‹ La Révolution ArgentineChapitre 19 sur 62 · NAS ES TEA CHER ER SP ASTETONN AC OL ON: EATLIES · texte numérisé non relu

NAS ES TEA CHER ER SP ASTETONN AC OL ON: EATLIES

dans l’esprit de l’enseignement au Rio de La Plata (:).

Pour Charles IIT et ses ministres,les intérêts du Nouveau Monde étaient subordonnés à ceux de la Péninsule. La volonté d'Isabelle la Catholique subsistait encore, et tant que dureraitsur l’Amérique l’empire mystique, l’empire politique durerait sur les créoles ses vassaux.

Le premier symptôme de décomposition sociale offert par la colonie, c’est l’esclavage. Outre l’Indien, que le despotisme conquérant reléguait à l’état de vassal, on trouve le noir, que l’on achète ou vend selon les exigences ou les convenances de la famille. Dans l’économie domestique l’esclave noir joue un rôle prépondérant, parce que ce sont ses bras que le patron utilise pour exploiter le sol. Ce système d’esclavage comporte aussi, bien marquée, cette ini-

(4) « Dès le milieu du xvini® siècle, la Colonie commença à avoir la conscience obscure de sa destinée. Elle sentait vaguement l’antagonisme créé par la force des choses entre son propre développement et la visible décadence de la métropole. Même l'effort progressiste et libéral de Charles IIT, bien que passager et manquant d'originalité, perfectionna l’instrument de l’émancipation future. Les généreuses tentatives de Floridablanca et de Campomanes ayant été importées et réalisées à La Plata, les institutions de bienfaisance et de culture sociale étant créées, les conditions matérielles des municipalités améliorées, les barrières opposées au commerce et à l’industrie renversées, il arriva fatalement que les nouvelles forces acquises se retournèrent contre leurs dispensateurs. Les améliorations opérées par Charles IIT ne lui survécurent pas, si ce n’est en Amérique où la semence germa et porta ses fruits ; et lorsque l’inepte et méprisable règne de son successeur vint accélérer la ruine de la monarchie, la force croissante de la colonie augmenta le ‘déséquilibre : celle-ci parvenait à sa majorité et celle-là à la décrépitude. »

(Pau CroussAC, Santiago de Liniers, p.30.)

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quité : l’exploitation qui se fait du nègre est gratuite. Il est une chose entre les mains de son maître, et jamais il n’aura de personnalité, jamais il ne possédera les droits que la nature accorde à tout homme.

Il est une source de revenus, car toute la famille vit de son travail. L'Église qui aurait pu, avec son autorité morale, coopérer à l’extirpation de cette pratique, est complice d’une telle iniquité et abrite des esclaves jusque dans les cloîtres de ses couvents. Elle les reçoit en donation et n’a pas de scrupule à les traiter comme des bêtes de somme.

Mais avant de poursuivre, arrêétons-nous sur un point qui nous oblige à une légère digression. Ce n'est un mystère pour personne que ce fut le Père Las Casas qui éleva le plus haut la voix pour défendre l’Indien contre les horreurs de la Conquête. Le point sur lequel tous les écrivains ne sont, pas d'accord, est celui relatif à l’introduction des esclaves noirs. On fait retomber sur lui plus que sur personne la responsabilité de cette servitude qui ne devait disparaître de l'Amérique qu’avec le triomphe de la Révolution. Qu’y a-t-1l de certain dans ce labyrinthe historique ? Le Père Las Casas fut-il ou non l’introducteur de l'esclavage africain dans le Continent? A nous en tenir à la vérité rigoureusement historique, les choses se passèrent de la manière suivante. Le Père Las Casas, qui voyait la race indigène menacée d'extinction, proposa deux moyens pour l'en préserver. Le premier était d'envoyer aux îles, et principalement à l’île Espagnole, des « laboureurs pour la peupler » ; et le second de permettre aux Espagnols

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résidant dans ces îles « d’y introduire un certain nombre de nègres de la Castille » pour les employer, à la place des Indiens, à l’exploitation des mines et aux travaux agricoles. Las Casas ne demandait pas, dans son Mémoire, une introduction illimitée, mais : (à peu près une douzaine d’esclaves noirs ».

Robertson suppose, d’après Don José Antonio Saco, que Las Casas demanda des nègres des établissements portugais de l Afrique. I se trompe complètement, car Herrera, qui fut l’auteur qui lui servit de guide, ne dit rien sur ce point ; et Las Casas, dans le Mémoire qu’il présenta sur cet objet au chancelier de CharlesIer, limite sa demande à des esclaves nègres d’Espagne.

« Mais si Las Casas trouva en Robertson un censeur injuste, une voix amie s’éleva en sa faveur au début de ce siècle. Grégoire, évêque de Blois, lut le 13 mai 1801 à l’Académie des sciences politiques et morales de l’Institut de France une Apologie de Las Casas. Une aussi nette affirmation montre qûe Grégoire ne connaissait pas la question qu’il traitait, se fondant pour soutenir sa thèse sur ce que Herrera, unique auteur de qui viennent toutes les accusations, était très prévenu contre Las Casas, et aussi sur ce que divers historiens espagnols gardent le silence . sur le sujet controversé.

