‹ La révolution à Saint-MenouxChapitre 8 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La Municipalité de Canton

Installation — Fallibr devient commissaire du directoire exécutif — Secrétariat — Situation générale — Les églises du cant^on ; le presbytère — Fallibr stimule la municipalité — Elections de l'an v — L'opinion avant

LE l8 FRUCTIDOR — APRÈS LE l8 FRUCTIDOR -^ ELECTIONS DE L'AN VI — VISITES DOMICILIAIRES — Le CALENDRIER RÉPUBLICAIN — INVENTAIRE DU MOBILIER MUNI- CIPAL ET DBS ARCHIVES — DERNIERS ACTES — UN BUDGET DE DÉPENSES MUNICI- PALES.

LE 7 frimaire an iv (28 novembre 1795), ^^ nonidi, la municipalité tint, sous la présidence du citoyen Claude-Etienne Bigot, de Marigny, élu par l'assemblée primaire, sa première séance. Jacques Saulnier, nommé commissaire provisoire par Tadministration centrale (5 brumaire), s'y présenta en cette qualité, mais simplement pour se déclarer démissionnaire, étant déjà juge de paix du canton en vertu d'un arrêté du représentant en mission Guillerault (i), du 10 thermidor an m, ce qui constituait une cause d'incompatibilité légale. Il fallut donc commencer par le remplacer en faisant un choix parmi les membres, ce qu'autorisait la loi. On désigna Condamine, auquel un arrêté du directoire (22 pluviôse) vint bientôt, du reste, donner pour successeur déftnitif François Fallier (2).

(i) Guillerault-Bacoin (Jean-Guillaume), né à Pouilly-sur- Loire en 1752, mort ôb la même ville en 18 19. 11 était avocat avant la Révolution et fut député pour lA Nièvre à la Convention. On l'envoya en mission dans TAllier après le 9 therniidor. Fit partie du conseil des Cinq-Cents.

(2) Il n'était plus salpètrier. L'atelier qu'il avait installé dans la forêt de Bagnolet continuait néanmoins à fonctionner sous la direction de Gabriel Aucouturier, son associé ou son commis. Celui-ci cessa lui-même l'exploitation en fructidor an IV, Tatelier ayant été mis en liquidation par arrêté de l'administration centrale

Ce dernier fut installé le 7 ventôse, après avoir prêté le serment « d'être fidèle à la nation et de remplir sa place avec fermeté, justice • et humanité » (i).

Restait à organiser le secrétariat, et dans des conditions -tiifférentes de celles qui existaient précédemment, car avec la centralisation de toutes les affaires au chef-lieu du canton, ce service devait nécessairement prendre une importance qu'il n'avait pas eue jusque là. Jean Huilier (2), ancien curé de Neuvy-les-Moulins, en eut la direction et un commis, Jacques Lbyard, lui fut adjoint.

Il fallait fixer le traitement de ces deux fonctionnaires, et cela méritait réflexion, « les objets de première nécessité étant à un prix excessif...» Les agents, assez embarrassés, résolurent en fin de compte, provisoirement, de donner 3.000 francs annuellement à Loyard, et à Huilier 300 myriagrammes de froment, représentant environ 6.000 francs ; somme infime dans le moment, où les bonds fantastiques des prix des denrées alimentaires jetaient l'affolement, où l'on était obligé de payer plus de 10.000 francs par an un cantonnier afin qu'il pût seulement se nourrir (3). Aussi les malheureux scribes, réduits à la famine, ne tardent-ils pas à implorer un peu d'amélioration à leur sort, ce qui n'avait pour résultat, après une année d'attente, que le sacrifice de l'un pour le soulagement de l'autre. L'administration, montrant en cela plus de sens pratique que de philanthropie, prenait en effet le parti de réduire les

du 28, sur avis du commissaire des salpêtres de Moulins. — Au sujet de cette liquidation, dont les incidents sont assez curieux, voir un autre arrêté du ç frimaire an V.

(i) Son traitement était de 400 myriagrammes de frpment, ou 400 boisseaux de 20 livres, valant alors à peu près 20 livres le boisseau.

{2) Originaire de Montluçon. Il était marié et résidait à Moulins avant* d'obtenir cet emploi.

(5) Le 25 avril 1792 le directoire du département fixait le salaire des cantonniers à 25 livres par mois. Plus tard, au fur et à mesure que la situation empire ils pétitionnent pour obtenir davantage et il leur est successivement accordé: le 18 frimaire an m, 4$ francs; le 15 ventôse suivant, 60; le 1$ germinal, 100; le 2 messidor, 120; le deuxième jour complémentaire, i$o; le 25 frimaire an iv, 600 ; enfin le 28 nivôse, 900, ou 10.800 francs par an, qui est le chiffre le plus élevé. Il va de soi que les augmentations n'étaient qu'apparentes, et qu'en nivôse an IV les cantonniers ne recevaient pas plus, en réalité, qu'en avril 1792.

deux secrétaires à un seul devant percevoir la totalité des émoluments, quitte à se faire aider à ses frais s'il en éprouvait le besoin. Huilier fut naturellement conservé (i).

Les premiers travaux de cette municipalité eurent pour objet Tapprovisionnement des marchés, des répartitions de réquisitions (7 et 29 frimaire), des mesures relatives à l'emprunt forcé décrété le 19 frimaire, la recherche et l'envoi à Moulins des jeunes gens de la première réquisition et autres militaires absents de leurs corps ; et un peu plus tard {nivôse), la répartition des impôts, la réorganisation de la garde nationale en application de la loi de prairial an m, etc.

