FRANÇOIS PALLIER APRES LA RÉVOLUTION
parvenir à s'y installer. Dans le premier il se heurte au mauvais vouloir d'un maire qui lui déclare tout net que l'on n'a pas besoin de lui et que, du. reste, il n'existe pas d'ornements que Ton puisse mettre à sa disposition, ni de local pouvant tenir lieu de presbytère. Dans le second, s'étant procuré les ornements nécessaires, il ne trouve plus ni le missel ni les autres livres qu'il avait vus dans l'église la première fois : les habitants les avaient fait disparaître, afin qu'il ne pût en faire usage. Pour comble d'infortune, en chevauchant par les exécrables chemins de ce pays, il avait fait deux chutes et s'était démis le poignet gauche, ce qui, ainsi qu'il le raconte dans une lettre (i8 février 1804) où il fait part de ces aventures à l'évêque (1), lui « occasionne de la dépense et de la douleur ». Il se voyait, en effet, à la suite de cet accident, condamné à rester, malade et découragé, pendant sept jours « logé dans une méchante auberge de village... » « Et voilà. Monseigneur, concluait-il tristement, le résultat de ma soumission. Je ne m'en plains pas, mais je suis bien malheureux. Le nécessaire me manque ; depuis deux ans je n'ai de ressources que dans ma petite localité (?) qui, avec la pension que me paye le gouvernement, font tout mon avoir...» Et il ajoute mélancoliquement : « Monsieur Bouyot(2), qui ne vient à Saint-Menouxque les dimanches et les jours où il y a du casuel à prendre, est bien heureux... »
Il y pensait toujours, à Saint-Menoux, et non, malgré tout, sans un reste d'espérance ; et peut-être ses vœux eussent-ils été exaucés enfin si la municipalité avait consenti, comme pour Bouyot (3), à s'en faire l'interprète. On le devine à une lettre de M. de la Mousse, curé de Saint- • Pierre de Moulins, ancien vicaire général de Clermont, organisateur
(i) Hist. de Saint-Menoux, p. 587.
(2) Jean Bouyot, de Souvigny, curé de Saint-Menoux du 9 mars 1804 au 24 mai 1806, en remplacement de Voile, envoyé à Meillers. {Hist. de Saint-Menoux^ p. 399.)
(3) Voile, parti en juin 1803, eut en réalité pour successeur Claude-Hector Dupuy de Saint-Martin ; mais celui-ci « n'ayant exercé ses fonctions qu'un seul jour et les ayant abandonnées sans sujet », (Hist. de Saint-Menoux^ p. 598J, la municipalité, par délibération du 9 juin, invita Tévèque et les autorités civiles à donner pour desservant à la commune un prêtre à choisir dans une liste qu'elle avait établie et qui comprenait trois noms, parmi lesquels se trouvait celui de Bouyot.
du culte concordataire dans les arrondissements de Moulins et de Lapalisse, dont il avait gagné les sympathies. Cette lettre, datée du 20 février 1804, c'est-à-dire de deux jours seulement après la sienne, est adressée également à Tévêque. « M. Pallier, écrit M. de la Mousse, se réduit à demander qu*au moins il lui soit permis de dirô la messe dans son ancienne église... Je n'ai pas voulu prendre sur moi de lui accorder cette grâce et Tai invité à vous écrire lui-même, en l'assurant que je serais le premier à vous rendre un compte favorable de ce qu'il a dû supporter d'ennuis, d'humiliations, de fatigues et de dépenses pour vous prouver la sincérité de son retour à l'obéissance qu'il vous doit. Au vrai, Monseigneur, ajoutait-il, il y aurait peut-être moins d'inconvénients à le laisser à son ancienne église, oà il n'a plus que le seul maire contre lui^ et qui n'est pas bien redoutable^ qu'à le promener ainsi dans toutes les communes du voisinage, où on le rejette aussi avec trop de rigueur (i). » On ne pouvait mieux dire, mais M. de la Mousse plaidait une cause perdue d'avance, et malgré ce qu'il en pouvait penser, l'hostilité persistante d'Aubery du Goutet ne permettait guère de réintégrer son protégé dans son ancienne paroisse. On le nomma à Autry.
L'église de cette localité avait été vendue comme bien national (2) ; toutefois, l'acquéreur ne s'opposait pas à ce que les offices y fussentcélébrés, mais elle était restée fort endommagée des épreuves subies pendant les années précédentes, et tout autant que celle d'Aubigny elle manquait de meubles et d'ornements. Tout était à faire pour la mettre dans un état convenable.
Comment les habitants d'Autry reçurent Pallier et comment il vécut parmi eux, c'est ce que l'on ignore. On sait seulement que le 5 ther^ midor an xii (24 juillet 1804), se disant « affligé du scandale de la vente de l'église », il la racheta « pour en assurer la libre et entière possession à la commune » (3). Ce fut le dernier acte connu de sa vie agitée.
