FRANÇOIS FALLIER APRÈS LA RÉVOLUTION
Ayant cessé d'être commissaire du directoire exécutif, François Fallier se retira pendant quelque temps à Moulins (i) et il rêva de redevenir, comme devant, curé de Saint-Menoux.
Après sa villégiature il revient donc, s'installe et dit la messe, sans se soucier de Voile, pour lui un intrus. On juge de la surprise... Cependant, personne n'assiste à ses offices et force lui est de les interrompre. Une note administrative des moins flatteuses à son égard fait allusion à cet ostracisme : il y est parlé de son « immoralité si publique que ses paroissiens ont mieux aimé se passer de messes que d'assister à celles qu'il se proposait de leur dire... » (2).
Malgré ce fâcheux début, il, ne se décourage pas; il s'obstine, au contraire, s'établit à demeure, s'efforçant de regagner son influence de jadis sur les fidèles, et le 15 avril 1802 il se présente à la mairie pour y faire la <* soumission » exigée par la loi du 21 nivôse an viii, « afin de reprendre ses fonctions de curé ». Mais le maire Aubery du Goutet, qui à aucun prix ne veut de lui, refuse de recevoir sa déclaration, le renvoyant à se pourvoir auprès du préfet. Fallier réplique par une signification d'huissier (29 avril), où il réitère l'affirmation de son intention, ajoutant qu'il exercera son ministère à ses frais « dans le lieu appelé la vieille église », la nouvelle ayant été fermée par le maire le 20 germinal « pour des motifs qu'il ignore » (3). Il acceptait donc la
(i) La délibération du 1$ pluviôse an ix (4' février 1801}, déjà citée (p. 1$), le montre résidant en cette ville.
(2) Le Personnel concordataire^ p. 30.
(?) Ces motifs que, contrairement à ce qu'il prétend, il ne pouvait ignorer» étaient les dégradations et Tinsécurité, constatées par procès-verbal dressé le 19 germinal (9 avril 1803).
lutte, perdant de vue que, n'étant pas autorisé par Tévêque de Clermont, tous ses efforts seraient inutiles.
Le préfet, informé de la situation, en référa à Tévêque, dont la réponse fut que Voile était en règle et seul approuvé .comme curé de Saint-Menoux. Aubery était chargé, par lettre du 26 thermidor an x (14 avril 1802), de notifier cette décision à Pallier, « afin de faire cesser ses prétentions et la lutte scandaleuse dont il se plaint». Défense lui était faite « d'exercer à Tavenir ses fonctions en sa qualité de soidisant curé... » Il était de plus sommé par le maire « de lui remettre les clés du lieu oà il exerce maintenant son ministère^ qui est la ci-devant vieille église... »
Les termes de cette injonction prouvent que Falliér était parvenu à évincer Guillaume Voile, et que les habitants n'avaient pas continué à lui tenir rigueur. Il détenait les clés de Téglise, il y « exerçait ses fonctions » : il était donc alors curé en fait comme s'il n'avait jamais cessé de l'être en droit. Il se contente, pour l'instant (2 septembre), de protester, disant que dès avant le Concordat, il a recommencé à exercer le sacerdoce, que des circonstances « impérieuses » (i) seules ont interrompu ; qu'il a fait sa soumission à la mairie et que Tévêque l'a reconnu, « dans son diplôme du 21 juillet », pour curé de Saint-Menoux; qu'il a adhéré au Concordat, et que, bien qu'il ne soit ni suspendu ni interdit, on le traite cependant comme tel ; que « plein de respect pour l'autorité civile » il obéira, mais en se réservant « d'appeler comme d'abus de la conduite de M. l'évêque de Clermont devant le Conseil d'Etat, qui en doit connaître ». Le maire répliqua ; puis Pallier ergota encore, contestant que Voile fût légalement investi, et persistant à affirmer qu'on ne pouvait l'empêcher de dire la messe.
Ce n'étaient que stériles paroles. S'il voulait obtenir une cure, celle de Saint-Menoux ou une autre, il fallait se rendre à merci, la chose était claire. Il le comprit enfin. Toutefois, ce n'est que le 30 octobre 180 j qu'il fait sa rétractation pure et simple du serment qu'il aprêté en 1792» et on le nomme curé d'Aubigny.
A Aubigny, la malchance le poursuit. Il y fait deux voyages sans
(i) ^abstention des fidèles à ses messes.