La situation générale, en raison de la crise économique toujours plus aiguë, devenait très critique, et la pénurie de toutes les choses indispensables était telle que les administrations elles-mêmes manquaient des accessoires strictement nécessaires pour la tenue de leurs séances (2). ' Et à la difficulté de vivre s'ajoutait encore l'insécurité des campagnes, sillonnées de vagabonds et prisonniers de guerre en fuite, transformés en détrousseurs de grandes routes (3). Le mécontentement augmentait chaque jour.

Pour réagir, l'administration centrale essayait de raviver les sentiments républicains. Elle ordonnait des replantations d'arbres de la liberté, dont il n'y avait plus dans la presque totalité des communes, et des solennités propres à frapper les esprits devaient être organisées en ces circonstances. Elle appelait aussi la colère du peuple sur les ennemis de la Révolution, les rendant responsables de l'agitation. « Depuis dix-

(1) L'emploi de secrétaire de la municipalité n'eût pas suffi à faire vivre Huilier et sa famille, mais comme ci-devant curé assermenté il était pensionnaire ecclésiastique. — Le traitement fut modifié suivant les circonstances : l'année suivante il était de i.ooo francs, en l'an vi de 600 et en Tan vm de 700.

(2) La plupart des municipalités, dès qu'elles furent installées, assaillirent de demandes à -ce sujet l'administration centrale, laquelle s'avisa d'un expédient assez curieux pour leur donner satisfaction. « Etant informée, est-il expliqué dans une délibération du 28 nivôse, que dans les magasins de certains ci-devant districts il existe des quantités de vieux drapeaux et de vieux linges appartenant- à la République..., ces chiffons seront délivrés aux citoyens Maine et Guinemant, imprimeurs-libraires à Moulins, en échange de papiers-registres estimés à leur valeur de 1790, pour subvenir aux besoins des municipalités. »

(3} Arrêtés de l'administration centrale : 9 nivôse et 22 pluviôse.

huit mois les royalistes et leurs émissaires disséminés sur tous les points, lit-on dans un arrêté du 3 ventôse, ont pris tous les masques pour étouffer jusqu'au sentiment du patriotisme pur dont étaient animés les bons et respectables habitants des campagnes... ; la funeste influence de leur hideuse hypocrisie est parvenue dans plusieurs communes à corrompre Tesprit public et à faire partager aux bons citoyens, victimes . de leur crédulité, leur haine pour la liberté et tous ses signes, et leur amour criminel pour les rois... » Exprimant leur indignation de la destruction des arbres de la liberté, les administrateurs ajoutent : « Des royalistes et des mauvais prêtres ont osé porter leurs mains criminelles sur cet arbre autour duquel on a si souvent chanté les nombreux triomphes de la liberté..., et tous ces attentats liberticides orit eu un succès bien funeste à la chose publique... »

La propagande contre-révolutionnaire, on le voit, était fort active et non sans résultats. Dans la Nièvre et dans le Cher, s'avançant dans la direction de Cérilly, une véritable petite armée insurrectionnelle s'était même formée (i) et des troubles graves avaient eu lieu également dans les cantons de Cusset et Gannat. Toutes les municipalités étaient en permanence (2), pendant que se replaçaient les croix, que plus que jamais se chantait le Réveil du peuple^ que Ton exposait des reliques et que se faisaient entendre, après un long silence, les sonneries de cloches (3) ; car un courant favorable à une restauration des habitudes consacrées et prescrites par l'Eglise s'accentuait chaque jour, malgré tous les efforts contraires de l'administration et des commissaires, entre lesquels se distinguait particulièrement Fallier (4).

(i) Elle comprenait, d'après un rapport de l'administrateur municipal de Moulins envoyé sur les lieux, i.$oo hommes divisés en quatre colonnes. Ces quatre colonnes furent écrasées séparément et leurs débris se répandirent dans les forêts. (Arrêté de l'administration centrale des 22 et 23 germinal.)

(2) Arrêté du 16 germinal. Cet état de permanence subsista jusqu'au 6 floréat, jour où l'administration le fit cesser, « attendu que l'ordre troublé dans quelques cantons des ci-devant districts de Cérilly, Montmarault et Montluçon » est rétabli. Cela n'était probablement que relatif, puisque les agents municipaux se voyaient en même temps chargés de surveiller activement les « ennemis de l'ordre et du repos public ».

(5) Arrêtés de l'administration centrale : 8 pluviôse et 4 floréal.

(4) Un incident mentionné au registre municipal nous édifie à ce sujet. Le 19 flo-

En messidor, on fit Testimation des églises du canton restant à vendre et soumissionnées, afin de les mettre en adjudication ainsi que Tavait résolu l'administration centrale. Devaient être conservées, néanmoins, « celles servant au culte et celles qui sont remarquables par la beauté de leur architecture, ou nécessaires à la tenue des assemblées primaires ». Une lettre du ministre de Tintérieur du 14 thermidor, citée dans un arrêté du 18, invitait l'administration à choisir, pour faire un rapport à ce sujet, « l'architecte le plus connu par ses talents », voulant que celles de ces églises « dont la beauté et l'importance offrent des avantages pour le progrès des arts, pour le culte ou pour quelque autre objet d'utilité publique » fussent réservées. L'administration centrale avait commencé par demander des renseignements aux municipalités, et celle de Saint-Menoux avait répondu que « l'église de la commune chef-lieu est un vaste édifice rendu à l'exercice du culte depuis plus d'un an, et nécessaire pour la tenue des assemblées primaires ». Le cas était le même pour Aulry et Agonges (i). A Bagneux, Montilly et Marigny, au contraire, le culte n'avait pas été rétabli. Toutes les églises du canton, prétendait-on, étaient indispensables pour les assemblées primaires.

