‹ La révolution à Saint-MenouxChapitre 29 sur 38 · MADAME DE SAINTE-HERMINE · texte numérisé non relu

MADAME DE SAINTE-HERMINE

en chasser les prêtres insermentés qui s'y trouvaient, et que tout de suite les habitants s'y étaient rendus, ainsi que chez le maire, et qu'ils avaient chassé les deux prêtres ». Quant à lui, il n'avait maltraité ni vu maltraiter personne et il se défendait d'avoir conseillé ou autorisé ces actes. On a exigé, ajouta-t-il, 200 livres d'Irland pour les réparations de l'église, et l'argent fut versé entre les mains du maire, qui le lui remit à lui-même ; mais, « faisant réflexion que c'était une mauvaise action », il en avait fait* la restitution aussitôt. A la question de savoir si M"* de Sainte-Hermine, Irland et les deux prêtres avaient tenu des propos qui eussent pu attirer sur eux la malveillance. Bardot répondit négativement. Les habitants, déclara-t-il, « n'avaient point à s'en plaindre ». Et quand Radot, pour terminer, lui demanda s'il connaissait l'importance de ses fonctions et lui rappela ses devoirs : maintenir le bon ordre, veiller à l'exécution des lois, s'opposer à la violation de l'asile des citoyens, faire respecter les autorités constituées, employer la persuasion envers les perturbateurs, et au besoin contre eux la force publique...: « Je ne savais pas tout cela... », dit-il.

Il paraît bien, cependant, que son rôle en ces circonstances fut moins effacé qu'il ne le prétendait, car les gendarmes rapportèrent qu'en passant sur le chemin, en deçà du pont, plusieurs particuliers de Bressolles leur donnèrent avis « qu'ils se gardassent bien de traduire en prison le procureur de la commune, parce que si cela arrivait la prison serait bientôt démolie ». Jean Bardot ne fut pas mis en arrestation, mais renvoyé en sa commune, « pour réprimer la licence, rappeler les citoyens à la soumission aux lois et faire rentrer dans le devoir les membres de la municipalité qui s'en seraient écartés ». Il en prit l'engagement, et promit de ne pas s'absenter de Bressolles dans la journée du lendemain (i).

Voici donc M'"'' de Sainte-Hermine, avec sa sœur et son beau-frère, réinstallés malgré eux à Moulins. De dures épreuves les y attendaient.

Ils furent compris dans une liste, dressée à la fin de 1792, des « cidevant nobles de la commune de Moulins, de ceux qui jouissent des privilèges de la noblesse, et des étrangers domiciliés dans ladite com-

(1) En outre des registres du département et du district, voir au sujet du mouvement populaire de Bressolles : la Paroisse et la Baronnie de Bressolles,

mune (i) ». Ils y sont inscrits comme habitants de la section Allier et ainsi désignés : « Louis-Pierre Irland (soixante-dix ans, noble par charge); Madeleine-Louise de Sainte-Hermine (soixante ans, noble), femme Irland ; Andrée de Sainte-Hermine (soixante-six ans, noble), ci-devant abbesse. »

Dans cette liste, contenant environ 200 noms, on trouva les éléments d'une autre, réduite à 38, de personnes destinées à être emprisonnées ou exécutées. Cette dernière fut établie le 19 octobre 1793 par le comité de surveillance, mettant à exécution la loi du 17 septembre, et l'arrêté du représentant du peuple (Fouché), du 27 du môme mois. On y voit figurer « Irland, ci-devant noble, et sa belle-sœur, ci-devant abbesse de Saint-Menoux, à laquelle certificat de civisme a été refusé, l'un et l'autre suspectés d'incivisme et d'aristocratie (2) ».

M™* de Sainte-Hermine, à juste titre prise de peur, tenta l'impossible pour éviter l'emprisonnement, craignant peut-être pire. Elle put se le procurer, ce certificat dont il était si compromettant de ne pas être muni, et le lendemain elle le produisait devant le comité, pour qu'il fût visé. Mais le visa lui fut refusé « pour cause d'incivisme » (5).

Irland et sa belle-sœur furent incarcérés dans la prison des Carmélites de Moulins, le 22 octobre (4). M"* Irland, restée libre, pétitionna tant qu'elle put, pour obtenir leur élargissement, mais en vain.

L'ancienne abbesse, presque aussitôt tombée malade, employa ellemême le moyen du pétitionnement pour réclamer des soins ; puis, voyant son état empirer, elle demanda, malgré que le règlement établi dans le moment y fût contraire, qu'on mît une garde à son service particulier. Le comité de surveillance y consentit (6 décembre), quoique son insen-

(i) Hist, de Moulins j par H. Faure, i, 214. — Sur cette liste avaient été également inscrits Jacqueline de Jarsaillon, sœur de l'ancien maire de Saint-Menoux, et les deux frères Aubery du Goutet.

(2) On relève encore sur cette liste les noms des frères Aubery du Goutet, « cidevant nobles et notoirement suspectés d'incivisme », et de François Lometpère^ « homme de loi, ex-constituant, riche et égoïste... »

(î) Beaucoup d'autres suspects s'étaient présentés en même temps pour la même cause, et un seul, en outre de M™® de Sainte-Hermine, se heurta à un refus.

(4} V. la Baronnie de Bressolles.

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