ORGANISATION MUNICIPALE
s'ouvrait, par la prise de la Bastille, la longue série des grands mouvements populaires. Quelques jours après, du 27 juillet au i*"" août, se produisait cette panique générale et mystérieuse que Ton a appelée historiquement la « grande peur » : émotion soudaine qui fît, jusque dans les villes, ^s'armer les citoyens pour se défendre contre des ennemis imaginaires (i), pendant que les paysans de partout sonnaient le tocsin, envoyaient aux nouvelles dans les paroisses, surveillaient les routes ou fuyaient dans les forêts avec meubles et bestiaux (2).
Puis la nuit du 4 août vint sanctionner la chute de la féodalité.
Mais depuis le mois de juillet le payement des impôts est à peu près suspendu (3), le pouvoir central reste sans moyens d'action, les attentats contre les personnes et les propriétés, les incendies de châteaux^ en certaines provinces, se multiplient. Les quarante mille paroisses de France ressemblent à autant de petites Républiques indépendantes où on supplée à Tabsence d'organisation générale par des organisations, particulières. On se municipalise révolutionnairement, à Tinstar de Paris, on forme des milices, on s'arme, et les paysans, revenant à l'usage des délibérations d'habitants, se réunissent et prennent des
(i) Alexandrine des Echerolles : Une Famille noble sous la Terreur^ p. 9.
(2^ Gilbert-Bon Vernoy de Saint-Georges, alors curé de Buxière-la-Grue tauiourd'hui les-Mines], a évoqué également la « grande peur » en termes expressifs : « Dans les plus petits coins de France et dans un seul et même jour le bruit se répandit que les ennemis venaient mettre tout à feu et à sang. Quelle •consternation générale I Que de femmes enceintes en accouchèrent! Que de personnes s'en trouvèrent mal I Combien en moururent de peur I Alors tous s'armèrent de pistolets, de fusils, de cognées, de bêches, de bigots [instrument à dents recourbées]... Alors le tocsin sonne partout... » ^Dans la Terreur en Bourbonnais^ de Louis Audiat, i, 18.) — Le reg. des délibérations de l'assemblée municipale de la ville de Moulins, séance du 17 août, (Arch. de la ville, n<» 136}, fait une allusion à cette panique, qui détermina la municipalité à former un régiment de garde nationale. — Il est à propos de faire observer qu'un phénomène identique se produisit en Angleterre en 1688. « Dans cent villes à la fois la populace fut possédée de l'idée que des barbares armés approchaient... Dans toutes les localités le peuple commençait à couper les ponts, à faire des barricades... » <Macaulay, Hist. d'Angleterre depuis Vaulnement de Jacques IL) Cette « peur >• d'outre-Manche est connue sous le nom de la « Nuit irlandaise », en raison de ce que les « barbares » dont on redoutait les brigandages étaient les Irlandais. - (3) H. Taine, la Répolution^ 1, 90.
mesures inspirées des circonstances locales ; notamment ils installent des comités permanents ou conseils, ajoutés ou substitués aux anciennes municipalités, qui sont néanmoins laissées en fonctions purement et simplement là où, comme à Saint-Menoux,lasurexcitation est moindre. Et cette « période d'anarchie spontanée » — nom sous lequel on la désigne — dure jusqu'au début de Tannée suivante, où l'administration du pays sera reconstituée sur de nouvelles bases.
L'Assemblée nationale avait décidé que le royaume comprendrait des départements, districts, cantons et communes, et un décret du 15 janvier 1790 avait consacré ces divisions. Saint-Menoux était devenu le chef-lieu d'un canton dont dépendaient les cinq communes d'Autry^ Issart, Marigny, Agonges, Montilly et Bagneux.
Elle avait aussi (12 novembre et 14 décembre) établi un système municipal d'après lequel chaque assemblée communale comprenait un maire, un procureur de la commune et des membres en quantité variable ( i ), tous élus par les cito/ens actifs, c'est-à-dire âgés de vingt-cinq ans» payant une contribution égale à trois journées de travail au moins {2), et n'étant ni domestiques, ni serviteurs attachés à la personne. Ces membres se distinguaient en membres du corps municipal et en notables^ ceux-ci en nombre double. Les uns et les autres, réunis, formaient le conseil général de la commune. Dans les paroisses de plus de cinq cents habitants, le corps municipal se divisait en bureau, composé du tiers des officiers municipaux, y compris le maire, et en conseil, formé des deux autres tiers. Tous, officiers municipaux et notables, étaient élus pour deux ans et renouvelables par moitié, chaque année, le sort devant décider de ceux qui sortiraient à l'époque de l'élection qui suivrait la première année.
Ces assemblées avaient tous pouvoirs à l'égard de ce qui est d'essence purement municipale. Pour les objets d'administration plus générale, elles demeuraient entièrement subordonnées aux administrations de district et de département (3).
(ij En proportion de la population : de trois, y compris le maire, jusqu'à 500 habitants; de six depuis 500 jusqu'à ^.000; etc.
(2) La valeur attribuée à la journée de travail ne devait pas être supérieure à vingt sols.
(3) Instituées par une loi du 22 décembre 1789.