L'architecte désigné fut l'ingénieur Benoît. Dans un état dressé par lui le 16 brumaire an v (6 novembre 1796), où est faite la récapitulation des églises du département invendues (2), il mentionne que la dépense pour réparer celle de Saint-Menoux serait de 300 francs, et que dans l'Allier, sur 320 églises, 150 seulement, contre 170 restant inemployées, servent au culte. Il faudrait « plus de 200.000 francs pour les mettre en bon état, ajoute-t-il, et leur entretien coûterait annuelle-

réal an IV (8 mai 1796), Fallier vint tout ému signaler que « des exemplaires d'une lettre écrite, disait-il, en lettres d'or de la main de Dieu » et ordonnant la célébration des dimanches et fêtes, circulaient. Il ne produisait aucun de ces exemplaires, mais il avait pu s'en procurer une copie qu'il avait envoyée à Moulins. Ce fut pour lui l'occasion d'un discours contre « les brigands et les égorgeurs du Cher et de la Nièvre... »

('i) De même qu'à Saint-Menoux par Voile, des déclarations avaient été faites à Autry et à Agonges pour exercer le culte dans les églises de ces communes, par Michel et Picard. (Reg. municipal, 19 germinal an iv.)

(2) Arch. départementales, série Q. ; ventes après l'an iv.

ment 50.000 francs au moins. Sans de prompts travaux la plupart vont tomber en ruines et l'intérêt national commande leur vente, sans autre réserve que celle des chefs-lieux de canton ». C'est ce qui eut lieu.

Benoît ne s'était guère inspiré des intentions ministérielles en ce qui concerne « la beauté de l'architecture » et « le progrès des arts ». Son état n'y fait pas la moindre allusion, et cependant une colonne y était réservée pour les « observations sur la construction et ce qu'elles [les églises] contiennent de curieux ». Dans cette colonne, en face du nom de Saint-Menoux, on lit : « assemblée primaire ». L'architecte « le plus connu par ses talents » eût pu trouver autre chose.

Le presbytère de Saint-Menoux ne fut pas vendu, mais Faivre voulut en faire l'acquisition et écrivit le 19 messidor à la municipalité pour obtenir d'elle qu'elle donnât un avis favorable au maintien de la soumission qu'il avait déposée dans ce but. C'est tout le contraire qui se produisit, « le presbytère étant, explique la délibération prise à ce sujet, nécessaire pour les séances ordinaires et pour l'instruction tant des garçons que des filles^ et le changement de local devant nécessiter des dépenses considérables à la charge des administrés, déjà trop grevés ». La commune conserva donc cet immeuble devenu en effet, ainsi qu'on le voit, momentanément un local scolaire pour garçons et filles.

En prairial an iv (mai-juin 1796), des colonnes mobiles, ou détachements de la garde nationale sédentaire, avaient été organisées dans la plupart des cantons (i), et un peu de calme avait paru s'ensuivre. Mais dès les premiers mois de l'an v des désordres reparaissaient plus violents, donnant, à en juger par le ton d'une proclamation adressée aux habitants (19 brumaire) par l'administration centrale, l'idée d'une véritable dislocation sociale. A Saint-Menoux cependant, où peut-être on avait moins à souffrir des maux qui désolaient le pays, les colonnes mobiles n'étaient pas encore formées en ventôse, et les autres affaires communales y étaient généralement tenues en oubli, du moins à ce que

(i) Sur arrêté de l'administration centrale du 18 prairial (6 juin), d'après un autre du directoire exécutif du 17 floréal. Ces détachements étaient formés « pour surveiller et rechercher les émigrés, les prêtres réfractaires et les vagabonds déguisés chantant des airs proscrits »

prétend Pallier, que Ton voit adresser à ce propos des remontrances aux agents et adjoints, mêlant à dose égale la flatterie à la réprimande. « Citoyens, leur dit-il (19 ventôse), le zèle que la presque totalité d'entre vous font paraître pour l'exécution des lois est un sûr garant de votre dévouement à la chose publique ; mais plus vous avez fait jusqu'à présent, plus vous êtes obligés de faire par la suite. Il s'agit de reprendre cette activité énergique qui vous a distingués de ces municipalités insouciantes à qui les reproches du département et des ministres s'adressent directement. Vous êtes en retard de quantité d'articles intéressants : je vais vous les rappeler par ordre de date et au nom de la loi... » Il relève alors des négligences portant principalement sur la tenue des registres de l'état civil et l'organisation des colonnes mobiles, et il conclut à la nécessité de mettre de suite toutes choses en ordre, car, ajoute-t-il, '< par la force de la Constitution il doit s'opérer un changement dans toutes les administrations de la République, et il est essentiel de ne rien laisser d'arriéré..'. » Il faisait allusion aux élections devant pourvoir au renouvellement par moitié des municipalités, avec élimination par tirage au sort.

Celle de Saint-Menoux ne s'était pas conservée entière jusque là, les agents et adjoints des communes d'Agonges, Autry, Bagneux et Montilly ayant été renouvelés dans les premiers jours de pluviôse an iv. On en est informé le 9 par une brève note du registre signalant le dépôt sur le bureau des procès-verbaux de nomination, sans aucune explication ni indication de noms d'anciens ou nouveaux membres (i).