;i) Hist. de Saint' Menoux, p. 588.
(2) A Barthélémy Esminjaud, par procès-verbal du 6 thermidor an tiii (24 juillet 1799)-
(î) Arch. de TAllier, série O., commune de Saint-Menoux ; Téglise. Les renseignements ci-après proviennent de ce dossier. — V. également Hist, de ScUnt' MenouXy p. 385 et suiv.
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Il mourut le 2 février 1806 chez son beau-frère Thibaud, rue Notre- Dame (i), à Moulins, laissant une succession obérée, à laquelle renoncèrent ses héritiers. Un curateur fut nommé, qui vendit le mobilier et en employa le prix au payement des dettes.
L'église faisait partie de l'actif de la succession, mais on ne la revendit pas. Après le décès, la commune continua d'en jouir et on la considéra comme ayant été restituée. En réalité, il en était tout autrement, et il y avait nécessité de régulariser la situation, ce dont se préoccupa en 181 5 M. de Gaulmyn de la Goutte, maire d'Autry. « L'état de dégradation où se trouve cette église, écrivait-il au comte de la Vieuville, préfet de l'Allier, dans un mémoire non daté, exige pour son entretien des réparations considérables, et les solennités du culte divin nécessitent des dépenses intérieures que la commune ne saurait engager sans qu'au préalable elle ait été reconnue propriétaire de l'édifice. » Il demandait donc une attribution de propriété, qu'il obtint suivant un arrêté préfectoral du 28 septembre 1816, rendu définitif par un autre du 28 avril 1817, pris sur avis du Conseil d'Etat du ii mars. On avait dû faire rendre un jugement par le tribunal de Moulins (26 août 181 6), envoyant l'Etat en possession des biens vacants et sans maître provenant de la succession Pallier.
Tout souvenir de cet extraordinaire curé jacobin s'est depuis de longues années effacé dans la commune de Saint-Menoux ; mais tant qu'on y parla de la Révolution on le cita comme l'ayant personnifiée. Sans y regarder de trop près on en fit un terroriste furieux, un tyran capricieux qui, pendant dix années entières, disposa de toutes choses à son gré, et qui finalement tomba dans l'impuissance et la misère (2).
Son rôle politique était assurément dénaturé. En tous cas. Pallier se piqua toujours d'avoir maintenu l'ordre à Saint-Menoux aux heures difficiles et préservé les habitants de maux dont d'autres localités
(1) Aujourd'hui rue François-Péron.
(2) V. notamment une lettre écrite par le maire Jean Bouchand au préfet, en 1829, au sujet de renseignements demandés par ce dernier sur les anciens locaux de l'abbaye. (Arch. de l'Allier, série O., commune de Saint-Menoux ; procès Condamine.)
eurent à souffrir. Quant à ses rêves de fortune, il est certain qu'ils échouèrent totalement. Cela ne saurait être mis en question, et pourtant on ne peut se l'expliquer, car, au dire d'Aubery du Goutet, il avait « vendu des matériaux provenant des démolitions seules de l'abbaye pour plus d'argent que n'avait coûté toute la propriété » (0. De plus, il avait constamment touché traitement ou pension de l'Etat et jusqu'à Tan VIII, au moins, son aptitude pour les affaires avait été fréquemment utilisée par les administrations dans les opérations relatives aux biens nationaux.
Quoi qu'il en soit, il ne resta pas longtemps en possession de l'abbaye ; après avoir battu monnaie en jetant bas les constructions, il vendit l'emplacement et l'enclos à son beau-frère Thibaud, et celui-ci repassa l'acquisition, par contrat de vente, à sa fille Marie-Anne et à son gendre François- Pierre Servant, oculiste à Orléans (2), ce qui ne laisse pas de jeter dans reprit quelque soupçon de combinaison louche.
(i) V. Arch. de l'Allier, série O, commune de Saint-Menoux, l'église ; notamment une lettre d'Aubery au préfet, du 39 août 1810. « Cette propriété, écrit Aubery, était passée, on ignore à quel titre, entre les mains de Thibaud, beau-frère de M. Pallier. »
(2': V. un acte de vente du 25 juillet 1846 devant Garnier, notaire à Souvigny. — C'est Servant et non Thibaud qui fit des lots des anciens terrains de l'abbaye, car en 1810, année où ce dernier en vendit àsafilleet àson gendre la totalité, Aubery du Goutet mentionnait, dans sa lettre au préfet, citée ci-dessus, que remplacement était encore entier, mais « tout rempli de décombres d, et que tous les bâtiments étaient démolis et les matériaux vendus par Vacquéreur [Fallier], qui en avait retiré « plus d'argent que n'avait coûté toute la propriété ».