MADAME DE SAINTE-HERMINE A BRESSOLLES ET A MOULINS
Après avoir quitté Saint-Menoux, M"" de Sainte-Hermine séjourna à Moulins, jusqu'en juin 1791. Elle s'en alla alors, avec sa sœur et son beau-frère, s'installer au château de Bressolles, très agréable résidence des bords de l'Allier (i). Une cause bien inattendue, une insurrection de paysans, l'en fit partir soudainement.
C'est le dimanche 12 août 1792 que se produisit l'événement. Le lendemain, les administrateurs en étaient informés, et le procureur général syndic en rendait compte en ces termes au département : « Comme le maire [de la commune de Bressolles] se disposait, suivant son habitude, à faire lecture des lois aux citoyens, à l'issue de la messe paroissiale, plusieurs d'entre eux lui annoncèrent qu'en ce moment il était question d'autre chose, et que leur intention était d'aller trouver des aristocrates qu'ils savaient être logés chez lui et au ci-devant château... » Et de suite ils avaient mis leur projet à exécution. Un ecclésiastique chez le maire, et un autre, recueilli par M™* de Sainte-Hermine, avaient été maltraités, le dernier plus grièvement. Les séditieux, paraît-il, avaient à leur tête le procureur de la commune, un vigneron du nom de Jean Bardot. De son côté, le directoire du district, en permanence par contre-coup de la journée du 10 août, prenait immédiatement les mesures nécessaires « pour s'assurer d'une manière positive de ce qui s'était passé ». C'est aux prêtres que les citoyens de Bressolles en veulent, disait-on ; l'irritation contre eux avait déterminé « un premier
(1) A quatre kilomètres environ de Moulins. Le château de Bressolles appartenait à un M. Millet, qui habitait à Auteuii. Le régisseur, Colas, Tavait loué à Irland pour trois cents livres annuellement, à partir du 24 juin 1791. (V. la Paroisse et la Baronnie de Bressolles^ par M. le commandant du Broc de Segange, dans le Bull, de la Soc. d'ém. du Bourbonnais^ année 1904, p. 141.)
accès de colère suivi d'un autre par lequel on prétendait faire coniribuer d'une manière fort illégale deux habitants aux réparations de Téglise, et d'un troisième ayant occasionné la fuite d'un domestique ». De môme que le département, le district fut prévenu que ces scènes se renouvelleraient le mercredi suivant et que des recherches seraient faites chez d'autres personnes de la commune, sans doute réputées inciviques. On envoya alors deux commissaires, Rouyer et Reignier, membres du directoice, pour aller, le lendemain, faire une enquête sur les lieux, et on écrivit aux officiers municipaux pour les en informer et faire convoquer le conseil général.
Le 14, de retour de Bressolles, les commissaires rendirent compte de leur mission. Ils avaient le matin, en présence du maire, expliquèrent-ils, dressé un procès-verbal dont ils donnèrent lecture, ajoutant « qu'après sa clôture et être sortis du lieu où ils l'avaient rédigé, ils ne purent douter que les raisons par lesquelles ils croyaient avoir ramené le procureur de la commune, les officiers municipaux et les habitants à l'obéissance que tout citoyen doit aux lois, n'avaient réellement fait que peu ou point d'impression sur les esprits, et que tous paraissaient être aussi décidés qu'auparavant à se livrer à quelques excès ».
A peine Rouyer et Reignier achevaient-ils, qu'on était en effet instruit que la fermentation subsistait toujours aussi active à Bressolles ; que M*"*" de Sainte-Hermine, sa sœur et son beau-frère s'étaient vus, pour leur sûreté, contraints de venir se réfugier à Moulins et « qu'il était fort à craindre qu'il n'arrivât quelque chose de fâcheux dans la journée du lendemain ». Les administrateurs, émus de ces symptômes et croyant qu'on ne pouvait « apporter un remède trop prompt à un état de choses qui risquait de prendre le caractère d'une sédition », envoyèrent sur-le-champ, malgré l'heure avancée, chercher le procureur de la commune, dont on voulait entendre les explications, et qui « paraissait compromis dans cette alTaire... »
L'assemblée était encore en séance, quand deux gendarmes introduisirent Bardot. Ce citoyen, intcrrogépar le vice-président Radot, déclara avoir « entendu un nommé Parant dire qu'il fallait aller au château et