‹ La révolution à Saint-MenouxChapitre 34 sur 38 · MAURICE DESCHAMPS DE PRAVIER · texte numérisé non relu

MAURICE DESCHAMPS DE PRAVIER

JVlAURiCE Deschamps de Pravier était né au château de Pravier» paroisse de Meillers, le 13 octobre 1738, de Joseph, et de Madeleine Desaages (i). Il fut nommé chanoine-trésorier de la Sainte-Chapelle de Bourbon-l'Archambault (2), le 20 mars 1770, suivant brevet du prince de Condé ; mais sa mauvaise santé, compliquée d'infirmités, le força, en 1786, de démissionner et son successeur — Jean Duchet — dut lui servir une pension viagère de 600 livres qui, avec son « très modique revenu », lui assurait des moyens d'existence suffisants (3).

Il était aussi chapelain de la chapelle de Notre-Dame de Valignysur-Cher et de la chapelle de l'Hôpital ; — cette dernière sous le vocable de saint Antoine et située en la paroisse de Colombier, district de Montluçon.

Quand il avait cessé d'être trésorier de la Sainte-Chapelle, Maurice

(i) Il avait un frère jumeau, Michel-Joseph. Par ordonnance de l'archevêque de Bourges (7 juin 1754), portant rétablissement des prénoms des frères Deschamps, omis dans leurs actes baptistaires, Michel-Joseph est déclaré l'aîné des deux; ils étaient sur le point de se présenter à la tonsure. (Arch. de l'Allier, série E. supp., Inv.^ p. 715). — La Bénédictine de Saint-Menoux dont nous avons parlé, Marie Deschamps de Pravier, était leur sœur.

(2) Le chapitre de la Sainte-Chapelle de Bourbon avait été fondé en 1352 par le duc Louis I"". Il était composé d'un trésorier, de six chanoines et de trois semiprébendiers. {Arm. du Bourb.^ i, 4?). — D'autre part, on lit dans les Mémoires de la Généralité de Moulins^ de l'intendant Le Vayer, p. 34, publiés par M. Pierre Flament, que les fondateurs de la Sainte-Chapelle avaient institué « un trésorier et douze chanoines ».

(3) La démission avec attribution de pension avait été homologuée par le parlement de Paris le 29 août 1786. — Deschamps donne lui-même les détails qui précèdent dans une pétition, non datée mais devant remonter aux premiers mois de 1790, et adressée au directoire du district de Cérilly. (Arch. de l'Allier, série L. ; affaires diverses du département.)

Deschamps s'était installé à Lavin, dont la réserve avait été mise à sa disposition, gracieusement, par son cousin Claude Deschamps de Bisseret, à la seule condition de subvenir aux charges d'entretien. Il s'intéressa dès lors aux choses concernant sa nouvelle paroisse et, grand ami de Fallier, il prit part avec lui aux premiers événements de la Révolution à Saint-Menoux. On se rappelle que le 7 février 1790 il présidait les élections municipales, où il était élu notable. Il avait, le 23 septembre 1792, prêté en même temps que Fallier, Aucouturier et Jacques Loyard, le serment exigé par la loi du 14 août, et le 14 avril 1793 il participait encore à Télêction d'Auroux. C'est quelques jours plus tard qu'il se voyait contraint de quitter Lavin pour la résidence forcée de Bourbon, point de départ pour lui de souffrances sans nombre terminées par une mort misérable loin de son pays (i).

Il fut mis en état d'arrestation le 1 1 octobre et transféré à Moulins le 13, voici à la suite de quelles circonstances :

A Bourbon, un nommé Faynaud, ou plutôt Fesneau (2), gardien à rhôpital et instituteur public, avait été, par ordre du comité de surveillance de la ville, emprisonné préventivement w pour faits d'indélicatesse dans ses fonctions ». Mais le comité de surveillance de Moulins avait évoqué l'affaire, et devant lui les choses prenaient une tournure toute différente : un arrêté de mise en liberté immédiate était rendu en faveur de rinculpé (9 octobre), pendant que les membres du comité de Bourbon, en raison de ce que Tacte d'incarcération était jugé « illégal et vexatoire (3) », se voyaient « mandés sur le champ auprès de celui de

(i) Il s'était fait délivrer par la municipalité de Saint-Menoux, le 24 mars, le certificat de résidence exigé depuis le mois de février. Les signataires, Guillaume et Etienne Aucouturier, Antoine Faivre, Fallier, Joseph et Charles Guelin, Jean et Jacques Loyard, à Tenvi se disent ses amis. Il était alors âgé de cinquanter cinq ans et presque impotent. Son écriture, en effet, dont il existe aux Archives plusieurs spécimens, généralement des pétitions pour règlement de sa pension» quoique paraissant émaner d'un homme assez lettré, indique d'une manière très apparente un empêchement physique auquel Fallier, Puniversel secirétaire, sup-pléait fréquemment.

(2) V. C. Grégoire, VAncien canton de Bourbon^ p. 87.

(3) Arch. de l'Allier; registre du comité de surveillance de Moulins. L^^'Wâiseignements ci-après proviennent également âes procès-verbaux du coilïité.'i^ V. aussi, au sujet des incidents concernant l'instituteur de Bourbon, G. GiNSgoire : VAncien canton de Bourbon, 86-96.