Le 9 germinal an v (29 mars 1797), eut lieu la séance d'élimination. Sans attendre que le hasard en eût décidé, les citoyens Mauguin, Chalmin et Primot, agents d'Agonges, Marigny et Autry, annoncèrent spontanément qu'ils donnaient leur démission, de sorte que ceux de Saint-Menoux, Montilly et Bagneux restaient en fonction et qu'il y avait à élire des adjoints dans ces dernières communes et des agents

(i) Le II du même mois sont cités au registre municipal dans un procèsverbal de fête et prêtent serment : Claude Mangin, agent d'Agonges ; Chalmin, agent, et Allix, adjoint de Marigny ; Martinet, agent, et Belin, adjoint de Bagneux ; Devaux, agent, et Virlogeux, adjoint de Montilly ; enfin Primot, agent d'Autry.

dans les trois autres. Le 13 et les dimanches (i) suivants il y fut procédé.

Les agents élus à Agonges, Autry et Marigny furent Jean-Joseph Prat, Pierre Mathé çt Gabriel Chalmin, et les adjoints de Bagneux et Montilly, Belin et Virlogeux.

Il faut croire que l'adjoint de Marigny avait aussi démissionné, car en cette commune un nouveau, François Deschamps, était élu en même temps que l'agent. Tous les deux vinrent d'ailleurs devant la municipalité décliner l'honneur d'en faire partie, disant qu'ils étaient « refusants » ; et sur la réquisition du commissaire on leur substituait de suite, à Chalmin Jean Chérion, et à Deschamps Claude Thévenin.

A Saint-Menoux l'adjoint n'avait pas été élu faute d'électeurs. « Malgré toutes diligences faites pour convoquer l'assemblée communale, pendant deux dimanches consécutifs..., explique Condamine, aucun citoyen ne s'est présenté (2)... »

D'un autre côté, Chérion, l'agent de Marigny nommé par la municipalité, vint dire qu'il ne fallait pas compter sur lui, sa situation ne lui permettant pas de vaquer à d'autres occupations que les siennes propres. On le remplaça par Louis Bernard. Mais ce dernier, informé par lettre de cette décision, déclara à son tour qu'il n'acceptait pas davan-. tage : on désigna alors Jean Mangin, lequel voulut bien ne pas se récuser.

Seul manquait encore l'adjoint de Saint-Menoux. Fallier obtint, puisque les électeurs ne voulaient pas se déranger pour voter, que Mayeul Faivre, probablement pressenti à l'avance, fût choisi.

Ainsi fut reconstituée, laborieusement, la municipalité du canton. Cinq séances d'installalion (21 et 29 germinal; 10, 19 et 29 floréal) avaient été nécessaires pour résoudre ce difficile problème.

On a remarqué l'abstention des citoyens de Saint-Menoux dont pas un seul, à deux reprises, ne vient voter. Cela indiquait chez eux, pour

(i) L'usage du dimanche était rétabli en fait et observé partout, même dans les administrations.

(2) Il en fut de même en une infinité de communes et beaucoup de municipalités ne purent se former.

rexercice des droits, et des devoirs civiques, une rare indifférence. L'empressement ne dut pas être grand non plus dans les autres communes, où rétat d'esprit était le même. Quant à la difficulté dé trouver des candidats, on se l'explique aisément. L'obligation imposée aux agents, et à leur défaut aux adjoints, de venir chaque décade au cheflieu tenir séance, souvent de très loin, n'était pas faite pour séduire, et aucun de nos conseillers municipaux d'aujourd'hui ne consentirait à s'y obliger. Quoi qu'il en soit, les municipalités de canton n'eussent été que bien difficilement complétées si le moyen des remplacements directs n'eût pu être employé.

A la séance d'installation du 29 germinal. Pallier renouvela son réquisitoire du 19 ventôse, et il demanda aux agents de justifier qu'ils s'étaient conformés à la loi pour la plantation d'un nouvel arbre de la liberté dans leurs communes, en cas de mort de l'ancien.

On ne s'en souciait plus guère, des arbres de la liberté, ni des autres emblèmes de la Révolution, dont les usages et le langage étaient tenus en oubli ou ridiculisés, ainsi que le constatait avec amertume, le 9 floréal (28 avril 1797), le commissaire du directoire près l'administration centrale. La plupart des Français, disait-il, « paraissent avoir perdu jusqu'au souvenir des formes et des couleurs de la cocarde tricolore, qui a vraiment opéré des prodiges dans les beaux jours de notre Révolution glorieuse et à jamais mémorable » ; et il exprimait son indignation à la pensée que « presque tous les individus autres que nos braves soldats et quelques patriotes en petit nombre qui osent se dire encore républicains et même l'être effectivement, substituent dans leurs discours et leurs écrits le mot orgueilleux, ridicule et vraiment dérisoire de monsieur à celui de citoyen ». Le 3 prairial il rappelait que la loi du 7 vendémiaire an IV sur la liberté et la police des cultes était tombée totalement en désuétude, signalant en même temps de nombreux cas rapportés par les commissaires des cantons, partout où se trouvaient des prêtres insermentés et réfractaires, « ces terribles fléaux de l'espèce humaine ».