« En ce qui concerne le premier point, 1l suffit de dire que Herrera, loin d’être mal disposé envers Las Casas, le qualifie en diverses parties de son ouvrage de personne savante et expérimentée, d'auteur trés fidèle ; il le défend contre les calomnies d’Oviedo et de Lopez Gomara, et il lé suit fréquemment sans le

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mentionner, transcrivant des paragraphes entiers de son istoire des Indes. Quant au second point, il n’était pas possible de triompher, en se servant d’arguments négatifs, sur un fait qu’affirme positivement un auteur aussi véridique que Herrera, qui, en sa qualité de Grand Chroniqueur, eut à sa disposition toutes les œuvres inédites et tous les papiers et documents relatifs aux affaires du Nouveau Monde.

« Les intentions de l’évêque Grégoire furent pures et louables, mais son Apologie, considérée à la lumière de la critique, n’est que l'effort d’une imagination brillante contre: une vérité historique.

« Au bout de quelques années, le Doyen Don Gregorio Funes adressa de Buenos-Ayres à l’évêque Grégoire, le 17 avril 1819, une lettre dans laquelle il s'efforce de prouver l'exactitude du témoignage de Herrera. Bien qu’il n’apporte au débat aucune preuve directe qui puisse trancher la question, car il ne connut pas les documents qui s’y rapportent, ni les opuscules imprimés et les œuvres inédites de Las Casas, il est juste de reconnaître que Funes atteignit complètement son but, mettant en œuvre une critique aussi précise et délicate envers l’évêque Grégoire que flatteuse pour la mémoire de Las Casas » (1).

Le prélat français de la Constituante et le prêtre argentin auquel nous faisons allusion ici se mirent intellectuellement en rapport de la manière suivante.

(*) José ANTONIO Saco, Historia de la Esclavitud de la Raza Africana en el Nuevo Mundo y en especial en los paises Americo- Hispanos, t. I, p. 104.

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- Rivadavia, se trouvant à Paris, reçut en 1818 les

deux premiers volumes de l’Ensayo de la Historia civil del Paraguay, Buenos Aires y Tucuman, qui venait d’être édité à Buenos-Ayres.« Dès que j’eus lu les deux tomes précités, dit Rivadavia dans sa lettre à Funes, je les communiquai à divers savants de cette capitale. L’un d’eux, dont le nom est bien connu, Spécialement pour sa philanthropie universelle et religieuse et pour sa morale courageuse et toujours égale, Grégoire, ancien évêque de Blois, me manifesta la pénible impression qu'il avait ressentie en voyant que dans ledit ouvrage on soutenait limputation faite à l’immortel Las Casas d’avoir imaginé et provoqué l'introduction en Amérique du commerce et de l’esclavage des noirs. »

L'arrivée des deux volumes de Funes coincidait avec la lecture que Grégoire avait faite à l’Institut de France d’une Apologie de Las Casas. Présumant que ce mémoire n’était pas connu de Funes, Grégoire en fit un extrait et par l’intermédiaire de Rivadavia il le fit parvenir entre les mains de l'historien argentin (:).

La famille était constituée surtout au profit du

() Ce document, la lettre de Rivadavia à Funes et la réponse de ce dernier à l’Apologie de Grégoire furent publiés à Buenos- Ayres en 1820, par l'imprimerie de l'Indépendance avec ce titre : Coleccion de papeles pertenecientes a la introduccion del Comercio de negros en América en que aparece una disputa literaria entre el señor Gregoire, antiguo obispo de Blois, y el señor Funes, dedn de la iglesia de Cérdoba. L’exemplaire que nous avons consulté se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris.

père. «Il disposait presque absolument de la personne de son fils ; il pouvait le louer ou le vendre en cas de nécessité » (1).

« L’anarchie des sentiments .et des idées, poursuit le même auteur, trouble l’ordre interne du foyer. Entre le père espagnol, imbu de préjugés, employé, commerçant, contrebandier d’accord avec le gouverneur et les officiers royaux, et ses fils créoles, les divergences étaient graves. 5 — « Il est fréquent, dit Azara, que la femme haïsse son mari, et le fils son père.

— « L'enfant est humilié et châtié à l’école, et on l’opprime au sein même de la maison paternelle. Si, désireux de satisfaire sa curiosité naturelle, il demande quelque chose, on lui répond par des mots méprisants et on le trompe » (*).

Au début de la colonisation, la vie commerciale fut presque nulle. Buenos-Ayres, bien que se trouvant dans des conditions géographiques favorables pour être un puissant marché, était subordonnée au Pérou. Sans doute, la vice-royauté la plaça dans des conditions capables d’améliorer son sort, mais la fausse science économique de l’époque et les tyrannies de la colonie pesaient sur elle. « Ce qui caractérise l’économie du xvirI® siècle, c’est l’apparition du capital. Pendant le siècle précédent, les conquérants et leurs descendants avaient accumulé de grosses fortunes, grâce au surcroît de travail des esclaves et du prolétariat » (*). Comment ce travail est-il rémunéré ? Dans

() AcusrTin GarciA, La Ciudad Indiana, p. 80. () AGusTIN Garcia, La Ciudad Indiana, p. 94.

(5) AGusTiN Garcia, La Ciudad Indiana, p. 231.

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