‹ La révolution à Saint-MenouxChapitre 30 sur 38 · MADAME DE SAINTE-HERMINE · texte numérisé non relu

MADAME DE SAINTE-HERMINE

sibilité habituelle à Tégard des prisonniers pût se qualifier de barbare : mais le cas était très grave et il le reconnaissait lui-même en autorisant cette garde — la fidèle Marguerite Thibault — à « entrer dans la maison d'arrêt afin d'y servir la nommée Sainte-Hermine, dangereusement malade, pour tout le temps que durera sa maladie ». Il était interdit à cette fille dévouée de sortir sous aucun prétexte de la prison avant le rétablissement de sa maîtresse ; c'est-à-dire qu'elle devenait ainsi prisonnière elle-même.

II n'est pas surprenant que la santé, déjà affaiblie par l'âge, de l'ancienne abbesse, n'ait pu résister à un tel déchaînement d'adversité. Mêlée à un tourbillon où tout lui semblait chaos, profanation et injures, traitée avec dureté, ainsi que l'avait ordonné Fouché pour les suspects emprisonnés, et peut-être hantée de la peur de la guillotine, devenue permanente à Moulins depuis le 23 brumaire (13 novembre 179?) (i), elle restait sans forces devant ce renversement inouï de toutes choses, succédant à tant de prestige et de respects.

Elle fut rendue à la liberté le 26 nivôse an 11 (15 janvier 1794), ainsi que son beau-frère et six autres détenus. En cette occasion, le représentant du peuple Noël Pointe (2) aurait, au dire de Louis Audiat, après un discours de circonstance, appliqué à chacun, « y compris M"' de Sainte-Hermine, un baiser fraternel (3) ». Le fait n'est pas tout à fait exact, car les deux personnages essentiels, Noël Pointe et M™* de Sainte-Hermine, n'assistaient pas à la cérémonie et n'avaient pu, par conséquent, y jouer un rôle. Au reste, voici comment s'étaient passées les choses :

(i) A la séance du 2j brumaire du comité [de surveillance, on propose de rendre la guillotine permanente. La proposition est accueillie et il est en outre arrêté qu'il y sera placé une inscription conçue en ces termes ; « Tyrans, aristo- « crates, affameurs du peuple, tremblez !... Je suis permanente... »

(2; Conventionnel né à Saint-Etienne (où il avait été ouvrier arquebusier), en 17$^. Député de Rhône-et-Loire, envoyé en mission dans la Nièvre et TA Hier, il venait d'arriver à Moulins quand il signa Tordre de mise en liberté de M"^* de Sainte-Hermine. Au suj'et de Pointe, v. aux Arch. de l'Allier, série L, 108 ; et dans le Recueil des Actes du comité de Salut public, de M. A. Aulard, t. v, p. 28. M. Eugène Welvert, dans ses Lendemains révolutionnaires, lui 4 aussi consacré quelques pages pleines d'intérêt.

(5) la Terreur en Bourbonnais, i, jn»

La veille, le comité de surveillance s'était, par bonheur, préoccupé d'élargir un certain nombre de détenus, de ceux « qui n'ont été que séduits et égarés », lit-on au procès-verbal, et dont la détention doit cesser, « attendu qu'ils ont abjuré leurs erreurs et témoigné du repentir' le plus sincère ». Mais le comité de salut public et les représentants du peuple seuls avaient le droit de prendre une semblable décision, d*où nécessité d'en référer à Noël Pointe. C'est ce que Ton fit. On délégua auprès de lui Rouyer et Burelle, porteurs d'une liste de prisonniers, dont il consentit sans difficultés à signer Tordre de sortie, et dans laquelle étaient compris l'ancienne abbesse de Saint-Menoux et Irland.

Cet ordre de sortie concernait huit personnes enfermées « tant dans la maison d'arrêt des ci-devant Carmélites que dans celle de réclusion des ci-devant prêtres (Sainte-Claire) ». Le lendemain, en exécution d^un arrêté, trois membres du comité et autant d'officiers municipaux se rendirent aux deux prisons « où étant arrivés ils ont fait appeler les détenus, lesquels ont comparu, à V exception de la citoyenne Sainte-Hermine, qui ne Va pu à cause de maladie ». Tous revinrent au lieu des séances, y compris les détenus, et aussitôt leur entrée le président (Thiériot), en annonçant à ces derniers leur mise en liberté, leur donna Taccolade et les gratifia d'un discours « énergique ». « Vous êtes libres, leur dit-il, nous vous admettons parmi nous, et en vous adoptant pour nos frères, nous espérons que votre conduite à venir ne nous laissera aucun doute sur l'opinion que nous avons de vous. Que ce baiser fraternel soit partout le gage d'une réunion sincère! Elle doit à jamais régner parmi de vrais républicains, puisqu'elle est la base du bonheur de toute la France, qui ne doit faire qu'une seule et même famille. » Et la séance. se termina aux cris de : vive la République I vive la Montagne î

M"" de Sainte-Hermine mourut à Moulins, en sa maison de la rue de Bourgogne, le 26 août 1804(1).

(i) M. l'abbé Moret a publié son acte de décès, (//«f. de Sainte Menoux^ p. jçi.)

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