Cependant, jusqu'à la fin de l'année un calme relatif régna dans le canton, et la municipalité, à une demande de renseignements du département, par lettre du 21 thermidor, pouvait répondre que :« jusqu'à

présent la tranquillité publique n'a point été compromise, la sûreté des personnes et des propriétés n'a point souffert... » Et quant à l'opinion : « Il n'y a point de sociétés particulières dans le canton s'occupant de questions poUtiques, et en général r esprit des habitants est porté pour le maintien de la République •>, — ce dont on serait tenté de douter, à la froideur des expressions.

Le i8 fructidor le Directoire exécuta son coup d'état contre les deux Conseils, et le lendemain était votée la loi révolutionnaire d'après laquelle toutes les personnes inscrites sur la liste des émigrés et non rayées définitivement devaient quitter la France sous peine de mort, et obligeant tous les ministres du culte à prêter le serment de « haine à la royauté et à l'anarchie, d'attachement et de fidélité à la République et à la Constitution de l'an m ».

Ce serment fut prêté le i" vendémiaire an vi par Voile et parMathonnet,curé d'Autry (i).

Le i8 fructidor eut aussi pour conséquence la révocation des administrateurs du département et leur remplacement par des hommes de 1793. Ceux-ci se hâtèrent de prendre un arrêté pour prescrire à tous les fonctionnaires l'emploi du mot « citoyen » au lieu de celui de « monsieur », qui ne convient « qu'à des âmes servilement dévouées aux institutions de la monarchie ». Le régime des passeports fut rendu plus sévère et on ne tarda pas à procéder à 1' « épuration » des municipalités, signalée à Saint-Menoux par la destitution provisoire (19 vendémiaire an v)de Condamine et de Mathé (2), sur un rapport de Pallier tout particulièrement désobligeant pour le premier, dont la vie privée même n'était pas ménagée.

(i) Mathonnet n'est pas nommé dans le Personnel concordataire, à moins qu'il ne s'agisse d'Etienne Mathonnat^ ancien curé du Breuil. II succéda à Michel (lequel ne fit à Autry qu'une très courte apparition), et fut le prédécesseur du curé orthodoxe Nogier, qui mourut en l'an ix. — Dans un tableau des prêtres du canton de Saint-Menoux ayant prêté les serments exigés par les lois sont inscrits Voile, Michel et Picard, ce dernier ancien bénédictin de Souvigny, curé d'Agonges. (Délib. municipale, 19 germinal an iv). On ne mentionne pas sur le registre, dans le procès-verbal du i*'" vendémiaire, la prestation de serment Picard.

(2) La destitution fut rendue définitive par arrêté du Directoire exécutif du 16 ventôse.

LA MUNICIPALITÉ DE CANTON I I :j

L'arrêté prescrivait aux membres restant en fonction de se compléter eux-mêmes dans les trois jours, conformément à la loi. Dans le délai voulu on donna pour successeur à Condamine, Guillaume Aucouturier, et à Mathé, Claude Adam, de la commune d'Autry. Tous les deux ayant accepté, prêtèrent le serment et furent installés immédiatement.

La municipalité ainsi remaniée arriva sans encombre aux élections de germinal an vi, où furent élus agents de Saint-Menoux et d'Autry, Félix Fessant et Gilbert Mathé, et adjoint d'Agonges, le citoyen Mauguin.

A Marigny il y avait à élire un agent et un adjoint, mais personne ne s'étant présenté pour voter, malgré que les convocations légales eussent été régulièrement faites, l'administration eut à y suppléer directement. Elle nomma pour agent Jean Mangin, et pour adjoint François Thévenin, qui acceptèrent.

Mais au moment de l'installation de Fessant et de Mathé, Fallier avait fait remarquer que ce dernier étant frère de Fierre Mathé et la Constitution ne permettant l'éligibilité de citoyens parents entre eux, dans la même municipalité, qu'après deux années d'intervalle, on ne pouvait l'admettre. La raison était décisive et, néanmoins, le peu de scrupules que l'on mettait alors en politique à* s'écarter des voies légales fut un engagement pour la municipalité, sans doute, à en référer au département, attendu, disait-elle, « que Gilbert Mathé n'a succédé à son frère qu'après plus de six mois d'intervalle », et qu'il s'agit d'un « citoyen probe et bien famé ». L'administration centrale se disposait à soumettre le cas au ministre, quand Mathé lui-môme trancha la question en envoyant sa démission (17 floréal). On lui donna pour successeur le citoyen Camus (9 prairial).

Aucouturier avait été élu président par l'assemblée primaire le i^"" germinal, en remplacement de Bigot, et c'était la troisième fois qu'il se trouvait investi de la première fonction municipale. Il prêta serment et fut installé le 19.

En thermidor on procéda méthodiquement, dans le canton, à des visites domiciliaires en exécution d'un arrêté du Directoire remettant en activité une loi du 25 brumaire an m, d'après laquelle « tout citoyen