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Moulins pour rendre compte de leur conduite... » Bien mieux, un mandat d'amener était expédié contre eux et porté par la gendarmerie, et le lendemain ils comparaissaient devant leurs collègues moulinois transformés en juges.

Fesneau était présent. D'abord entendu par ces derniers sur ce quî lui était reproché, il « se disculpa de manière à faire voir que toute cette procédure n'était que Teffet des persécutions qu'on lui avait fait éprouver dans cette ville... » « Ses ennemis, d'après lui, n'ayant pu réussir à le perdre en le faisant regarder comme incapable de remplir les fonctions d'instituteur..., avaient imaginé de l'accuser de soustractions énormes et de solliciter à cet effet des témoins contre lui...» Interrogés à leur tour, les membres du comité prétendirent avoir décerné un mandat d'arrêt contre Fesneau « pour obéir au vœu de leurs concitoyens et pour l'empêcher d'échapper au juste châtiment » que méritaient les dilapidations commises par lui dans leur hôpital, « bien prouvées par l'information qu'ils avaient faite ». Deux plaignants expliquèrent que ledit Fesneau était poursuivi de telles clameurs « pour l'empêcher d'être instituteur (i) et pour l'accuser de dilapidations..., qu'ils avaient suivi le torrent... »

Le comité, cependant, donna gain de cause à Fesneau. On avait, disait-il, violé à son égard les prescriptions de la loi du ii septembre (2), et ce « sans-culotte » n'était nullement incriminé d'incivisme ou de conspiration. C'était « un malheureux père de famille », sur lequel on s'acharnait aveuglément. D'ailleurs, déclarait encore le comité, <i on n'est pas, à beaucoup près, à Burges-les-Bains, à la hauteur des circonstances » ; les patriotes « y sont opprimés par une faction muscadine égoïste et aristocratique », et cet état de choses devait cesser. Les nommés Gendard et Audiat, considérés comme les meneurs, étaient mis sur-le-champ en état d'arrestation et conduits à la maison d'arrêt,

(i) Il avait été nommé le 7 octobre, avec un traitement de 1.200 livres, dont le paiement devait être assuré au moyen d'une imposition extraordinaire sur les riches, et 50us la responsabilité solidaire des membres de la municipalité, conformément à un arrêté de Fouché, du 27 septembre.

(2) Défendant notamment aux comités de surveillance de décerner aucun mandat d'arrestation sans être réunis au moins au nombre de sept membres.

sise au vieux château. Fesneau, « injustement persécuté », était « provisoirement réintégré dans ses fonctions » ; et « pour chasser définitivement le mauvais esprit qui domine dans la ville de Burges », on décidait d'y envoyer le jour même deux membres accompagnés d'un détachement de cinquante hommes de Tarmée révolutionnaire, et des brigades de gendarmerie de Moulins et de Souvigny.

Grimaud et Boisset, désignés pour cette mission, étaient chargés de « rétablir Tesprit public pour électriser les cœurs à la régénération universelle » ; ils devaient organiser une fête civique « dans le même genre et dans le môme ordre que celle donnée par le représentant du peuple à Moulins » et « détruire tous les signes du fanatisme... », former un nouveau comité, faire connaître au peuple les arrêtés pris par Fouché « pour empêcher les malversations des accapareurs, des riches égoïstes et du reste infect de la noblesse et du clergé... » ; enfin il leur était recommandé de visiter l'ancien château, qui aurait pu renfermer « des marchandises, des émigrés ou quelque rassemblement...», de faire des visites domiciliaires, procéder au besoin à des arrestations, etc.

Le 13, ce détachement était de retour, et les commissaires rendaient compte à leurs collègues des bons résultats de leur expédition. Ils avaient ramené avec eux, prisonniers, « neuf individus suspects d'incivisme (i) », « ci-devant nobles, prêtres, parents d'émigrés ou aristo-

(i) Après un court rapport sur les motifs qui les avaient engagés à procéder à ces arrestations, ils expliquèrent que, devant la manifestation unanime des habitants de Burgcs-ies* Bains, très hostiles à Pesneau, ils s'étaient déterminés à faire relaxer Gendard et Audiat et à les inviter à prendre part à la fête civique. Ils donnèrent des détails sur cette fête, sur la plantation d'un arbre de la liberté, sur leur visite dans les églises, dans le ci-devant château, dans la ci-devant Sainte-Chapelle... ; ils firent le récit de plusieurs « exécutions civiques », ajoutant qu'ils avaient « achevé cette intéressante destruction . du fanatisme et de la tyrannie sacerdotale et nobiliaire par Tenlèvement du reliquaire de la Sainte- Chapelle, objet jusqu'alors de la vénération de tous les habitants, par suite de ri<»norance et des préjugés ». Revenant ensuite à la question Pesneau, ils donnèrent à ce sujet des explications à la suite desquelles le comité, tout en continuant à tenir pour illégale l'arrestation de ce citoyen, reconnaissait que cette arrestation avait été « en quelque sorte forcée par un parti ». Le comité 4écidait ensuite, « pour tout concilier à l'avantage et au gré des intéressés », « que ce Fesneau serait provisoirement remplacé dans les fonctions qui lui avaient été confiées ». — Ajoutons qu'en thermidor suivant ce personnage provoqua encore

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