épicier Deluchy (3), Jean Portejoie, Anne Joly, Jeanne Bonnejournée, Chartier, Jean Lamy, Jérôme Piquet, Jacques Destours, Antoine Trémont, et d'autres : un véritable pullulement de créanciers. Le directoire du district discutait avec tous, exigeait des justifications, renvoyait les pièces à la municipalité pour avis, etc.
Entre toutes ces pétitions, citons celle de M"* de Sainte-Hermine, qui réclamait pour Dom Bizot 600 livres, « gages de deux années », et 300 livres pour sa femme de chambre, Marguerite Thibault, à qui étaient dues trois années de salaire, échues avant 1789. Il n^était pas fait droit à la demande, mais par elle nous connaissons les émoluments de l'aumônier et les gages d'une femme de chambre à cette époque. •
mentionne la présence de deux converses. En réalité, depuis le départ de Marie- Anne Lebrun, il n'y en avait plus qu'une, Marie Allard, et la sœur donnée.
(1) Cloutier à Souvigny, réclamant 300 livres. Le district ayant d^abord refusé d'admettre cette créance, Baron avait fait opposition sur le traitement de i*abbesse^ puis finalement les administrateurs reconnurent ()0 juillet 1791} qu'ils ne pouvaient faire payer par elle personnellement les clous fournis à Tabbaye, antérieurement à la mainmise. \
(2) François Faye, médecin à Bourbon, qui fut le premier maire de la ville. Son mémoire ayant été rejeté, comme celui de Baron, il fit également opposition, entre les mains du receveur du district, au paiement du traitement des religieuses. Celles-ci se pourvurent en mainlevée, demandant la prise en charge par la Nation, mais vainement. Faye montra beaucoup d'âpreté vis-à-vis de ses anciennes clientes, tombées dans la pauvreté.
(;} Les frères Deluchy, épiciers à Moulins, surnommés Ravine; fort connus alors par l'importance de leur commerce.