qui aurait dénoncé, saisi et arrêté des émigrés recevrait, après Texécutien du jugement, la somme de cent livres par chaque émigré ». Le lo^ (28 juillet 1798), à la réquisition de Fallier, la municipalité^ « considérant qu'il importe à la tranquijlité générale, à la sûreté, à la prospérité de la République et au maintien des lois, de poursuivre jusque dans leurs asiles les plus secrets tous les ennemis delà liberté..., » décidait de mettre en état d'arrestation et de traduire devant le juge de paix tout individu non muni de passeport. Le lendemain, à partir de 9 heures du matin, on perquisitionne dans « toutes les maisons soit publiques soit particulières où des émigrés rentrés ou des prêtres déportés rentrés ou sujets à la déportation, ou égorgeurs, des brigands, des chefs de chouans, des agents de l'Angleterre, sont soupçonnés de prendre retraite ». On désignait en même temps les maisons suspectes : dans la commune d'Agonges, chez la citoyenne Leborgne, à la Pommeraie, et chez le citoyen Grand, aux Guillaudons ; dans la commune d'Autry^ chez la citoyenne Lagoutte, aux Milles ; à Bagneux, chez le citoyen Montreveau, et à Marigny, chez la citoyenne veuve Beraud, aux Guilleminots. Les agents étaient invités « à porter dans l'exécution de l'arrêté, la plus grande prudence, afin de ne pas inquiéter les citoyens paisibles et incapables de nuire à la République ». On ne connaît pas les résultats de ces perquisitions (i).

A la fin de l'anvi on n'était donc pas dans la voie de l'apaisement, loin de là ; et cependant à certains points de vue des signes d'amélioration apparaissaient : depuis le commencement de Tan v la famine avait cessé et petit à petit un bien-être — très relatif assurément — s'était fait sentir dans les conditions d'existence de la classe ouvrière. Mais l'agitation et l'irritation des esprits ne faisaient qu'augmenter. On criait de toutes parts à l'immoralité, à la concussion, à la corruption. Il n'était question que des désordres et des abus de la « bureaucratie », de fortunes immenses amassées à la faveur des troubles, de vols de

(i) Il y eut (an vi et an vu) un nombre considérable de prêtres arrêtés en France et dans les départements formés par la Belgique. On les envoya à- Rochefort, à rîle de Ré, puis à Tîle d'Oléron. Il y eut de germinal an vi à frimaire an VII trois envois pour Cayenne. La plupart de ces prêtres périrent de souffrances et de maladies.

fournisseurs, des scandales de Tagiotage ; et Ton faisait remonter tout cela au gouvernement, à ce Directoire d'où émanait toute la honte, disait-on. Qn était convaincu que les dilapidations, rabaissement des mœurs publiques étaient son œuvre.

Et avec Tan vu revinrent les désastres militaires, puis les formes d'une autre Terreur ; et les visites domiciliaires se renouvelèrent à Saint- Menouxen fructidor. Un arrêté du département du 13 (29 août 1799) en prescrivit qui furent exécutées le deuxième complémentaire, à huit heures du matin, dans chacune des communes du canton par l'agent ou Tadjoint, escorté de la garde nationale. Pas plus que précédemment on ne mentionne d'arrestations.

Dès le commencement de Tan vi le Directoire avait cherché à établir le culte décadaire, mais à la fin de la même année il n'avait pas obtenu encore de résultats sérieux. Des mesures plus énergiques furent prises alors. Les administrations centrales reçurent l'ordre de contraindre, par les moyens qu'elles jugeraient à propos, les ministres du culte à sanctifier le décadi au lieu du dimanche ; et cette liberté qui leur était laissée « décida les administrateurs de l'Allier, par exemple, à traiter en suspects, comrne en pleine Terreur, les prêtres qui maintiendraient le dimanche » (i).

A Saint-Menoux aucun acte semblable n'est à signaler. Voile et Mathonnet, qui seuls dans le canton exerçaient le ministère religieux (2), ayant été mandés à la séance du 10 thermidor et « invités à transférer les cérémonies du culte aux décadis », avaient promis de tenir compte de l'avis.

Le gouvernement prétendait en même temps exiger de tous les citoyens la stricte observation du calendrier républicain, à peu près oublié, et il appliqua tous ses efforts à se faire obéir. En germinal les tribunaux sont, ainsi que l'étaient déjà les administrations, mis en demeure de vaquer le décadi, et interdiction est faite aux municipalités de tenir compte de l'ancien calendrier dans la fixation des jours de

(1) A. Aulard, Hist. politique de la Révolution, 666. — Les faits furent dénoncés par Grégoire à la tribune des Cinq-Cents.

(2) Le culte n'était plus exercé à Agonges.

Il6 LA RÉVOLUTION A SAINT-MENOUX

foires et marchés, particulièrement pour les marchés au poisson, qui ne doivent plus coïncider avec les jours d'abstinence d'autrefois. Tout doit désormais se rapporter au calendrier républicain : les almanachs (qui prennent le nom d'Annuaires de la République), les services de diligence, les actes des notaires, les procédures, les affiches, les journaux, etc. Aucune énonciation de date qui n'y soit conforme n'est plus permise. On s'était déshabitué de ce langage et la nécessité de recommencera s'en servir cause dans les habitudes quelque perturbation, que vient compliquer encore une loi du 17 thermidor, rendue pour assurer le chômage complet du décadi. Désormais, les écoles publiques et particulières seront tenues de vaquer ce jour-là, et il ne pourra être fait ni significations, ni saisies, on ne pourra procéder à des contraintes par corps, ni à des ventes et exécutions judiciaires et criminelles. Les magasins et ateliers seront fermés, car tout commerce et tout travail devront cesser, sauf pour les ventes ordinaires de comestibles et objets de pharmacie, et les travaux de la campagne pendant le temps des semailles et des récoltes.

Un arrêté du département indiqua aux municipalités les mesures à prendre pour coordonner les jours de repos avec le calendrier, dont on remit un exemplaire à chaque agent pour être publié dans les communes « avec la solennité que les localités permettront ».

