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LA CONQUÊTE DE LA PLATA

sur les rives d’un fleuve, rivaliser avec la cité réédifiée par le génie prévoyant de Garay. En face de L’estuaire, à un pas de l’Atlantique et ayant la plaine derrière elle, celle-ci pouvait être le grenier et le grand marché de la Conquête.

Irala eut raison d’agir comme il le fit à son heure ; mais la marche des événements modifia la situation, et ce noyau de civilisation qu’il voulut transplanter au Paraguay, le destin l’amena de nouveau sur les rives de La Plata.

À mesure que la conquête espagnole s’échelonnait sur le littoral, fondant les villes de Buenos-Ayres, Santa-Fé, Corrientes et l’Assomption, il partait du Pérou d’abord et du Chili ensuite deux nouveaux courants conquérants ayant le Tucuman pour objectif immédiat.

À Diego de Roja, qui y entre par le nord, venant du Pérou, succède Nuñez de Prado. Celui-ci suit les traces du premier et fonde la ville « del Barco »en 1550.

Envoyé par Valdivia qui faisait ia conquête du Chili, Francisco de Aguirre traverse la cordillière des Andes, s'empare de la ville « del Barco », édifiée par Nuñez de Prado, et transporte ses habitants sur les rives du Rio Dulce où, en 1553, il fonde la ville de Santiago del Estero.

Ces fondations sont suivies de celles de Mendoza faites par Pedro de Castillo en 1561 ; de San-Juan, par Juan Jufre en 1562 ; de San Luis par Martin Ignacio de Loyola en 1596 ;.de Tucuman par Diego de Villarroel en 1563 ; de Cordoba par Geronimo Luis de Cabrera le 6 juillet 1573 ; de Salta par Hernando de

Lerma en 1582 ; de La Rioja par Juan Ramirez de Velazco en 1591, et de Jujuy par ordre de ce dernier en 1593. Fernando Mate de Luna édifie Catamarca en 1683, et en 1730 quelques habitants espagnols de Santa-Fé fondent la ville de Parana.

Le noyau andin, c’est-à-dire celui du centre et celui du littoral, dessine la carte ethnographique où la colonisation espagnole va étendre son empire et le : futur théâtre où.se jouera la destinée de la Révolution argentine.

Un historien observe que les ressorts mis en jeu pour faire progresser la conquête de Tucuman étaient identiques à ceux employés dans la conquête du littoral, ainsi que de toute l’Amérique : « la violence, le pillage, l’esclavage, l’extermination exécutée avec une barbarie persévérante au nom de la civilisation qui symbolise l'harmonie et du christianisme qui symbolise l’amour » (:).

La charge d’adelantado ayant été supprimée, le vaste territoire que nous venons de désigner fut divisé en différents gouvernements.

En 1563, le vice-roi du Pérou, le comte de Nievas, créa le gouvernement de Tucuman, qui resta sous sa dépendance et eut pour capitale la ville de Santiago del Estero. Étaient compris dans l’administration politique de ce gouvernement les territoires qui forment aujourd’hui les provinces de Cordoba, Tucuman, Salta, Jujuy, Catamarca et La Rioja.

(:) José Manuez EsrrADA, Lecciones sobre la Historia de la Republica Argentina, t. 1, p. 92.

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Les provinces de Cuyo, la région Andine, San Luis, San Juan, Mendoza continuèrent à dépendre du gouvernement du Chili.

Jusqu'en 1617, tout le littoral argentin forma un seul gouvernement avec le Paraguay. La même année, ce vaste territoire fut divisé en deux gouvernements. Celui du Paraguay se composa du territoire de la République actuelle de ce nom et de la province du Guaira, qui appartient aujourd’hui au Brésil et où les Jésuites fondèrent leurs premières missions. Sa capitale fut la ville de l’Assomption. Le gouvernement de Buenos-Ayres, ayant pour capitale la ville qui porte ce nom, fut constitué avec les provinces de Santa-Fé, Entre-Rios, Corrientes, le gouvernement actuel de Missiones, une partie du Chaco,la Banda Oriental et la Patagonie.

Cette division politique et administrative, que l’on peut appeler « l’époque des gouverneurs », subsista jusqu’en 1776, année où fut créée la vice-royauté du Rio de La Plata. Les trois gouvernements mentionnés, les provinces de Cuyo et celles du Haut-Pérou, aujourd’hui Bolivie, entrèrent dans la formation de cette nouvelle création coloniale.

Pendant toute la période écoulée depuis la découverte du Rio de La Plata jusqu’à la création de la viceroyauté, aucune idée véritablement civilisatrice ne brille dans ce lointain monde américain.

Toutes les institutions créées et implantées par la conquête portaient la marque des erreurs de l’époque. La liberté individuelle est inconnue, parce que le gouvernement impose son despotisme. La conquête

se base sur le droit divin, sur lequel s'appuie aussi, pour imposer sa souveraineté, le roi qui l’autorise.

Les Américains ne s’appartiennent pas à «euxmêmes, mais au monarque dont ils sont les vassaux. Ils sont en substance unis aux destinées de la couronne. Ils doivent penser comme elle, croire comme elle, sentir comme elle.

La préoccupation qui domine les gouvernants espagnols n’est pas de former des citoyens, mais de recruter des Indiens et de les réduire en servage. Il y a bien le but religieux de les convertir à la foi chrétienne ; mais ce but, qui presque toujours est uni à la violence, ne sert qu’à masquer une ambition commerciale. Les conquérants espagnols se refusent à leur reconnaître toutes les prérogatives de la dignité humaine. La théologie même se met au service de cette erreur et coopère pour une grande part au soutien de la tyrannie.

Le créole, de son côté, ne jouit pas d’un sort beaucoup plus heureux. Au-dessus de lui plane souveraine la personne du roi,et le fait de se soulever contre elle, de ne pas considérer comme sacrées toutes ses décisions, serait regardé comme un sacrilège.

Les voies de l'insurrection lui étaient fermées, puisqu’un serment religieux lui imposait l’obéissance la plus complète.

Si la liberté politique était une fiction, la liberté commerciale en était une autre.

«Si, pour l’économie actuelle, la notion sscientifique de la valeur est une idée subjective, qui ne prend

pas place parmi les attributs des choses, pour l’éco-

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