A Saint-Menoux (15 fructidor), un détachement «considérable » de la garde nationale se joignit aux agents et adjoints en la salle des séances et se rendit, « tambours en tête », à l'autel de la patrie « et autres lieux où se font actuellement les publications ». Le commissaire donna lecture des lois et arrêtés, puis prononça un discours où étaient « clairement énoncés » les avantages « qu'offrait pour les citoyens la manière recommandée de nommer et compter les jours et mois de l'année ». Le procès-verbal mentionne que ce discours, sans doute renouvelé à chaque halte, fut accueilli « aux cris répétés de: vive la République ! » Du bruit seulement, car les paysans tenaient au dimanche. Lois, arrêtés, discours et cortèges en faveur du décadi furent peines perdues.

Quant au culte décadaire ou religion civile, ainsi qu'on l'appelait, il

fut institué par une autre loi du 13 fructidor (29 août 1798). Nous verrons plus loin comment on le célébra à Saint-Menoux.

Il n'est pas mentionné d'élections communales sur le registre des délibérations en Tan vu, mais on y voit qu'Aucouturier, Fessant et Faivre restèrent en fonction tant que subsista la municipalité de canton. Les questions d'impôts, de conscription, les fêtes décadaires sont principalement, pendant la dernière année, le sujet des procès-verbaux.

Survint le 18 brumaire (9 novembre 1799), qui va imprimer un caractère tout différent à la Révolution. C'est le 29 que l'administration municipale fut officiellement informée de cet événement et de ses conséquences immédiates : suppression du Directoire, institution du Consulat et réduction des deux Conseils à vingt-cinq membres chacun. Etaient envoyés en même temps des arrêtés des consuls, des lois, proclamations et adresses, dont lecture était donnée au peuple le lendemain; puis le 12 frimaire (3 décembre), dans le temple décadaire, tous les fonctionnaires publics du canton prêtaient le serment nouveau : « Je jure d'être fidèle à la République une et indivisible fondée sur la légalité, la liberté et le système représentatif » ( i ). Et comme d'habitude le commissaire du gouvernement prononçait un discours « énergique ». Le procès-verbal est succinct, sans mention de particularités ni d'enthousiasme populaire.

La Constitution (dite de l'an viii) fut promulguée le 22 frimaire (1 3 décembre 1799) et proclamée à Saint-Menoux le 30, toujours au temple décadaire, où s'était rendue la municipalité escortée de la garde nationale. Les citoyens y apprirent en même temps qu'une loi du 23 avait réglé la manière dont le pays serait consulté sur l'acte qui venait d'être accompli, et qu'un délai de trois jours était accordé pour exprimer un vote d'acceptation ou de non-acceptation ; en vue de quoi il avait été remis à chacun des agents communaux, ainsi qu'au juge de paix et au notaire, deux registres pour inscrire, l'un les votes favorables, l'autre les votes contraires.

(i) C'était la quatrième formule de serment civique imposée aux autorités constituées depuis Tan iv, sans compter la formule spéciale à laquelle furent astreints les électeurs dans les assemblées électorales.

Il8 LA RÉVOLUTION A SAINT-MENOUX

Le 29 pluviôse (18 février 1800), on publiait le résultat du plébiscite.

Enfin le 9 ventôse (28 février), tous les fonctionnaires publics (président, agents, adjoints, commissaire, secrétaire, juge de paix, greffiers et commis, gardes forestiers et gardes champêtres) jurèrent promesse de fidélité à la Constitution.

On arrivait aux derniers moments du système municipal inauguré en 1795. L'assemblée du canton de Saint-Menoux termina ses travaux par un inventaire du mobilier municipal et des archives, dressé en exécution d'un arrêté des consuls du 7 ventôse (26 février 1800) et d'une circulaire de l'administration centrale du 28. Cet inventaire, daté du 9 germinal, est établi avec beaucoup d'ordre et un soin méticuleux.

Le mobilier y figure en treize articles dont le premier est relatif à w des chaises ayant appartenu à la Société populaire », et le deuxième à « une table ovale ». A remarquer encore : article cinq, vingt-deux piques de toute grandeur ; article six, « une mesure pour mesurer les tailles des conscrits ou réquisitionnaires » ; et dans le cabinet du commissaire : article onze, « le cachet de l'ancienne municipalité, sous le nom de Maille-sur-Rose... » L'article douze, disons-le en passant, mentionne « un fauteuil à l'usage du président », distinction qui était alors de règle.

Ces objets rappelaient un passé agité, fiévreux ; il n'en reste que la table ovale autour de laquelle, depuis cent dix-huit ans, ont délibéré, sous huit régimes différents, les municipalités de Saint-Menoux.

Suit l'état sommaire des papiers et registres « tant civils qu'administratifs » comprenant : des bulletins des lois, trente-huit bulletins décadaires, des lettres ministérielles, le tableau des pensionnaires, des papiers et liasses concernant la garde nationale sédentaire, les écoles primaires, l'emprunt forcé, les contributions foncière, personnelle, mobilière et somptuaire, et encore des liasses de pétitions, des états de population, des arrêtés du Directoire exécutif et du département, des tableaux de grains ensemencés, d'enfants naturels, de défenseurs de la patrie ; des procès-verbaux d'assemblées primaires et communales, des " paquets de proclamations et circulaires, la correspondance avec les particuliers et les administrations, des quittances de patentes des années

V à VIII, les rôles et matrices de rôles fonciers et personnels des années m, iv, v et vu des six communes ; des tableaux de l'emprunt forcé de Tan iv, des mandements du département, des tableaux des patentes des années vu et viii, des arrêtés du département réglant les charges locales des années m à viii, les registres des patentes pour les années v à vin et celui des contributions depuis le 9 pluviôse an vi jusqu'au 29 pluviôse an vu ; le registre des pétitions et celui des certificats de résidence, un autre des passeports, ceux de la municipalité et de l'état civil, ainsi que les minutes de la justice de paix de Tan vi, etc. Tout cela coté et paraphé, et soigneusement classé et trié.

Le registre porte, ajouté en marge, « une corde de cloche... » Cette mention au dernier moment d'un accessoire aussi insignifiant n'est pas, comme on le pourrait croire, pour réparer une omission et par désir d'être complet. La note se rapporte à un incident dont on a l'explication à la fin même de la délibération où on Iit:<( L'administration, d'après le réquisitoire du commissaire du gouvernement, considérant qu'il est de son devoir de prévenir l'infraction aux lois et qu'aucun signe extérieur ne doit annoncer l'exercice d'aucun culte, arrête que le citoyen qui est chargé du service de l'église sera appelé, et qu'au nom de la loi sommation lui sera faite d'apporter la corde de la cloche, ce qui a été exécuté ». Près de voir expirer ses pouvoirs de commissaire du Directoire exécutif, Fallier en usait donc encore pour imposer silence à cette cloche qui si souvent avait sonné pour lui.

De toutes ces archives abondantes, quatre registres de délibérations et une partie de ceux de l'état civil seulement subsistent. Comment expliquer l'insouciance de municipalités et de maires n'ayant pas su conserver ces documents, traces vivantes de faits et d'émotions si ignorés aujourd'hui et qu'il est si intéressant, pourtant, de rappeler? D'autres antérieurs ont nécessairement subi le même sort, et il ne s'agit malheureusement pas ici d'un fait isolé. N'est-ce pas la preuve indiscutable que les mairies n'offrent pas, comme dépôts publics, une sûreté suffisante (i) ?

(1} De bonne heure on constate à Saint-Menoux \a disparition des documents des archives communales. On lit en effet dans une lettre du maire Bouchand, du

La suppression de la corde de la cloche de Téglise ne fut pas Tacte final de la municipalité. Le i8 floréal elle tint encore une séance où Aucouturier communiqua une lettre du préfet Huguet — installé depuis le 17 germinal, — disant : « Aussitôt que la présente vous sera parvenue, la séance que vous tiendrez sera la dernière, et il faut que le commissaire se conforme à ce qui est prescrit, pour l'apposition des scellés, par l'article 7 de Tarrôté des consuls du 17 ventôse... Il faut qu'il ne manque pas, lorsque l'opération sera faite, de m'en donner avis. » Le préfet terminait, sur le ton des banales amabilités administratives, par des éloges aux agents et adjoints pour la manière dont ils s'étaient acquittés de leurs devoirs. Fallier n'avait aucune part de ces félicitations, et cette minute dut être douloureuse à son amour-propre.

Avant de clore, un acte de justice sommaire fut accompli: on révoqua les six gardes champêtres des six communes, d'un seul trait de plume, en bloc. C'est que, au dire de l'assemblée, « depuis bien longtemps ils ne rempliss^aient leurs fonctions qu'avec beaucoup de négligence ». Bien mieux, à cette négligence u ils ajoutaient la partialité ». Il y eut unanimité à prononcer la condamnation ; et à lire les considérants on est forcé de convenir que cette rigueur était amplement justifiée, quoique l'on doive faire observer que le traitement annuel de ces fonctionnaires (100 francs) ne permettait pas d'en exiger des services exemplaires.

Enfin le commissaire ferma à clé le local et apposa les scellés.

Faisons maintenant, en finissant ce chapitre, connaître un budget de municipalité de canton, d'après un arrêté du département du 22 ventôse an VIII (13 mars 1800), fixant les dépenses administratives et communales de l'année.

Ces dépenses comprenaient : entretien de l'horloge, de la fontaine et des puits publics, 60 francs ; traitement du juge de paix, 800; de son

28 septembre 1829, en réponse à une demande de renseignements que lui avait adressée le préfet sur l'état ancien des lieux, en vue d'introduire une instance contre un particulier : « J'ai visité les archives de la mairie et je n'ai trouvé aucun renseignement concernant l'église.. . Il paraît que les renseignements qu'on aurait pu trouver ont disparu. » (Arch. de l'Allier, série O, commune de Saint- Menoux; procès Condamine).

LA MUNICIPALITÉ DE CANTON 'l2I

greffier, 266,66 ; du secrétaire de radministration, 700 ; loyer du local des séances, 80 ; frais de bureau, 120 ; port de lettres et paquets, 30; piéton, 120; concierge, 15 ; garde nationale sédentaire, 80 ; champ des morts, 60 ; six gardes champêtres, 600 ; écoles primaires, 200 ;' frais du bureau de conciliation, 40 ; tambour préconiseur, 40. Soit, au total, 3.433 fr. 66.

De cet état il résulte qu'on payait à l'instituteur la location du local des séances et que les deux écoles coûtaient 200 francs, plus l'usufruit de deux maisons. Les frais des six communes, déduction faite de i.i86fr. 66 pour traitement du juge de paix et de son greffier, les frais de conciliation et ceux d'une garde nationale sédentaire ne s'élevaient qu'à 2.247 francs ou 347 francs par commune.

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